IL institua vne danse ou procession generale
& faisoit porter à tous les Sauuages, tant hommes, femmes, qu’enfans, des branches de Palme piquante, surnommée Toucon , & alloient tout autour des loges chantans & dansans, & ce disoit-il, pour exciter son esprit à enuoyer les pluyes, (car en ceste annee elles vindrent trop tard) apres la procession ils caouïnoient foi. 151. iusqu’au creuer. 3. Il fit emplir d’eau plusieurs grands vaisseaux de terre, & marmotant ie ne sçay quelles paroles dessus, apres lesquelles il plongeoit dedans vn rameau de palme, aspergeant vn chacun sur la teste: il disoit: soyez mondes & purifiez, afin que mon esprit vous enuoye les pluyes en abondance.
4. Il prit vne grosse canne de roseau creuse, qu’il emplit d’herbe de Petun , & y mettant le feu par vn bout, il souffloit la fumée sur ces Sauuages, disant, Prenez la force de mon esprit, par laquelle vous serez tousiours sains de corps & vaillants de courage contre vos ennemis. 5. Il planta vn May d’arbre, au milieu du village, chargé de coton, & apres auoir faict quelque tours & retours aux enuirons, il leur dit, qu’ils auroient ceste annee grande quantité de coton.
OR pour toutes ces barberies, la pluye ne venoit point; & ne cessoit iour & nuict de faire danser les Sauuages, & crier le plus haut qu’ils pouuoient pour verso, reueiller son esprit ainsi que iadis faisoient les sacrificateurs de Baal; nonobstant ces cris, la pluye ne venoit point. Il s’aduisa de faire accroire à ces Sauuages; qu’il voyoit bien son esprit chargé de pluyeS; du costé de la mer: mais il n’osoit approcher a cause de la Croix, qui estoit plantée au milieu de la place du village; vis a vis la Chappelle de nostre Dame d’Vsaap, & par ainsi s’ils vouloient auoir de la pluye il falloit déplanter ceste Croix: h quoy ils acquiescèrent aisément; & l’eussent faict; n’eust esté les- François qui estoient-là, & la crainte d’en estre punis qui les en empescha.
CESTE nouuelle vint au Fort, & aussi tost on y enuoya Le Grand Chien , & les François pour amener le Barbier; & voir au moins s’il pourroit danser au milieu d’vne sale, d’vne façon qui ne luy eust pieu; & luy eust-on appris, que son esprit n’eust esté bastant de le sauuer: Ce que recognoissant fort bien, par l’aduertissement qu’il eust, qu’on l’enuoyoit quérir, pour luy faire tout honneur au F ort : il ploya foi. 152. hastiuement son bagage , & prenant ses gens auec luy, se sauua par mer dans son Canot , & quelque temps apres il enuoya faire ses excuses, par vn sien parent, qui apporta beaucoup de presens de son pays, pour faire sa paix.
IL laissa vne croyance aux Sauuages de l’Isle, qu’il auoit vn esprit fort bon, & estoit grand amy de Dieu, qu’il n’estoit point meschant, ains ne demandoit qu’à bien faire: Il mange auec moy, disoit-il, dort & marche deuant moy, & souuent il vole deuant mes yeux; & quand le temps est venu de faire mes iardins, ie ne fay que marquer auec vn baston, l’estenduë id’iceux, & le lendemain au matin ie trouue tout faict. Quelques -vns des Sauuages Chrestiens, ayans entendu, que nous auions désir de faire punir
ce compagnon; abuseur cle peuple; ils me disoient; qu’il falloit auoir pitié de luy, & ne luy rien faire; par ce qu’il n’auoit iamais esté meschant; ny son esprit, ains que l’vn & l’autre s’estoient employez a faire croistre les biens de la terre: le les enseignay sur ceste matière ce qu’ils deuoient croire. Pensez verso, vous autres qui lisez cecy, combien ce ruzé Sathan scait comme vn Singe, contrefaire les ceremonies de l’Eglise, pour introniser sa superstition, & retenir en sa cordele les âmes infidelles. Vous le pouuez voir par ceste procession de Palmes, ceste aspersion d’eau, & souffiement de fumee, communicant son esprit, de quoy nous parlerons plus amplement au Traitté du Spirituel.
De la venue des Tremembaiz ; comme on les ponrsuiuit, foi. 153. k de leurs habitations k façous de faire.
Chap. XXXIV.
EN ce temps, la Nation des Tremembaiz , qui demeure au deçà de la montagne de Camoussy , & dans les plaines & sables, vers la Riuiere de Toury , non guere esloignee des arbres secs, sables blancs,
& l’Islette saincte Anne, fit vne sortie inopinée vers la forest, où nichent les oyseaux rouges, & aux sables blancs, où se trouue l’Ambre gris, & où l’on pesche vne grande multitude de poissons; & ce en intention verso, de surprendre les Tapinambos , desquels ils sont ennemis iurez: en quoy ils ne furent trompez: Car plusieurs des Tapinambos de l’Isle, estans allez en
ces quartiers spécialement pour y pescher, furent assaillis des Tremembais : les vns furent tuez sur la place ; les autres furent menez captifs, & ne sçait-on ce qu'ils en ont faict: les autres escbapperent dans leur Canot. , reuenans en l'Isle de Maraynan, qui apportèrent ces piteuses nouuelles, lesquelles remplirent les villages, d'où estoient les morts, de cris & hurlements, les meres & les femmes incitans ceux de l'Isle à les poursuiure: ce que les Principaux résolurent ensemble, & vindrent prier les François de leur donner vn Chef & nombre de soldats, ce qu'on leur accorda. Iapy Ouassou fut le conducteur de ceste armee, & fut suiuy d'vn grand nombre de Saunages, & accompagné des François. Ils s'en vont droict passer la mer, entre l'Isle & les sables blancs, où ils mirent pied h terre, pour se reposer & nuicter les vns allans a la pesche, les autres a la chasse, & les foi. 154. femmes & les filles chercher de l'eau parmy les sables, qui ne pouuoit estre que sommastre, c'est- h- dire, demy douce & demy salee; tendre les licts, faire du feu, & apprester le manger: Les ieunes Tapinambos faisoient les Aioupaues , tant pour les Principaux que pour les François, & au principal Aioupaue , le Colonel se loge, & tous les Capitaines apportent leurs licts, qu'ils pendent tout autour du lict de leur Colonel : ceremonie qu'ils gardent en toutes leurs guerres, spécialement quand ils sont proches de leurs ennemis; A quoy ils en adioustent vne autre, qui est, de faire les feux & obscurs, de peur que leurs ennemis ne les descouurent la nuict: Car ils ont tous en general ceste coustume, tant les Tapinambos que les autres, de faire monter au coupeau des plus hauts arbres, leurs sentinelles , pour descouurir , s'il paroistra de nuict quelque feu ou lumière des ennemis.
LE lendemain, ils se mettent a chercher deçà delà, marchans iusqu'à vne plaine très -grande de verso, sable, enuironnee de bois de trois costez, & au quatriesme de la mer; là ils trouuerent les Aioupaues
des Tremembaiz , & vne marmite Portugaise , d'où nous apprismes, auec les autres nouuelles que nous en auions eu au precedent, que les Portugais estoient habituez en la Tortue , & en la montagne de Gain oussy, & auoient faict alliance auec les Tremembaiz, comme aussi auec les Montagnars, tant d’Ybouapap que de Mocourou , spécialement auec Giropary Ouassou , c’est h dire, Le Grand Diable, Prince & Roy d’vne grande Nation de Canibaliers , lequel Grand Diable ayme fort les François, & hait naturellement les Portugais, & c’est chose asseuree, que si les François ont du bon en ces pays là, il trahira les Portugais, & se ioindra auec les François: Car on tient qu’il est Mulâtre François, c’est h dire, nay d’vn François & d’Indienne. Reuenons à nostre subiect.
NOS Sauuages trouuerent vn de leurs semblables encore viuant, qui s’estoit sauué à la fuitte dans les bois, & caché dans vn arbre: mais entendant le son foi. 155. des Trompes de guerre, qui est vn grand bois creusé, ayant la gueule d’en bas & d’en haut h la façon d’yne Trompette, il sortit tout defaict & sans figure d’homme, pour n’auoir rien mangé l’espace de huict iours, sinon des feuilles de l’arbre où il s’estoit caché,
& ceste carcasse viuante enseigna le mieux qu’il peut, le lieu où gisoient le£ morts ses compagnons, lesquels on trouua la teste fendue & les haches de pierres, desquels ils leur auoient fendu la teste mises sur leurs corps, comme c’est leur coustume, de ne se seruir iamais d’vne arme, quand auec icelle, ils ont tué vn de leurs ennemis.
