J. DESNOYERS
INTRODUCTION
Les grands catalogues de livres relatifs à Thistoire de France comprennent tous des listes phis ou moins étendues de Mazarinades ; mais ces listes sont toujours fort incomplètes : elles ne contiennent guère que des titres réduits, qui ne peuvent pas aider le travailleur dans ses recherches; on y trouve à peine quelques renseignements sur les auteurs, sur Torigine et le caractère des pamphlets , sur la pensée politique qui les a dictés , sur les rapports de polémique qui existent entre plusieurs, sur les différentes éditions qui en ont été faites , enfin sur les obstacles que Tactiou de la justice a opposés à leur publication. Rédigées d'après des collections particulières, elles affectent la méthode que les possesseurs avaient appliquée dans le classement des pièces. Ainsi , Tordre chronologique a été adopté pour le catalogue de La Vallière ; et l'arrangement des cartons de M. Leber résulte d'une combi* niâson des matières et des dates.
Le père Lelong et ses savants continuateurs n'ont pu que se conformer au plan général sur lequel a été conçu le laborieux édifice de leur Bibliothèque : ils ont suivi l'ordre chronologique. Leur liste est, de toutes, la plus étendue sans contredit; elle comprend mille
II INTRODUCTION
quatre cent trente-trois Mazarinades. Les titres sont en général exacts , les notes nombreuses et parfois assez développées. Pourtant, ce n'est pas encore là un travail complet; ce n'est pas même un travail suffisant. La science et l'attention des auteurs n'ont pu le défendre d'un peu de confusion; et dans la confusion, il s'y est glissé quelques doubles. Il me serait facile, d'ailleurs, d'y signaler des lacunes énormes et des erreurs considérables. Enfin , les reproches que j'ai faits aux listes des catalogues , je les ferai à celle de la Biblio^ thèque historique, avec le même fondement , quoique dans lyie autre mesure.
Je ne crois pas m'avancer trop en disant que jusqu ici on n'avait pas encore étudié les Mazarinades dans leur ensemble ; qu'on s'était contenté d'apprécier isolément celles que l'on avait rencontrées, sans les chercher peut-être; qu'on s'était borné à quelques anecdotes vérifiées avec peu de soin , à quelques jugements acceptés sans contrôle, et qu'ainsi la bibliographie des pamphlets de la Fronde était un travail à faire en quelque sorte tout entier.
Que sait-on des Mazarinades au delà de ce que Naudé nous en a appris dans son Mascurat? Presque rien. Le Mascurat j cependant, n'est qu'une défense du cardinal Mazarin contre les pamphlétaires. Naudé n'envisage qu'à ce point de vue les publications des frondeurs, si ce n'est qu'il en apprécie quelquefois la valeur purement littéraire ; et à cause de cela, il en néglige le plus grand nombre. D'ailleurs, la première édition du Mascurat est d'août ou de septembre 1 649 ; la seconde, du commencement de 1650, c'est-à-dire qu'il n'a pu y être question que des pamphlets publiés pendant le blocus de Paris, et tout au plus quelques mois après. Nous n'avons sur les trois dernières années de la Fronde que les renseignements épars dans les mé-
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moires du temps , dans quelques ouvrages de critique ou de polémique et dans les pamphlets eux-mêmes.
Aussi I toutes les questions qui se rattachent aux Mazarinades, sont-elles restées fort incertaines. On s'est accoutumé à dire que les pièces qui ont paru pendant les luttes de Mazarin contre le Parlement et contre les princes, doivent être au nombre de sept ou huit miUe. Pourquoi ? V Interprète des écrits du temps en compte huit cents à la fin de mars 1 649. Naudé parait accepter ce chiffre : il dit sept à huit cents. Guy-Patin , dans une lettre du 1 5 mars, ne parle que de cent cinquante; ce n'est évidemment pas assez. Dans ÏÀdUeu et désespoir des auteurs , il est dit trois mille cinq cents; c'est trop. Prosper Marchand , dans son Dictionnaire, au mot Anti-désintéressé, a adopté les calculs qui suivent : du 6 janvier au 1®' mars, deux cait quatre-vingt-six pièces ; du l^mars au 20, cent soixante-quatorze ; du 20 mars au 1 ^ avril, deux cents. Je ne sais pas où il a pris ce dernier chiffre; mais certainement les deux premiers sont empruntés aux deux Lettres d!un gentilhomme suédois y avec une légère transposition. Le gentilhomme suédois donne, en effet, deux cent quatre-vingt-quatre pièces au l®** mai*s, et au vingt, cent soixante-seize. Il existe une Lettre du sieur Lafleur, qui contient une liste de cent dix pamphlets au 9 février 1 649 ; mais cette liste fait à peu près double emploi avec celle de la première Lettre du gentilhomme suédois. Deux ans après, en 1651, Fauteur anonyme du Frai caractère du tyran n'annonçait pas moins de onze mille pièces; mais dans un autre pamphlet de la même date , les Dernières conmisions de la monarchie , on s'en tient à dix-huit grands volumes ; ce qui , d'après les calculs les plus exagérés, ne pourrait jamais faire plus de douze à quinze cents Mazarinades.
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Voilà toutes les données qu'il m'a été possible de recueillir. Sans doute il n'y a point à en tirer de conséquences absolues; cependant on peut remarquer que l'évaluation la plus élevée qui se puisse accepter pour le temps du blocus, est de huit cents. Le total des chiffres adoptés par Prosper Marchand ne monte qu'à six cent soixante; et les deux Lettres du gentilhomme suédois, qui méritent le plus de confiance, puisqu'elles contiennent les titres des pièces, ne présentent qu'une somme de quatre cent cinquante pamphlets jii^qu'à la date du 20 mars.
Comptons mille Mazarinades pour toute l'année , à cause des actes officiels , tels que déclarations , édits, ordonnances , arrêts , qui n'ont pas été relevés dans les Lettres avec toute l'exactitude possible , et aussi à cause des plus insignifiants libelles, qui ont pu être négligés. Quelque envie qu'en eussent les plus hardis comme les plus obscurs pamphlétaires , la presse ne put pas vivre longtemps^ après la paix de Saint- Germain , dans la liberté sans frein qui lui avait été accordée pendant le blocus. La justice, qui avait consenti à fermer les yeux , les ouvrit. Le Parlement i:endit des arrêts; et le lieutenant civil fit saisir les pamphlets, arrêter les libraires, les imprimeurs, les colporteurs. Ce fut un moment de lutte très-vive entre les premiers efforts de Tordre, pour reprendre l'empire, et les dernières tentatives de la licence, pour maintenir sa possession ; mais ce ne fut qu'un moment. Il y eut certainement des publications frondeuses après la paix; il y en eut de violentes, de grossières, de cyniques; il y en eut de très-remarquables à des titres divers; mais il y en eut peu. Donc, en admettant même le chiffre de \ Interprète des écrits du temps ^ je ne crois pas qu'on doive porter beaucoup au-dessus de mille le chiffre des Mazarinades pour l'année 1 649.
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Cette année pourtant ne fut ni la moins active, ni la moins féconde. Âinsi^ en calculant que la Fronde , dans ses diverses phases, de janvier t649 à octobre 1652, a produit quatre mille pièces environ , on ne doit pas être très-loin de la vérité. L'essai de bibliographie que je publie , après des recherches poursuivies sans relâche depuis huit ans, contient moins de quatre raille titres.
Mais je ne compte , ni, dans les journaux, tous les numéros qui ont suivi le premier, ni , dans les pam* phlets, toutes les suites et les éditions successives qui ont conservé les mêmes titres , ni, dans les actes officiels, ceux qui ont été enregistrés par la Chambre des Comptes ou par la Cour des Aydes, quand ils Tavaient été déjà par le Parlement. Or, ce n*est pas exagérer que d'en porter le nombre à sept ou huit cents, peutêtre mille.
J'ai rencontré , il est vrai , quatre-vingt-deux titres qui n'ont pas pu avoir de rang dans mon travail ; les uns, parce qu'ils désignent des pamphlets qui ont échappé à toutes naes recherches; les autres, parce qu'ils ont été tout simplement empruntés à la Gazette. Mais parmi les premiers, il en est quelques-uns qui me paraissent inexacts, et qu'il faudrait peut-être appliquer à des pièces qui jn'ont passé sous les yeux; d'autres pourraient bien appartenir à deB Mazarinades demeurées manuscrites. Je n'avais point à m'occuper des derniers*.
La collection du duc de La Vallière , la plus curieusement faite, puisqu'elle avait été commencée par Se-
* Cependant pour ne rien négliger, je les ai recueillis et portés , tous , aux places que leur assignait l'ordre alphabétique. Mais je les ai marqués d'un astérique. Ainsi on les trouvera toujours facilemept , sans qu'il soit possible de les confondre avec les pamphlets que j'ai vus, touchés, lus, et dont je puis certifier l'existence.
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cousse j était aussi la plus nombreuse de toutes celles qui ont été classées avec quelque miéthode. Elle se composait de soixante-sept cartons. A citiquante pièces par carton , elle n'en aurait encore donné que trois mille trois cent cinquante; à soixante, quatre mille vingt. Mais soixante, cinquante même sotit des moyennes évidemment trop fortes. Il est tel pamphlet, V Histoire de la prison de M. le prince^ par exemple, qui remplirait presque, à lui seul, un carton. Je suppose d'ailleurs que la collection avait été scrupuleusement purgée de tous les double^.
On comprend que Naudé n a pu, que par une exa^ gération poétique, parler des Mazarinades de 1649 comme d'essaims de mouches ou de frelons qu'auraient engendrés les plus grandes chaleurs de l'été : quàm sit muscarwn et crabonuni^ quUm calet maœimè. Il cite, quelque part, un écrivain du Pont-Neuf qui a publié, à lui seul, jusqu'à six pamphlets dans un jour; et cependant il ne fait pas difficulté d'accepter, pour le temps du blocus de Paris , le chiffre de sept ou huit cents. Ailleurs, pour prouver la fécondité des pamphlétaires, il dit qu'on a vu paraître trente libelles par semaine. A ce compte, il n'y en aurait eu que trois cent soixante jusqu'à la paix de Saint-Germain.
Au reste, j'aurai occasion de démontrer que les Mazarinades n'ontpas toutes été imprimées. Loin de là; comptez qu'un quart, peut-être, est resté manuscrit»
Je ne prétends certainement pas être arrivé, par ces calculs, à déterminer d'une manière positive le nombre des pamphlets de la Fronde; j'ai seulement voulu montrer que je ne me suis pas arrêté, dans mes recherches, feute de patience ; que j'ai pu croire mon travail à peu près aussi complet que possible, dans l'état des études sur les Mazarinades; et qu'il m'est permis de le présenter avec quelque confiance. Du
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moins esUil vrai qu'il n'existe point de collection j point de livre, qui aient pu me servir de guide et de modèle. Ce sera tnon excuse.
Le cardinal de Retz a dit, quelque part, dans ses Mémoires : K II y a plus de soixante volumes de pièces composées dans le cours de la guerre civile ; et je crois pouvoir dire, avec vérité, qu'il n'y a pas cent feuillets qui inéritent qu'on les lise. » Le père Lelong n'en a conclu qu'une chose : c'est qu'apparemment, le cardinal ne fiaiisait cas que des pamphlets qu^il a publiés lui*méme, et qui, en effet, ne comprennent guère moins de cent feuillets. Je ne souscris pas tout à fait à cette conclusion , assez méritée pourtant ; car je me souviens que le cardinal de Retz a loué aussi, dans ses Mémoires j les pièces que Caumartin, Patru, Portail ont écrites pour lui; mais je crois que son jugement général sur les Mazarinades est trop sévère. Il est vrai que les publications de la Fronde ne sont ni aussi vives, ni aussi spirituelles que les pamphlets de la régence de Marie de Médicis ; comme ces pamphlets n'ont ni l'originalité, ni l'àcreté, ni la verve des libelles de la Ligue. U y a , dans cette succession de temps, un mouvement très>sensible de dégénérescence. La cause s'en découvre aisément ; elle est dans l'abaissement des intérêts, qui a eu, pour conséquence immédiate, l'affaiblissement des passions.
Mais il faut dire, cependant, que la Fronde a publié des pièces très-amusantes , très-gaies, qu'on peut lire encore; des pièces très>hardies, très-importantes, qu'il faut toujours consulter pour la vérité de l'histoire. Parmi les premières , je citerai : V Agréable récit des barric€ides ^ la Lettre au cardinal burlesque, Vlnter^ prête des écrits du temps, la Plainte du carna\^al , le Terme de Pâques sans trébuchet, la France im duc
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dOrléans endormi ^ le Burlesque remerciement des imprimeurs aux tmteurSj le Ministre d^État flambé y les Triolets de Saint-Germain , la Remontraru^ bur^^ lesque du Parlement, la lettre joviale à M* de Lahoulaye, la Question dasthicotécy le Dialogue des deux GuépinSy etc. ; parmi les secondes, le Contrat de ma^ riage du Parlement a\fec la ville de Paris , la Lettre du chevalier Georges , la Contribution d^un bourgeois de Paris y le Manuel du bon citoyen , la Lettre d un religieux au prince de Condé, la Décision de la question du temps, les Raisons ou les Motifs véritables de la défense du Parlement, le Censeur politique au très-auguste Parlement de Paris, XAnathème et t Excommunication dun ministre d^Etat étranger, Vj4pologie pour monseigneur le cardinul Mazarin, le Sommaire de la doctrine curieuse du cardinul Mazarin, la Lettre d^un secrétaire de saint Innocent à Jules Mazarin, le Factum servant au procès criminel du cardinal Mazarin , le Catéchisme des partisans, le Catéchisme royal, la Parabole du temps présent, \Avis , Remontrance et Requête par huit paysans , Y Avis à la reine sur la conférence de Ruel, les Demandes des princes et seigneurs qui ont pris les armes avec le Parlement^ la Lettre d^avis écrite au Parlement de Paris par un provincial, la Requête civile contre la conclusion de la paix , ï Apologie pour messeigneurs les princes envoyée par madame la dur chesse de Longueville, la Lettre des princes prisonniers au Havre, le Vraisemblable sur la conduite du coadjuteur, le Vrai et le faux du prince de Condé et du cardinal de Retz, la Lettre (tun marguilliery la Défense de l* ancienne et légitime Fronde, les Intrigues de la paix y la Doctrine chrétienne des bons François, la Croisade pour la conservation du roi et du royaume , le Tarif du prix dont on est convenu (pour l'assassinat de Mazarin)^ ï Esprit de paix , V Histoire de la prison
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de M. le Prince y la Bataille de Lens , la Lettre d*Ariste à Nicandre sur la bataille de Réthely etc.
