OUF. ZU
pose le preifiier pour cette mission dangereuse ; après
par Cjij«Uno Goroei, Lisbonne, 1715. » = ' D est à délirer que H. Th. publie bientôt, dans b Rrnnaniaj Tartick qu'il annonce depuis longtcmpi : 0 ctfch de CurUmutgno en Portugal. Nais, jusqu'à plus ample informé, on pnft dire que notre vieux poëme n'a pas eu en Portugal d'action vérîtaklement directe.
k. En Italie. — C'est en Italie, avons nous dit ailleurs, que lliiitoirc de II léfçendc rolandicnne a traversé le plus de phases régulières ; c'est en Italie qu'elle les a \f. plus régulièrement traTersées. La première époque de celle histiiire du Holanden Italie, c*est celle de la tradition orale. Les lèvres italiofinfrf ont parlé de Roncevaux avant les inscriptions, avant les monument! figuré», avant les manuscrits. • L'imagination populaire, dit P. Rajna, a cooiinenci* par modifier le fameux texte d*Eginhard; elle a orné d'une splendide auréole la mémoire de ces morts de Ronce vaux, et surtout celle du plas (trand d<: tous, du paladin Roland. « Nais ce que Rajna a en surtout le mérite de bien mettra fti lumière, c'est la physionomie particulière qu*a revêtue en Italie la légende du neveu de Charlemagne. ■ Roland devient en Italie un héros pontifical «, tel est le résumé d*un système qui est confimé par des textes très-concluants et très-nombreux. Dans les textes franco-italiens où cette tradition orale a reçu plus tard son expression exacte, Roland est qualifié sans cesse de « sénateur de Rome «, de « gonfalonier du Pape ■, de chef des armées pontificales. Dès l'année 1858, nous avons cité, dans notre analyse de VEntrée en Enpagnty ces trois vers que Roland s'adresse i luim«^me : « Roland, or estes sol en gaudine selvaine — Qe soliés avoir en le vostre demaine — Vint mil chevalier por la glesie Romaine. » (P 323 v* do nis.fr. XXI de la Biblioth. Saint-Marc.) Cf. aussi notre Idée religieuse dan» la Poénie épique du moyen âge, 186K, in-8*, p. 56. Et c'est avec raison que Rajna ajoute ici que celle glorification orale de Roland remonte en Italie au delà do XII* siècle . Les inscriptions cl les monuments figurés nous permettent de le constater. Les d(;ux statues d'Olivior et de Roland, qui sont au porche de la calhûdralc de Vérorio et que nous avons reproduites dans toutes nos éditions de Holandf no sont pas posléricurcs à 115U, et Oénin (Introduction de son Roland, p. x\i; a i-AU' avanl nous cette inscription encastrée dans un mur de la cathédrali' do Nopi : u L'an du hci^^ncur W'M, les chevaliers et consuls de Nepi se sont liôs par sonnent. Si l'un d>ux veut rompre notre association, qu'il meure do la mort inrànio do GanoKni. » ^Lcbas, Recueil d^imcripiionSf 5* cahier, p. 191.) Do tels faits supposent, à tout le moins, une grande puissance et intensité de la légondo et, par conséiiuent, une certaine antiquité. Quant aux pays où cette légende circulait orahmicnt, il importe aussi de les bien circonscrirei et il suffit encore ici d*adoptor rexcellente formule de Rajna : • Cette légende fut répandue tout d'abord dans rilalio septcnlrionalo, de TAdige à la mer. • = Cela dit, passons à notre seconde période que nous appellerons « période des jongleurs ». Au moment où les premiers jongleurs parurent en Italie, on entourait encore la légende et le nom de Roland d*un souverain respect : « On y voyait de riiistoire, dit Rajna, et de Vhistoire presque sacrée. ■ Les jongleurs arrivent, et tout nous porte à croire qu'ils ont chanté la Chanson de Roland, dans les grandes villes d'Italie, avant le xii* siècle. 11 n'y a pas de doute pour le xiii*. Un texte cité par Muratori d'après la Chronique de Milan {Antiquitates Italicœ, Dissertalio xxix, t. Il, col. 844) est d'une clarté décisive : « Cantabant histriones de Rolande et Oliverio . » En 1288, on défend aux caniatores Francigenarum de s'arrêter sur les places de Bologne : • In plateis ad cantandum omninomorari non possint, » (Muratori, 1. 1.) Us empêchaient la
