CONTEMPORAINES RELATIVES AUX COMÉDIES DE MOLIÈRE
1205. La Pompe funèbre de M. Scarron (par Antoine Baudeau de Somaize). Paris, Jean Ribou, 1660, pet. in-12 de 55 pp.
Molière était si maltraité dans ce pamphlet anonyme, que ses amis crurent devoir y répondre d'une manière qui équivalait à une volée de coups de bâton, en publiant le Songe du Resveur (voy. plus haut cette satire, parmi les pièces de vers contemporaines contre Molière). C'est ainsi que fut dévoilé le nom de l'auteur de la Pompe funèbre de Scarron.
Il faut aussi rapporter à ce pamphlet une autre pièce du même auteur : la Pompe funèbre d'une Prétieuse, avec toutes les cérémonies du convoy, laquelle se trouve imprimée, à la suite du Procez des Prétieuses, dans une des éditions de cette comédie dirigée contre Molière, à l'occasion du procès en contrefaçon que celui-ci avait intenté au libraire Jean Ribou.
1206. Récit, en prose et en vers, de la farce des Précieuses. Paris, Guillaume de Luyne (ou Claude Barbin), 1660, in-12 de 2 ff. prélim. et 32 pp.
Réimprimé à Anvers, chez Guillaume Colles, 1666, pet. in-8.
Ce Récit est de Mlle Des Jardins, célèbre depuis sous le nom de Mme de Villedieu, qui avait fait partie de la troupe de Molière en province, comme nous l'apprend Tallemant des Réaux, dans une de ses Historiettes. Cette pièce, composée à l'occasion du succès de vogue obtenu par la comédie des Précieuses ridicules, donne une analyse de cette comédie, et l'on y trouve l'indication de plusieurs scènes qui furent supprimées à l'impression. Ce fut sans doute par reconnaissance que Molière fit représenter, par sa troupe , en 1665, une comédie de Mlle Des Jardins, intitulée : le Favori.
M. Edouard Fournier a réimprimé le Récit de la farce des Précieuses, avec de très-bonnes notes, dans les Variétés historiques et littéraires de la Bibliothèque elzévirienne, tom. IV, p. 285 et suiv.
1207. La Déroute des Prétieuses, mascarade. Paris, Alex. Lesselin, 1659, in-4 de 8 pp.
Cette mascarade, qui fut sans doute représentée au théâtre du Marais, où l'on donnait des ballets, à l'occasion de l'immense succès des Précieuses ridicules, nous paraît pouvoir être attribuée à T. -P. de Subligny, avocat et comédien, lequel rédigeait en vers, à cette époque, la Muse de la Cour, publiée périodiquement par le libraire Alexandre Lesselin.
M. Victor Fournel a réimprimé, avec une notice, dans le tome II des Contemporains de Molière, cette mascarade, que le duc de la Vallière n'a pas citée dans son Catalogue des Ballets (Paris, Bauche, 1760, in-8), quoiqu'il en eût recueilli un exemplaire dans sa belle collection de ballets et d'opéras, acquise en 1785 pour la Bibliothèque du Roi.
Molière avait eu l'intention de protester, contre les calomnies dont sa comédie des Précieuses ridicules fut le prétexte, par la représentation, sur son théâtre, d'une comédie intitulée : la Vraie et la Fausse Précieuse ; il esquissa lui-même le plan de cette comédie et en confia l'exécution à un poëte dramatique distingué, Gabriel Gilbert, secrétaire de la reine de Suède ; mais la pièce ne put être représentée, par suite de circonstances imprévues, bien que Molière eût fait une avance de 550 livres à l'auteur, pour l'encourager à terminer promptement son ouvrage.
1208. Lettre écrite sur la comédie du Misanthrope, par de Visé.
Cette Lettre, signée D. V., se trouve en tête de la première édition du Misanthrope de Molière (Paris, Ribou, 1667, in-12). On l'a insérée depuis dans plusieurs éditions des Œuvres de Molière. Il est à peu près incontestable que la Lettre, écrite par de Visé, à la demande de Molière et sous son influence directe, renferme beaucoup de passages où se reflètent les idées personnelles de l'auteur du Misanthrope.
1209. Le Roy glorieux au monde, ou Louis XIV, le plus glorieux de tous les Roys du monde (par Pierre Roullé, docteur en théologie, de la Maison et Société de Sorbonne, et curé de Saint-Barthélémy). Sans nom d'imprimeur ni de libraire, et sans date (Paris, Gilles Gourault, 1664), pet. in-12 de 91 pp., portrait de Louis XIV, daté de 1661, portant l'adresse de Moncornet, avec privilège.