Garouatapyran vn des Principaux de Gomma, m’apporta vne de ces haches de pierre, toute teinte de sang, & velue des cheueux qui y estoient colez, auec la ceruelle du fils du Principal Ianouaran, de laquelle il auoit esté tué, & qui fut trouuee sur luy. Garouatapyran , m’apprit ce que ie ne sçauois pas, touchant ces haches, faictes d’vne pierre très -dure, verso. & taillées en forme de croissant: car il me dit, que
les Tremembaiz auoient coustume tous les mois, au premier iour du Croissant, de veiller toute la nui et à faire ces haches, & ne cessoient qu’elles ne fussent parfaites, ayans ceste superstition, que portans ces haches en guerre, ils n’estoient iamais vaincus, ains remportoient la victoire de leurs ennemis: pendant qu’ils font ces haches, les femmes, filles & enfans sont dehors les Aioupaues , dansant & chantant à la face du Croissant.
CES Tremembaiz sont valeureux, & redoutez des Tapinambos , d’vne stature competante', légers h la course, plus errants que stables en leurs demeures: leur viande plus commune est le poisson & ne laissent, quand ils veulent, d’aller h la chasse : ils ne s’amusent h faire des iardinages, ny des loges, ains habitent soubs les Aioupaues , ayment plus les plaines que les forests: car ils descouurent tout autour d’eux. Ils ne portent grand mesnage ou bagage apres eux, se contentans de leurs arcs , flesches & haches foi. 156. quelques Couïs & Courges pour puiser de l’eau & quelques marmites pour cuire les viandes: tirent h coups de fléchés les poissons, bien plus adroicts que les Tapinambos: sont robustes de corps, tellement que prenans vn de leurs ennemis par le bras, le iettent à terre, ainsi que feriez vn chappon: Ils couchent sur le sable le plus du temps.
ILS se seruent de ce lieu des sables blancs, & des arbres secs, à prendre les Tapinambos , comme on faict de la ratiere a prendre les Rats, & ce pour trois raisons. La première, h cause de la pesche, qui est là fort fertile & abondante. La seconde, h cause d’vne forest, où les oyseaux rouges de toutes parts, viennent nicher, pour faire leurs petits. Si bien que les Tapinambos ne manquent pas d’aller en cette saison, dénicher les petits, & prendre les œufs à demy couuez, & ce en si grande abondance, qu’il est impossible de l’exprimer, tellement qu’ils en ont pour
viure plus de deux mois, quand ils sont retournez en l’Isle, les ayant auparauant boucanez, endurcis & rendus secs comme bois, qui est chose où ie trouuois verso, bien peu d’ appétit: & à vray dire, ie n’en pouuois manger: nonobstant ce sont grandes delices, & vn gibier fort exquis parmy ces Sauuages. le rapporteray quelque particularité notable de ces oyseaux rouges cy apres. La troisiesme raison est pour cueillir l’ambre gris, que les Tapinambos appellent Pirapoty , c’est à dire hante de poissons 5 Car ils ont opinion que cet ambre gris n’est autre chose que l’excrement des Baleines, ou d’autres semblables gros poissons, lequel esleué sur l’eau, est ietté par les vagues en ce lieu: bien qu'il y aye des François qui disent que cet Ambre gris 11’est autre chose que la fleur de la mer, que les Sauuages appellent Paranampoture ou vne gomme de mer Paranamussuk: le Lecteur en pensera ce qu’il luy plaira.
CET ambre gris se trouue par masse sur ces sables, quand la mer est retirée, & ce plus en vne saison qu’en l’autre, & il arriue quelque fois que la masse est grosse, digne d’estre mise dâs vn Cabinet Loyal, & qu’on ne pourroit iustement estimer & payer : foi. 157. mais à cause que toutes les b estes & oyseaux de la,
& des enuirons, les Crabes , Lézards & autres reptiles de la mer se iettent dessus, auec lesquels suruiennent les Tapinambos , cupides de cette matière, non pour l’estât qu’ils en font, mais pour ce qu’ils voyent, que les François recherchent cela auec grand soin, le tout est dissipé par morceaux. le conseillois vn iour de faire là vn fort, tant pour empescher les courses des Tremembaiz que pour boucher l’entree aux Nauires dans l’Islette Saincte Anne, qu’aussi pour recueillir cet Ambre gris: parce qu’il n’y a point de doute, que souuent la mer en iette sur ces Sables, lequel est aussi espars & mangé par les bestes, oyseaux & reptiles, ioint que les Sauuages de l’Isle, n’y vont que deux ou trois fois l’annee. le m’asseure
que cet Ambre payeroit bien son Fort, sa garnison & beaucoup d’autres.
NOS Sauuages Tapinambos & nos François apres auoir cherché çà & là, ne trouuerent rien autre que verso, leurs morts, les Aioupaues , & les vestiges des ennemis: par ainsi ils s’en reuindrent en l’Isle plus affamez que blessez.
De FArriwee des Long-cheueiix à Tapouïtapere, & du voyage
d'Ouarpy.
Chap. XXXV.
IL y auoit vne Nation vers l'Ouest , de laquelle iamais par cy-deuant on n’auoit oüi parler, & estoit incogneüe à tous les Tapinambos , demeurans dans les bois fort auant à quatre ou cinq cens lieues de l’Isle, n’ayans eu iamais la commodité des Haches ny des Serpes, ains se seruoit seulement des Haches de pierre, viuoit fort secrettement dans ces Pays & foi. 158. Forests, soubs l’obeissance d’vn Foy. Ils furent aduertis, par le moyen de quelques Sauuages qu’ils surprirent sur mer, que les François estoient venus en l’Isle de Maragnan , & y habitoient, & auoient amené quant & eux des Peres qui enseignoient le vray Dieu, & purifioient les Sauuages de leurs pechez. Ils portèrent ces nouuelles à leur Foy, lequel fist dépescher incontinent des Canots, où il fit embarquer vn des Principaux apres luy de cette Nation, qu’il fist accompagner de deux cens ieunes hommes fort & vaillans, habiles à nager & à flecher, auec commandement d’aller vers l’Isle, sans mettre aucunement
pied à terre, ains se contentassent de parlementer auec les Truchemens des François, & s'en retourner au pays, prenans garde qu’aucun ne s’apperceust de la route qu’ils prenoient.
ILS arriuerent donc vis à vis de Tapouitapere , où estoit pour lors le Truchement Migan , qui aduerti de leur venue, les alla trouuer sur mer, & parlementa auec leur Principal fort longtemps: Car ce Principal l’interrogea, Premièrement, des Peres, quels gens verso, c’estoient, ce qu’ils faisoient & enseignoient. Secondement, des François, quelles estoient leurs forces, leurs marchandises, s’il estoit vray, qu’ils eussent reconcilié ensemble les Tapinambos & les Tabaiares , & s’ils viuoient en bonne paix dans l’Isle. Le Truchement ayant respondu à tout cela selon ce qu’il deuoit, le Principal demeura satisfaict, & dit, qu’il en estoit fort aise, & que son Roy & toute sa Nation s’en resioüiroit intimement: parce qu’ils desiroient tous de s’approcher des François, tant pour cognoistre Dieu, pour auoir des Haches & Serpes de fer, pour cultiuer leurs iardins, que pour estre en seureté de leurs ennemis. Quant h eux, qu’ils feroient force coton & autre marchandise, en récompense pour donner aux François, sans rien demander autre chose que leur alliance & protection.
LE Truchement luy demanda, si sa Nation estoit grande, & s’il y auoit loin en son Pays: Il respondit que sa Nation æstoit grande & son Païs fort loin, dénotant à peu prez, la distance par lieues, qu’il y foi. 159. pouuoit auoir de l’Isle en sa terre, monstrant par ses doigts le nombre des Lunes, c’est-à-dire, des mois qu’il luy falloit pour retourner en son Pays: & adiousta, le ne te puis dire l’endroict de nostre habitation, par ce que mon Roy me l’a deffendu, & aussi pour ce que nous craignes, qu’on nous y vint faire la guerre. Contente toy que dans six mois, ie reuiendray icy t’apporter certaines nouuelles, & va dire asseurément à ton Grand, que les choses estant telles
que tu m’as dit, nous viendrons tous demeurer auprès de vous.
LE Truchement répliqua, Vien, ie te prie, voir le Fort que nous auons faict, & les gros Canons braquez dessus, & les François qui sont là en garnison, afin que tu le rapportes h ton Roy. Non, dit-il, c’est chose qui m’est deffenduë de mettre pied h terre, moy ou les miens: Neantmoins l’on fit tant apres luy, que luy ayant donné des ostages, il permit h quelqurs vns des siens, de mettre pied h terre h Tapoüitapere , où ils furent les tres-bien receus, & ayant verso, trafiqué quelques Haches & Serpes pour d’autres marchandises, qu’ils auoient apporté, ils s’en retournèrent fort ioyeux. Cependant les Canots estoient en mer, l’auiron dans l’eau, prests de voguer, s’il fust arriué quelque chose mal à poinct. Les autres auoient la main sur la corde de leurs arcs, les fléchés encochees & prestes à tirer, tant ces Nations se defient les vnes des autres : Mais en leur rendant leurs gens, ils rendirent les ostages: ainsi ils s’en allerët en paix: Dieu les conduise, & les vueille amener à la cognoissance de son nom.