Les pamphlets de 1 649 n'ont , pour ainsi parler^ que deux sujets : la maltôte et Mazarin. Les financiers, traitants 9 partisans, monopoleurs , ont fait les frais d'une moitié des écrits sérieux ou burlesques de cette première année de la Fronde; Mazarin, de l'autre moitié. C'est alors qu'ont paru sa Confession, son Tes-' tament, et ce que j'appellerai ses Heures, le Sahe Regina. Vin manus, le Deprofundis, etc. La reine régente, odieusement outragée, calomniée, trouve à peine un défenseur, comme le père Magnien ; mais le roi est l'objet des respects et de l'affection de tous. Cinquante, cent pamphlets le comparent au soleil, qui dissipe les nuages, dont les rayons répandent sur la terre une chaleur féconde , ^ vers qui toutes les fleurs se tournent avec amour. Cette comparaison est une sorte de lieu commun de l'éloquence parlementaire, comme de la presse frondeuse. On la trouve, à Paris, dans les harangues de l'avocat général Talon ; à Bordeaux, dsms celles du président de La Tresne. La Fronde avait pris pour devise et elle avait brodé sur ses drapeaux ces trois mots latins : Querimus regem nostrum : Nous cherchons notre roi.
Le Parlement avait ses courtisans et ses flatteurs ; c'est tout simple : il gouvernait; il était vraiment le roi de la Fronde. L'armée de Paris était son armée ; on l'appelait l'armée parlementaire. Les finances étaient entre ses mains ; il levait des impôts par arrêt. Il avait à ses gages un maréchal de France, Lamothe Houdancourt, un prince de la maison de Lorraine, duc et pair de France , le duc d'Ëibeuf. 11 nommait des généraux, des gouverneurs de places. Ses louanges remplissaient bien des cajers, comme on disait alors; mdis elles ne sont pas tellement unanimes qu'on ne
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rencontre, de temps à autre, des critiques sensées, des réflexions hardies , des attaques judicieuses autant que vives.
Je ne parle pas de la presse de Saint-Germain , qui le ménageait peu , on le comprend ; je parle des pièces qui se publiaient à Paris même ; et je cite en exemple le Censeur politique.
Au reste, les pamphlets de 1649 né touchent que bien rarement aux grandes thèses de la politique. A peine en trouve-t-on quelques-uns où Forigine et le droit de la royauté soient discutés ou contestés par incidence. La polémique la plus haute qui se soit engagée, a pour objet cette question : La voix du peuple est-elle la voix de Dieu ? Or, le peuple alors , et c'est un des pamphlétaires qui le fait remarquer, le peuple ne demandait que Fexpulsion de Mazarin.
Ce qui abonde le plus après les pièces financières et mazariniques, ce sont les Prisions, les Apparitions^ les Pronostics. La Fronde entretenait un grand commerce avec les démons , les ombres et les sorciers. Alors elle était sotte ; elle ne savait ni inventer avec art, ni raconter avec esprit. Ce commerce malheureux n'a pas produit une seule pièce supportable.
Dès le commencement du siège de Paris , le Parle-* ment eut sa gazette : c'est le Courrier françois, que publiaient les deux fils de Renaudot. On raconte que leur père, partant pour Saint-Germain avec la cour, leur ordonna de rester à Paris et leur laissa des instructions pour rédiger un journal parlementaire. Son calcul était que le privilège de la Gazette lui serait ainsi certainement conservé, quelle que pût être la suite des événements. La secte des politiques est plus vieille que la Fronde.
Le Courrier jrançois eut un succès immense. Le pain Vkp se vendait pas mieux que ses cayers , dit Tau-
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leur anonyme du Commerce des lettres rétabli. Il flit aussitôt traduit en vers burlesques, sous le même titre. Puis on vit accourir la foule des imitateurs, empressés de recueillir une part des bénéfices de Tinvention ; et successivement parurent, tant en prose qu'en vers : le Courrier plaisant^ le Courrier extras^agant , le Courrier souterrain, le Courrier de la cour^ le Courrier bourde^ lois y le CouJrrier polonoisyle Courrier étranger, le Courrier burlesque de la paix de Paris , le Mercure parisien, le Journal duParlement , le Journal poétique de la ffierre parisienne. L'année 1 649 produisit plus de journaux que les trois autres années ensemble ; mais beaucoup n'allèrent pas au delà de leui* premier numéro ; et peut-être leurs auteurs ne leur avaient-ils pas promis une plus longue carrière. 11 s'agissait simplement d'allécher les acheteurs par un titre que la vogue avait consacré. Les journaux, d'ailleiirs, sont en général d'une rsa*e insignifiance, et quelques-uns, de la sottise la pliis plate.
Il n^en est pas ainsi des pièces burlesques, qui appartiennent également, pour le plus grand nombre, à l'année 1649. Elles se distinguent par l'esprit, par la verve, par la gaieté^ mais aussi par le libertinage. Là Mazarinade est<le 1 651 « Je n'en suis pas moins d'avis que les pamphlets en vei*s qui ont été publiés pendant le blocus et peu après les conférences de Ruel, sont les meilleurs incontestablement.
Enfin je dois signaler une sorte de pièces qu'on ne rencontre plus après la paix : ce sont les pièces de Saint*Germain. DJepuis la fondation de la Gazette, la presse était devenue, entre les mains de ministres habiles , un moyen de gouvernement. Elle instruisait l'opinion publique dans la mesure qui convenait à l'autorité ; elle la préparait à recevoir les impressions qui devaient naître des événements, provoqués ou pré^
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vus; elle lui donnait, pour ainsi parler, le ton que le pouvoir voulait lui faire prendre. 11 faut bien que Ri* chelieu et Mazarin aient tiré quelque utilité de ces communications , mystérieuses encore , puisqu'ils s*en servaient souvent ; et on sait que le roi Louis XIII luimême ne dédaignait pas toujours de s'en servir. Quand les premières résistances du Parlement éclatèrent, quand les assemblées de la salle de Saint- Louis ne laissèrent plus de doute sur le caractère de la lutte qui commençait à s'engager, il ne fut pas difficile de comprendre que la guerre se ferait autant avec la plume qu'avec l'épée. On avait ^expérience du règne précédent; et d'ailleurs on voyait déjà courir quelques pièces manuscrites.
A peine la cour fut-elle établie à Saint-Germain , qu'on installa dans l'orangerie du château une imprimme. Renaudot en eut la direction. Il est naturel de croire qu'il n'avait été appelé de Paris que pour cet emploi. Il était ainsi chargé des publications de la cour; et quelquefois il y mettait la main. J'ai noté plusieurs pamphlets qui sont dus à sa plume, moins élégante , moins con*ecte même qu'exercée. Le 4 mars, le roi visita son imprimerie, et voulut voir manœuvrer la presse. Renaudot raconte, dans la relation intitulée : le Siège mis devant le Ponteau de mer (sic) , qu'il improvisa des vers, dont quelques épreuves furent tirées en présence de Sa Majesté et distribuées aux courtisans. Le roi , avant de se retirer, récompensa magnifiquement les ouvriers.
C'est de cette imprimerie que sont sorties toutes les pièces de Saint-Germain, et notamment les éditions originales des deux billets du chevalier de La Valette. Quoique la cour ne se fût pas fait suivre d'une imprimerie , quand elle crut devoir sortir de Paris dans les années suivantes , elle ne négligea pas pourtant de
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s'adresser au public par la voie de la presse. Le maréchal de L'Hôpital dit au roi, dans Vj4çis sincère : « Votre Majesté sait que, des beaux succès de M. le Prince/ il n'en est pas un seul dont je ne me sois hâté de faire ébaucher promptement une relation à son désavantage. » Et Bussy nous apprend, pages 101 et 1 1 7 du IP volume de ses Mémoires , qu'en 1 6(52 , il lui fut envoyé , de la cour, des pamphlets pour les répandre dans le Nivernais , dont il était lieutenant général.
La plupart des pièces qui furent publiées alors par ordre ou avec la permission du ministre, portent le nom de Julien Courant , imprimeur du roi à Pontoise. Quelques-unes parurent à Paris, où, même au milieu des plus grands troubles , le maréchal de L'Hôpital , gouverneur de l' Ile-de-France , eut toujours son imprimeur breveté. Deux pamphlets , écrits pour la défense du premier, ministre, et peut-être par son exprès commandement, ont été imprimés au Louvre : ce sont les Éclaircissements sur quelques difficultés touchant r administration du cardinal Mazarin^ en 1650, et en 1 652 , les Sentiments d'un fidèle sujet du roi sur Parréi du 29 décembre.
En 1 650, les pamphlets sont grossiers, cyniques, bavards, niais; ou bien ils sont raisonneurs; ils traitent, avec une certaine liberté, des affaires du gouvernement et de la diplomatie ; ils se vantent de dévoiler les secrets de l'un et les mystères de l'autre. Mais il ne faut pas s'y fier : ils sont menteurs. On y trouve beaucoup de récits et d'anecdotes sur les négociations de Munster, sur les prétentions du prince de Condé , sur ses idées d'indépendance , sur son projet de se constituer quelque part , hors de France , une principauté souveraine. La grande affaire de cette année, c'est la prison des princes. Les pamphlets rentrent dans l'une ou l'autre des deux catégories que je viens d'indiquer,
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selon qu'ils attaquent les princes ou qu'ils les défendent. Ils sont d'ailleurs peu nonibreux. Le temps des luttes passionnées^était passé ; ou il n'était pas micore revenu.
Mais l'année 1 651 amena l'alliance des deux Frondes d'abord , puis leur rupture et la guerre des princes. Les pamphlets, alors, prirent un caractère d'audace qu'ils n'avaient pas encore eu. Ils se mirent au service de toutes les haines, de toutes les ambitions; et ils ne respectèrent rien de ce qui fut livré à leurs emportements. On eavit, en 1652, qui provoquèrent hautement l'assassinat du cardinal et le masssacre des mazarins. Il n'y a pas de violence qui n'ait eu ses apolo-. gistes , pas même l'incendie de l'Hôtel de Ville.
Pendant la lutte des deux Frondes, les pamphlets sont personnels, insolents, remplis d'outrages, plus hardis que spirituels , plus emportés qu'habiles , plus raisonneurs que sensés. C'est le temps des pamphlétaires les plus illustres : Gondy, Joly, Sarrazin , Patru, Caumartin , PortaiU La guerre éclate ; et la presse aborde sans hésitation les questions les plus hautes , les plus ardues , les plus imtantes. Elle traite de la constitution de l'État , des droits du roi et du peuple, des privilèges des princes, de l'aristocratie; elle en traite avec passion, mais sans critique et sans doctrine. Le plus souvent sa politique est sotte et sa philosophie niaise ; elle ne sait rien de l'histoire, rien de la morale, rien de l'homme^ rien du gouvernement. Le Mazarin est encore poursuivi avec rage; mais c'est surtout à la reine qu'on en veut. U y a sans doute des personnages qui prétendent à la place du ministre ; mais il y en a aussi dont l'ambition , non moins impatiente , est plus haute. Us voudraient que l'autorité de la reine cessât avec la régence. Louis XIV lui-même n'est pas toujours épargné. Après le combat de la porte Saint- Antoine, un pamphlétaire propose de loger le roi à
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Saint-Denis 9 le duc d'Orléans au Louvre, et le duc de Valois à la place Daupkine.
Une remarque intéressante à faire , c'est que les libellistes réfugiés ont repris contre Louis XIV, avant , comme après, la révocation de Tédit de Nantes, les accusations et les reproches de la Fronde contre Mazarin. Pour s en convaincre, il suffira de feuilleter VAlcoran de Louis XI r^ le Breviarium politicorum , le Véritable tableau de la France , les Maximes de Louis XIV j le Salut de la France à M. le Dauphin, etc. Qu'on me permette d'en citer un exemple, un seul; mais il n'est pas le moins curieux. Un pamphlétaire de la Fronde, Oubosc Montandré , dans le Coup d'État du Parlement des pairs ^ a dit : « Le pouvoir que les Francs donnèrent à Pharamond , à la naissance de leur monarchie , doit être la règle de la royauté françoise et le terme de son ambition. » Jurieu a tourné ainsi cette phrase dans les Soupirs de la France esclas^ : « Pharamond a établi la monarchie françoise sur ces deux lois : la première , que le peuplé serait le maître de l'élection de ses rois; la seconde , que l'autorité des rois serait bornée selon là volonté du peuple. »
Ce que je viens de dire des pamphlets, indique déjà que la Fronde a changé de caractère dans ses diffé* rentes phases. J'ai besoin d'insister sur cet aperçu, pour que ma pensée soit bien comprise.
Au commencement , c'est-à-dire en 1 649 , c'était surtout une question d'impôt, dans laquelle le Parlement de Paris s'était engagé pour l'intérêt du peuple , moins que pour son intérêt propre. L'auteur anonyme du Raisonnement sur les affaires présentes a dit : (( Une question de finances et de tyrannie fiscale. » Celui du Bandeau levé de dessus les yeux des Parisiehs appelle le blocus de Paris , la guerre du droit annuel.
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La France venait de conclure les glorieux traités de Westphalie ; mais elle entretenait encore contre r£spagne , qui avait refusé la paix , trois armées , en Flandre, en Italie et en Catalogne. La guerre lui était fort onéreuse ; car elle payait en outre tous ses alliés ; et Mazarin voulait qu'on fut avec eux d'une parfaite exactitude. Les finances étaient mal administrées. On ne savait vivre alors que d'expédients. Le meilleur surintendant était celui qui avait le plus de crédit auprès des prêteurs d'argent, et qui savait le mieux trouver ce que nous appelons aujourd'hui la matière imposable. Comme il n'y avait pas d'imagination si active et si féconde qu elle pût suivre le mouvement toujours plus rapide des besoins du Trésor, il s'était formé, autour du conseil des finances, une classe d'exploiteurs que nous ne connaissons plus , celle des donneurs d*avis.
Il y avait une prime pour tout avis qui était reconnu, je ne dis pas bon , mais praticable. Puis venaient les traitants qui l'exploitaient. Comme le Trésor n'avait jamais d'argent , et qu'il ne pouvait pas attendre , ils faisaient au surintendant des avances proportionnées aux bénéfices qu'ils croyaient pouvoir se promettre ; et le plus souvent, c'était tout ce qui revenait de l'impôt à l'épargne. On comprend, en effet, que, pour avoir du crédit auprès des financiers, il fallait être très* coulant sur leurs conaptes.
Entre autres pratiqués du temps , je veux citer celleci : les fermiers des gabelles avaient fait insérer dans leur traité une clause qui leur assurait uneândemnité considérable, pour le cas où la vente du sel ne pi*oduirait pas une somme donnée. Or, ce cas se présentait toujours; et voici comment : les fermiers ne payaient pas les officiers des gabelles « dont les gages étaient à leur charge. Ceux-ci toléraient la contrebande, parce
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qu'ils y trouvaient leur profit; et très-souvent, ils la faisaient eux-mêmes. Il en résultait un déficit énorme dans la vente publique. I^ roi y perdait; mais les fermiers y gagnaient y d'abord le montant des gages des officiers y puis IHndemnité qui leur était garantie par le traité.