L'édition entière de ce pamphlet, dans lequel Molière et le vicomte de Turenne étaient indignement outragés, fut saisie et détruite, par ordre du roi, à la requête de Molière. Un seul exemplaire semblait avoir échappé à cette destruction totale ; c'est celui que l'auteur avait offert à Louis XIV. Il est relié en maroquin rouge, semé de fleurs de lis et doré sur tranche. C'est M. Jules Taschereau qui l'a découvert, à la Bibliothèque nationale, encore enfermé dans l'enveloppe où il reposait depuis près de deux siècles. Un autre exemplaire, qu'Aimé-Martin prétendait avoir possédé (avec un titre différent : Le Roi glorieux au monde, contre la comédie de l'Hypocrite, que Molière a faite et que Sa Majesté lui a défendu de représenter), s'était égaré entre les mains d'Amar, qui s'occupait alors d'un travail sur Molière.
Cet opuscule offert au roi n'est que l'extrait d'un ouvrage, tout à fait inconnu jusqu'à présent, que nous signalons pour la première fois d'après un second exemplaire, qui se trouve dans la riche bibliothèque de M. le baron James E. de Rothschild : VHomme glorieux, ou la Dernière perfection de l'homme achevée par la gloire éternelle, par Pierre Roullé, docteur en Sorbonne et curé de Saint-Barthélémy (Paris, Gilles Gourault, 1664, pet. in-12 de 6 ff. prélim. et 91 pp.). Les six feuillets préliminaires se composent du titre de l'ouvrage, d'une épître au roi et d'un Avant-propos au lecteur. C'est après ces 6 ff. que se trouve, en tète de la page qui commence le texte, le titre de l'extrait précédent : le Roi glorieux au monde, etc. Cet ouvrage est si rare, qu'on doit supposer qu'il aura été supprimé en même temps que l'extrait, offert au roi, avec un portrait, qui porte la mention expresse d'un privilège accordé à Moncornet, graveur et éditeur d'estampes.
La découverte récente de deux exemplaires complets de l'Homme glorieux a permis de mieux apprécier les raisons qui ont fait supprimer l'ouvrage, sur la plainte de Molière. Un de ces exemplaires appartient à un bibliophile bien connu, M. le comte de Lignerolles ; l'autre, dans son ancienne reliure en maroquin rouge semé de fleurs de lis, a été découvert par le libraire des bibliophiles, M. Auguste Fontaine. L'Homme glorieux, de Pierre Roullé, se compose de 12 ff. prélim. et de 691 pp., suivies du Roy glorieux, qui a 91 pp. 11 est précédé de deux approbations émanées de la Sorbonne, en date du 28 novembre 1663 et du 15 mars 1663 (sic), déclarant que le livre intitulé VHomme glorieux a été lu par deux docteurs en théologie, lesquels n'y ont rien trouvé qui ne soit orthodoxe. Mais il n'est pas parlé du Roy glorieux, dans ces approbations. Le privilège du roi est du 24 avril 1664 ; l'Achevé d'imprimer, du 1er août suivant. On peut donc inférer de ces dates, que le Roy glorieux est une addition que l'auteur s'était permis de faire à son livre, après l'obtention du privilège qui ne concernait que VHomme glorieux. On comprend que Molière, en l'absence d'un privilège spécial pour le Roy glorieux, n'a pas eu de peine à faire supprimer le livre dans lequel il était calomnié et outragé.
Le fameux passage relatif à Molière et à sa comédie de llmposteur commence à la page 48 du Roy glorieux, par ces mots : « Un homme ou plutost un Démon vestu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fut jamais dans les siècles passez, avoit eu assez d'impiété et d'abomination pour faire sortir de son esprit diabolique une pièce toute preste d'être rendue publique, en la faisant monter sur le théâtre, à la dérision de toute l'Eglise... » Pierre Roullé assurait que le roi avait défendu à Molière, « sous peine de mort, » non-seulement de représenter Flmposteur, mais encore de publier cette comédie. On est donc fondé à croire que le pamphlet du sorbonniste fut un coup fourré, dirigé par la Sorbonne contre rHypocrite (premier titre du Tartuffe), dont les trois premiers actes avaient été joués, à Versailles, devant le roi, le 12 mai 1664, comme un intermède des Plaisirs de l'Ile enchantée. Le pamphlet de Pierre Roullé fut mis au pilon, mais la comédie de Molière ne parut sur la scène que le 5 février 1669.
