‹ Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-artsChapitre 12 sur 125 · ESTHÉTIQUE OU SCIENCE DU BEAU · texte numérisé non relu

ESTHÉTIQUE OU SCIENCE DU BEAU

76. MURATORI (Luigi-AntonioÉÆ^essioni sopra il buon Gusto nelle scienze e nelle arti. — Réflexions sur le bon goût dans les sciences et les arts. — lre part., Venise, 1708; — l’ouvrage entier : Naples, 1715,2 vol. in-8; — Cologne, 1721, in-4.

77. CROUZAZ (Jean -Pierre de). Traité du Beau, où l’on montre en quoi consiste ce que l’on nomme ainsi par des exemples tirés .de la plupart des arts et des sciences. — Amsterdam, 1715, in-8; — 2e édit., ibid.y 1724, 2 vol. in-12.

On peut reprocher beaucoup de choses à cet écrivain, qui lut professeurde mathématiques et de philosophie ; on peut lui reprocher ses attaques contre Bayle etcontre Leibnitz ; on peut lui reprocher sa prolixité, son manque de méthode ; mais il est juste de reconnaître qu’avant le père André, qu’avant Baumgarten, il a fait de l’idée et du sentiment du Beau l’objet de la spéculation philosophique. Pour constituer le Beau, il exige cinq conditions : l’unité, la variété, l’ordre, la proportion, la régularité. Il mourut en 1750.

78. ANDRÉ (Yves-Marie). Essai sur le Beau. — Paris, 1741, in-12 ; — 2e édit., augm. d’un discours préliminaire et de réflexions sur le goût, par J.-H.-S. F. (J.-H.-Sam. Formey); Amsterdam, 1756 et 1759, in-8; —4e édit., Paris, 1763, in-8; — 5e édit., ibid.y 1770, 2 vol. in-12 (1 fr. 50 à 2 fr.) ; — nouv. édit., Lyon, 1820, in-12 (1 fr. 50 à 2 fr.), et Paris, 1824, in-12.

Philosophe, disciple de Descartes, théologien et jésuite, le Père André, par cet essai sur le Beau, s’est acquis une réputation durable. 11 est un des premiers, avec Hutcheson et Baumgarten, qui aient soulevé dans l’Europe moderne la question du Beau. Très-spiritualiste, ilétablitau début qu’il existe un Beau visible, qu’il divise en trois catégories : en Beau essentiel, indépendant de toute institution ; en Beau naturel, indépendant de l’opinion; en Beau arbitraire, d’insstitution humaine. Ainsi , l’architecture a des règles fondées sur la géométrie, et d’autres sur les observations que les maîtres de l’art ont faites en divers temps. Les premières sont invariables comme la science qui les prescrit : par exemple la perpendicularité des colonnes, etc. ; les secondes sont arbitraires, telles que celles qu’on a établies pour déterminer les proportions des parties d’un édifice. En effet, dans le toscan la colonne contient sept fois le diamètre de sa base, tandis

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que dans le dorique elle en contient huit, etc. — Cette théorie est développée dans huit discours écrits pour l’Académie de Caen sous une forme élégante et distinguée.

79. HOGARTH (William). The Analysis of Beauty. — Analyse de la Beauté. — Londres, 1753, in-8, fig.; — ibid., 1772, in-4 (7 à 8 fr.) ; — ibid., 1810, gr. in-8 (qui reproduit mot à mot le texte et la pagination de l’édition originale); — réimprimée dans les OEuvres littéraires complètes d’Hogarth ( The complété Works); Londres, 1837,3 vol. in-8, avec 91 pl. (14 fr.); — trad. en franc, par .Tansen; Paris, 1805, 2 vol in-8, sous le titre suivant : « Analyse, etc., destinée à (ixer les idées vagues qu’on a du Goût; précédée de la vie de ce peintre et suivie d’une notice chronologique, historique et critique de tous ses ouvrages de peinture et de gravure, avec 2 pl. » (7 à 9 fr.); — trad. en ital. : L’Analisi délia bellezza; Livourne, 1761, in-8, avec 2 pl. (1 fr.); — trad. en allem. par Mylius : Zergliederung der Sch'ônheit (avec une préface de Lessing); Berlin, 1754, in-8, avec 2 pl. (3 à 4 fr.).