ANALYSE DE LA CIlAtiSON DE finl-ANfl. SSS
ni, s'offrent tour à tour Roland, Olivier, Turpin. Mais empereur a besoin de ces grandes épècs pour les
lUIion. Et ailleurs, dant une liitloire ilu xiv siècle - o llulrionei canlabanl pulchrat biitoriai vrl actuK cirluonu dul fiùloriiti bellortim, tiCMt vvnc „!fl(«r de Hotando et Oliverio. • (leile, cilé par Ceruli, l'iaggio, p. 18, j Or, plupArl de ea jongleurB venjUENT de FliANce, et, pour te luire comprendra de leur public itulka, ils hissient subir  not Cbansoni de geste, cl natnmmenlau* Holand. • une sarl« de traductiou imparfaite, du genre de celle que nous poslédons dans te Fierabrat provençal '. C'est celle traduction étrange qui Luul à riCIvure tora âcrite, plus ou moins QdËlemcnl. pai^dos copttlcs plus ou moins Uljgenb ; c'est celte trnduclion qui donnera naissance à ces fameux romaut eo-italieni auxquels nous oUonj bientôt arriver. Mais, avant d'en venir là, ilalons que le* jongleurs ont contribué, plu« encore que lus Iradiliuni et, à répandre la popularité de notre héros et celle de noire tielUe cban- En vouleZ'TOui une preuve entre mille? Dans un petit poëme sur les tés humaines, aiseï semblatrie au Hait où mmiI let neiget d'anldtt de notre ID, on lit ces vers qui appartiennent au commence ment du xiV siiklo : buon re Carlo Mogno, — Cbe per la fede combatteilï — Ed à si grtn adftgno — Orlando ed Olivier tcco voleili. ■ {Canliteiie t Baltate, publiées K*e en IBTl par Ciotue Cardur«i ; et. Gaston Taris, Romania, 1, Itlt.) C'est ■ peut-être que nous aurions à citer plusieurs passages dcDantu; niais les uns rranco-ilaliens ont agi, autanl que tes chants des jongleurs, «ur l'aur de la Civine Comédie, comme aussi sur l'auteur de cette eanlilena que V venons de citer. Mous j reviendrons tout â fheure. = • Période des nuscrits friinco-italiens >, tel est le nom que nous attachons i la Mti&me époque de celte biitoirc. Il est certain que cette période n commencé ^it la seconde moitié du xn' siècle. A ceux qui s'étonneraient de voir le succès en Italie d'œuvres écrites en français, nous nous contenterons de rappeler le TVMur de Brunetto Latint, la Chronique vénitienne de Martine da Cannlc, les Voyaga de Mare Pol, les œuvres de ftuslicien de Pise, et nous en l^jendroai i conclure, avec H. Gaston Paris, qu'au xiii* siècle, ■ le Tranf aïs était la me lilUraire du nord de l'Italie • {Hiitoire poétique de Chartemagne, 163). Bref, nous loicï en présence de manuscrits dont la langue, d'appa- M française, mérite d'être sérieusement étudiée. Hais avons-nous alTaire à véritable langue ? Faui-il supposer qu'il a existé une langue lombarde, me il j a eu une langue provençale ? 11 semble que personne aujourd'hui wulient plus celte tbèsc. Les jongleurs français qui travaillaient en Italie ient d^ été forcés, comme nous l'avons dit, de faire subir i nos chansons, inrticulièrement ou Rotûnd, certaines modilicàiions de langue destinées à rendre plus intelligibles aux oreilles et aux intelligences italiennes. Ils Uolenl de beaux a sonores, des t et des e éclatants, là où leur Icxte franprésentnit que des e muets, des voyelles éteintes. Les copistes d'abord, lea poêles ensuite, ont suivi l'exemple dos jongleurs, et, disons-le francbeil, iU étaient dans l'impossibilité de ne pas le suivre : encore un coup, u. SE FAIRE coHpneNOftE. C'est ici qu'il convient d'établir trois groupes, uz qui, on Italie, ont fait passer dans la poésie écrite nos anciennes ^des, et surtout celle de Roland. Les uns (ce sont les scribes) se bornent manuscrit fr^intais avec une servilité presque absolue, et en il d'italianiser certaines voyelles, certaines Ocxions. Les autres Mnt presque des polies} se gtnent un peu moins avec leur modèle : ils le "ilolienne ; si une rime les embarrasse, ils changent un vers tout 1 mettent deux ou trois au lieu d'un, etc. Les derniers enfin (ce sont nais poêles) composent d'une fafon tout à l'ait originale ; les poèmes qu'ils
:>■>« ANALYSE l>E LA CIIASSO.V DE ROLAND.