Pierre Roullé, pour donner plus de force et d'autorité à son Roy glorieux, l'avait fait suivre d'un autre livre intitulé : le Dauphin, dédié à Madame la mareschalle de la Mothe Houdancourt (Paris, Gilles Gourault,1664, in-12 de 30 ff. prélim. et 330 pp.). La reine et le dauphin étaient deux auxiliaires que Pierre Roullé et la Sorbonne voulaient se donner contre le redoutable auteur de VHypocrite.
1210. Le Roy glorieux au monde, par Pierre Roulés (sic), curé de Saint-Rarthélemy, pamphlet contre Molière et Turenne, réimprimé d'après l'exemplaire unique existant
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aujourd'hui, et précédé d'une Notice de M. Paul Lacroix. Genève, J. Gay , 1867 , pet. in-12 de xv et 61 pp.
Collection moliéresque, tirée à 100 exemplaires.
Quand fut publiée cette première réimpression du Roy glorieux, le véritable nom de l'auteur n'était pas encore connu. Il est vrai que cet auteur s'était nommé lui-même Pierre Roulés, en tête de son Oraison funèbre de Louis le Juste (Paris, Emond Barrois, 1643, in-8).
L'éditeur a recueilli, dans sa Notice, un nouveau texte du « Placet que le sieur Molière, comédien du Roy, a présenté à Sa Majesté, à cause du livre de M. le Curé de Saint-Barthélémy contre la comédie du Tartuffe ». C'est dans les manuscrits de Conrart, à la bibliothèque de l'Arsenal, que ce texte a été retrouvé.
Voy., dans la Revue rétrospective de MM. Taschereau et de Monmerqué (2e année, 1835, tome IV, p. 461), un article sur le Roy glorieux au monde ; ainsi qu'un extrait de ce pamphlet, avec une notice par M. Taschereau, dans VAthenseum français, en 1856.
1211. Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de pierre (par le sieur de Rochemont, avocat. Paris, N. Pepingué, 1665), pet. in-12 de 48 pp., titre non compris.
Le permis d'imprimer, signé le Baillif du Palais, est daté du 8 avril 1665. Cette édition sans titre paraît être la première.
La seconde édition, semblable à la précédente, et publiée chez le même libraire, est accompagnée d'un privilège du roi, en date du 10 mai 1665, dans lequel l'auteur est désigné par ces initiales : B. A. sieur de Rochemont.
La troisième édition, dont le permis d'imprimer, signé d'Aubray, est du 9 mai 1665, porte : sur l'imprimé, à Paris, N. Pepingué, 1665, in-12 de 48 pp., titre non compris, et paraît être une contrefaçon de la première édition. L'auteur est nommé sur le titre.
On ne connaît pas le sieur de Rochemont, qui est désigné comme avocat en Parlement dans le privilège du roi, mais on croit savoir qu'il était curé d'une des paroisses de Paris.
Il y a une édition, sur le titre de laquelle le nom de l'auteur est représenté par les initiales B. A. S. D. R. Cette édition, que nous n'avons pas vue, pourrait bien être la première de toutes.
1212. Response aux Observations touchant le Festin de pierre de Monsieur Molière. Paris, Gabriel Quinet , 1665, pet. in-12 de 32 pp. ■
Il n'existe qu'une seule édition de cette pièce, publiée avec permission. On ne peut l'attribuer qu'à Molière, ou à quelqu'un de ses amis,
qui l'aurait écrite sous son inspiration. Elle est réimprimée, ainsi que la suivante, à la suite des Observations du sieur de Rochemont, dans la Collection moliéresque.
1213. Lettre sur les Observations d'une comédie du sieur Molière, intitulée le Festin de pierre. Paris, Gabriel Quinet, 1665, pet. in-12 de 58 pp.
Il n'existe qu'une seule édition de cette Lettre, ainsi que de la Réponse aux Observations.
« M. Tasehereau n'a pas remarqué que, dans ces deux Réponses aux Observations, surtout dans la première, le style a presque toujours le cachet du style de Molière, ce cachet si net et si caractérisé, qu'on reconnaît au mouvement de la phrase, à l'emploi du mot propre, à certains termes d'affection, à certaines tournures d'habitude ; c'est déclarer que ces opuscules, non moins remarquables par la pensée que par l'expression, ont été écrits, du moins en partie, par Molière qui les a fait paraître chez son libraire ordinaire Gabriel Quinet. » (Note du Catal. Soleinne, tome IV, p. 101.) Quelques mois plus tard, Gabriel Quinet mettait au jour la première édition des Œuvres de Molière, avec pagination suivie (1666, 2 vol.
