PREFACE. XIX
journées et de ses soirées. Ce n'était pas un profane en la matière. M. Charles Brunet, ancien chef de bureau au ministère de l'Intérieur, s'est fait connaître (ou plutôt reconnaître, — car on se perd unpeuparmiles trois Brunet bibliographes) par d'excellents travaux sur Marat et le Père-Duchêne. Il avait formé la collection la plus complète du journal d'Hébert — collection que nous avons payée près de trois mille francs à sa vente; mais il était fort peu au courant de l'histoire de Paris et quand il vint chez nous, ayant déjà levé trois ou quatre mètres, en épaisseur, de fiches sur papier mince, opérant au hasard, au courant de la plume, à travers les catalogues debibliothèques etles catalogues de vente, je pus me convaincre qu'il n'avait vu et tenu aucun des ouvrages cités. Nous avions entrepris ensemble la révision et le classement de ses fiches, quand il mourut, laissant le travail à peine ébauché. Au pis aller, ces fiches pourront être conservées parmi les manuscrits de la bibliothèque de la ville. Ni M. l'abbé Dufour, ni M. Paul Lacombe ne s'en sont servis. Elles m^ont été confiées pour examen et révision par un éditeur, mort depuis, qui avait eu quelque velléité de les publier.
A l'exception du travail de M. l'abbé Valentin Dufour, il n'existait donc pas encore de bibliographie parisienne. Mais, à défaut d'ouvrages spéciaux, nous avons d'excellents chapitres relatifs à la bibliog-raphie de Paris, dans la Bibliothèque historique du Père Lelong-, dans le catalog'ue de la Bibliothèque nationale et même dans le Manuel de Bibliographie universelle (1857, gr. {?i-8), de MM. Denis et Pinçon.
Il ne faut pas oublier non plus quelques catalogues de bibliothèques d^'amateurs plus ou moins gâtés malheureusement dans l'intérêt de la vente. Je citerai seulement les principaux, ceux où l'on peut trouver l'indication de documents vraiment rares et même disparus depuis :
Catalogue Paul Lacroix, 1839. — Faucheux, 1853. — Leroux de Lincy, 1855. — M. de N*** (Paul Lacroix), 1856. — Général Rebillot, 1856. — Lassus, 1858. — Gilbert, 1858. — Victor Foucher, 1866. — Ruggieri, 1873 (pour les fêtes publiques). — Bigillion, 1878. — Bonnardot, 1886, etc.
XX PRÉKACK.
Mais tout cela est loin de constituer une bibliographie générale et raisonnée de Paris, telle que nous la comprenons, telle que nous la fait espérer et entrevoir l'auteur du présent livre. M. PaulLacombe est jeune, laborieux, plein d'ardeur et d'expérience, c'est-à-dire dans les meilleures conditions pour mener l'œuvre à bonne fin. Nous le félicitons sincèrement, nous tous qui nous intéressons à l'histoire de Paris, de ces premiers essais qui promettent et qui tiennent, et nous lui crions comme le vieillard de Molière : « Courage, confrère, voilà de la bonne bibliographie ! »
« Science et conscience », telle paraît être sa devise. Plus heureux que ses devanciers, il a trouvé un éditeur hardi et intelligent qui n'hésite pas à affronter les chances d'un succès d'estime pour une publication sérieuse exigeant une assez forte mise de fonds; il en sera récompensé, j'en suis sûr, par un honnête succès d'argent; car les études bibliographiques de M. Paul Lacombe sont amusantes autant qu'utiles.
Omne tulit punctum... et cœtera. J"espère Que vous m'épargnerez de vous parler lalin.
Jules COUSIN.
1. — Thomas Coryate. Voyage à Paris (1608) traduit et annoté par Robert de Lasteyrie. — Paris, (iVogent-le-Rotron, imp. Daupeley-Gouverneitr,) 1880, in-8, 34 p. [Carn., 14830*.]
Tiraee à part des « Mémoires de la Société de l'iiistoirc de Paris et de l'Ile-de-France » (1879), tome VI (Paris, Champion, 1880, in-8), p. 24-53.
Les extraits traduits et annotés par M. de Lasteyrie comprennent tout ce que Coryate a écrit sur Paris et ses environs dans un ouvrage dont le titre est aussi long que bizarre. Il est ainsi conçu : •< Coryat's crudities, hastily gobled up in five moneth< travells in France. Savoy. Italy, Rhetia comnionly called the Grisons country. Helvetia aliàs Switzcrland. sorae parts of high Germany and the >etherlands: newly digested in the hungry aire of Odcombe in y* County of Somerset, and now dispersed to the nourishment of the travelling members of this Kingdome ». Le volume de Coryate a d'abord été imprimé à Londres en 1611 : une nouvelle édition fut faite dans la même ville en 1776. C'est de cette dernière que s'est servi le traducteur.
Les observations du voyageur sont très intéressantes, mais malheureusement très brèves. Il faut signaler ses remarques sur la procession de la Fête-Dieu à laquelle il assista à Notre-Dame, remarques dans lesquelles, en protestant convaincu et fanatique, il ne ménage pas son mépris pour les catholiques.
On trouve un article sur Coryate dans le tome IV de la « Uetruspcctive Review ».
2. — Les Ballieux des ordures du monde. Nouvellement imprimé pour la première impression, par le commandement de noslre puissant l'économe. — A Rouen, chez Abraham Cousturier, S. D. (16..), in-S, 16 p.
[Bibl. nat., Y.J
Curieuse satire en vers octosyllabiques. Je n'en connais point l'auteur et ne puis même pas préciser d'une façon exacte la date de sa publication. On peut supposer que cette pièce a été écrite dans les dernières années du xvi" siècle, ou dans les premières du xvii», vers la fin du règne de Henri IV. Le style esi d'une crudité de haute saveur qui exclut toute possibilité d'une citation de quelque éttndue. L'auteur appelle un chat un chat...; à bon entendeur... suffit.
Il existe une seconde édition des « Ballieux des ordures du monde ». ^S. L., l6iS, in-8, 16 p.), elle comporte quelques variantes.
La première édition, celle de Rouen, a été réimprimée textuellement par les soins de M. P.-A. Gratet-Duplessis, à 3:! exemplaires, dont 8 sur papier de Hollande (^Chartres, imp. de Garnierfils, iS:i3, in-8, 16 p.). Cette réimpression est rare mais se trouve à la Bibliothèque nationale (Y, Réserve), ainsi que l'édition de léiS (ibid.). Cf. l'article suivant.