futures destinées de son empire, et i! retient ces léinéiaiies. Môme il s'indigne contre leur zèle exagéré
écrivent aont vér[la)ilemcnt inrlïi do leun cerreaux, el ili tes écriveal m uiia lan^e qu'ili l'iniRginenl cRndiilement itre du bon français, maîi qui porte plui ou moins protond^inent l'empriiinlc de la lan^e italienne et qui fourDiille d'iUlianiimes, Au premier de ces Iroii groupe* ipiurtienl le cuptilc du m>. IV de Venlie (Roland); au secand, l'arrangeur de cerlaini poémet du manuscrit Xtll, Maeairr, e\f..; su iroisième, l'auteur de la Prite de PtntpeiUTtt. Hais nous n'avons A nous occuper ici que de Roland. = Deux nunu- BCrits du Roland sont conservés i la Saint-Harciennc. L'un d'eux ne «aurait nous arriler longtemps : c'est le msnuscr. tr. Vil. qui n'a rien ni d'italien ni il'ilaliRnisé. Il eit de la ramille du manuscrit de Versailles et s'en rapproche par la correction de la langue. Mais il n'en ett pai de mime pour le au. IV, dont nous pouvons nous rendre un compte Tort exact, griee ik Téditiou paléographique d'Eugcn Kâlbing. Citons un couplet au hasard, et pbfons en regard le texte d'OiTord et celui de Venise :
Oxford («en l38T-l3Tg|.
Dns Oliviort mil id ta boM osp^a
800 sis DEUDpiiiu IL id UinL dBmiod'ii
Flut lu f'tta, Justin de Vil-F«T4e
Tule 11 lertr " -■ ' — "'-
Trrnehat la La Inné ssU
Imhu ipu
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» pan en Munjaii
"eo la A^.
mi ncAt io. Inn.
VEmptnn. •
DlilHollint :11a < De tu
ir vos imi Icinpira,
Il est aisé de voir que les vers du manuscrit de Venise sont des vers Irvitnis indignement déligurés par l'ignorance d'un sciibe italien. • Ce n'est point 1i une langue originale : c'est du Trancais écorcbé par un Italien qui veat. à toute Torcc, se Taire comprendre dn ses compatriotes. Cest un baragouin, et non pas un dialecte. • {Chaïuonde Roland, par L. G-, 1" éd., I, Introduction, p. cxxxiv.) H. Hajna nous paraît aller trop loin lorsqu'il dit que ■ firrcorrection du ms. IV de Venise résulte en partie de ce que le rimeur a voutu, mais n'a pas su composer en tangue d'oïl i. Eh ! lo poëte n'est ici pour rien, et la Taule en est aux jongleurs d'abord, au copiste ensuite. = La Dissertation de H. Rajna (la Rotia de RoiwUvalU] n'en est pas moins Tort renurquable i plus d'un point de vue, et l'auteur y analyse avec un soin trisrigoureux les différents éléments dont se compose le Roland franco-italien (mi. IV). Il y reconnaît trois parties distinctes : la première, qui s'achive su retour de Charlemagne en France ; la seconde, qui renferme l'épisode de U prise de Narbonne. et la troisième, oii est raconté la ch&timent de Ganelon et qui est empruntée à nos remaniements. ■ Or, dit H. Rajna, les dsux premières parties nous offrent un tel mélange des formes du dialectc^ vénitien, qus ce n'est plus une langue, mais un jargon des plus étranges. Dans la troisiËiM partie, la corruption se fait encore seiiHr, mais A un moindre degré. • = Pour tout dire, cette époque des romans franco -italien s est principalement caractérisée par ce fait d'une copie plus ou moins grossière de nos romans français, de nos chansons les plus populaires, par des scribes italiens qui se sont montrés plus ou moins exacts, plus ou moins intelligents. Hais les scribes, traducteurs par écrit, n'étaient venus qu'après les jongleurs, Iraducteurs oraux. Et te jatf on des uns et des autres ne saurait, i aucun titre, passer pour une langue.