Sous un pareil régime j avec une guerre glorieuse sans doute, mais aussi très-onéreuse, c'étaient tous les jours, pour ainsi parler, de nouveaux impôts, des eniprunts, des réductions des rentes deTHôtel de Ville, des augmentations de taxes, des créations d'offices. Pari$ supportait la plus grande part de ces charges. Il avait , de plus , deux raisons particulières de se plaindre : au commencement de la régence, Anne d'Autriche avait fait remise d'une partie des tailles aux contribuables. Il en résulta dans le Trésor un déficit. Les traitants ne furent pas remboursés de leurs avances. Le crédit de l'État en souffrit ; et l'alarme se répandit partout. Les bourgeois, inquiets, retirèrent leur argent des mains des financiers. Ainsi la remise des tailles se convertit, pour le commerce, en faillites. C'est la première raison.
Voici la seconde : le désordre des finances qu'on palliait quelquefois, qu'on ne faisait jamais disparaître, avait obligé la cour , d^abord à suspendre le payement des rentes de l'Hôtel de Ville, ensuite à réduire les quartiers, à en supprimer même. Or, ces rentes étaient, toutes , entre les mains des bourgeois de Paris et des magistrats du Parlement.
Le mécontentement était donc grand dans la capitale, qui se ressentait, d'ailleurs un peu, des intrigues et des agitations de la cour. Le Parlement commença de s'échauffer à propos d'une taxe dont d'Emery prétendait frapper, à l'entrée de la ville, différents objets de consommation. Il éclata sur les conditions qui lui
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fqreqt oflfer(es pour jouir de la p^ulettiî. Le suriptendant lui demaodait quatre années de ses gages. Ce fqrent les maîtres des requêtes qui donnèrent le branle. 1^ cour venait de créer, par édit, douze nouveaux offices. Les maîtres des requêtes protestèrent solennellement et en audience publique du Parlement , disant que la valeur de leurs charges en serait amoindrie. C'était encore une question d'argent.
Dans la Iqtte, le Parlement se souviqt qu'il avait attribué la régence successivement à deux reines. 11 affecta , pour mieux jouer son rôle, des prétentions ai^ gouvernement de l'État ; et il se laissa dpnner, s'il ne le prit pas lui-même , le titre ambitieux ^e tuteur des rois. C'est peut-être à cette politique qu'il dut de rester maître de Paris, malgré la présence du coadjuteur de l'archevêque , d'un maréchal de France , d'un prince de la maison de Lorraine, le duc d'fllbeuf, d'un petitfils de Henri IV, le duc de Çeaufort, d^une princesse et d'un prince du sapg royal, la duchesse de Longueville et le prince de Conti. On crut pouvoir obéir sans bassesse au grand corps de magistrature qui se plaçait I^ardiment au-dessus du ministre, au-dessus de la régente même, et qui présumai): assez de sa puissance povir couvrir de sa tuteÛe les rois mineurs. Toujours est-il que sa suprématie n'a point été contestée pendant toute Indurée du blocus , et qu'il a pu faire la paix , quand }\ l'a voulu , malgré le mécontentement de la cour et du cloître.
Mais il arriva aussi que, par cette conduite , il concentra sur lui seul tous les ressentiments de la reine, des princes et des ministres. A Saint-Germain , on ne prêta qu'une attention très-secondaire s^ux questions de finances. On ne vit et on ne voulut voir que la rivalité de pouvoir à laquelle s'était élevé le Parlement. Peu importait que le peuple eût fait les barricades^ et
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que les hpurgecni^ eussent eiigé , les armes à la main , la liberté deBlapçmewil et4e Brousiel. On Tavait oublié ; et cçla ne paraissait pas mériter qu^on s'en souvint. Que des courtisans et jusqu'à des princes fissent la guerre au roi, on ne s'en inquiétait pas. Mais le Parlement avait désappris l'obéissance : il refusait de se rendre à Montargis, que lui avaient assigné, pour résidence, lest ordres de la cour. Le Parlement aspirait à la dqpi^iQf^tiop : il Rivait proscrit , par arrêt , le cardinal Mazarin. Voilà ce qui était regardé, à Saint-Germain, comme la question capitale, je dirais volontiers comme la seule quç^tion . Aussi , dans le même temps qu'on renvoyait, sanst les entendre, lesdéputés du Parlement, le roi écrivait officiellement à l'Hôtel de Ville; et quand Ifi r^ine était sollicitée de revenir à Paris^ elle répon- 49it d'i^ne ms^nière invariable : « Que le Parlement se retire par une porte ; et le roi rentrera par l'autre. » C'était toute la condition de son retour. Nous verrons ailleii^r^ que }a cour se mointra, dans toutes les circonsit^nçes, aussi ^cile, aussi bienveillante avec le peuple que sévère çt fière avec le Parlement.
Ef) 1650 j la Fronde n'est plus qu'une ivtrigue. Le pripçe de Condé, qui, suivant l'expression d'un pamphlétaii*e, ne croit pas que le ciel soit au-dessus de Sa tétte, prétend tout dominer : la cour, le Parlement et le peuple. Le duc de fieaufort et le coadjuteur veulent se vepger du prince. La reine et Mazarin , bien décidés à maintenir l'autorité royale , négocient à la fois avec les deux factions. Us se tiennent prêts à frapper l'une par l'autre, n'importe laquelle. Si Condé n'avait pas été si impétueux et si hautain, on doit penser que la cour ne l'aurait pas sacrifié à la sécurité de trois ou quatre frondeurs, qui pouvaient bien s'allier momentanément avec elle , mais qui n'avaient garde de se livrer.
I>ans ces circonstances, k Parlement se laissa entrai-
II IMRODUCTIOX-
ner un peu par son ressentiment contre le prince de Condé , beaucoup par les menées de qudffues brouillons que soufflait le coadjuteur. 11 suivit le mouvement ; il ne Timprima plus , ne le dirigea plus. Il avait été le principal acteur de la Fronde de 1 649 ; il ne (ut plus qu*un instrument de celle de 1650. Le peuple, fort désintéressé dans cette lutte, dont Tissue ne pouvait lui apporter ni la diminution de ses chaires, ni la paix, mais trop habitué aux émotions de la place publique pour ne pas les accepter sans hésitation et sans crainte, le peuple céda aux inspirations qu'on voulut lui donner. Il célébra Temprisonnement des princes par des feux de joie , et leur mise en liberté par des acclamations.
Il y avait sAovs deux Frondes : celle du Parlement et de la bourgeoisie , qui reconnaissait pour ses chefs le duc de Beaufort et le coadjuteur : on l'appelait la vieille Fronde; celle des princes, qui était la jeune Fronde ; car elle était née après le blocus de Paris.
Mais la vieille Fronde n'avait plus ni Télan qui avait fait les barricades , ni la puissance d'assentiment qui lui avait donné une armée. Elle avait été amoindrie, je ne voudrais pas dire par des défections, non pas même par des conversions , mais par des séparations très-naturelles , que justifient les changements survenus dans la situation générale des affaires. Elle avait été un intérêt ; elle n'était plus qu'une ambition ; moins qu'une ambition, une inquiétude, je ne sais quel besoin d'agitation et de bruit. Elle tendait a se personnifier, en quelque sorte , dans un petit nombre d'hommes et de femmes, qui ne pouvaient se l'assimiler que pour en faire une intrigue. Quelques-uns de ses membres influents l'avaient donc abandonnée pour la jeune Fronde, d'autres pour la cour.
Trop faible pour agir seule désormais , on la voit ,
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en 1650, contracter alliance avec le cardinal Mazarin, et lui livrer le prince de Conti, le duc de Longueville et le président Perrault, pour se garantir contre les ressentiments du prince de Condé, et, en 1651, s'allier au prince de Gondé, pour tâcher de renverser le cardinal Mazarin. Dans cette même année 1 651 , elle se rapprocha encore une fois de la cour, pour combattre avec elle les princes, dont elle avait provoqué la mise en liberté par des pamphlets et par des arrêts du Parlement; mais, toujours inquiète et toujours mécontente, elle se rejeta bientôt dans la jeune Fronde , sans pourtant s'y confondre tout à fait. Malgré Tautorité du duc d'Orléans, qui consentit à lui prêter son nom, malgré l'activité et l'audace du coadjuteur, elle ne put jamais s! élever au-dessus du rôle secondaire auquel la paix de 1649 l'avait réduite.
C'est au milieu de ces complications que la guerre de 1651 éclata. La Fronde des princes, la jeune Fronde est sur le premier plan. Les armées lui obéissent , même celle que le duc de Beaufort commande avec une commission du duc d'Orléans. Elle domine Paris en dépit des résistances du coadjuteur; et quand, après le combat de Bleneau , le prince de Condé se présente aux portes de la ville, elle traîne l'oncle du roi lui-même sur les pas du victorieux.
Des intrigues et des vanités de cour, des haines privées, des préoccupations personnelles, des liaisons honteuses et immorales, voilà tous les mobiles de cette guerre. Sans doute le Mazarin est toujours pris à partie; mais il n'est plus guère qu'un prétexte. Au fond , toutes les factions s'arrangeraient fort bien de lui, si elles pensaient trouver, dans un accommodement, leur sûreté d'abord, et puis la perte de leurs ennemis. Le fait est qu'elles négocient à Tenvi les unes des autres. Condé aimerait mieux Mazarin que le coadjuteur;
MU INTRODUCTION
et le coadjuteur préférerait à Gondé le Mazarin . Le duc d'Orléans est résigné à tout; 6n devine aisément qd'àu premier ordre du roi, il quittera Paris, sans s'inquiéter de ce qui éh arrivera pour ceux qui Tout serti, ou plutôt qui se sout servis de son nom et de son autorité. Le Parlement, opprimé par les intéressé]^ et les brouillons^ est un instrument qu'on laissera briser, cfuand on n'en aura plus besoin ; et les bourgeois s'éloignent des partis àTec dégoût , pendant que le peuple crie ûii palais , en attendant l'incendie de l'Hètel de Ville.
La cour, cependant, suit avec fermeté Ib plan trèshabile qu'elle s'était tracé dès le premier jour. En 1 649, elle avait affecté de séparer le peuple du Parlement ; en 1652, elle le sépare encore du parti des princes. Même au milieu des plus grandes fureurs de la guerre , elle n'a pour lui que des paroles dé compassion , des prévenances et des caresses. J'en veux eiter un exemple. Dans le temps que la cour était à Pontoisè,* par Ordre exprès du roi , le pain de Gonesse fut réservé exclusivement pour le marché de Paris ; et Louis XI V en donna, lui-même, avis au prévôt des inarchands, par une lettre en date du 1**^ juillet 1632. La cour poussa la complaisance jusqu'à faire escorter, par des détachements de l'armée royale , les boulangers qui se rendaient à lia ville. Il faut voir ^ dans les paiiiplhlets de l'époque, l'effet immense de cette mesure si simple.
Une anecdote de 1 649 se présente ici naturellement à ma pensée. Elle est^ en effet, la contre^partie , pour ainsi dire, de celle que je viens de raconter. Je Tempt*unte au Manuel dit bon citoyen, k Dernièréihent , par un stratagème qu'on ne peut honnêtelnent hotAmér, on fit cesser l'ordinaire des officiers du roi. Il n'y eut bon bourgeois qui n'en fût indigné, et qui n'offrit sa bourse pour réparer ce scandale. » C'était pendant le blocus de Paris.
INTRODUCTION. xxin
J'ai le droit, assurémetit, de dire que quand, au mi* lieu des luttes ardentes de 1 652 j les pamphlétaire^ touchaient aux c|uestidns les pluâ hautes et les |)lus délicates de la politique, c'était pure théorie. Ni le duc iïOtléàhs ni le prince de Condé ne pensaient à Tiièurpation ^ et jamais le peuple ou le Parlement n'aùràli été jit^uë-là.
Je lie sais pas ce (}u'il faut penser de Tanecdote d'un haùssë-dol dé là Ligue, qui aurait été brisé sur une encldiiie par brdre du coàdjùteur. Elle est peut-être \tà\e ; mais le cardinal de Retz a-t-il bien pu écrire sérieusement, vingt ans après la Fronde, qu'il avait craiijt dé voir renaître les furieuses passions de 1 588 ? J'àuràià beaucoup de peiiie à accorder qu'un reste du Vient levain eût fermenté encore dans quelque obscuiL. réduit. Je nie absolument qu'il ait été pour quekjue chose dans l'irriiatiorl de la bourgeoisie et dans lès eilipottéthents du pieuple. Au plus fort dU blocus , le 20 fëVrier, ori célébrait à Notre-Dame avec le àiême éclat , avec la méfnë pompe , avec le même concours de peuple que par le passé , la messe comméïtiorativé de Fetitrée de Henri IV à Paris.
Riëii ne ressemblait moins à la Ligue que là Frondé. Ce n*ëtî était ni un souvenir, ni une parodie, comihé on l'a dit. Lès pensées du Parlement ou du peuple îàe i'emontaiedt ni si haut, ni si loin. Je n'ai vu qu'iiti seul patnphlet de la Ligue que les Frondeurs aient téimpHme. Il traite de la situation des finances sous lë roi Heiiri ttl.
Si l'on veut trouver une similitude, il faut la chercher dahs les ti'ôubles de la régence de Marié de Itfédicis. Là elle est grande fet presque complète. Ce sont , du icôté du Parlement , les mêmes prétentions ; du côté des princes, les mêmes ambitions ; du côté du peuple, la même résistance à l'impôt ; du côté de la
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cour, le même système de gouvernement. Aux deux époques, un roi mineur, une reine mère régente, un ministre étranger, italien ^ que manque-t-il ? Les états généraux comme en 1614? La noblesse les a demandés avec opiniâtreté ; deux fois, la reine régente les a convoqués ; et une fois du moins , le roi les a promis. Dès Tannée 1 649, une lettre circulaire du roi, en date du 23 janvier, ordonna que rassemblée des états généraux se tiendrait, le 15 mars, à Orléans. Cependant il n'en fut question , lors de la paix , ni dans le;s articles de Ruel, ni dans ceux de Saint-Germain. Personne même, pendant tout le cours des conférences, ne parut s'en souvenir. On peut croire qu'en 1 651 , les élections furent faites et que des députés se rendirent à Tours, pour y attendre l'ouverture des états généraux, qui devaient s'assembler le 8 septembre; mais les événements de la guerre civile détournèrent les résolutions de la cour et l'attention publique. En 1652, dans le mois de février, les gentilshommes des bailliages autour de Paris firent, à Magny ^, un acte d'union qui renouvelait l'acte signé, le 6 février 1651, dans le grand couvent des Gordeliers. On se réunit encore à Maintenon, à la Roche-Guy on, à Dreux ; on envoya des députés au roi, qui promit les états généraux pour le 2 novembre; mais la Fronde finit le 22 octobre ; le roi rentra dans Paris, avec son armée , aux applaudissements des bourgeois et du peuple. On ne pensa plus qu'à obéir. La noblesse avait essayé de reprendre les errements de 1 61 4 ; mais le Parlement l'avait contrariée ; et le Tiers État l'avait abandonnée. Le Parlement qui fit la paix de Saint- Germain en 1649, n'avait pas même daigné parier des états généraux, qui devaient pourtant, aux termes de
' Voir le Journal de l'jÉssemblée de la noblesse.