QVANT au voyage d ’Oucirpy, qui est vne Riuiere & contrée, à six vingts lieues de l’Isle, & dauantage, vers les Caïetez , il fut entrepris par le Sieur de Pisieux, accompagné de quinze François, & de deux cens Sauuages pour les raisons suiuantes. La première pour découurir vne mine d’or & d’argent, qui est à cent lieues au haut de la Riuiere, les Sauuages nous en apportèrent du soufre minerai, qui s’est trouué fort bon, & par conséquent on a esperance, que ces mines seront bonnes & fertiles: Depuis ie foi. 160. me suis laissé dire qu’il y a en tous ces pays là, vne grande quantité de mines d’or, meslé de cuiure, & d’argent meslé de plomb, ce que tesmoignent asseurément les eaux minérales qui viennent des montagnes. La seconde pour r’ amener quant & luy vne Nation des Tabaiares , qui habitent sur ceste Riuiere.
La troisiesme, pour chercher vne Nation de Long- Cheueux , qui demeure en ces Pays, atenant la riuiere d } Ouarpy , lesquels sôt débonnaires & aisez à ciuiliser, & trafiquent auec les Tapinambos : si ces choses réussissent, comme ie croy qu’elles feront, dans peu de temps l’Isle sera riche, pour les marchandises que feront tous ces Sauuages r’ assemblez, & se rëdra forte, contre l’inuasion des Portuguais, & me reposant sur cette esperance, ie traitteray de quelques particularitez fort rares, que i’ay remarqué en ces Pays, satisfaisant aux difticultez qui s’y présenteront de prime abord, par bonnes & naturelles raisons.
[Des Astres & du Soleil. verso.
Chap. XXXVI.
C’EST vne chose belle & considérable, que le Ciel, sous ceste Zone torride, semble beaucoup moins estoillé, qu’en l’Europe: c’est h dire, qu’il n’y apparoist pas tant de petites Estoilles, attachées à la voûte azuree de ce Pays là, comme à la voûte du Ciel de ce nostre Pays: & au contraire nous voyons beaucoup plus de grandes Estoilles estincelantes & luisantes là’, qu’icy. le ne me suis iamais persuadé qu’il y eust moins d’Estoilles en ce pays là, qu’en celui -cy, mais que cela venoit de l’erreur de nostre veuë, pour la raison suiuante: C’est que tous qui habitent hors des deux Solstices, Cancer & Capri- foi. igl, corne regardent obliquement le centre du Ciel, qui est la ligne Ecliptique, ou Zone torride, où passe le Soleil: & pourtant, ils ont plus d’Orizon, & par con-
sequent plus grade espace du Ciel à contempler , & ainsi peuuent voir ou nombrer plus d’Estoilles. A l’opposite ceux qui habitent entre les Solstices , & spécialement soubs la Zone torride, ne contemplent plus ceste ligne obliquement, ains en Sphere droicte, & pour ce subject ont moins d’Orizon, & par conséquent moins de Ciel à contempler, & en suitte moins d’Estoilles à nombrer.
CETTE raison est confirmée par vne autre expérience: C’est que le Soleil se couche, & se leue tout- a -coup, sans faire aucune Aurore, ny de soir, ains ferme le iour quant & soy à son coucher, & introduict la nuict: & h son leuer chasse la nuict, & faict le iour: Que s’il y a là soir ou matin, c’est si peu que rien: Au contraire en l’Europe nous auons en Esté quelquefois plus de deux heures de soir, & verso, autant de matin, auant que le Soleil se leue, & apres qu’il est couché, & ce pour la raison dire que les habitans sous la Zone torride sont en Sphere droicte, & nous autres en Sphere oblique. I’adiouste encore vne autre expérience quand nous reuenons de Ma ragnan par deçà, au Pôle Septentrional, nous découurons bien plustost l’Estoille de ce Pôle, que quand nous allons d’icy à Maragnan , l’Estoille de la Croisade, encore qu’elle soit beaucoup plus esleuee que le Pôle Antartic ou Austral. Yne autre chose i’ay remarqué en ceste Planette du Soleil; C’est qu’elle faict deux Midis tous diuers entre les deux termes de l’annee, de sorte qu’en vne moitié de l’année, regardant l’Est, il est à votre droicte, c’est à dire, en la partie Australe, & en l’autre moitié de l’annee il est à vostre gauche, c’est à dire, du costé vers la Partie Septëtrionale : & en fous ces Midis il y a fort peu d’Ombre: d’autant que jaçoit que le Soleil ne regarde en Zenit cette terre, que deux fois l’annee: comme il faict aussi toutes les terres enfermees dans les deux Solstices: neantfoi. 162. moins il vous est si voisin en Sphere droicte, qu’il n’y a pas beaucoup à dire, quand il est venu en son
Midy, qu’il ne vous frappe k plomb le coupeau cle la teste: toutesfois vous distinguez tres-facilement ces deux Midis, entre lesquels cette terre est situee.
* LA raison de tout cecy est, que le Soleil couppe deux fois l’annee en Zenit la Zone torride, comme i’ay dit, & ce pour faire ces Solstices du Cancre & Capricorne, & par conséquent il est necessaire que ceux qui habitent soubs la Zone torride, le voyent faire son Midy tantost d’vn costé, tantost de l’autre.
Pour exemple, Quand il sort du Capricorne, pour s’acheminer vers le Cancer, les Brésiliens habitans soubs la Zone torride, ont leur Midy a la main droicte,
& quand il quitte le Cancer pour retourner au Capricorne, il l’ont a la main gauche.
l’AVROIS icy vn beau champ pour discourir de la Sapience de Dieu en la fabrique de ce monde: mais n’ayant pour but que succinctement escrire vne verso. Histoire, ie laisse cela à la considération du Lecteur: seulement rafraîchissant la mémoire comme Dieu a departy la course de ce Soleil, sçauoir, en deux extremitez, & pour le milieu, & tous les habitans de ces trois stations, également reçoiuent & participent autant de la lumière du Soleil en l’annee, les vns que les autres, excepté les habitans du Cancer, qui retiennêt le Soleil en l’annee trois iours & quelques heures, dauantage que les habitans du Capricorne, d’où viennent les Bissextes , & la reformation du Calendrier, chose qu’il nous faut expliquer: commençons par le milieu, puis nous viendrons aux extremitez.
LE milieu est composé des deux extremitez, & doit estre également distant de l’vne & de l’autre, autrement il ne pourroit estre milieu. Toute la course du Soleil se termine en vingt -quatre heures, pour iour naturel, & en douze mois pour an. Or est-il que la Zone torride est le milieu de la course iour- foi. 163. naliere & annuelle du Soleil, partant, il faut qu’en sa troisiesme part & portion elle ioüisse iournellement
& annuellement de la lumière du Soleil également auecques les deux parties extremes: ce qu’elle ne pourroit faire, si elle n’auoit en toute l’annee ses iours égaux, c’est-a-dire, 12. heures de Soleil: car si elle excedoit tât soit peu en cette portion, elle ne seroit plus le milieu de la course du Soleil, ains tendroit vers l’vne des deux extremitez, & ensuitte elle auroit en vn temps de ces douze mois les iours plus grands les vns que les autres pour r’auoir en vne fois ce qu’elle perdroit en l’autre, & par ainsi il faudroit assigner vne autre Zone du Ciel, qui fnst le milieu & centre de cette course, d’autant que le milieu est de l’essence, voire le fondement d’icelle des deux extremitez: car il est impossible de s’imaginer deux extremes sans milieu, ains comme i’ay dict, le milieu est composé des deux extremitez, & par ainsi nous disons que cette Zone torride, estant le milieu verso, de la course Solaire, doit auoir sa portion de lumière composée des deux extremitez, qui sont douze & douze, que le Soleil donne également aux deux Solstices, entre les deux bouts de l’annee, recompensant en vn temps, ce qu’il auoit retenu en l’autre. Composons à présent vne troisiesme portion pour seruir de milieu de ces deux extremitez, douze & douze. 11 faut que nous prenions six d’vne part, & six de l’autre, pour rendre le tout égal: par ainsi vous entendrez facilement, comme cette Zone torride ioüit egalement auecques les autres parties du monde, de la lumière du Soleil sans changer son nombre de six & six, plus en vn temps qu’en l’autre, par ce qu’elle participe egalement des deux extremitez: & ainsi soit que le Soleil aille visiter le Cancre & ses habitations, leur donnant pour sa bien-venue, largesse & libéralité de lumière: soit qu’il aille au Capricorne en faire autant, la Zone torride pour cela ne luy est point importune, ny ne hausse l’imposition de ses foi. i64. péages ordinaires : mais elle luy faict payer seulement six heures de matin, & six d’apres Midy de lumière
& chaleur pour son passage de la trauersee de sa terre, & du trauail de ses habitans, qu’ils prennent à sa venue.