ANALYSE DE IX CHAXSUy M ROLAND. 557
ieur impose violemment lo silence. Charles, dans feotre poëme, a parfois une puissance que rien ne limite.
est certain, d'aïlleun, que ces roniBni franco-îlalicni popula ri aèrent re davantage la légende de Chartemagne et celle de Roland. Il «emble que unilles nublci tenaient li-bas i honneur de pDaiéder dans leurs bibliothË' plusieurs romans t in rranceae ■. En deux • Inventaires du xv* aiècle r 11 ranille d'iiste >, que M. Rajna noua a Tait cunnaltrc {Romania, II, 40}, ' ouve c libro uno cliiaoïado Rolando in francese i, avee trois Atpremont, Bova di Aniltona, un Amen de Carihegt, un Gui de Bourgogne, un t Martelto in rranceae, etc. Dante avait, depuis longtemps, consacré celta Dfinlarîté, lorsqu'il nvait dit dans le chant xiit de son Enfer : ■ Dopa la
• dolorosa rotta, quando, — C.nrlo Magno perde la santa gesla, — Non mai si
• terrib il mente Orlando. ■ (16-IS.) Et les commentalcursduDante.tlenvenuto (l'Imola, Gïuntorla Bargïgi, l'Ottimo, Jncopo de la Lana, et le plus ancien de tous, Franceieo da Buli. n'hésitent pas i dire qu'au chant Mu de VEnfer (129), le grand poëlc a récllcmenl Tait allusion à la dëroulo de Roncovaux. M «n particulier li la Chronique de Turpin. Dante ayant sacré la gloire de Roland, celte gloire ne po uv ni t vraiment plus s'éteindre. Elle avait de l'avenir. — A ta quatrième époque de l'histoire de nos Chansons de geste en Italie, je donnerais
r volontiers le nom d' > époque de Nicolas de Puduue •. Ce Nicolat de
■ hdouo est, comme nos lecteurs le savent, l'auteurdc celte Entrée en Eipagne
m dont noui aTons publié plus haut la Xotice et l'analyse. Mais il est très
f ifident qu'il n'avait paa uniquement rimé notre Entrée en Eipagne. C'est lui-
loéme qui nous l'annonce i lu lin de son poëme : ■ Ci tounie Kicolali ik rimer
la complue — De l'enlrée lie Spagne que tant oatée eacondue — Par ce ch'
elle n'estoit par rime componue — Da cist pont en avant ond il l'a proveiie
— Pour rime, corn celui q'en latin l'a letie. • Or, il faut rapprocher ces vers
de ceux que nous allons citer ((■ &i du ins, XXI de Venise). Après avoir parld
de* deux auteurs inconnu) dont les leuvrcs lui ont servi de sources, Jeun de
Navarre et Gaulier d'Aragon, l'auteur de l'Ënlree en Etpagne ajoute : > C>cs doa
prodomeseeschuni saist pont A pon — Si comc Caries o laQére francon — Entra
en Espaigne conquerre le roion. — Là cumensa je, trcsque la flnisun — Do
iDSfltiE DU POiKT DE l'euvre Gahelon. — D'ilucc svBUt ne firent mencion, —
tlar bien contra Trepin la traison — Que Guenes fiit, etc. • Or, au stijet de ce*
deux textes, deux systèmes se sont produits : celui de M. Gaston Paris, celui de
H. Pio Rajna. Le premier de ces deux savants conclut des vers précédents que
Lïlîcolaa de Psdoue était l'auteur de toulun vastecnsembledc p:^me*,ou, pour
■jrieux pïrter, d'un poëme immense qui comprenait l'£n{rn en Eipagne, la Prite
l-ÂPon^wne et Soncevanx. Nous laisserons ici de cdtéla Priiede Pan^lune,
[ pqr*"l essayé d'établir plus haut que ce poëme (tel qu'il nous est parvenu' n'est
|HU de ta même main que l'fniree en Eipagne, et que Nicolus de Padoue en a
écrit une autre dont le Viaggio ïn Itpagna nous donne la substance ; mis nous
nous arrêterons uniquement à Roncei'aux, et nous affirmerons arec l'auteur du
Hcond lyilème.avec M. Pio Rajna, que Nicolas de Padoue n'apasmùen vers
t'Honeevaux. Voici les raisons qu'en donne H. Riu'na,elnousnou>effi>recronsdD
■Hm résumer aussi rapidement qu'il se pourra. Premier argument ; Nicota*
l Padoue déclare qu'il rimera ■ lu complue de l'f ntrée en E^gne i. Or, qu'est-