INTRODUCTION. xxv
la lettre du 23 janvier, s'ouvrir quatre jours après la clôture de la conférence de Roel ; en 1 651 j il avait menacé d'un arrêt l'assemblée de la noblesse. Pendant les quatre années de la Fronde , on ne voit ni un acte de l'Hôtel de Ville de Paris, ïii une manifestar tion de la bourgeoisie ou du peuple qui, sur ce point, ne se conforment aux dispositions du Parlement.
Faut-il ajouter qu'en 1 648 , comme en 1 61 0 , on sortait d'un règne victorieux et fort, et que si Henri IV avait livré Biron au bourreau , Louis Xill lui avait abandonné Chalais, Marillac, Cinq-Mars, Montmo* rency ? Mais Marie de Médicis était loin de posséder le jugement , la fermeté , la constance d'Anne d'Autriche ; et Concini n'avait pas plus l'habileté infinie , la pénétrante sagacité que la souplesse merveilleuse de Mazarin. Les rapports d'analogie qui existent entre les deux époques, sont si frappants qu'on put reprendre, pour la Fronde , des pamphlets de la minorité de Louis XIII, sans craindre de n'étr^ pas compris de la multitude. C'est ainsi que parurent en 1 649 et 1 650» les uns avec quelques modifications nécessitées par les changements de personnes, les autres dans toute la pureté de leur texte primitif: Y Ambitieux ou le Portrait d'Elias Sejanus, le Sejanus romain, VMvis salutaire donné à Mazarin pour sagement vii^re à Vas^enir^ le Bori François à M. le Prince^ le Caquet de t accouchée y le Diogène françois , le Donnez-^vous de garde du temps qui courte le Gentilhomme françois armé de toutes pièces j les Lunettes à toutes -âges, \e Manifeste de M. le Prince ensfojré au C, le Dialogue du berger Damon et de la bergère S/li^ie, qui , composé pour l'emprisonnement de Henri II, prince de Condé , put être appliqué , sans y changer un seul mot, à l'emprisonnement du grand Condé, son fils.
La Fronde a été une réaction contre le ministère du
XXVI INTRODUCTIOS.
cardinal de Richelieu, comme les troubles de la régence de Marie de Médicis avaient été une réactioh contre le gouvernement de Henri IV . On ne repolissait rieri avec tant d'bôrreuir que ce qui était appelé, dttfi^ le langage d'alors , le ministériat. Dans ses remontfiatices du 26 janvier 1649, le Parlement exprimait aibsi la doctrine du goUverneUient en France : (c La loi fon^ dametitalé de la monarchie veut qu'il n'y ait qu\in maître en titre et en fonction^ ; de sorte qu'il est toujours honteux au prince et dommageable aux sujets qu'un particulier prenne trop de part à son afiectibn et à son autorité , celle-là devant être communiquée à tous, et celle-ci n'appartenant qu'à lui seul. » Je ne crains pas d'affirmer que tel a été , du premier au dernier jour, l'esprit de la Fronde.
Un pamphlétaire, l'auteur anonyme du Second discours d'État et de religion , a très-bien expHnié la raison de l'impatietice publique par eë nîot : ce II y a trerile-huit ans qiie la Frabce est gouvernée par des régences de favoris et de ministres. » On avait rétenii, des moeurs fêodales , ce principe, que la liberté française donsi^tslit à ne rendre obéissance qu'au roi. La puissance Hiinistérielle apparaissait donc en mériie temps et comme une Usurpation sur râtitorîté royale, et comme Utie injure au caractère de là tlation. On ne la tôyâit pa^ seulethen); avec répugnance , avec chagrin , mais avec haine , avec Uùe haine furieuse qui riè craignait pas de dire, cdmmè dàbs» le Jugement tendu Àiir le plaidoyer de faateût de la Vérité toute nuè : « Louis XIII ^'était acquis tant de bienveillance de tous les Français par l'assassinat du maréchal d'Ancre qu'il n'aurait jamais pu là perdre. » Je ne saiâ plu^ quel éëritàin se plaignait, en 165^ , de ne pas trouver entre tous les gentilshommes qui tenaient le parti des princes , un cœur de Vitry, L'opinion de là Fronde
INTRODUCTION. ixvii
était unaoîme pour Henri III contre les Guises, et contre Concini pour Louis XIlL
Dans le pak*ti contraire ^ plus d'un bot:! sertitèutdu roi répétait assurément^ avec lé vieuk Brienne : « Je ne connais de itiinistrequ'à Charentôn ou aux Mathurins. » Claude Joly raconte, dans son Histoire de bt prison de M', ie Prince, que le duc d'Ortéam prononça, en plein Parlement, ces parole^ : a Je redonnais que ce mot de mibisti^ est une usurpation depuis tjuelque^ années , et qu'il ne devrait point être admis. » L'àuteùr des lYès^humblés remontrances faites au rôt dans son a\fènemeHt à sa majoHté définit ainài le miniâtéHat : a C'est un venin doux et lent qbi corrompt les parties lès plus saines de l'État, un charme tt-ompéur podi* le peuple, un piège tendu à la royauté . » Mais voitli l'exprès;sioil la plus curieuse de cette opinion : le Potitèqhe ttnis^ersèl expliqué la chuté dés anges rébMlés par de fait qu^il y avait au tiiilièu d'eux un prétniër ministre.
Est-il pos^ble de ne pas voir là une réaction violente de la pensée publique contre fce qti'uti pamphlétaire appelait, tout à l'heure, énergiqUëiiient là régence du cardinal de Richelieu? Prêtions garde que si cette réaction a eu sa doctrine, c'est qUè déjà elle s'était manifestée dans les faits. Le premier acte du Parlement de Paris j en \ 648^ n'avait-il pas été de supprinier lés ihténdants de justice, police et finances, qdi lui avaient été substitués dans les prdvincës pour iinë bonne part de ses attributions ? Quand on en vint à rédiger la fameuse déclaration d'octdbré, il se montra assez facile sur l'article dît de la èûreté pliblique , qui garantissait les princéà et les courtisans contre l'étiiprisonnemènt arbitraire \ msîis il ne relâcha rien de éa prétention à être rétabli dans la plénitude de sa juridiction criminelle ; et il insista, avec autant de perfeévéi*ance que de vigueur, pour que ses membre^ iiepussëht
xxvin INTRODUCTION.
être troublés, ni inquiétés à Favenir dans Texercice de leurs charges par lettres de cachet ou autrement. De leur côté y les princes, et à leur suite les grands seigneurs, cherchaient à ressaisir les charges de la cour et de Tarmée, les gotivemements de provinces et de places que Richelieu leur avait enlevés. C'était le dernier gage de leur autorité et de leur indépendance. Quand ils auront été définitivement vaincus par Louis XIV, il ne leur restera plus qu'à se&ire ministres sous Louis XV.
On obéissait au même esprit de réaction dans les provinces. En Normandie , c'était pour le Parlement une question d'argent; en Provence et en Guyenne, à la question d'argenk se joignait une question de suprématie et de domination. Le Parlement de Rpuen et celui d'Aix voulaient la suppression des semestres, dont l'établissement avait considérablement réduit le prix de leurs charges. Le Parlement de Bordeaux avait tout simplement supprimé, par arrêt, la Cour des Aydes qui siégeait à Agen ; et il avait , par le même arrêt, repris les attributions dont l'édit de création de cette cour l'avait dépouillé. En Normandie, le gouverneur et le Parlement furent d'accord, en 1649, pour seconder la Fronde; en Provence le comte d'Alais, en Guyenne le duc d'Épernon , restèrent fidèles au roi contre les Parlements. Pendant les troubles de 1 650, le Parlement de Rouen ne fit pas la moindre démonstration pour la cause des princes, qui était aussi celle du gouverneur de la province. Il avait été désintéressé par la suppression du semestre. Si le Parlement d'Aix obtint, dans l'affaire du semestre, la satisfaction qu'il demandait , il ne réussit pas tout d'abord à éloigner le comte d'Alais. Il continua donc ses luttes; mais le bruit n'en fut presque pas entendu hors de la Provence. Le Parlement de Bordeaux , qui ne prétendait
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à rien moins qu'au titre de Majesté , se jeta avec emportement dans toutes les querelles des princes, en haine du duc d'Épernon; et les peuples de la Guyenne, qu'il avait appelés à la révolte, demeurèrent les derniers sur le champ de bataille de la Fronde. Le prince de Gondé avait quitté Paris et la France qu'ils combattaient encore.
Le cardinal de Retz a dit que, dans les premières agitations qui suivirent les jours heureux de la régence, on chercha les lois, et qu'ion ne les trouva plus. Ge n'étaient pas les lois qu'on cherchait. Le terrible pouvoir de Richelieu avait longtemps courbé toutes les têtes. Quand le tout-puissant ministre Ait mort, on se sentit plus libre; on se releva. On commença par jouir de sa liberté ; puis on voulut l'essayer. On étendit les mains autour de soi. On ne trouva qu'une reine facile jusqu'à la prodigalité, un ministre bienveillant jusqu'à la faiblesse. On se montra exigeant alors. Princes, courtisans, parlement, peuple, ce fut à qui reprendrait ce qu'il avait perdu sous le règne précédent ; mais comme la cour ne put pas contenter tout le monde , les cupidités se plaignirent ; les ambitions s'emportèrent; des haines éclatèrent dans toutes les classes, dans toutes les conditions, à la cour et à la ville, dans l'armée et dans la magistrature, dans le clergé même. Mazarin, moins puissant et moins redouté que Richelieu, fut pourtant en butte à tous les ressentiments. Oq éleva aussitôt contre le ministériat une doctrine ; et nous venons de voir qu'on la poussait jusqu'à l'assassinat! Mais plus on abaissait et plus on niait la puissance ministérielle , plus on exaltait l'autorité royale. Il était d'opinion et de principe que personne ne devait être assez hardi pour résister aux commandements du roi. Seulement il fallait que les commandements fussent directs, qu'ils vinssent bien réellement du roi et
XXX INTRODUCTION
non d'un premier ministre. C'est avec cette subtilité qu'ofi se crut 4ispei|sé d'obéissance, un an encore apr^s la majorité.
Yoilà la Fronde. Je ne crains pas de dire que ses opiniqns et ses manifestations expliquent, autant du moins que le désordre où elle avait mis l'État, la puissance absolue de Louis XIV. J'aime la naïveté de ce mot de mademoiselle de Montpensier, parce qu'elle exprime admirablement la disposition des espi^its : (( Contre le roL, je ne vis jamais personne qui avouât d'en avoir été. » Tout le monde, en effet, fut pour le roi à, toutes les époques de la Fronde; et il est vrai que, dans cette exaltation de la majesté royale, qui est le caractère le plus marqué de son règne, Loujs XIV ne fut que le complice de ses sujets.
Dans cette double succession d'intérêts et d'événements dont je viens d'esquisSer rapidement le tableau, les pamphlétaires, il est facile de le comprendre, ont dû lormer plusieurs catégories très-distinctes. Les uns ont été acteurs directs de la Fronde, comme le cardinal de Retz ; leur plume obéissait à une conviction personnelle ou à une exigence de parti. D'autres, écrivains mercenaires, s'étaient vendus à une coterie ou à un homme. Entre ceux-ci , le plus célèbre est Dubosc Montandré. Les deux LafTemas, Du Chàtelet, Verderonne, composaient des pappiphlets pour s'amuser, pavenpe cédait à sa folie. Mathieu de Morgues revenait à un ancien métier, qui lui avait valu, avec la haine de Richelieu , une assez grande renommée. Sandricourt. Du Pelletier, Nicolas Jamin, Mercier, Mathieu Dubos, Mengau, Du Qrest, spéculaient sur la vente de leurs écrits. Enfin c'était la tourbe des séditieux qui ne demandaient qu'à faire du bruit, et des affamés qui cherchaient dans le scandale leur pain de chaque jour j
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ç^r tq^( le mpnde ^lors se i^eiait d'écrirq. « Il n'y ^yai( enfant de bonqe inèrey dit Fauteur anonyme de la Lettre du sieur U{fl^Wi U n'y ^vs^it aucun yéritable Français qui ne se crift ot^l^gé de donner upe pièce £(u pii|;>lic. » I)An$ le fier^ereiqment des imprimeurs au cqrdinal Mazq.rin, on trouve ce pa&îsage , qyi est à peine une hyperbple : « Une mqitié de Paris io^priine PU veq4 des imprimés ; T^ptre moitié en compose : le parlement , les prélat^ ; les docte^^rs ^ les prétnBs ^ les i^qines , les religieux , }es chevaliers , les avocats , les procureurs, le§ clercs , les secrétaires de Saint-Inno*cent, les filles du Mar2\is. » Quelques barbouilleurs de papier ^ mettai^qt aux gages des. libraines et s'ohli* geaient à fournir (}çs pamphlets , à tant par semaine. Mfithifrin Qiie^tier, ii^primeur sans; crédit et sans, argent, ^tait de ce nombre. Sui&qnne de Neryèze, qp'pn pf ^t croire soeur de cet Antoine qui s'est honoré pfir sa lettre au prince de Condé pendant la minorité de Louis Xll}, Suzanne de Nervèze, fille au moins ^epty^gépaire , p'av^t p;^ chez elle un bon diner, suivant Texpressiom de la Fourberie découverte. Charlotte Hénault était à la fois la sœur et la servante de Jean Héqault, le libraire. IJn pauvre pamphlétaire, r^lutevM^ çjes Q^nfreux sentiments dfi Mademoiselle ^ raconte qu'ayant été offrir à un grand seigneur un libelle d^ sa façon, U avait eu le visage égratigné par up singe^ p^rce quç sqn habit, tout déchiré, lui don- * nait Taspect d'un ipendiant.