QYANT aux terres & liabitans d’entre les Tropiques, & hors les Tropiques, ils diuisent également entr’eux, qui plus, qui moins, en diuers temps, la lumière du Soleil, & par compensation plus en vn temps qu’a l’autre, au bout de l’annee ils trouuent qu’ils ont eu également chacun, douze heures de lumière pour vn iour naturel & douze mois pour l’annee.
l’AY dict que les habitants du Cancre, tant dedans que dehors son Tropique, iouyssent trois iours du Soleil dauantage que les autres: De donner raison naturelle de cela, & tout ce qu’en disent les Astrologues n’est rien: C’est vn secret que la Diuine Sapience s’est reserué, & vn honneur qu’elle faict à ce monde ancien, composé des trois parties, Asie, verso- Afrique & Europe: & si vne raison Alegorique peut satisfaire à cela, le croy que c’est pour remarquer les trois spéciaux priuileges, que ce vieil Monde a receu par dessus le Nouueau, à sçauoir, la première peuplade de l’homme chassé du Paradis Terrestre: le cîon de la loy escrite, à Moyse, & la rédemption du monde par Iesvs Christ.
Des Vents, Pluyes Tonnerres, & Ksclairs qui sont en foi. 165. Maragnau & autres lieux voisins.
Chap. XXXVII.
OVTRE les choses, que le Reuerend Pere Claude a dict en son Histoire de ces matières: I’adiousteray
ce que Pexperience m’a faict recognoistre de plus, que i’ay bien voulu communiquer au Lecteur, pour son contentement : Et premièrement des Vents, entre lesquels celuy d’Orient s’attribue le Sceptre & le Royaume de ceste terre du Brésil, & supposées les rerso. raisons que Je Reuerend Pere apporte, i’en adiouste vne autre que tiennent tous les Mathématiciens, qui ont vogué par delà, & en ont escrit. Sçauoir, que la perpétuité de ces V ents d’Orient, soufflans en ces cartiers, prouient de la disposition des costes du Brésil, lesquelles vont de l’Est, à l’Ouest droictement: car le Soleil ayant esleué les vapeurs de la terre & de l’eau, & les tirant apres soy, par la violence de son cours iournalier, ces vapeurs rencontrans les costes du Brésil, droict de l’Orient à l’Occident, sans aucune inflexion, les suiuent : Ce que vous pratiquez domestiquement en la furnee , qui suit le premier Corps solide, qu’elle rencontre, pour le soutien de sa foiblesse, & priuee qu’elle est de tout Corps solide, va selon l’agitation & predomination de la vapeur soufflante au dessus d’elle.
OR combien qu’il soit ainsi, que les V êts des trois autres parts du monde, sçauoir Ouest, Nord, & Sus, foi. 166. ne régnent pas en Maragnan & lieux circonuoisins en comparaison des vents de l’Est, ce n’est pas à dire pourtant, que les vents ne viennent quelquefois du Nord, & du Suz, & rarement de l’Ou-est.
LES vents s’augmentent tousiours à Maragnan , depuis le mois d’Aoust iusqu’en Ianuier, qui est proprement l’Esté de ceste terre, où le temps est tousiours serain: Cela vient du cours du Soleil, qui < reuenant du 'Solstice du Cancre, pour aller à celuy du Capricorne, il esleue les grandes vapeurs, qui sont en ces terres aqueuses & humides, de dessoubs la Zone Torride, & plus il s’approche de ces terres, plus aussi il en esleue, & par conséquent les Vents se renforcent, lesquels ne sont autre chose, que ces mesmes vapeurs esleuees en l’air.
2. LA raison pourquoy les pluyes ne commencent qu’à la my-Ianuier, ou en Feurier, & vont tousiours s’augmentant iusqu’au commencement de Iuin, ou vers la lin d’Auril, est que le Soleil retourne du Solstice du Capricorne, vers le Solstice du Cancre,
& tire à soy grande abondance d’humiditez de ces verso, terres là, lesquelles s’epoississent en l’air, & tombent:
Et d’autant plus que le Soleil s’approche de son terme, d’autant plus il augmente ses humiditez, & faict que leur cheute est plus espoisse, forte & subtile, & suiuant cecy, nous voyons qu’en ce mesme Brésil, la saison & la force des pluyes est diuerse, vne terre l’ayant première que l’autre.
CES pluyes sont pour l’ordinaire, abondantes, frequentes, longues, & continues, & ce plus la nuict que le iour, & ceste saison des pluyes est le temps de la semaille, laquelle incontinent pousse, germe, & donne augmentation, voire & la cueillette, ou moisson :
Et cecy est, 'd’autant que ceste terre sabloneuse, est desseichee à cause de la proximité du Soleil ; & par ainsi les pluyes tombantes sur icelle, en abondance & continuation, elle absorbe en soy, par vne auidité nompareille, ces pluyes, changeant sa secheresse, en vne temperee humidité, mere de générations.
CES pluyes sont fort differentes de la rosee qui tombe la nuict, en la saison d’Esté; parce que les foi. 167. pluyes ont vne mauuaise odeur, & à l’oposite, la rosee a vne tres-bonne odeur; & la cause de cecy est, que les pluyes viennent du combat des grosses vapeurs aërees, & par conséquent, apportent quant & soy, la qualité de leurs agens, & cause efficiente: Ioinct que les pluyes tombantes auec impétuosité sur la terre, laquelle est couuerte, ou des fueillages putréfiez, ou des cendres des bois bruslez, ces pluyes chaudes de leur nature outre ceste impétuosité, esmeuuët la terre, à rendre vne odeur mauuaise, procédante de ces putréfactions: A l’oposite, la rosee tombant doucement, lors que la nuict est seraine,
& non agitee, & qui plus est qualifiée d’vne temperature froide, & non chaude, sans excez toutefois, donne bonne odeur, spécialement quand elle tombe sur des herbes odoriférantes.
AV temps des pluyes, les corps sont plus maladifs, qu’au temps des Brises, où vents de l’Esté, & en voicy l’occasion: C’est en premier lieu, que les vents ne soufflent plus, & par conséquent ne purgent verso. pajr^ & ne chassent les grosses vapeurs marines & aqueuses, qui de soy sont maladiues. En second lieu, c’est que les nues se battant & fracassant en ce temps des pluyes, elles produisent des pesanteurs aux corps, des maux de cœur, & des estouffemens d’estomach, les nerfs se laschent, & les os s’emplissent d’humidité: ce qui n’arriue pas au temps des vents, qui netoyent l’air, la mer & la terre.
3. LES tonnerres & esclairs sont sans aucune comparaison, plus forts & frequens au Brésil, qu’en ce vieil Monde, spécialement au temps des pluyes, auquel les tonnerres sont espouuentables, si bien que vous diriez, que la terre va renuerser, & vn esclair dure plus de temps, que douze d’icy: Pensez que font à lors les Sauuages, si le plus grand guerrier, oseroit pour lors mettre le nez à la porte; & sans faire le bon valet, i’en ay eu plus que mon saoul de pœur, & neantmoins on ne s’apperçoit point de la cheute des tonnerres: ie croy qu’en voicy la cause. Pendant que la chaleur a son régné paisible, depuis foi. 168. Aoust, iusqu’en Feurier, rarement on entend les tonnerres: mais quand le combat de la froidure, & de la chaleur, s’esleue depuis Feurier iusqu’en Iuin, il faut de nécessité, que l’amorce & le canon iouë, qui sont ces esclairs & tonnerres: & pour ce que la chaleur est en sa force, soubs la Zone Torride, & que la froidure se fortifie en ce temps -la, par le retour du Soleil, du Capricorne au Cancre, auec l’amas des humiditez concrees en l’air: Il faut par conséquent, que le combat en soit plus grand: les tonnerres plus
frequens, & les esclairs plus furieux. Or la cause, pourquoy on ne s’apperçoit point de la cheute du tonnerre, ce sont les arbres hauts & puissans de ces pays, lesquels arbres naturellement en tous pays, sont le iouët & la niche des tempestes foudroyantes: Partant comme ceste terre est couuerte de forests, enrichies d’arbres de hauteur admirable, il est bien aisé que le tonnerre tombe sans s’en apperceuoir. Ioinct l’experience qu’on en a tous les iours par les arbres abatus & bruslez, qui se rencontrent dans les forests.
De la Mer, eaux & fontaines de Maragnan. verso.
Chap. XXXVIII.