r^ que celte • complue >, sinon le récit des événements qui ae aoiil écoulés
enire le retour do Roland venant de Perse, et ta trahison de Ganclon. Roiice-
VOIU, c'cf 1 la Sorlie d'Eipagne, et Nicolas de Padoue ne nous promet quo
d'achever l'Entrée. Second areumcnt : L'auteur de l'fnlr^e en Btpagn»
dit qu'il racontera les faits el gestes de ses hénoa ■ treaqus la linisun — Do
point de l'euvrc Ganelon >. 11 ne pouvait pas nous dire pluscUire-
"au^'i^ '• S'il consulte alors ses barons, c'est qu'il le veut bien;
seul, il prend ses décisions, et ne se gône point pour dire
ment qu'il 8*arrôtcrait juste au point où commence Roneevaux. l\ iMuae, d'ail* leurs, à Turpin le soin de raconter la trahison de Guënes, et tout ce qai ei résulta ; car bien contra Trepin la tràinon. Rien de plus net. Troisième argument: Nicolas de Padoue se serait donné une peine asses inutile en rcoosmcnçant Roncevaux : car il est hors de doute que la version fnuico-italienM du ms. IV de Venise circulait alors dans ritnlie du Nord, ainsi qae d'antm textes analogues. Quatrième argument: On a prétendu que la ^psyns en prose d*aburd, et ensuite la Spagna en vers, reproduisaient raffiilMihrtiii de cette partie de Nicoliis de Padoue qui n*est pas parvenue jusqu'à nou, et en particulier de son Roncevaux, On s'était flatté de pouvoir ainsi reeonstniire toute l'œuvre du Padouan. Mais s'il en était ainsi, cette partie reconHitaée devrait être calquée sur la Chronique de Turpin, sur des textes latins du mtee ordre, et c'est de la sorte qu*on avait compris le « bien contra Trepio II traïson ». Eh bien ! si nous ouvrons la Spagna en vers ou la Spagna en proie, nous y trouvons un récit de Roncevaux qui ne ressemble pas è^ celui de Tsrpin, qui en diffère três-iiutablemcnt. Donc ce récit ne saurait être emprunté i Nicolas de Pudoue, à un poète qui se serait promis de suivre trèi-fidèlenieDt la chronique du faux Turpin. Ces récits de la Spagna en vers et de la Spagna en prose, nous les allons reproduire tout à l'heure, et ron se convaincnde l<!ur dissemblance profonde avec les textes latins. Tels sont les quatre principaux arguments dont nous nous servons, après Rajna, pour démontrer que Nicolas de Padoue n'a pas rimé de Roncevaux. =/Qttoi qu'il en soit, nous voici arrivé i une cinquième époque do cette histoire du Roland en Italie, et nous avons encore ici à signaler un débat des plus intéressants entre MM. G. Paris et Pio Rajna. Lorsque nous publiâmes la première édition de nos Epopéei, nous voulûmes y résumer la doctrine de M. Gaston Paris. Entre les romans fhmco-italiens dont nous venons de parler, d'une part, et, d'autre part, la Spagna en vers qui était attribuée à Sostegno di Zanobi, M. Gaston Paris avait établi, d'une façon très-spécieuse, qu'il avaitdù exister un traitd'union. Et ce trait d'union, il n'avait pas hésité à le signaler dans ce huitième livre du Reali, dans cette Spagna en iiroso qui avait été découverte en 183(1 par M. Rankc, dans la bibliothèque Albani à Rome. 11 est vrai que le manuscrit découvert par M. Ranke était seulement du xvr siècle; mais on supposait, avec assez de vraisemblance, que ces derniers livras des lieali avaient dii être composés à la même époque que les preinit-rs, c'est-à-dire « vers le milieu du xiv* siècle ». L'auteur de la Spagna en vers n'aurait écrit, selon M. G. Paris, que dans la seconde moitié de ce sièch; et se serait plus ou moins guidé sur la Spagna en prose. Et j'en étais arrivé à dire dans ma Notice du Roland : « Les romans italianisés ont donné naissance aux Realiy les Heali à la Spagna en vers, et la Spagna en versa tout le mouvement épique italien du xV et du xvi* siècle, n Telles étaient les conclusions de M. Gaston Paris que j'avais adoptées. Mais après le livre de M. P. Rajna {la HoUa di Roncisvidle nella lelleralura cavalleresca italiana)y il en faut bien rabattre. Le jeune êrudit italien s'etrorce de démontrer ces deux propositions : 1** La Spagmi en vers n'est pas cal({uée sur la Spagna en prose ; mais chacune des deux œuvres est distincte de l'autre, et le prosateur attaque plus d'une fois le poëte. 