Il est remarquable que Tintervention de personna* ges ou de littérateqrs célèbres dans la guerre des pamphlets ne date, en quelque sorte, que de 1 651 . Jusqu'à cette époque, la presse est à peu près abandonnée aux écrivains de la Samaritaine et aqx secrétaires de Saint r Innocent : aussi les pamphlétaires qui ont exploité le blocus de Paris, sont-ils restés presque tous
Tixxit INTRODUCTION.
iticonnus. « Peu de bonnes plumes, dit Naudé, ont eu part à toutes ces compositions burlesques. » C'est de loin en loin qu'on rencontre quelques noms, soustraits, pour d'autres raisons, à l'oubli, comme ceux de Balzac, LafFemas, Cohon, Faure, Verderonne. Encore les quatre derniers défendent-ils la cause de la cour. Pourtant, Groissy et Portail appartiennent au parti du Parlement; mais Portail n'a certainement écrit son Histoire du temps qu'après la paix.
Les pamphlets sont très-rarement signés. Quand ils le sont, c'est d'un nom à peu près inconnu aujourd'hui , ou d'un pseudonyme , comme Nicolas Ledru , Sandricourt, Dorandre. Quelquefois ils portent des initiales ou des désignations arbitraires, dont il est ' presque impossible de pénétrer le sens. On en trouve, cependant, que des auteurs honorables ont avoués publiquement par leurs signatures. )'en citerai deux exemples qui n'ont pas été donnés sans courage; ce sont ceux du Père Magnien et de l'abbé de Lescalopier, qui n'ont pas craint de prendre hautement la défense de la reine, attaquée avec la plus odieuse violence.
Naudé a publié, dans son Mascurat, un signalement des bonnes pièces. Selon lui, oti peut croire qu'une Mazarinade est de quelque valeur, quand elle n'a pas de premier feuillet blanc ; ou quand l'impression est menue et compacte ; ou encore quand elle se compose de six à sept feuillets ; à plus forte raison quand elle réunit toutes ces conditions à la fois. Ces remarques peuvent être bonnes pour les pamphlets de 1649. Toutefois il ne faut pas douter qu'il n'y ait de nombreuses exceptions. Pour les écrits des trois années suivantes , les indications dé Naudé sont tout à fait sans application. Il n'existe pas, à mon avis, de données qui autorisent à juger du mérite d'une pièce rien qu'à son aspect.
INTRODUCTION. xmiii
J'en dirai autant des noms des imprimeurs. Les plus séditieux pamphlets ^ suivant Naudé, sont sortis des presses de la veuve CoUlon. « Robert Sara^ au con* traire, la veuve Guillemot et Cardin Besoigne n'ont pas imprimé des pires. » Encore une fois ^ j'admets tout cela pour 1649; mais il n'y a rien à en conclure pour les trois dernières années de la Fronde. J'ai dressé une liste de tous les imprimeurs et libraires dont les noms se lisent sur le titre ou à la fin des Mazarinades. On en compte environr cent cinquante, tant de Paris que des provinces. Je ne pense pas qu'on puisse désigner avec certitude ceux qui se sont signalés par les publications les plus remarquables^ quelque sens qu'on attache à cette épithète. . . Morlot, qui faillit être pendu pour la Custode de la reine, a publié , à la louange d'Anne d'Autriche , des pièces pleines de chaleur.
Un pamphlétaire qui apparemment devait avoir de bons renseignements, l'auteur de V Anti-Satyre^ a dit des écrivains, qu'il prétendait bien défendre : a II leur est indifférent de louer ou de blâmer, de noircir ou de blanchir la vie d'un homme , de justifier ou de condamner ses actions, de faire son satyrique ou son apologie, de le mettre au rang des saints ou des démons.. . De croire que les auteurs , au moins pour la plupart , épousent quelque parti, et n'écrivent qu'avec dessein, c'est une tromperie manifeste... J'en connois de qui la plume est toujours mal taillée, lorsqu'il faut tracer des invectives , ou écrire les fourbes du vice. » Ce qui était vrai des écrivains, l'était au moins autant des imprimeurs. Les uns et les autres n'avaient, dans leur conduite, d'autre règle que l'opinion populaire, d'autre passion que l'amour du gain. La seule chose qu'il soit utile de savoir, c'est que Guill. Sassier fut nommé imprimeur du maréchal de L'Hôpital , le 16 mars 1650, Vivenay, imprimeur du prince de
XXXIV INTRODUCTION
Condé , vers la fui de la même année , et que la veuve Guillemot reçut un brevet du duc d'Orléans le 2 décembre 1 651 . Ces faits établissait le caractère officiel y en quelque sorte , de certains pamphlets.
Aux écrivains du Pont-Neuf, les imprimeurs du mont Saint-Hilaire ; c'est dans Tordre. La plus grande partie des Mazarinades a été imprimée autour du Puits- Certain. On ne peut rien imaginer de plus médiocre en typographie. Le papier est mauvais et sale; les caractères sont uaés ^ Tencre pâteuse , la justification irrégulière y U correction détestaUe. Ce n'est plus Tart; c'est le métier.
Les pièces des auteurs qui s'étaient mis aux gages des libraires, ou qui plaçaient l'espoir de leur journée sur un libelle, étaient quelquefois livrées à l'imprimeur avant même d'avoir été achevées; mais, en général, les meilleures, les plus importantes, celles qui avaient été calculées avec le plus de soin, et dont les partis attendaient le plus d'eflet, circulaient d'abord manus<»*ites. On les communiquait à ses amis ; on les lisait dans les réunions politiques ; les plus curieux en prenaient des copies; tout Paris en parlait déjà, qu'elles n'avaient pas encore paru. 11 arrivait que, dans ce mouvement de circulation mystérieuse , une copie tombait entre les mains d'un libraire, qui s'emparait du pamphlet, le faisait imprimer pour son compte, et le vendait. C'est ainsi que les premières gazettes imprimées de Loret ont reçu une publicité contre laquelle il protesta vainement, et dont il ne cessa de demander vengeance, jusqu'au moment où un accident, arrivé à son copiste , le décida à les donner lui-même à l'impression. On rencontre parfois deux éditions d'un même livret, de la même date, mais chez deux libraires et avec deux titres différents. On peut croire que le livret a été publié sans la participation de l'auteur, sur des
ÎNTttODUCtlON. xxxV
bopiéë qili courâiétii , et qUe les libraires âvâieiit ra^^ ihasisées.
Bernard de Bautru , àVocàt âù Pàrlemeht de Pàrîé ^ fut enfermé au Chàtelet poti^ délit de presse, au mois de mai 1649. Il s'agissait du Discours sur la députai iion du Parlement au prirœe de Condé. On né l'accusait pas de l'avoir écrit : tout le monde l'en reconnaissait parfaitement incapable. Son crime était d'avoir offert ce pamphlet à Desdin d'abord , puis à Boucher; pour l'imprimer. Ce procès fit uii très-grand bruit. Guy Joly dans ses Mémoires, Guy Patin datis ^es Lettres y en parlent assez longuement. I^i l'un ni l'autre n'd songé à relever cette circonstance de raccusdtfôti. C'est qu'apparemment elle n'avait iieii c[iïe d'ordinaire, éautru soutient, dans son Factumj quelé Discours ^y ait été répandu en manuscrit, plus d'un mois avant d'être imprimé, et qu'il n'avait pas été nécessaire d'engager les libraires, si Èriands de pareils morceaux, à le mettre sdiis la presse. C'était, en effet, une bonne fot^tiiné que la rencontré d'un libelle injurieux, à la fois, pour le prince de Gondé et pour le Parlement.
Il fut acquis au procès qiie Bautru airridt à faire copier des pamphets par son clerc. Talon raconte que le cardinal de Retz lui apporta > eii maHUscrït, VJç/iy imparlant et nécessaire à M. le due de Êeaufori et à M. le coadjuteur, et qu'il lé lui présenta comme une pièce dont il avait fort à se plaindre. UAvis ne fut imprimé que plusieurs jours après. J^ai lu dans une lettre de Bonair qu'il avait composé plus dé 1 50 pamphlets en faveur du cardinal Mazarin , qui n'avait pas voulu qu'ils fussent imprimés. Faisons rire, dit l'auteur de la Poésie sur la barbe du P. P., -•#
Faisons rire Tous ceux qui ces Yen écriront.
Ou , écrits , après les liront.
XXXVI INTRODUCTIOlN.
Dans la Pierre de touche aux Mazarins, Saintot, le conseiller au Parlement, est accusé de donner des relations manuscrites à certains cabaretiers. Enfin, récrivain qui a composé la Retraite de Mazarin et de ses nièces à Cologne ^ dit qu'il répond à un pamphlet non imprimé , le Fantôme errant de Mazarin.
On accordera aisément que les Mazarinades qui circulaient d'abord manuscrites , ne pouvaient être que les meilleures. Elles provenaient, en effet, ou des chefs de la Fronde , comme Gondy, ou de leurs serviteurs particuliers, Caumartin, Sarrazin, Portail. Pour de tels écrivains , c'était une affaire de parti , et non de spéculation. Il semble résulter de la Lettre dun Bor* delois à un bourgeois de Paris que le coadjuteur donnait , au commencement , ses pamphlets ^^ et qu'il avait fini par les vendre. L'auteur demande ironiquement si c'est que Gondy veut se récompenser des refus de bénéfices ecclésiastiques dont il se vante tant. « Car, ajoute-t-il, je ne peux pas penser qu'il ait besoin de racheter la vaisselle qu'il a engagée , sans être tenté d'accuser les Parisiens d'une ingratitude sans pareille. » Quant aux Mazarinades qui ne trouvaient pas d'imprimeur, c'étaient infailliblement les plus.mauvaises. Pour peu qu'on ait jeté les yeux sur cet amas de pièces, où il y en a tant de grossières, de sottes et de niaises, on aura peine à croire que d'autres aient été assez détestables pour être refusées par les libraires. Cela est vrai pourtant. Un pamphlétaire se plaint d'avoir été obligé de mettre en vers un de ses livrets, le Philosophe malotru, parce que personne n'en avait voulu en prose. Mathurin Questier était imprimeur; mais il n'eut garde d'imprimer ses propres pamphlets, qu'il signait cependant. ^.
En général, les écrivains de métier vendaient leurs manuscrits aux libraires. Néanmoins, quelques-uns
riNTRODUCTION. xxxvil
faisaient les frais de Timpression , et couraient les chances de la vente directe. C'était le très-petit nombre. Mengau^ qui avait confié ses deux premiers Avertisse-' ments aux presses de Jacques Boucher, porta le troisième chez Jean Brunet, parce que Boucher avait annoncé qu'il était substitué , pour dix ans , au privilège de Tauteur. Plus tard, il changea encore Brunet pour Papillon, D'autres pamphlétaires semblent avoir cpnr serve un intérêt dans la ventepar colporteurs. Au moins les voit-on rappeler, sur chaque livret nouveau , ceux qu'ils ont publiés antérieurement, en indiquer les prix et exciter, par des provocations directes, le lecteur à les acheter. Sandricourt manque rarement de cette précaution .
Mais, plus ordinairement, l'aliénation des manuscrits au profit des imprimeurs ou libraires était complète et absolue. Une pièce de prose ou de vers était payée trois livres, la rame; en d'autres termes, l'auteur recevait trois livres par chaque rame de papier imprimé. Quand la pièce promettait de grands profits par sa violence ou par son obscénité, l'imprimeur allait jusqu'à quatre livres; mais c'était fort rare. Il y avait des écrivains qui, moyennant une pistole ou dix livres, s'engageaient, dit Naudé, à faire rouler la presse^ toute la semaine.
L'imprimeur, après cela, tirait parti de son marché comme il l'entendait. 11 paraît que, peu confiant dans le génie des pamphlétaii*es, que Sandricourt appelle plaisamment des rabolisseurs, il remettait, pour l'ordinaire, le payement de l'auteur après la vente de la pièce ; quelquefois il consentait à faire une modique avance, s'il faut en croire le poète burlesque qui, dans \ Adieu et le désespoir des auteurs y n'a parlé sans aucun doute que des écrivains du plus bas étage ; mais il s'arrangeait de manière à ne rien perdre au règlement des
jmin INTRODUCTION.
comptes ; ^t il renvoyait le pf^uvre païqphlétairç avep ces pf^rpje^ 9. qi|i pouvaient être iwe mw^oe aigitant c|u'uDe pronfies^e :
Sai|B doute you* aiireK le reste Qliaiid le papier le^a yendu.
Il fidsait venir ensuite des colporteurs, et leur distribuait les exemplaires du pamphlet qu'il fallait vendre. À quelles conditions? je ne Iç sais pas très-clairement. Voici cependant ce qui me parait le plus probable : le colporteur avait un droit proportionnel sur lé prix de la marchandise qu'il avait vendue.
Six deniers pom* quatre feuillets Entrent, dans mpn gousset, tout nets.
L'imprimeur payé de sa feuille,
dit un colporteur dans le Remerciement burlesque. Or, le prix fixe de chaque exemplaire était de deux fiards pu six deniers le feuillet. Le droit proportionnel du colporteur ëtait donc du quart.
Ceux
Qui veulent avoir quelcpie chose , Soit en vers ou bien en prose , m paient deiv^ U^M^ If ijaliiier.
J'ai accepté cette donnée, que m'a fournie le Politi^ que burlesque , parce qu'elle s'accorde avec le tarif, imposé aux imprimeurs du roi par leur privilège même, pour la vente des pièces officielles, telles que Lettres, Déclarations y ÉditSy Arrêts y etc. Toutefois , je dois avouer que deux pamphlets parlent d'un sot tapé, qui est, si je ne me trompe, le soi marqué, connu àe nos jours encore et récemment démonétisé. Ce spl valait six Uards.
Pour Tappétit d'un sol tapé ,
Quoi ! vous voulez vous faire pendre !
estfil dit à^l\s V Adieu des Ecrivains. V Entrelien poli^
INTRODUCTION. xxxix
tique de Jaquelon et Catau se termine par cette phrase prophétique : « Je gage que les colporteurs vendront notre Entretien pour un sol tapé. » Enfin ^ Tauteur de la Suite et deuxième partie du burlesque on de ce temps s'adresse en ces ternies à ses vers :
Belles rîmes , on vous envoie Ëneofe tM eônp tirer le sou.
Ce n est plus le sou tapé. Sandrtcourt veut qu'on paye ses écrits six ou douze deniers. ^o/ij marchander: six deniers , ce sont les deux liards du Politique burlesque; douze, c'est le sou du Burlesque on. Il est facile de concilier» je crois, ces données , dont la différence n'est peut-être qu'apparente, en admettant que les douze deniers de l'un et le sou de l'autre sont le prix de deux feuillets. Il y a bien peu de pamphlets qui n'aient pas plus de quatre pages.