LA Mer est differente en Maragnan , en ses marées, d’auec le reste de l’Vniuers: d’autant que l’ Océan par tout, suit par mesure infallible, le Croissant, plénitude, & décours de la Lune, & neantmoins nos Matelots ont remarqué en Maragnan , qu’il y auoit vn iour ou deux, & quelquefois dauantage, de distance & difformité auec l’ordinaire des autres marees de l’Vniuers. Il est aisé de respondre à ceste difficulté: si on veut remarquer, que le seul Brésil différé d’auec toutes les autres contrées de l’Vniuers, en ce point qu’il est enuironné de mille & mille inflexions causées, tant par les bancs & roüeles de sable , que par les tours & retours des foi. m pointes & bayes: Ioinct que ces terres & ces emboucheures sont extrêmement découpées, tellement que les marees ne viennent si tost en leur hauteur,
dans les riuieres salees, ports & haures, comme elles: font ailleurs. Prenez -en l'exemple au flux & reflux de la mer, dans la riuiere de Seine: car la mer au Haure de Grâce est preste de refluer, quand le flot uient d'arriuer au Pont de l'Arche.
l’AY pris garde à vne autre chose, commune aussi aux autres mers, mais non pas tant: c'est que la mer en son flux, disperse à chaque pointe de roche, sa maree propre, faisant au milieu du Chenail, le sillon de son flux principal, orné de la cresme marine qui s'amasse en ce milieu, ainsi que si vous tiriez vne corde au niueau, & sert d'adresse aux Pilotes, pour recognoistre le Chenail d'entre les batures.; La raison de cecy est, ce me semble, la propriété de la figure ropde, qu'ont tous les Elemens, qui est de disperser son champ à tous les points de sa circonfeverso. rence : par ainsi la mer faict au milieu du centre de son flux, le sillon, ou fil de son cours: puis disperse & donne à chasque pointe de rocher, le ray de sa maree: en sorte que i'ay veu quelquefois plusieurs pièces de bois, portées diuersement & en opposition contre les rochers, par les rays & rameaux de ces marees diuerses.
LES eaux de Maragnan sont incorruptibles & beaucoup meilleures que celles de l'Europe, comme i'ay recogneu par expérience à mon retour de dix semaines, en voicy la raison: Plus vn corps est subiect k repassion & changement de qualité’, plus estil corruptible & mauuais , a cause des alterations que le changement leur apporte: Or les eaux de Maragnan sont tousiours en mesme estât, & par ainsi incorruptibles & tres-bonnes: Au contraire les eaux de l'Europe sont tantost chaudes, tantost froides, & par conséquent corruptibles & mauuaises.
LES fontaines de Maragnan ne sont pas froides, comme les fontaines de l'Europe : parce que les terres foi.170.de Brésil sont basses, & pour ce subiect, ne peuuent causer l’antiperistase dans leurs entrailles spéciale-
ment pour la proximité du Soleil, qui pénétré bien viuement & auant dans la terre qui est sabloneuse,
& pourtant fort susceptible de la chaleur. Or est-il que les eaux de TEurope sont froides en Esté, à cause de la grande antiperistase des terres, qui sont hautes, d’où les eaux coulent, lesquelles terres sont le plus souuent fortes & pesantes, & résistent à la chaleur du Soleil: Par ainsi donc les fontaines du Brésil , demeurent tousiours en vne semblable température: pource que le Soleil roule esgalement sur elles, & n’ont rien qui leur puisse apporter quelque qualité froide.
ENTRE ces fontaines de Maragnan , les vnes sont meilleures que les autres & de couleur diuerse: ce qui vient de la terre, qui est fort diuersifiee en goust & en couleur: Ioinct que la terre estant basse comme Ta y dit, plusieurs arbres, les vns de bon goust, & les autres de mauuais, estendent leurs racines en bas, entre lesquelles les veines des fontaines courantes, verso, reçoiuent vne qualité bonne ou mauuaise, tant de la terre que des arbres.
VNE autre chose est à noter de ces fontaines: c’est que les vnes tarissent vers le mois du Septembre,
& les autres diminuent sans se tarir pourtant; cecy procédé de la terre de Maragnan, laquelle estant chaude, seche & sabloneuse, dissipe aisément ses eaux, qu’elle reçoit des pluyes, desquelles elle faict & nourrit pour la plus-part, ces fontaines. Et pourtant les mois de Septembre, Octobre, Nouembre & Décembre, estant les plus eslognez des pluyes, la pluspart des fontaines se tarissent, & les autres diminuent fort.
CELVY qui desire boire de l’eau extrêmement froide, doit emplir vn seau d’eau & l’exposer au serain de la nuict, le matin il la frouuera aussi froide que glace: ce qu’il ne feroit pas, s’il alloit aussi matin puiser de l’eau a la fontaine: parce que les nuicts estans fort froides à Maragnan , elles agissent
foi. 171. bien plustost sur vne eau enfermee en petite quantité; & dans vn vaisseau ; qui de tous costez est enuironné de Pair, que non pas sur les eaux tousiours mouuantes par leur courant; retenues en leurs licts basse, & de toutes parts couuertes & opaques; n’ayant que la seule superficie à descouuert: Ainsi qu’il est aisé de voir en l’Europe; durant l’Hyuer; que les fontaines & fosses pleines d’eau, situées à l’abry & a couuert, rarement sont gelees, voire ie dy, refroidies.
verso. Des Singularitcz «le quelques arbres de Maragnan.
Chap. XXXIX.
LA. plus-part des arbres de ces pays, sont durs & pesans, & cecy prouient, que la solidité és choses mixtes, est causée de la bonne coction de l’humide: Or est-il qu’en ces pays, l’humide & le chaud abondent extrêmement, & en parfaicte égalité, si vous considérez la saison des mois, en l’annee : parce que les pluyes ont leur temps, pour abreuuer la terre, en grande abôdance, & la chaleur aussi a son régné, pour cuire & digerer ceste humidité, nourriture des vegetans, spécialement des arbres, lesquels estendâs foi. 172. leurs racines au fond, & au large de la terre attirent à soy grande abondance d’humidité, & suruenant la chaleur forte sur icelle humidité, l’augmentation se résout en corps solide.
LES arbres sont perpétuellement verdoyans, par vne succession iournaliere & continuelle de nouueîles fueilles aux vieilles, tellement que les nouueîles sortans du bourjon de la branche, attirent k soy l’hu-
meur radicale, laquelle suiuant la ieune force de l’inclination attractiue, résidante en ces nouuelles fueilles, les vieilles demeurent priuees de toute nourriture,
& par ainsi ’se seichent & tombent. Nous voyons cela pratiqué en nos Corps, quand vn nouuel vngle vient h pousser le vieil, tellement que par vne succession de nouuelles fueilles aux vieilles, les arbres demeurent en mesme estât: ce que nous ne pouuons pas auoir en TEurope, a cause de l’Hyuer, qui resserre la chaleur naturelle des arbres en dedans;
Ainsi il faut que les fueilles de nos arbres généralement tombent aussi tost, que la chaleur vient k manquer, abandonnant l’humide, lequel pourrit le pied de la fueille, au lieu de luy donner vigueur, comme il verso, faisoit, estant accompagné de la chaleur radicale:
& partant il faut que les fueilles tombent: Au contraire au Brésil le chaud & l’humide se faisans bonne & perpétuelle compagnie , produisent en tout temps, des nouuelles fueilles, sur la vieillesse des autres:
Car en toutes choses generalement, il faut remarquer trois Estats d’Estre. Le 1. l’Estre croissant, le 2. l’Estre permanent, le 3. l’Estre diminuant, k la fin duquel la mort vient nécessairement: ce que nous voyons en ces fueilles, qui ont vn temps pour croistre, vn autre, pour demeurer parfaictes, & vn autre pour diminuer & mourir.
ENTRE ces arbres, i’en trouue de dignes d’estre remarquez. Premièrement, les Aparituriers, qui sont arbres croissans le long de la mer, & iettent de leurs rameaux, des petits filets, sur le sable de la mer, ou entre les pierres qui couurent la vase, qui tost prennent racine , se fortifient & grossissent , & ayans eu leur stature parfaicte, commencent eux mesmes de ietter d’autres filets, qui font comme ils ont fait, en sorte>i. 173. que ces arbres se multiplient infiniment, chacun produisant son semblable de main en main, non de la racine, comme les autres arbres, ains de leurs rameaux: En quoy ie ne sçay lequel des deux plus
admirer, ou la succession perpétuelle de Pere en Fils, ou la génération toute diuerse d’auec le commun des arbres. Or la raison pourquoy ces arbres produisent en cette sorte leur semblable, est, que ces Aparituriers sont fort hauts & pesans, & en leur commencement menus & deliez vers la racine, & au contraire fort gros par le milieu: & partant s’ils naissoient de la racine de leur Pere, ils ne pourroient iamais s’esleuer en haut, a cause de la foiblesse & délicatesse de leur pied, & de la grosseur & pesanteur de leur milieu, ains faudroit qu’ils demeurassent couchez & rampans le :long des sables, a quoy la Nature a pourueu de leur donner deux naissances: La première, du rameau de leur Pere, où ils demeurent perpétuellement incorporez , & par conséquent bien soustenus. la 2. naissance de la rade de verso, la mer, dâs laquelle ils profondët & estendent leurs racines, & attirent vne seconde nourriture: à ce qu’ainsi soustenus & nourris, par haut & par bas, ils puissent aisément croistre. Et remarquerez en passant cette belle particularité, qu’ils ont deux naissances, & deux nourritures : la première est d’en haut, consubstantielle auec son géniteur, qui faict vne mesme essence auec luy, est engendré de luy, sorty de luy, & neantmoins est tousiours auec luy, & inséparable de luy: vit de mesme nourriture que luy: La seconde naissance & nourriture est d’embas, du sein de l’arene de la mer, prenant nourriture de la mesme mer, esleuant en haut cette nourriture, pour la conioindre & vnir auec la nourriture, qu’il reçoit de son Pere, par lesquelles deux nourritures il croist, se fortifie, estend ses branches, desquelles derechef, par vne autre naissance, il produit ses filets, qu’il faict prendre racine, dedans la mesme mer qui l’a produit.