2* La Spagna en prose est notablement postérieure à la Spagna en vers, et c'(?st ce que M. P. Rajna essaye d'établir d'après un nouveau manuscrit de l'œuvre en prose qu'il a eu le bonheur de découvrir (c'c>t le troisième des manuscrits cotés Cl dans la bibliothèque Médicis ; Suppl. auCatal. Bandini, III, col. 295, 296); Ce manuscrit est de la fin du xv* siècle, et Vauleur y cite souvent la version en vers. Do^'c, cette version est antérieure, il faut donc
iUIi
ANALYSE DK LA CHAf/SOf/ DE ROLAND. SSn
in et à un Roland : « N'ouvrez plus la bouche, » avant que je vous l'aie permis . a
renoncer it voir, dans la Spugna en prose, le irait d'union entro Ica romans tranco-itolient pt la Spagna en Tcra. Mail où H. Gaston Paris a pleinement raison, c'nt quand il voit dans ce dernier poëme le prototype de la Tonne épique en Italie. Cotlc pnrlia de ta Ihbse reste i l'abri de la diieussion, et c'est pourquoi il convient d'attacher i noire cinqujime période le nom de la Spagna en vert. Cette Spagna est, en réalité, une œuvre anonyme : car, pour l'attribuer i Soitegno tli Zanobi, on ne peut s'appujer que sur une stance qui Riil défaut dans la première édition (Bologne, itSÎ) et dans les manti- «crits. Ceiti tort, d'ailleurs, qu'on l'appelle ■ Spagna iiloriata • : car le mot ittoriata n'eit justitlé que par les grossières images qui en ornaient le texte. Le aljtc prouve, i chaque page, que nous avons aTairo t l'œuvre d'un poëte populaire, et la langue démontre que ce pacte élttil Toscan. L'ouvrage, d'après Rajna, aurait été composé entre 1350 et I3B0. Le meilleur manuscrit, le manu- Kril tfpa est celui de la Laurcnllenne {pi. ic, int. eod. 39), lequel tut achevé le t4 niai IITI. Quant aux sources do la Spagna envers, il Tant nettement diatiDguer entre la partie de ce poSme qui est antérieure à la trahison de Canelon et celle qui lui est postérieure. Pour la partie qui est antérieure à la trahison de Canelon, l'auteur de la Spagna en vers suit généralement Nicolas de Padoue ; mais il n'en est plus de même pour les faits qui suivent la trahison de Ganelon, et H. p. Rajna établit avec la plus grande précision, que le polile, ■u commencement de celte seconde partie, a suivi d'abord un texte de la Chanmn <U Roland (meilleur que le fr. IV de Venise); puis, nu milieu, an récit de la prise de Sarbonne, et, ilann.leB remaniements du Rolawf. Suivant rhjpothèse ta plus plausible, le poëte toscan, pour composer l'ensemble de son nnvre, a eu sous l<-s yeux un manuscrit où d^à se trouvait réalisé le mélange de TRtttrte en Espagne, de la PriM de Narbonne et de la Ghamon de Roland, qui est particulier à l'Italie. — Imprimée pour la première fuis â Bologne en 1487, la Spagna àtoriala a été réimprimée h Venise en 1488, ISU. 1534, tS51, tô64, et il Milan en 1Gt2 et en IG19. Ce fut un grand succès. — Cette .Spagna en vers a été remaniée ou plutdt imitée asseï librement, et deux numu- UtciUile>Riccardiano>(cod.S8T9, lin du xV siècle), le • Ferraresei(Bih1ioth. ^•Onununole de Ferrare, manuscrit qui, probablement, eut l'œuvre d'un scribe ^KOrt en I47Q), nous ocrent le texte de celle imilation. A ce