Guy Joly prétend qu'il a été vendu cinq mille exemplaires des Intriffjies de la paix en fort peu de jours. Ce pamphlet est composé de huit pages ou deux feuil^ lets. Ainsi il coûtait un sol l'exemplaire ; c'est , pour les cinq mille exemplaires , deux cent cinquante livres. Sur cette somme, les colporteurs ont prélevé soixantedeux livres dix sous. Leur métier aurait été bon si tous les pamphlets.de la Fronde avaient eu le même suc-> ces; il aurait été meilleur que celui des écrivains; el vraiment il en a bien été quelque chose. Aussi est-il arrivé que des auteurs n'ont pas dédaigné d'exercer la profession plus modeste , mais plus lucrative , de colporteur. A leur tour, il est vrai, des colporteurs ont eu l'ambition de s'élever au rang des auteurs; et plus d'un s'était donné la satisfaction d'écrire le pam^Met qju'il débitait. On serait fort embarrassé de marquer lé point précis où cessaient de se confondre les deux industries.
XL INTRODUCTION
Si j'en crois un pamphlétaire, les colporteurs n'étaient pas moins de huit cents ou mille. <c Les violons sont devenus gazetiers , dit Tauteur du Hasard de la blanque renversée; comme ils sont dispos et légers du pied, ils vont d'un bout à l'autre de Paris en trois ou quatre caprioles ; et comme ils sont connus dans les plus grandes maisons , au lieu de sarabandes , ils donnent des pièces d'état. » La concurrence entre les colporteurs était fort active ; et la presse n'y suffisait pas toujours. Pour avoir des Courriers françois en prose, par exemple, il fallait déposer des arrhes dès la veille. Ceux qui négligeaient cette formalité, de condition absolue , étaient bien certains de n'en plus trouver quand ils se présentaient.
J'ai vu, dans la collection des gravures historiques de M, Alexandre Vallemare, une planche où le colporteur tient avantageusement sa place , et qui est assez rare pour qu'on soit bien aise d'en trouver ici la description. Le sujet est la fondation de la Gazette de Renaudot.
A peu près au centre du tableau, la Gazette, grande, forte et belle femme , est assise sur un trône élevé de trois marches. Sa robe grecque est recouverte d'un manteau, brodé de langues et d'oreilles. Elle tend la main gauche à un cavalier français, qui lui présente une lettre; et de la droite, elle désigne un personnage assis à ses pieds et qui tient, à la main, une plume. Ce personnage que le graveur a désigné sous le nom du greffier y c'est Théophrasle Renaudot. On le reconnaît aisément à sa robe de médecin , et surtout à son nez, qu'une raillerie de Guy Patin et les sarcasmes des pamphlétaires du temps ont rendu fameux. A la gauche du trône, et sur la seconde marche, la Vérité est assise , les bras croisés , apparemment pour protester qu'elle n'a point de part à l'œuvre de la Gazette, Du
INTRODUCTION. ïli
même cètë, un peu en arrière du cavalier français, on voit arriver à pied FEspagnol, l'Américain, le Flamand, TAUemand, Tltalien, tous porteurs de lettres. Dans le fond, à la droite de la Gazette ^ trois personnages, coif* fés de chapeaux à plumes, s'approchent, avec précaution, de Renaudot. Celui qui est le plus en vue, compte de Targent dans sa main , en même temps qu'il parle bas au gazetier, qui l'écoute évidemment avec intérêt. Cet épisode me parait justifier pleinement l'attitude de la Vérité. On aperçoit d'ailleurs, debout derrière Renaudot ^ une figure allégorique qui tient un masque à la main. Enfin sur le premier plan, du même côté, le colporteur, jeune, grand, élancé, est fièrement campé sur la jambe droite. H attend, pour commencer sa tournée , que les exemplaires de la Gazette lui soient remis. Devant lui, pend, par une courroie qui lui passe sur l'épaule droite, un panier en osier, de forme carrée, sans couvercle. C'est son magasin, sa boutique. C'est là cpi'il entasse les journaux, les pamphlets, les livrets de toutes façons, qu'il va vendre. A. son épaule gauche est attaché' un manteau court, qu'il peut, quand il est en crainte de la police , étendre sur son panier*
Ainsi équipés ,
Chargés de boutique d'osier,
dit l'auteur de la Nocturne chose du lieutenant cml, les colporteurs se répandaient par les rues, à peu près comme font aujourd'hui les crieurs de la police. Il parait que le travail de l'imprimeur se faisait pendant la nuit; car Naudé raconte que les Mazarinades étaient criées le matin , sortant de la. presse , ainsi que les petits pâtés sortant du four, « à la même heure qu'anciennement à Rome, on vendoit le déjeuner des petits enfants. » C'est, comme on voit, un usage fort an-
xui INTRODUCTION.
cîen que celui qui prévaut , de nos jours encore, dans le journalisme.
Mais les pamphlets n^ étaient pas toujours dn goAt de la multitude au milieu de laquelle on les criait. En 1649, le peuple n'aurait pas aimé qu'on lui eàt offert les louanges de Mazarin. En 1 651 , il était partagé entre les deux Fr<mdes. Le parti qui lisait avec le plus d'avî* dite les écrit» des princes, r^etait brutalanent ceux du coadjuteur; et, de leur côté, les partisans du coadjoteur ne se montraient pas plus tolérants envers les serviteurs des princes. Les colporteurs étaient donc quelquefois hués, injuriés, poursuivis, battus même. On les faisait soutenir alors par des hommes armés de bâtons. Ainsi la publication d'un pamphlet devenait la cause de rixes violentes , surtout aux abords du PoM^ Neuf. Piarrot , de Y Agréable conférence des deuspay* sans de Saint^Ouen et de Montmorency^ Piarrôt, attiré à Paris par la curiosité , reçut , dans une de ce» bas gavres , tant de coups qu'il en fanlHt rester sur la ])iace. Le cardinal de Retz fit appuyer, pardnquante hommes, les colporteurs de la Défense de [ancienne et Intime Fronde. Talon nous apprend que ceux d<e la déclara^ tion contre le prince de Condé furent battus.
C'était le temps des passions les plus emportées ; mais enfin tout s'use. Les pan^)hlets perdirent leur crédit. Le public ne les achetait plus. Que faire? on inventa, ou mieux, on perfectionna les placards. Si j'en croyais le livret intitirlé : Le bon François au véritable Mazarin^ les premiers placards auraient été dirigés contre le prince de Condé , en t65(> : ce L'usage du placard est un abus que M. le Prince n'a pas inventé. Sa prison a été le produit des affiches sanglantes que Ton a publiées, pour décrier sa conduite dans le public. » Mais on en avait vu dès 1649, pendant les négociations de la paix. C'est d'ailleurs seulement en
INTRODUCTION. xuu
1 652 qif 'ik sont devenus les auxiliaires, et quelquefois les rivaux des pamphlets. On rencontre des écrits de cette époque qui , imprimés en cayers j ont été réimprimés en placards ; d'autres^ dont on a extrait, pouf les afficher, les meilleurs passages.
La police faisait aux placards une guerre acharnée. Elle les déchirait partout où elle les trouvait ; mais quelquefois, il lui fallait livrer bataifle pour s'en saisir-r L(p pl^carcj qui montrait le cardinal Mazarin pendu en effi^^f ne put pas être arraché sans qu'il en coûtât du sang., U y eut meurtre au bout du PontrJSeuf pour Taffiche intitulée : le Maréchal de Turenne iuix bow bourgeois de Paris. Souvent le& partis faisaiçnt^ sur ce point, la police pour teur propre compte. U n'y avait pas plus de sûreté pour les afficheurs qi^e pour \^ colportei^rs. On imagina alors Tingénieux moyen que voici : quand la nuit était venue , des hommes sor*taient d'une maison , portant , sur le deiTÎère de leur^ é()Aul,e$i chaciin une affiche étendue et enduite de colle. Ils se, glissaient par les rues les plus obs^cures^ ; et dès q^'ils trouvaient un moment favorable , ils se renver-< saient contre une muraille ou contre la porte d'une église par un brusque mouvement ; en se relevant y ils laissaient de& placards qui , le lendemain , appelaient les regards du populaire. C'est ainsi que fut affichée l'amnistie de 1652.
Un prêtre, dans le même temps, avait ]e courage de Uve du haut d'une chaire, dans la grande salle du. Palais^ une lettre du roi, qui autorisait les assemblée^ du PaJjijii^Royal , malgré les arrêts du Parlei|»ent..La Froqdf était maitre^^e encore de Paris; mais elle n'avait plu9 le peuple ave.e elle* Le Palais, cependant était le rendez-vous ordinaire des frondeurs et de^ nouvellistes* C'était là que venaient aboutir tous les bruits de la ville, et de là qu'ils se répandaient dans
XLiv INTRODUCTION.
les provinces par les journaux et par les pamphlets. Le Courrier françois et le Courrier de Bordeaux , par exemple , étaient écrits, en quelque sorte, aux portes de la Grand' Chambre.
C'est ici qae , dessus nos bancs , On fait les Courriers allemands , Ceux qu'on appelle polcmois , Et tous les jCourriers françois ,
dit le Politique burlesque. On peut croire qu'il s'agit des réunions du palais dans la Pièce d^État^ quand le pamphlétaire dit qu'il a vu, trois fois, l'auteur de 1'^^pologie des Normands a dans les assemblées des politiques. » Les écrivains se rencontraient là, sans doute; ils s'y voyaient; ils y causaient des nouvelles du jour; mais il ne parait pas qu'ils aient entretenu des relations plus intimes. Aussi quand l'auteur de la Véritable censure de la lettre d^ avis y etc., voulut faire appeler celui de la Réplique ^ il fut obligé de s'adresser à l'imprimeur, que, pour le dire en passant, le titre du pamphlet ne fait pas connaître : (c Pour mon nom et ma demeure , un gentilhomme de mes amis en fut instruire votre imprimeur, afin d'apprendre le vôtre.» C'est d'ailleurs le seul trait de ce genre que je puisse , citer. La polémique était de la plus extrême violence ; elle ne ménageait point ses paroles. Audacieuse et cynique , elle rendait toujours la pensée la plus insolente par le mot le plus dur. Les pamphlétaires ne s'en offensaient pas. Entre les libertés dont jouissait la presse , il faut compter celle d'être injurieuse jusqu'à la diffamation, et grossière jusqu'à la brutalité.
On peut dire que la plus grande activité de la politique se partageait entre le Palais et le Pont-Neuf. Au Palais , se réunissaient les chefs , les agents et les lettrés de la Fronde ; au Pont-Neuf, se heurtaient les colporteurs , les crieurs, les chanteurs et toute la foule
INTRODUCTION. ilt
du peuple. Les pamphlels élaient conçus, tnëdil^^ écrits au Palais ; au Pont-Neuf, on les vendait. Quand le populaire avait bien crié; bien vociféré, bien menacé au Paliûs, il se battait au Pont-Neuf. Ce qui n'était au Palais qu'un tumulte , était, au Pont-Neuf, une émeute. Placé presque au centre de Paris, à la sortie du Palais, entre le Louvre et le Palais-Royal d'un côté , de Fautre Thôtel de Condé et le Luxembourg, le Pont- Neuf était assurément Tendroit le plus fréquenté de la ville. La foule s'y pressait à toute heure du jour. Elle y faisait cercle autour de Cormier, dont on applaudissait avec fureur les tours de gibecière ; elle s'arrêtait , en passant, devant la boutique de Comelet, qui faisait commei*ce d'astronomie en plein vent ; ou bien elle demandait à TOrviétan la drc^ue qu'il avait eu l'adresse de faire approuver par douze docteurs de la Faculté de Médecine. Le Savoyard y chantait pour elle des chansons populaires au pied de la statue de Henri IV; et les filous, toujours à l'afTàt des occasions, y faisaient leurs meilleurs coups. Pendant la Fronde , la politique s'empara de cette multitude si bien disposée pour le tumulte et les cris. C'est sur le Pont-Neuf qu'en 1649, le maréchal de La Meilleraie, serré de près par l'émeute qui pourchassait le chancelier, tua d'un coup de pistolet le syndic des crocheteurs. C'est encore sur le Pont-Neuf qu'en 1652, les filous osèrent fouiller et voler, jusque dans leurs carrosses , les courtisans qui allaient recevoir, à la porte de Paris, le prince de Condé après le combat de Bleneau. Un pamphlé-* taire cite madame d'Omano , la duchesse de Châtillon, Fontrailles , le comte de Brancas, le marquis de Mouy, le commandeur de Saint-Simon y le prince de Tarente et son frère , le commandeur de Mercé et cette ma-» dame de Bonelte, belle-fille de l'ancien surintendant fiullion , dont parle madame de Sévigné , et qui , dit
xtn INTRODUCTION.
le pamphlétaire, envoya cent ft)is le Mazarin aU diable.
Les parapets du Pont-Neuf ont été les premiers cou- Verts par les étalages des libraires. Ils furent alors envahis par les pamphlets, si bien que Fauteur du Pré^ dicateur déguisé a pu dire que la Samaritaine était ta bibliothèque de la Fronde.
Il ne parait pas que , pendant le blocus de Paris , le Parlement ait fait aucun effort sérieux pour réprimet* la licence effrénée de la presse. Il y eut sans doute , dès le 25 janvier, un arrêt qui défendait , aux imprimeurs et colporteurs, d'imprimer et mettre en vente aucuns ouvrages et autres écrits concernant les affaires publiques, sans permission registrée au greffe de la cour ; mais comment fut-il exécuté ? Deux cdm<^ missaires avaient été nommés , qui devaient exercei*, sur toutes les publications, une sorte de censure. A eux seuls appartenait le droit d'autoriser l'impression et la vente des pamphlets. On trouve saxis doute quelques écrits où il est fait mention de l'autorisation obtenue ; mais ils sont en très-petit nombre. Il faut que les commissaires aient eu peu de goût pour leurs fonctions ; car s'il y a une permission d'imprimer, elle est, le plus ordinairement , donnée par le lieutenant civil.
En général les pamphlétaires se passaient fort bien d'un visa qui ne pouvait pas allécher le public , et dont l'absence restait toujours impunie. Le Parlement fermait les yeux. Je ne crois pas qu'il y ait eu, pendant tout le blocus, une poursuite ou un semblant de poursuite. Faut-il le dire ? Je ne crois pas non plus que , pour s'abstenir, le Parlement ait eu besoin d'une excessive indulgence. Assurément les pamphlets étaient hardis, grossiers , insolents , libertins ; mais ils ne s'attaquaient guère qu'à des personnages qu'on pouvait , sans trop de dommage, abandonne/ à la malignité publique. C'était l'époque de la guerre du droit annuel;
INTRODUCTION. xlviî
et les questions les plus controversées étaient des questions de finances.
Je ne vois pas que Tarrét du 25 janvier ait été renouvelé. Celui du 12 mars n'avait pour objet que d'empêcher la publication des conférences de Ruel , qui, terminées la veille, n'avaient pas été approuvées par le Parlement. C'était une simple mesure de pré-^ vention et de police.