Le désir d’être auteur comme Josuah Reynolds, suivant les uns, et suivant les autres, ce qui est plus probable, l’obligation de repousser le reproche que lui adressaient ses rivaux et ses ennemis de manquer d’élévation et de style, et de ne pas connaître la vraie beauté, déterminèrent Hogarth à publier son Analyse , pour laquelle le docteur B. Houdly lui vint en aide. Dans ce traité, qui lui attira une nuée de critiques et de pamphlets, et où, pour se moquer des règles fixes auxquelles sont assujettis les cinq ordres d’architecture, il les représente sous l’emblème des cinq ordres de perruques, on trouve, suivant Walpole, des aperçus neufs et vrais. Hogarth fonde la beauté sur la ligne ondoyante de la serpentine. Le docteur Nagler s’est montré sévère en disant que le peintre du laid ne pouvait pas comprendre et analyser la noblesse de la nature humaine.

80 . BURKE (Edmund). A Philosophical Inquiry into the Origin of our Ideas on the Sublim and Beautiful , etc. — Essai philosophique sur Eorigine des idées du Sublime et du Beau; avec un discours préliminaire sur le Goût, etc.

Londres, 1757, 1761, in-8; — 5e édit., ibid., 1770; — édit, suiv., ibid., 1773, 1776, 1787, in-8; — 1842, in-12 ; — trad. en franc, par Desfrançois ; Paris, 1765, in-12 ,h et par Lagentie de Lavaisse; ibid., 1802, in-8.

Dans ce célèbre essai il est à peine question de l’art. L’auteur reste dans les généralités ; mais le discours sur le goût renferme quelques idées sur les proportions. Aux yeux de Burke, elles ne sont point le principe de la beauté; ainsi, dit-il, le cygne, qui a le cou plus long que le reste du corps, n’en est pas moins un bel oiseau.

81. KANT (Imm.). Beobachtungen über das Gefühl des Schônen und Erhabenen. — Observations sur le sentiment

du Beau et du Sublime. — - Riga, 1764, in-8; — ibid., 1771, in-8; — trad. en franc, par Herc. Payer Imhoff; Paris, 1796, in-8, et par Veyland; ibid., 1823, in-8. — Cet ouvrage se lie intimement avec le suivant du même auteur: Kritik der Urtheilskraft. — Critique du jugement. lre part.. Critique de l’Esthétique; Riga, 1 790, in-8; — 2e édit., ibid., 1793, in-8; — 3e édit., Berlin, 1798. — Forme le ive vol. des OEuvres complètes de Kant (Sàmm t liche TVerke ); Leipzig, 1838-42, 12 vol. in-8; —trad. enfranç.

par Jules Barni, ensemble avec l’ouvrage précédent; Paris, 1846, in-8.

Supérieure à celles qui l’ont précédée, la traduction de M. Barni nous permet d’avoir, de ce côté-ci du Rhin, une idée de la théorie du célèbre philosophe de Kœnigsberg sur les Beaux-Arts. Le Beau, suivant Kant, est leur principe et leur fin; voilà ce qui les distingue des arts mécaniques, qui n’ont d’autre but que l’utile et qui s’y trouvent asservis. En ce sens, les Beaux-Arts visent à procurer du plaisir, mais c’est au plaisir du Beau qu’ils visent et non au plaisir que donne l’agréable. Pour Kant, le Beau n’est qu’une seule et même chose avec le Goût. « Le Goût, dit-il, c’est la faculté de juger d’un objet ou d’une représentation par une satisfaction dégagée de tout intérêt; or l’objet d’une semblable satisfaction s’appelle le Beau. » (Voir le no 100.)

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