remaniement, Ji leette imitation qui diffère aises notablement du pofmo prîmllir, M. Rajna a donné tvec raison un titre particulier : ■ fa Rolla Ji/tono'iniaJfea, et toute celle ptrtio de son travail est absolument originale. Lu RoUa di Rimcisvallê, en d'uitres termes, est la version de la Spagna en vers contenue dans les deux nuoiuorits • Riecardiano ■ et ■ Ferrarese >. Ces deux manuscrits, au reste, ne H ressemblent pas absolument cl rcmautenl tous deux A un original commun, qui, suivant Rajna, a dû être composé avant 1430. La Aolla a été imprimée t Florence s. d.. et en 1590; A Sienne, en 1607, etc. Ajoutons, avce le savant italien, que ce poëme. Tort inférieur A la Spagnaen vers, est sans doute l'œuvre ClUI pOJStB populaire, comme le prouvent les versdeonse syllabes, tes assonances lieu de rimes, la négligence deslyle, etc. Ce poète étail pe ut- ilrc Florentin, 'est une hypothèse que M. P. Ri^jna entoure de preuves aisex rnibles, >sixième époque nous donnerons le nom d't époque de la Spagna Die D. Cette Spagna en prose était celle que nous appelions dans notre pRoiiAre édition ' liSpagna des Heali' et A laquelle nous raisions alors, d'après H. Gasion Paris, une part beaucoup trop considéiable. C'est celle que l'auteur de THitUnre poétique de Charlemagne considérait comm<' le trait d'union entre "' ' de Padouo cl la Spagtui on vers. Il importe singulièrement de s'en-
ANALYSE DK LA CIIMiSOy VS IWLAiW.
Quel sera donc le messager de Charlcniagne"? Roland, rivii n'a pas oublié les outrages de Ganelon, le propose
lendro sur \a Spagna en prose. Donc, il en exiile non pas un seul manufcril, mail THOis au uioini : 1' 11 y > loul il'Bbord le manutcrit de la bîbliotfaèque Albani (tvi* tîàclr) que Raiik-e ddcauvrit tn f830 cl que l'on a longlcmpt regardé cuniine faisant partie inl^ralu ilei Iteati. Les rubrii]ues en ont ils publiées par H. Uichdnnt (JurAAuch fttr romanûclie Literatur, XI, p. I8U el luiv.i XII, pp. eOctsuiv., 217GlsuiT., 396 et luiv.), et H. Gasloa Pario'ea est servi dans son //iiloire poétique de CharUmagne. = ï° M. Pio Rajna a dfo>uvcrl un autre manuscrit de la fin du xv* siicle, dans ta bibliothèque H&licii (3* volume des quatre colés Cl ; SupplémeDl au Catalogue de Bondini, 111, i95, 196). C'est ce mauuscril que H. Rajna a soigneusement analjrsé dans le livre dont nous avons tant profilé. :^ 3* M. Ceruti a publié sous le titre : V'tajg'v iJi Carlo Hagno in Itpogna (Bologne, 1ST1), un manuscrit de la bibliallièqut de Pavie qui cotiliunt une traïsiËme Spagna en prose, laquelle est nolablemeni différente des deux autres et où l'on a notamment intercalé tout un CnlitH. D'où il suit que les trois mtinuscriti de la Spagna, comme nous avioni eu déji l'occasion de le dire, peuvent se diviser en deux lïmîlles : I* Usi. Albani ctHédicis; 3' Ms. de Pavic. Nous donnons plus loin de longues analyses de ces deux Spagna, et nous les avons, pour plus de clarté, imprimées tur deia colonnes. Nous ne pouvons ici qu'} renvoyer notre lecteur, Voy. les Varianlti et Modifications de ta légende. = • Les grands pommes italiens >, tel est le nom quo nous donnerons à notre septième époqtie. Pulei écrit son Uorganle maggiore dont la première édition porlis le inilléiiine 1U5; l'Arétin donne au titre da son Orlankino un caractère plaisant qui ne permet pas d'en préciser la date : • Stampato nclla stampa del maestro délia stinipa, dentri de la citla, in casa e non dcfuora, nel mille... valle cercha. • La première édition de rOrlnrtdo innamoralo de Boiardo est publiée en lUO, à Venise. Ënlin, l'Orlando farioiù de l'Ariostc paraît en 1516. ■ Tuiyours