Mais il devint, par le fait, comme le signal d'un mouvement de répression , qui se développa après la paix avec une certaine énergie. Quand
Paris vit naître Pespérance D'une fourrée conférence , On commença de réprimer Cette licence d'imprimer,
dit très-bien l'auteur de la Nocturne chasse du lieute^ nant civil.
C'est que les pamphlets les plus odieux sont, tous ou presque tous , postérieurs à la paix de Saint-Germain. II y eut alors un redoublement de licence, que le cardinal de Retz signale dans ses Mémoires; et madame deMotteville fait remarquer avec raison que les libelles furent plus dangereux après qu'avant la paix. « Avant, dit-elle, ils n'attaquaient que le cardinal Mazarin. »
11 existe un pamphlet {)^ Requête des auteurs)^ dans lequel les écrivains « représentés par les plus habiles, tant du haut style du Palais que de celui du Pont- Neuf et de la Samaritaine , » supplient le Parlement de sauver leurs œuvres de la vengeance du cardinal ; sinon , ils déclarent qu'ils continueront la guerre à leurs dépens. C'était une plaisanterie dans la pensée de l'auteur : la Requête n'est qu'une pièce burlesque. Dans le fait, la menace s'est réalisée. La paix de Saint"> Germain , on le sait, est du 1""^ avril 1649. Le 28 mai,
iLTiii INTRODUCTION.
le Parlement y dont Tinaction avait été gourmandes d'ailleurs dans quelques écrits , se vit obligé de rendre un nouvel arrêt , par lequel il était défendu ^ à tous sujets du roi^ de composer, senier ou publier aucun libelle diffamatoire, à peine de la vie.
A peine cet arrêt avait-il paru, que Bautni était arrêté et écroué dans les prisons du Châtelet, sous Taccusation d'avoir fait imprimer le Discours sUr la députation du Parlement au prince de Condé. C'était le lieutenant civil qui dirigeait les poui:suit es. Le tribunal était le Châtelet. Les lois, invoquées conti!e l'accusé, étaient la roi romaine , De famosis libellis , l'édit de Nantes , l'ordonnance de Moulins , art. 77, l'édit de pacification de 1 577, art. 44 : « Défenses , à toutes sortes de personnes , de faire imprimer ou imprimer, mettre en lumière aucun livre, placard ou libelle diffamatoire, à peine de confiscation de corps et de biens. » La peine requise était la mort.
Bautru fut sauvé par l'intervention de Guy Joly, par les sollicitations des frondeurs, surtout du duc de Beaufort , et , je le crois véritablement aussi , par la rigueur même de la loi. Les juges durent être effi'ayés du châtiment qu'on leur demandait d'appliquer à une faute comparativement légère. Ce qui me confirme dans cette opinion , c'est que le Parlement , qui était aussi insulté que le prince de Condé , ne s'en montra pas moins indulgent , et qu'il confirma la procédure par laquelle le Châtelet , évitant de se prononcer sur la question du fond, avait élargi Bautru, sans ôter au pamphlet son caractère de culpabilité. i
Un mois après, l'imprimeur Morlot fut pris au moment même où il achevait le tirage de la Custode de la reine. Le Châtelet et le Parlement furent inflexibles. Le procès, commencé le 17 juillet, fut terminé le 20 devant les deux juridictions; et Morlot, condamné à
INTRODUCTION. xux
être pendu , marchait au supplice, quand il fui délivré^ par les garçons ioiprimeurs , suivant les uns^ suivant les autres, paroles écoliers.
C^est le seul exemple que je connaisse de cette application rigoureuse de la loi par le Chàtelet et le Parlement, unis dans une pensée commune de répression. Après cela , je ne trouve plus qu'un arrêt prononçant la peine de la réprimande contre Antoine Estienne , coupable d'avoir imprimé, sans permission, les Repiontrançes dii Parlement semestre de Normandie. Il est du 24 septembre 1649. L'affaire n'avait point été portée devant le Chàtelet. Le Parlement s'en était saisi directement, parce qu'elle regardait les anciens du Parlement de Rouen, déterminés frondeurs, qui avaient , dès les premiers jours de janvier, rendu arrêt contre le Mazarin. Antoine E$tienne diit paraître en personne devant la Cour, pour y être réprimandé par le premier président.
Guy Patin raconte à Spon^ dans une lettre du ï 6 no* vembre 1649, qu'un petit libraire du Palais, nommé Vivenay, « grand vendeur de pièces mazarinesques , avait été surpris distribuant quelques papiers diffamatoires contre le sieur d'Emery, surintendant; qu'il avait été mis au Chàtelet , où il avait été condamné aux galères pour cinq ans, sauf son appel à la Cour, où , ajoute Guy Patin , il y a apparence qu'il ne sera pas si rudement traité. » Sur ce récit, M. Gabriel Peignot a dit , dans un opuscule de 1 832 , X.Es,sai sur la liberté d'écrire : « J'ignore quel a été le résultat de l'appel de Vivenay ; mais à partir de 1 649 , on ne le voit plus figurer parmi les libraires de Paris. » J'ignore également comment le Parlement a prononcé dans cette affaire , ou même s'il a prononcé • Il est fort probable que l'appel n'a pas été vidé , et que la setitence du Chàtelet est resiée simplement comme une menace
h JNTRODUCTION.
pour tous les colporteurs et distributeurs de pamphlets; au moius puis-je affirmer que Viveaay était encore libraire à Paris en 4651 et 1652. J'ai déjà dit qu'en 1650, il avait été nommé imprimeur^ibraire du prince de Condé. J'ajoute ici que le prince lui avait donné un atelier dans son hôtel. Peut-être était-ce pour le soustraire aux conséquences de la sentence du Châtelet.
Le lieutenant civil montrait beaucoup d'ardeur dans ses poui*suites contre lès Mazarinades. Il^usiUt de toutes les ressources de la police pour découvrir et arrêter les auteurs, les imprimeurs, les colporteurs; il avait y parmi les ouvriers eux-même^, ses espions^; il faisait des descentes de nuit dans les imprimeries ; it demandait à l'autorité ecclésiastique des monitoires; puis quand .à force ' d'activité , d'énergie, de passion , il avait obtenu du «Châtelet line eondamnation terrible , tout ce beau zèle venait expirer devant Tinertie calculée du Palrlemenl. J'ai' repcontré plusieurs indications de procès jugés par le Châtelet. Je nen connais pas un , excepté ceux de Bautru et de Morlot, qui sût été, devant la Cour, plus, loin que l'acte d'appel.
De 1649 à 1652, je ne puis citer que deux noms d'auteurs emprisonaés : Davenne et Bonair» Le pre«mier était un fbti, d'abord disciple de Si|non Mortti» , puis prophète pour sop compte persorniel, et précurseur de lui«même. Le second n'avait pas: non plus Iq tête trop bien faite. 11 était poqrtant gentilliomme de la garde écossaise et historiographe du roi. Les pamphlets de Davenne sont pleins d'insolence, et d'ei^ravagance aussi. Le crime s'y rachète par la fplie. L'insignifiance des pamphlets de Bonair échappe à toi^ accusation, à toute critique; et on peut croire, en effet, que l'emprisonnement de cet écrivain a{feu une autre eause que le libelle deJézabel, qu'il rendait d'ailleurt».
INTRODUCTION. u
et qui, pour me servir de ses propres expressions, n'était ni contre l'État^ ni contre le gouvernement. Davenne a été arrêté deux, trois fois peut-être; la première fois, par ordre de Tofficialité de Paris, qui s^employa ensuite pour le faire rendre à la liberté. Bonair est resté près d'un an dans la Conciergerie du Palais. Enfin, après ce temps, il réussit à s'échapper, chercha un refuge auprès du duc de Vendôme , qui avait le gouvernement de la Bourgogne, et, apprenant le voyage de la cour en Normandie dans Tannée 1650, alla recevoir, à Rouen, sa grâce de la main même du roi. Le Parlement n'a jugé ni Davenne , ni Bonair.
Plusieurs pamphlétaires se plaignent d'avoir souffert pour la Fronde ; mais un seul parle de prison. C'est Tauteur du Bonheur dé la France. Celui de la Justification de M. , le Prince autorise à croire qu'il a
été condamné Par qui ? à quoi ? Je n'ai sur ces
deux points aucun renseigbement. Après la publication du Manifeste de M. le Prince ^ Du Bos fut obligé de se cacher ; mais peut-être ft}yait41 moins la justice du Parlement que la vengeance du marquis de Vardes. L'auteur de VAvis important de M, de Chdteauneuf 9l eu la bouche fermée ; celui du Véritable ami du ptSlic a vu déchirer sefscfl^rj, qu'apparemment un ouvrier de son imprimeur avait livrés au lieutenant dvil. V Anti^Mazarin dit, dans le Tableau funeste des harpies de FEtat^ qu^un dé ses pamphlets a été saisi avant qu'il fût sorti de l'imprimerie. Enfin Loret, l'inoflFensif Loret lui-même, gémit, en plusieurs endroits de ces Gazettes , des menaces qui lui ont été faites au nom du Parlement.
Quoique j'aie Pâmeasflez lumne.
Et point de fiel contre personne , Quelques messieurs du Parlement N^aiment pas mon rabonneinent ;
LU INTRODUCTION
Si que, craignant, en ce rencontre, Que Ton ne donne un arrêt contre, (Car ces messieurs sont absolus) '
* Je ne raisonnerai donc plus
Sur l'état présent des affaires.
Quinze jours après, il revient encore sur la défense qui lui a été signifiée
D'écrire politiquetnent.
Le Parlement s'est assemblé ; Mais je suis encor si troublé Des médisances qu'ils ont faites Dç mes misérables gazettes , Que , dût-on me trancher en deux , Je ne parlerai plus d'eux. • '
Je ne sais si je dois ajouter, pour terminer cette liste^ bien complète, je le crois, qu'en 1656, Tabbé Oaurat fut arrêté pendant qu'il distribuait aux membres de l'assemblée du clergé une lettre du cardinal de Retz , et conduit à la Bastille, où les manuscrits de Colbert nous apprennent qu'il était encore de 1661 à 1666.
Les imprimeurs et libraires qui ont été emprisonnés ou poursuivis pendant les quatre années de la Fronde, et dont j'ai pu recueillir les noms, sont au nombre de treize. Ce sont, outre Morlot, Â^ntoine Estienne et Vivenay , Ija veuve Musnier et ses deux enfants ; RoUin de La Haye , imprimeur du Courrier françois en prose ; Le Gentil, ajourné pour Xe^Dertuères résolutions faites au Parlement, etc., fc 15 mai 1652; Brunet, aussi ajourné pour \ Arrêt portant permission de déménager sans payer les termes de Pâques et de la Saint- Jean ; La Caille, Monet, Desprez et Langlois. Puis il faut compter Boucher, qui s'est caché à la nouvelle des poursuites dirigées contre Bernard de Bautru pour la publication du Discours sur la députation du Parle* ment au primée de Condé; les imprimeurs de V Harmonie de t amour et de la justice de Dieu , emprison-
INTRODUCTION. un
nés, suivant Guy Pafin, dans une lettre du- 46 septembre '1650; ceux de la Lettre du roi au Parlement de Rouen (10 juin 1652), forcés de s'absenter; celui de Y Amnistie^ pourchassé par ce qu'on pourrait appeler le Parlement-croupion de la Fronde, et réduit à se cacher, aussi bien que ceux de la Lettre de la princesse de Conde présentée à la reine ; l'imprimeur de la Requête des trois Etats j arrêté, condamné à l'amende honorable et au bannissement. L'Éclançhé, Raulin et Laurent Prends-ton-Ferre , dont il est parlé dans la Nocturne chasse du lieutenant cinly étaient des colporteurs apparemment; car je ne les trouve pas dans ma liste des imprimeurs et libraires.
Guy Patin nous apprend que la veuvé-Musnier et ses deux enfants étaient au cachot dans les prisons du Châtelet , le 17 juillet 1 649. ils avaient été condamnés, Fainé à la potence , le cadet aux galères , la mère au bannissement ; mais avant d'être jetée hors du royaume, elle devait assister au supplice de ses enfants, et recevoir le foueti Elle était âgée de soixante-neuf ans! L'auteur du Silence au bout du doigt fait, de cette triple condamnation, le texte d'une amèrephilippique contre le lieutenant civil d'Aubray. Il lui reproche de n'avoir obéi qu'au sentiment de haine qu'il avait conçu pour le mari et le père de ses victimes , et que la mort même n'avait pu apaiser ; il l'accuse d'avoir suborné par argent les domestiques de la veuve Musnier, et de leur avoir dicté de faux témoignages. Je ne saurais discuter la valeur de ces assertions du pamphlétaire ; car ni lui, ni Guy Patin ne font conlïaître le titre du libelle qui a décidé le Châtelet à prononcer son horrible sentence. La condamnation, toutefois, ne fu^pas exécutée. Il y eut appel au Parlement; et Taffaire en resta là. Pour les libraires comme pour les auteurs, la seule chose importante était d'éviter d'être pris dans la première cha-
UT INTRODUCTION
leur des poursuites. Ce temps passé, on n'y pensait plus. Vingt et un paniphlets ont été dénoncés à la justice ou frappés de condamnation pendant toute la durée de la Fronde. En voidi les titres : Arrêt du Parlement de Bretagne ^ du 1 8 janvier 1 649 ; les Soupirs frunçois sur la paix italienne ; le Véritable ami du public; Dis'cours sur la députation du Parle(nent a^ prince de Condé; Remontrances du ParlemerU semestre de Nor^ mundie; le Maréchal de Turenne aux bons bourgeois de Paris ; V Harmonie de F amour et de la justice de Dieu; Lettre de la princesse de Condé présentée à la reine ; la Franche marguerite; le Point de focale; Ar^ rét portant permission de déménager sans payer lès termes de Pâques et de la Saint- Jean ; Lettre de Farchiduc Léopold au Parlement de Paris ; la Sapiençe du ciel; TÂmnistie de 1652; les Dernières résolutions faites au Parlement (Lettre du roi au Parlement de Rouen); la Requête des trois Etats ; Recueil des maximes pour r institution du roi; Lettre du cardintcUde Retz au clergé de France^ 1 4 décembre 1 654 ; Lettre du cardijuU de Retz à MM. de Rassemblée du clergé >^ 1 •"janvier 1 656 ; Réponse à une lettre qui a été publiée sans titre y et qui traite de ce qui s* est passé dans [ assemblée générale du clergé y 1 657 ; et peut-être YAi^is important de M* de Chdteauneuf^ etc. — Dans l'audience du 29 mars 1649, le procureur général aq P^lerqent demanda l'autorisation. d'informer sur la publication de \ Arrêt de confirmation de t arrêt du Sjam^ier; le président 1^ Coigneux dénonça les Eclaircissements sur ladmi'^ nistration du cardinal Mazarin , dans l'audience du 27 février 1651 ; les Vicomte , Majeur et éçhevins de Dijon ont porté plainte, devant le Parlement de Paris, contre la Relation véritable contenant la sortie par force de M. le duc dEpernon ; mais je ne voiç pas qu'il ait été donné aucune suite à ces trois affaires.