IE me seruois de cette comparaison, pour faire comprendre aux Sauuages le Mystère de l’incarnafoi. 174. tion du Fils de Dieu, en leur disant: Que le Fils de Dieu auoit deux naissances, vne d’en haut, eter-
nelle & Diurne, sortant de son Pere, sans en sortir, distingué de son Pere par Hypostase, comme le rameau de 1? Apariturier , auec le fils engendré de luy, vn toutesfois en essence & substance auec son Géniteur, comme le filet auec son rameau, viuant d’vne mesme nourriture Diuine & Celeste, sçauoir, l’amour du Sainct Esprit, qui faict la troisiesme Personne de la Trinité: L’autre d’embas, temporelle & humaine, sorti du sein de la Vierge Marie, & nourry de son sacré Laict, & que croissant homme & Dieu tout ensemble, viuant intérieurement de la nourriture Diuine, & extérieurement de la nourriture corporelle, paruenu h l’aage de trente trois ans & demy, apres auoir communiqué sa doctrine celeste aux hommes, confirmée par ses miracles, il estendit ses branches, permettant qu’on l’attachast sur l’arbre de la Croix, & du milieu de ses playes produit ses Esleus, leur faisant prendre racine dedans sa saincte Eglise, re-
fenerez par l’Eau Baptismale, & nourris des Saincts acremens: Chose que les Sauuages conceuoient extrêmement bien, & n’y trouuoient, à ce qu'ils me disoient, aucune difficulté, argumentans ainsi: Si Dieu a donné cette puissance aux arbres, qui n’ont point de sentiment, pourquoy luy mesme n’aura -il pas moyen d’en faire autant?
IL y a en ces Pays la des arbres, qui semblent à l’escorce & à l’exterieur du tout secs, & ne portent iarnais aucune fueilles, & neantmoins quand leur saison est venue, ils iettent en très grande quantité, des fleurs fort belles & toufuës, semblables en forme & en grosseur aux Peaunes doubles de deçà, & sont de diuerses couleurs, toutefois pour l’ordinaire elles sont iaunes : La raison de cette particularité est, que la Nature se finit & termine à l’action, qu’elle choisit & eslit entre les autres: tellement que quand elle se rëd liberale à fournir à quelque membre, vn suracroist de nourriture, c’est aux despens des autres membres : par ainsi si ces arbres donnoient leur suc,
verso.
à faire vne grosse escorce verdoyante & humide, & foi. 175. couurir d’vne belle cheueleure de fueilles le coupeau de leurs rameaux, ils ne pourroient pas produire ces belles fleurs: lesquelles naturellement en tous les vegetans, viennent dVn suc bien digéré & subtil, & par conséquent qui monte facilement aux extremitez des rameaux, ne se souciât des autres parties des arbres, pour leur donner quelque espece de nourriture. I’ay recogneu cecy par vne belle expérience, en France, es Seriziers que Ton chastre, pour les empescher de porter fruict, afin qu’ils iettent tout leur suc, a produire des fleurs larges & doubles, comme roses musquées doubles.
IL se trouue là d’autres arbres, qui ferment leurs fueilles, & les replient l’vne sur l’autre, quand le Soleil se veut coucher, & si tost qu’il est leué, les déplient & espanissent: ainsi que nous voyons faire en France, à l’herbe du Soucy, & au Tourne-soleil : Cecy procédé de l’humidité, ou serain de la nuit, qui les reserre, à cause que la qualité du froid est constrictiue : à l’opposite la chaleur du iour les ouure, parce qu’elle est aperitiue.
verso. I’AY peu facilement trouuer des raisons naturelles de plusieurs singularitez, que i’ay veuës en Maragnan : mais ie confesse nuëment, que ie n’ay sceu iamais trouuer la cause naturelle: pourquoy certains arbres de ce pays-là, au seul toucher que faict l’homme contre leur tronc, auec sa main, incôtinent ils ferment généralement toutes leurs fueilles: si ce n’estoit d’auenture, qu’il y eust en ces arbres, quelque propriété sensitiue, comme nous lisôs estre en l’Eponge, laquelle si tost qu’elle sent le toucher de l’homme qui la veut coupper, elle se reserre & cache dans le creux & la fente de la pierre marine qui l’a engendree.
LES Acaiouievs qui portent les Acaious , propres à faire vin, naissent naturellement le long de la mer, & pour cet effect ils viuët du suc marin & salé, d’où vient que le vin d ’Acaïou est piquant, acrimonieux,
chargeant les reins de douleurs à la longue , & fort mauuais pour le Poulmon, Pay fait vne expérience de ce vin, le passant par vne chausse, & en ay tiré vne grande quantité de sel.
IL y a des Espines, que vous diriez estre créées de foi. 176. Dieu, pour représenter le Mystère de la Passiô de Iesus- Christ, par ce qu’elles croissent 1
bas, également distantes l’vne
Croix, & vne au couppeau, qui tourne la pointe vers le Ciel, & est ornee de neuf fueilles, réduites en trois petits bouquets, chacun petit bouquet en possédant trois, lesquelles la saison arriuee, se côuertissent en trois fleurs, cette belle Espine consistant au milieu. Ces cinq Espines sont les instrumens de cinq playes de Iesus - Christ : La Couronne d’Espines enuironnant son Chef, comme cette Espine d’enhaut ornee des fueilles, c’est-à-dire des pechez & vanitez des 3. aages du monde, en la Loy de Nature, Escrite, & de Grâce, lesquels pechez & imperfections, se sont changez par le mérité du Sang de le sus-Christ, en fleurs de grâce, de bonnes œuures, & récompence de la gloire.
Des Poissons, Oyseaux & Lézards qui se trouueut en ces verso.
Pays.
Chap. XL.
C’EST vn poinct non petit de la Phisique, ou Philosophie Naturelle : Comment il se peut faire qu’vn animal viuant, & parfaict en son espece, se concree de luy mesme sans géniteurs. Albert le grand escrit qu’il a veu des Poissons viuans dans le milieu d’vne grande pierre de marbre tiree de sa roche, & fendue par le milieu. Cela ne doit sëbler
nouueau a ceux qui ont peu lire cet Autheur: Car i’ay veu dans les ruisseaux de Maragnan , causez par les pluyes, & qui se seichoient tost- apres , de fort foi. i77. beaux Poissons semblables en couleur & grandeur, auec d’autres Poissons qui viuent dans les riuieres permanentes, & naissent de fray. Comment cela se peut faire, que ces Poissons sans fray, en peu de mois, naissent, croissent & meurent a la cheute, accroissement & tarissement des eaux? Pen diray la raison, qui est, la force & influence des Planettes prédominâtes en Ianuier & Feurier, pendant lesquels ces Poissons naissent, & de la forte conionction de F humide & du chaut, auec la disposition du terroir, le tout concurrant auec l’influence des Planettes, d’où vient que plustost telle espece de Poissons naisse en ces lieux qu’en autre part, ce que nous expérimentons en l’Europe, que la diuersité des terres où passent les eaux possédé diuersité de Poissons.