Roland, partout Roland, Certes ce ne sont plus là de véritables Epopées populaires et spontanées. Les amours ardentes, les voluptés lascives, les petites jalousies, le grand style ruisselant et coloré de t'Arioale, ne ressemblent plus guère à la simplicité mâle et à la furouche chislelé de notre Roland. Mais, enfin, ce sont li nos héros, et l'artiste eût en vain cherché des héros italiens dont la célébrité rït comparable k la gloire de notre Charlemagne et de son neveu, i (Hohmd, de L. C, I" éd., Inlrod,, p. cxxxv[ii,^. les pages cxxxvii-cuux ou nous avons donné la traduction d'un long passage de l'Arioste.) ~ Puici, lui, prétendait se moquer de la clievalerie et narguer les chevaliers ; mais, arrivé à la mort de Roland, ce railleur n'y tient plus. Il se sent soudain une grande Ame qu'il veut en vain étouffer, et il pleure magnillquement, il éclate en larmes sublimes. = Les vingt premiers chants de celte œuvre étrange sout, d'après P. Rajnn, le remaniement d'un poëroo ignoré. Comme nous l'avons dit, ils ont été publiés en 1481, et les cinq derniers chants, composés en 1482, n'ont été imprimés qu'en lJg4. En réalité, Piilci a fait pour la cour de Laurent do Hédicia ce <]ue les poêles populaires Caisaient pour les habitués des cafrefours. 11 a, d'ailleurs, des rencontres assez fréquentes avec la Spagna en prose. Rajna se demande, en terminanl.n qui appartient ici l'antériorité ; est-ceâ PuIci, est-ce à l'auteur de la Spagna en prose'.' Le savant italien se prononce oti faveur du prosateur. Voy. les éditions du MorgaïUe, de \eniB<^, 153! (Sabio), 1531, \!M, IMS (Fontancto), et de Florence, (571, etc. => La dernière histoire de la l^nde rolandien ne en Italie serait volontiers intitulée par nous : ■ Après Pulci (. La poésie romanesque • passe alors dans les cours, et ne cherche plus ses inspirations dans la lutte des chrétiens contre les Sarrasins, mais dans les
A>ALVSE DE LA CIHNSOU DE ROLASD. 5fil
alors au choix de l'Empereur. Les Français approuvent un tel choix : une voix s'élève, formée de mille voix, qui
s des chevaliers da BrcUgni!. La libnrlË perdue, 1m I, lei guerres désastreuses, riint laire la *oix des chanteurs :nt BU peupln \v loisir cl renvle do rester uiiîr, en plein xir, pour entendre raconter les histoires du vieux temps. La vie ae retire des « publiques, dnni lei nuisons privées. Hiiis, pendunt un siâcle encore, eu ^mtu de la lai de la force et do la vitesse acquises, on conlinue & lire les ^cien* romani multipliés par l'imiirimerie. • (Itajna, I. 1.) C'est ici qu'il Tant «iler les remanïi! monts de ÏOriaiuto innamoraU), pur Domenïchi (ISIS) et par ~ i (I5tl|; sa conlInuiLiou pnr Agnslini (ISOfi-IB^); les Suitesde l'OrofurioM ducs Pe>caLorc(l5M-15âl)Bti Pauluecio (1513); VAHlaforàe Sarviia (tSIQ); la Dragha iTOrlnnda (1535 et 15â7); les Prime emprae Hel \. OHofuto, par Dolce |157i); la Gran battaglia del gigante llaloma fatle eon Mando (1567) ; le Di Orlaailo sanio vil» e mortf con veiili mile eetilîmi ■^ciri I" ItoKÎvalli, cavala del Calalago de' lanli, et enfin l'Oriando d'Erento Idoino (tr>9T). t Hais enfin, comme le dit encore P. Rnjna, les goCHt el les itunics (c IransFomicnt, el Ira réciU roUndieiis se réfugient dans les eamcooservnlrices obatinécs de la langue, de la religion et de l'ignorance. ■ Cependant Fed. Asïnari publiait eneore son Dell' ira d'Orlando en IT9S, en lidêine i^poqne révolulionnnire, et en I80T il se trouvait encore un po^Ic pour imer îles vlavei sur la mort de Ilolaiiil. Apriis la Morlt ^Orlimé> d'Ermoba larbira, il n'y a plus rien â citer. Le rdie de la poMe est Uni : celui de 'érudition v
Ndoino wnt