INTRODUCTION. Lt
Dans les provÎDoes 9 W Répanse des habitants d'An*gers à la lettre pastorale de leur éné^âe a été l>rûlée par sétitenct du. président^ et, le Curé bordelois , <xm^ damoë au feu par arrêt du PariemeiH de Bordeaux. Onapprend'coifin, par les tnémoirés du lettaps^ que le même ParleuH^af a faUltieerer dés placards injurieux pour le prince de Gonti et la duchesse de Lobgueville.
Voilà tout ce que j'ai pu savoir des sévérités de \A justice contre la presse. A ne consulter que les lois et les arrêts , on devrait croire que tant de pamphlets odieusement méchants, tant de libelles cruellement diffamatoires ont provoqué des répressions impitoyables. Les lois , je Tai déjà dit , ne pnononcent guère d'autre peine que la mort, ou, pour parler le langage plus adouci de notre vieille législation criminelle , la confiscation de corps et de biens. Lès arrêts ne sont pas moins rudes. On a vu ceux des 27 janvier et28 mai 1649» Traiisgressés par tes autem's, les imprimeurs, les colportent*» , en Un mot par tout ce qui vivait de là presse, tran^ressés par les juges eux-mêmes, ils n'ont inspiré de craintes sérieuses à personne ; et quand un pamphlétaire félicite le lieutenant civil d'^avoir com- ,primé la fureur d'écrire , c*est tout simpleitient une flatterie : « Mon lieutenant civil a si bien travaillé et travaille encore, tous les jours^ avec tant de soin et de vigilance que peu de personnes osant s'en rendre. coii-*. pables, sans voir en même temps leur condamnation et leur supplice. » {La France rétablie). Leur supplice ! On n'en citerait pas un seul. Je sais bien que Guy Patin a dit, dans une lettre du 1 2 juillet 1 649 : « On R knpiînie phis de pièces mazariniques, tant le lîeutë-' naot eîvil a persécuté les imprimeurs. » Mais je saii^ aussi que la Casiode de la reine a été imprimée le 16.
Il est vrai, c'est du mois de juin au mois de septem-
iTi INTRtMDUCTlON.
bre qu'eurent lieu les trois seuls procès de presse sur lesquels nous ayons quelques informations assez pré* oises, ceux de Bautru^ de Morlot et d'Antoine Estienne. La condamnation de la veuve Musnier et de ses enfants par le Châtelet est du mois de jiiillet. C'est la preuve de Factivitë dont l'auteur de la France rétablie loue le lieutenant civil. Mais en faut-il conclure qu'on cessa d'écrire et d'imprimer? Non certes. On ne se hasarda plus à braver la loi et la justice avec la même ardèqr qu'on Tavait fait auparavant ; on éluda l'une ; et on trompa l'autre.
C'est alors que sortirent , .
Sans nom ni marque, ^ De la presse de Y ariquet , De Preuvéray, Sara, Cottinet, Qui ne se vend et ne s'achète Qu^entre chien- et loup en cachette, Des satyriques ouvrages en vers , Jouxte sur exemplaire d'Anvers.
Ce passage de la Nocturne chasse du lieutenant ciuil explique comment l'auteur du Monologue et entretien de Mazarin a été autorisé à dire :
On ne peut empêcher d'écrire < Par menaces ni autrement ; Et les arrêts du Parlement N'ont pas assez de suffisance Pour empêcher la médisance.
Saint-Julien a été plus loin, dans le Courrier hurlesq&e de la guerre de Paris. Il a dit avec raison que l'atrét du 29 mars 1 650, qui
Défendit de rien imprimer, ... ne fit que ranimer Cette criminelle manie.
Dès qu'un événement venait solliciter la verve des au^ teurs et Tactivité des imprimeurs^ les pamphlets paraissaient en foulé ; et les colporteurs encombraient les rues.
INTRODUCTION. Vni
Cet arrêt du 29 avait ëtë rendu à roccàsion de lemprisodnemeùt des princes. Il contenait une défense générale de publier des livrets sur la politique, à peine ckes châtiments les plus sévères. Est*<)e qu'il a empêché un seul pamphlet ? ou bien, les libelles ont-ils été moins menteurs , moins licencieux , moins insolents ?
On sait si' les défenseurs des princes ont eu quelque respect de la loi, ou quelque crainte de la justice. Toutefois ia guerre des pamphlets ne fut pas très-longue à cette époque ; mais, elle se ranima vers la fin de 1 650, par l'accord des deux Frondés, puis en 1 651 , par leur rupture. Le 29 juillet de cette dernière année, le Parlement rendit un nouvel arrêt contre les auteurs, imprimeurs, colporteurs, distributeurs et acheteurs delibelles« Les colporteurs devaient avoir été reçus par-devant le bailli du Palais ou le prévôt de Paris. L'arrêt prononçait la peine du fouet contre ceux qui auraient osé se soustraire à cette formalité. Les acheteurs étaient passibles d'une amende de 1 6 livres parisis pour la première fois, pour la seconde, d'une amende arbitraire. Quant aux auteurs et aux imprimeurs, il n'y avait rien de changé; ils continuaient d'écrire et d'imprimer à peine de la çie.
Le 31 janvier 1 652, un nouvel at*rêt vient inutilement confirmer l'arrêt de l'année précédente. Les pamphlets semblent se multiplier .sous les efforts de la justice. Us redoublent d'audace et d'insolence. Aussi le 27 mars , le Parlement se décide-t-il à condamner au feu les deux plus odieux libelles de Dubosc Montandré : le Point de Vomie et la Franche marguerite. L'arrêt défend de les vendre, débiter ni publier à peine de la vie , même de les garder et retenir sur telles peines quau cas il appartiendra. Il enjoint, en outre, au lieutenant civil et à tous officiers du Châtelet, de visiter les maisons , hôteb , collèges et monastères
V9m INTRODUCTION.
pour y saisir les In^rinii^es qui s-y troul^^epont^ «C les apf>orter au greffe de la Cour. Le 4 avril, Ird» individus, arrétésdans une assemUëe du Peut^J^euf^ jM^st livrés aux lieutemuits civil et orimîael^ et poMË que des placards ont été affichés en divers endroits, il eM recommandé, à ces deux magistrat», deteniria maio à rexécution des arréB antérieur I^ 8, sUr la Lettre prétendue de F archiduc LéopM au Parlement^ la Cour ordonne, ^score une fois, que les arrêts précédéâi» seront exécutés; que les auteurs et imprimeiivs seront recherchés,. pour élre traduits devant dle«
Ces défenses toujours renouvelées témoignent assez; qu'elWs élàient toujours enfreintes* « L'arrêt xfà!ttn respecte , dit três«bien Al* Lebar, la loi<)n'on exécute, ne parlent qu'une fois et pour toujours* » Léi^atréts du Parlement ont parlé trop souvent, dans bette. an*^ née 1652, pour qu'il soit permis de croiirè qu'Usobt été respqctés. Nous ne sommes encore qa au S d'avril ; el en voilà d^à quatre « On en compte cinq de plus jus* qu'au inois d'octobre* Ceux des 45 mai, 30 jUiUet et 28 septembre sont des arrêts de condamnation sans doute ; mais ils contietment aussi des didpositioDS réglementaires. L'arrêt du 27 juin et celui du 26 sep* tembre sont, ce qu'on appelait alors des arrêts M règlement. Us ne pronoticent point de condamtiationsj; ils défendent, généralement et absolu menf ^ de rien ))liblier niafOcher, à peine de confîscatiot) de corps et de biens.
Si on veut savoir juiiqu'oti eit dllée , malgré cette s^ppamnte activité de répression, l'iraptiissaiioe du Parlement, il faut se rappeler qu'il y a^u, après l'incendie de l'Hôtel de Ville , un mameul ou il n'osait plus même ordonner de poursuites contre les imprimeurs qui falsifiaient ses arrêts. Ainsi , quand CbeVa^ lier et Jjesselin publièrent , dans la forme ordinaire , une rédactioa mensongère de ses délibérations des 1 9 et
INTRODUCTION. ux
20 juillet sur la li^uteqance générale du duc d'Orléans, il dut se contenter de faire paraître \e Féritable,arr4t chez les imprimeur^ du roi. C'était tout ce ^qui lui ves* tait dautorité, pour défendre a>Qn carai^tère et ie» actes. Et cependant ^lors la Fronde n'avait plus les sympathies 4es bqvirgeois ni du peuple ; t^lieqn^Dt.qiie plusieurs pamphlets ne purent être inp^rimés que par le commandement exprès de son Altesjse Royale.
A côté d^s arrêts du Parleipent, il y a en .des ondcin* nances du prévôt de Paris qui avait , compie on sait ^ sa juridiction criminelle. C'est lui qui a condamné au feu le Recueil deis maximes pour VinstituUon du roi. Une ordoqpance du 20 octobre 1651 déiS^ndait de chanter aucunes chansons sur le Pont-Neuf et sur les places publiques, à peine du fouet. Par une autre, en date du 7 février 1 662 , les libraires , imprimeurs» re» Heurs et colporteurs étaient obligés de r^ettre aM greffe de la prévôté tqus lesi exemplaires des livres , libelles et pièces imprimés sans permissiQn-i siqoni il de* vait être procédé contre e\K^ suiyantla :pgueur des Ipis.
On comprend que les ordonnances du prévôj. n'ont pas dû avoir plus d'efficacité que les arrêts du Parle* ment. Elles prouvent seulement que la justice, désarmée par l'esprit général du temp^ , désarmée surtout parlesmœUi*s, moins rudes que la loi, a été également impuissante dans toutes ses juridictions,
M. Leber a donc eu pleinement raison de dire que la loi était une chose, et l'état de la presse une autre chose. La loi avait été édictée daps \xi\ temps où des passions violentes servaient le plus grs^ud iixtérêl des sociétés hqmaines; je veux dire l'intérêt religieux. Elle représentait unç époque de mœurs faroudies, de caractères ardents , 9tven.tiireux , de luttes sanglant!» et terribles. L'état de la presse, au contraire, s'était formé sous l'influence d'une civilisation plus douce,
Lxiï ÏNTRODUGTION.
simple ; et par copëéqueDt il offre le plus de garantie contre Terreur ; les doubles emplois n'y existent pas. Il est le plus large ; toutes les pièces y entrent à leur rang ; il n'exige pas d'exceptions; il n'en admet pas même.
J'ai concilié , autant que je l'ai pu , Tordre alphabétique avec Tordre des matières , en prenant soin de rapprocher, dans mes notes, les écrits qui offrent entre eux quelque contraste ou quelque analogie. Par exemple, quand un pamphlet a donné lieu à une polémique , je rassemble, à son chapitré et selon Tordre de leur apparition, les titres de tous ceux qui touchent à la question controversée.
En cela j'ai eu deux motifs : le premier, de faciliter les recherches des travailleurs ; le second , dé foire connaître avec fidélité les opinions qui avaient coUrs dans la Fronde et hors de la Fronde.
Si je m'étais borné à écrire put*ement Ta bibliographie des Mazarinades , je ne pense pas que mon travail eût été fort utile, tout au plus aurait-il profité à Quelques curieux. J'ai voulu qu'il fût d'un emploi plus général, et qu'il pût suppléer, en quelque façon, à la lecture de cette multitude de pièces dont la masse seule effraye, et qu'on ne dépouille pas sans beaucoup de fatigue.
J'ai donc extrait, des meilleurs et des plus singuliers pamphlets, tons les passages qui m'ont paru de natiit*e à éclairer le lecteur sur le caractère des principaux personnages de la Fronde , sur les opinions , les intérêts , les desseins des partis , sur les mouvements de l'esprit public. J'ai recueilli toutes les anecdotes que j'ai pu craindre de voir se perdre dans ce fatras de pièces, qui ne seront peut-être jamais lues, qui ne seront certainement jamais reproduites. Il y en a qui intéressent plus les mœurs que là politique ; mais je
INTRODUCTION. lxiii
ne les* crois pas, pour cela, les moins curieuses , les moins, dignes de rattention de Thistorien.
Enfin j'ai donné des* notes biographiques sur les auteurs ; maïs j'ai pris garde de n'y faire entrer rien de oe^ <}ui e3t , si je pui* m' exprimer ainsi , de notoriélé littéraire, Om pett% être assuré que je n'ai point abu$é' de roecasioq pour raconter la vie du cardinal de Retz ou de Scaprocr, de Patru* ou de madame de Longueville. Pour les écrivains connus , je n'avais a parler que de la part qu'ils ont eue aux Mazarinades. Pour ceux qui le sont peu, ou qui ne le sont pas^ qu'aurais-je pu dire autre chose ?
Voilà mon plan. Je demande aux personnes qui ne l'approuveront pas en principe , de vouloir bien remarquer que la Fronde a duré seulement quatre années, et que mon livre n'est pas si gros qu'il ne puisse être feuilleté sans peine jusqu'à la fin.
Quelque sort qui lui soit réservé , cet ouvrage m'aura du moins valu de nombreux témoignages de bienveillance et, j'en ai la confiance, des amitiés véritables. Je n'aurais pas même pu l'entreprendre si l'aocès des bibliothèques publiques ne m'avait pas été ouvert, de la meilleure grâce, par messieurs les conservateurs ; mais c'est pour moi un devoir de dire publiquement que j'ai trouvé partout l'accueil le plus obligeant et le concours le plus empressé. Que MM. Casimir Bonjojur et Ferdinand Denys, de la bibliothèque de Sain te -Geneviève, M.Yaissade, de la bibliothèque de l'arsenal, MM. Ravenel et Richard, de la bibliothèque nationale , reçoivent doue ici , d'une manière plus particulière, l'hommage de ma gratitude. Je dois surtout mes plus heureuses rencontres à M. Richard , dont la complaisance a toujours été aussi infatigable qu'ingénieuse.
C'est M. Paulin Paris qui m'a donné la première
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INTRODUCTION
idée de ce travail ; c'est lui qui m'a soutenu dans les ennuis de mes premières recherches ; c'est lui qui me fortifie, encore à cette heure, par les excellents conseils de sa science et de son goût. Je le dis parce que la justice veut que je ne lui dérobe point sa part légitime de Tœnvre qu'il a suivie avec sollicitude, du commenceipent à la fin ; mais je le tiens pour assuré depuis longtemps de mon amitié reconnaissante.
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