1214. Observations sur le Festin de pierre, par de Rochemont, et Réponses aux Observations, réimpressions textuelles des éditions originales de Paris, 1665, précédées d'une Notice bibliographique par le bibliophile Jacob. Genève, J. Gay , 1869, pet. in-12 de xi et 65 pp., plus 1 de table.
Collection moliéresque, tirée à 100 exemplaires numérotés.
1215. Ordonnance de Monseigneur l'Archevêque de Paris (Hardouin de Péréfixe, contre la représentation de la comédie l 'Imposteur , en date de 11 août 1667). De l'imprimerie de François Muguet, imprimeur et libraire ordinaire du Roy et de Monseigueur V Archevesque de Paris, affiche in-folio piano.
Cette affiche, trouvée à la Bibliothèque nationale, par M. Richard, conservateur de cet établissement, a été réimprimée pour la première fois dans la troisième édition de VHistoire de la vie et des ouvrages de Molière, par J. Tasehereau (Paris, Hetzel, 1844, in-12. p. 123).
1216. Lettre sur la comédie de l'Imposteur. Sans nom de
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lieu ni de libraire, 1667 , pet. in- 12 de 4 ff. prélim. et 124 pp.
Il y a, dans quelques exemplaires, un feuillet non chiffré, contenant l'errata. Grosley a cité une édition de 130 pp., datée de 1667, qu'il regardait comme la première et qui ne se retrouve plus.
Réimprimé, l'année suivante, en plus petits caractères, 1668, pet. in-12 de 4 ff. prélim. et 75 pp,, et en 1670, sans nom de ville ni d'imprimeur, avec ce titre : Observations sur la comédie de llmposteur.
Grosley a dit le premier que, dans ce factum, « tout annonce la main et la plume de Molière ». Aussi, le rédacteur du Catalogue des livres imprimés et manuscrits de M. le comte de Pont de Yesle (Paris, Le Clerc, 1774, in-8) s'est-il cru autorisé à signaler cette Lettre, par la note suivante : a Elle est de Molière, qui l'avoit donnée pour faire connoître cette pièce (le Tartuffe), lorsqu'il y avoit des oppositions à sa représentation. » M. Jules Taschereau s'est rangé à cet avis et a fait entrer, dans son édition des Œuvres de Molière, la Lettre sur la comédie de Y Imposteur, qu'on a souvent admise depuis dans les éditions des Œuvres complètes.
M. de Soleinne possédait un exemplaire de cette Lettre, à la fin duquel on avait mis anciennement à la plume le nom de Molière, mais cet exemplaire portait néanmoins, après la suscription, l'initiale imprimée C, qui semblerait confirmer l'attribution, d'après laquelle Chapelle serait l'auteur de la Lettre.
1217. La même lettre, attribuée à Molière lui-même, réimprimée textuellement sur la première édition (1667) et précédée d'une Notice bibliographique de M. Paul Lacroix. Turin, J. Gay, 1870, pet. in-12 de xn et 75 pp.
Collection moliéresque, tirée à cent exemplaires numérotés.
1218. Sermon de Bourdaloue, sur la comédie du Tartuffe.
C'est le Sermon du 7e dimanche après Pâques, dans les Sermons du P. Bourdaloue. Il n'y a aucune différence dans les nombreuses éditions, qui renferment ce Sermon, où l'attaque est aussi violente que possible contre Molière, quoique déguisée.
1219. Critique du Tartuffe, du Festin de pierre, ou du Théâtre de Molière.
Voy. cette critique dans l'ouvrage anonyme du sieur Coutel, intitulé : Sentimens de l'Église et des saints Pères, pour servir de décision sur la Comédie et les Comédiens (Paris, veuve de Ch. Coignard, 1694, pet. in-8).
1220. Ordonnance du Roi, portant défense aux comédiens de campagne de jouer la comédie du Malade imaginaire, du 7 janvier 1674.
Cette ordonnance, qui doit avoir été imprimée et publiée in-4, dans le format ordinaire des édits du roi, se trouve in extenso dans la préface de la troisième édition de l'Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, par J. Taschereau (Paris, J.Hetzel, 1844, in- 12).