ENTEE les oyseaux de Maragnan , desquels ie dirois des merueilles, si autre que moy ne l’eust ja faict, I’ay remarqué vne singularité ès Courlieus rouges, qui sont non seulement vestus de plumes rouges comme escarlatte, mais aussi la chair de leurs corps verso, est de céte couleur: & cette singularité est, que leur premier plumage a l’issue de la coque est blanc, & demeure tel, iusqu’au temps qu’ils puissent voler, & lors ils changent leur blanc en noir, & persistent en cette couleur, iusqu’à ce qu’ils ayent obtenu leur grosseur & grâdeur naturelle, de la ils deuiennent demy gris & demy rouges, & en fin totalement rouges, qui sont quatre changemens. le ne rapporte cecy pour l’auoir oiii dire : mais ie l’ay veu en ceux qu’on nourrissoit priuez & domestiques: Cecy n’arriue point .sans vne profonde raison fondée en la Nature: & la voicy, ce me semble, c’est que la couleur du poil & du plumage, suit la disposition & qualité du suc & de la nourriture dont le viuant se nourrit: Car le Philosophe tient, que le poil & le plumage vient,
croist & se nourrist de la superfluité de l’aliment : Or est-il que la couleur blanche suppose vn aliment doux & délicat: & par ainsi le petit Courlieu sorti de sa coque , gisant au berceau de son nid , & ne viuant en tout ce temps , que de Moucherons, & de Marin goüinSy qui volent autour de luy, il faut que son plumage; procédant de ceste foible nourriture; subisse la couleur blanche: A l’opposite la couleur noire du poil & de la plume; suppose en l’animal vne ab'on- foi. 17&. dance & superfluité d’aliment: parce que la viuacité de la chaleur naturelle; va tousiours excitant F appétit; pour se ietter sur la pasture: Suiuant cecy i’ay pris garde que cet oyseau; quand il est vestu de plumes noires, est extrêmement gourmand; & mange sans cesse. La couleur grise & demy rouge de plumage; manifeste vne température de cette trop grande auidité d’aliment; vne réglé ; au choix naturel; d’vne viande singulière & propre; qu’il doit tousiours entretenir: & pour cette occasion i’ay remarqué qu’en ce temps là; cet oyseau choisit vne viande singulière & speciale; à laquelle seule il tend son vol, sçauoir est; des Crabes, ou Escreuisses de mer, lesquelles estant consommées en son estomach; se resoluent en cliile,. rouge comme Escarlatte; lequel receu dans le foye; tant s’en faut qu’il reçoiue aucune couleur d’iceluy, comme c’est l’ordinaire en tout autre animant; qu’au contraire ce chile escarlatin; teinct ce mesme foye de sa couleur; & tousiours conseruant la mesme teinture passe dans les veines; des veines en la chair; & versa, de la chair au plumage; rendant le tout si parfaitement rouge ; que mettant vn de ces oyseaux cuire dans vn pot; vous diriez qu’on y a mis vne poignee de vermillon dedans.
ENTEE vn million de Lézards & reptiles de mer; i’ay appliqué ma côsideration sur vne espece fort monstrueuse: Car c’est vn animal qui vit en partie dans l’eau, en partie sur la terre, en partie sur les arbres, r’acourcissant en luy les trois Spheres, es-
quelles viuent tous les animaux de ce monde. Car premièrement il participe auecques les Poissons de i’Element de l’Eau: Il s’attribuë auecques les hommes & les quadrupèdes I’Element de la Terre : Et auecques les oyseaux il niche & repose sur les arbres. le diray plus, il semble que les Astres luy ayent donné sur les reins, depuis la teste iusqu’au bout de la queue, foi. 179. vne représentation de leurs rayons & estincellements. Car vous luy voyez vne belle ceinture sur le dos, des rayons du Soleil, & des Estoilles: tous semblables a ceux que peignent nos Peintres autour du Globe du Soleil & des Estoilles: Et quant h sa peau elle est esmaillee d’vne couleur argentine & azuree, ainsi qu’est le Lambris du Ciel, quand il est serain. Cet animal sentant la force du Soleil, sort de la mer, monte sur les arbres voisins, & choisissant vn rameau bien propre à se coucher, là il s’estend & se repose: Il pond ses œufs dans ces arbres maritins, lesquels eschauffez par la chaleur du Soleil, se transforment en Lezardeaux, lesquels aussi tost qu’ils sont sortis de leur coque, recognoissent Pere & Mere, les suiuent pour pasturer, soit en la mer, soit sur la terre, soit es branches des arbres. le donneray la raison de ce que nous auons dict, sçauoir, que plus l’animal est humide, plus est-il chargé de sommeil: Or entre toutes les sortes d’animaux, cette espece de Lézards verso, est humide & froid, par conséquent subiect au dormir. Et d’autant que le sommeil est plus agréable, que les membres sont conseruez en leur degré de chaleur, voila pourquoy ils recherchent les lieux plus propres a receuoir la chaleur du Soleil. Et recognoissans que le peu de chaleur, qu’ils ont connaturelle, ne seroit bastant pour faire esclorre leurs œufs, ils les exposent aux raiz du Soleil.
De la Pesche de Piry. foi. m
Cliap. XLI.
LES Sauuages de Maragnan , Tapoüitapere & Gomma ont vne pesche asseuree & annuelle , ainsi que nous auons la pesche des Moruës sur le Banc, ou és Terres Neufues tous les ans: Car quelques moys apres les pluyes, lors qu’ils pensent que les eaux sont retirées, ils s’embarquent dans leurs Canots en grande multitude, se fournissans de farine pour quelques moys ou six sepmaines, & ainsi s’en vont rangeant les terres en vn lieu esloigné de l’Isle, près de 40. lieues ou plus. Là ils se campent, dressans les Aioupaues, puis s’addonnent à la pesche du poisson, à la chasse des Caïmans ou Cocodrilles, & à la recherche des Tortues: Et là il se trouue souuent verso, grande quantité des Sauuages de diuers villages de l’Isle , soit des habitas de T apoüitapere ou Gomma.
Les Poissons se peschent dans les fosses de sable, où il n’y a pas grande eau: Car mesme si on y va vn peu plus tard, que la saison ne le requiert, on trouue ces fosses assechees, & le Poisson mort sur la place. Il est impossible d’exprimer le nombre & la quantité de ces Poissons. C’est assez que ie dise & face comprendre en vn mot, que tout autant qu’il y va de Sauuages, ils s’en chargent, y en laissant beaucoup plus qu’ils n’en emportent. Ces Poissons sont gros & courts, n’excedans pourtant en grosseur l’espoisseur du bras, & la longueur de demy-pied entre queue & teste , le museau rabatu, quasi comme vne forme de Tanche, & estime que ce son! Poissons de semblable espece aux Poissons de la mer, appeliez des Matelots Carreaux: Estas pris dans les petits rets qu’ils portent, nommez d’iceux PoussarSj ils vous les embrochent par le milieu dou-
zaine à douzaine, ainsi que Ton faict par deçà les foi. i8i. Aloüetes, & mettent le tout sur le Boucan rostir en la fumee, sans rien vuider des entrailles: & ainsi en amassent vne grande quantité qu’ils apportent en leurs Loges, desquelles ils viuent vn mois, voire près de deux. Quand ils les veulent manger, ils en tirent la peau, laquelle ils font bien seicher au Soleil, puis la pillent au Mortier, & la réduisent au poudre, dont ils font leurs Migans , c’est-à-dire leurs Potages, tout ainsi que font les Turcs de la poudre des pièces de Bœuf cuittes au four, quand ils sont en guerre.
YN iour ie m’en allois par l’Isle, & me trouuant en certain village, ils ne sçauoient que me donner pour disner, sinon qu’ils mirent quelques-vns de ces Poissons boüillir dans vn pot, & du clair ils m’en firent du Migan , & me présentèrent le reste dans vn plat. le ne fy ny à l’vn ny à l’autre beaucoup de tort, à cause du goust de la fumee, neâtmoins les François qui estoient auec moy en mangeoient de grâd appétit, tenans ces Poissons de fort bon goust: & mesme les Sauuages s’en estonnoient, comme estant chose dont ils font grand estât, & vont loing pour la chercher.
verso. OR cornent ces Poissons se trouuët dans ces fosses en si grande abôdance , depuis le temps des pluyes, iusqu’ alors: si la raison peut seruir, que i’ay alleguee cy dessus au Chap. 40. le m’en raporte: Mais mon opinion est, que la grande qualité des pluyes fait déborder les riuieres & [les ruisseaux, voire la mer mesme, en sorte que toutes ces plaines sont noyees plus que la hauteur d’vn home,, tellement que les Poissons sortent de leur lieu naturel, alléchez par la pasture nouuelle d’vn lieu recent, & s’amusans par trop à retourner en leur Patrie, les eaux s’abbaissent , & demeurent enfermez dans les fosses & valees: ainsi que nous voyons par deçà, lors que les estangs & les riuieres se débordent, & que le Poisson s’en fuit qui deçà qui delà dans les vallees.
LA Chasse des Caïmans ne leur est pas moins plaisante qu’vtile: ce sont Cocodrilles médiocres, qui n’excedent 8. ou 10. pieds de lôg, & ont la peau fort dure & le vôtre molet, sas langue, les yeux viuaces, cauteleux & médians, qui se iettêt fort bien sur les homes, coupët & aualent le premier mëbre qu’ils atrapët. Ils se retirent dans des creux au riuage des foi. i82. eaux tousiours aux aguests: ils nagent comme poissons,
& rampent sur la terre assez bellement pourtant, omirent la gueule, & taschent de vous espouuanter s’ils vous rencontrent, font des œufs gros comme les poules, mais reuestus d’aiguillons comme châtaignes,
& sont bons a manger: il est bien vray que ie n’en ai point voulu vser encore qu’on m’en ait offert, pour l’horreur que i’auois de ces animaux. Ils couuent leurs œufs, & d’iceux procèdent des petits Cocodrillons, gros, grands & longs, comme ces petits Lezars gris que nous voyons courir en Esté sur les murailles : Chose estrange qu’vn si gros animal vienne de si peu de matière, & qu’à l’issuë de sa coque il commence à trotter & à ramper en si petite stature. Sa chair sent le musc, & c’est ce qui la rend douçastre & désagréable au goust: Nonobstant les Saunages ne s’arrestent pas là, ains ils en font grand’chere quand ils en ont: & par ainsi ils les cherchent soigneusement.
Et d’autant que ce lieu de Piry est humide & limonneux, il abonde en Caïmans , lesquels les Sauuages ve« o. poursuiuent, adressans iustement leurs flesches soubs la gorge, ou dans le petit ventre de ces animaux, puis à grands coups de leuier, ils acheuent de les assommer, Cela faict ils les eschorchent, puis les mettent par pièces, & les boucannent. S’ils sont petits, ils les font cuire dans leurs escailles, & les estiment bien meilleurs & délicats ainsi cuits: parce, disent-ils, qu’ils rostis en leur graisse, & que rien ne se perd de leur substance. I’ay tousiours aymé mieux le croire que de l’experimenter, non que ie n’aye eu souuent l’occasion de ce faire; pource que les Sau-
nages m’en presentoient assez au retour de Pin/. Mais la seule représentation que ie me faisois de la figure de ces animaux me faisoit bondir le cœur en la presence des morceaux de leur chair. Les François qui en mangeoient m’ont dit, que cela approchoit k peu près du goust de porc frais , sinon qu’il est plus douçastre, huileux & musqué. Il y a du danger de se bagner en ces pays-la, si ce n’est en lieu découuert , parce que ces misérables bestes se glissent <*i 183. doucement & se iettent sur vous. L’on me conta qu’vn enfant du village de Pasaiup tombé dans le ruisseau où ils prennent de l’eau, fut emporté & mangé par ces Caïmans. Et comme ie m’en allois le long des sables de la Mer depuis Troou iusqu’a Pasaiup accompagné de plusieurs Sauuages; ils me menèrent boire en vne grande fosse, enuironnee de plusieurs haliers & bocages , & m’aduertirent qu’il ne falloit demeurer la long-temps, parce que c’estoit le repaire de plusieurs Cocodrilles qui se presentoient à ceux qui alloient boire en ceste fosse. Baste c’est assez que nos Sauuages leur font la guerre, tant pour l’vtilité que pour le plaisir , & en apportent' bonne fourniture, quand ils reuiennent de Piry.
LA cause pourquoy ces animaux n’ont point de langue, c’est ce me semble, qu’ils ont le gosier & le col du tout inflexibles, tellement qu’ils ne sçauroient regarder ny derrière ny à costé d’eux, s’ils ne mouuent le corps entier & ne se destournent: ioinct qu’ils ont la mâchoire d’en bas forte & immobile, qui sont choses du tout necessaires a l’vsage de la langue, & ▼erso. ne remuent que la mâchoire d’en haut: Et pour ceste mesme occasion ils aualent tout d’vn coup leur proye, sans la tourner ny retourner dans leur gueule.
SAINCT Isidore escrit que les Cocodrilles du Nil, paruiennent iusques à la longueur de 20. coudees, & sont de couleur de safran, mais ceux de Maragnan & des enuirons, n’excedent comme i’ay dit, la longueur de 10. ou 12. pieds. Il y a encore ceste
différence que les cocodrilles d’Egypte habitent de nuict dans l’eau, & de iour sur la terre, parce que dit ce sainct Euesque, cet animal recherche la chaleur:
Or est-il qu’en Egypte les eaux sont chaudes la nuict,
& la terre froide, & de iour la terre est chaude & l’eau froide: Mais au contraire à Maragnan , ils demeurent de nuict sur la terre, & le iour dans l’eau: d’autant que la nuict, les eaux sont froides, & chaudes de iour; & la terre est temperee. La raison pourquoy cet animal a pœur de ceux qui le pourchassent,
& est hardy contre ceux qui le fuient, c’est pour ce qu’ aisément il se iette sur les fuiards, & ne se peut deffendre qu’à grande difficulté contre les assaillans: foi. 184. De plus il est doüé d’vn naturel timide & palpitant: le propre duquel est de s’asseurer sur les fuiards, & perdre courage deuant ceux qui résistent. Et la cause pourquoy il n’a qu’vn boyau, c’est pour ce qu’il manque à la première digestion, à scauoir, à découper les viandes par le menu. Il craint d’auantage les Saunages que les François: ce que font aussi ceux de l’Egypte, craignans plus les Egyptiens que les Estrangers: Solinus en donne la raison, qui est que cela procédé d’vne sienne industrie naturelle, à recognoistre & odorer ceux qui luy font la guerre plus ordinairement. Sa liante est exquise & bien recherchée, pour faire les fards des Dames. le ne scay pas si ce que Phisiologue escrit de luy est vray, que quand il a mangé quelqu’vn, il pleure & regrette son mal-heur.
OUTRE ces deux exercices que font les Sauuages en ce lieu de Piry, ils pourchassent les Tortues qui sont en quantité indicible, & en apportent en l’Isle de toutes viues, tant que leurs Canots en peuuent porter. Ils ne sont pas chiches de vous en donner à l’heure qu’ils arriuent, & pour peu de marchan- verso, dises vous en auez beaucoup. Il me souuient que quelques Canots passans auprès de nostre lieu de sainct François, pour vn petit couteau qui vaut en
France vn sol, ils m’en donnèrent soixante dix: Et pour la farine que ie leur donnay à disner, ils m’en présentèrent vingt -cinq, lesquelles ie mis toutes en vn certain endroit humide & frais, leur faisant ietter iournellement de l’eau, & se gardèrent ainsi sans manger plus de six semaines. Les Sauuages en mangent volontiers & disent que cela les tient en santé & leur faict bon estomach: Ils les font cuire dans leurs coques toutes entières sans rien oster de dedans: '& nous les trouuions meilleures en ceste sorte qu’en toute autre. Si quelqu’vn d’eux a mal aux oreilles par la descente d’vn Catarre, les femmes prennent du sang de ces reptiles, parmy lequel elles meslent du laict tiré de leurs mamelles, & en frottent le fond de l’oreille. De plus quand ils ont arraché le poil de leurs corps, auec les pincettes de fer que les François leur donnent, ils frottent la place auec
(Lacune d’une feuille.)
De la chasse des llats, Fourmis & Lézards. foi 193.
Chap. XLIII.
ILS ont vne autre chasse de vermine, non moins plaisante & agréable que les precedentes: Car ils font la chasse aux Rats domestiques & sauuages.
Ils ne mangent point les domestiques, au moins que ie sçache, mais ils leur font la chasse cruellement:
Car si vn Rat est veu en quelque Loge, tous les liabitans d’icelle s’amassent: les vns auee Arcs & Fléchés, les autres auec leuiers: Les Chiens y sont aussi appeliez, tellement que le pauure Rat a bien des affaires, & luy est impossible d’eschapper, ou la verso, gueule des Chiens, ou le coup des leuiers, ou bien le dard de la Fléché. Si tost qu’il est mort, on le pend par la queue au bout d’vne perche, & est mis au milieu du village pour seruir d’exercice aux petits enfans qui le flèchent. Les villages qui sont plus proches des Havres où abordent les Nauires en ont dauantage, par ce que ceux des Nauires, si tost qu’ils sentent la terre, se mettent a nage, & viennent aux premières Loges qu’ils rencontrent, renonçans à leur pays natal, qui est la mer, pour demeurer en vn pays plus ferme & asseuré, qui est la terre.
ILS mangent les Rats sauuages, qui se trouuent dans les bois, voire ce leur est vne viande délicieuse: Ils leur font la chasse en ceste sorte. Ils creusent vne fosse au milieu d’vn canton de bois, où il y a des entrées deçà delà, comme sont les Clapiers, ou Terriers des Lapins : puis ils s’amassent grand nombre de ieunes hommes, tenans des bâtons en leurs mains, & vont faire vne huee aux enuirons de ceste fosse en rond : tout ainsi qu’on faict en ces foi. 194. cartiers quand on veut prëdre les Loups ; & frappajas deçà delà les buissons, en font sortir les Rats, les-
quels fuyans deuant eux, & trouuans ces Terriers tous faicts & propres pour se cacher ils entrent dedans, [alors les Sauuages s'approchent, & chacun garde son trou, les autres entrent dans la grande fosse, & à coups de bastons ils assomment ces Rats, qu’ils partissent apres egalemët ensemble, & s’en reuiennent en leur village, chacun apportant sa proye qu’ils mettent sur le Boucan , ou sur les charbons, les ayant fendus par le deuant, sans en oster la peau, laquelle ils font grésiller quand le dedans est assez cuit, & afin que la graisse ne se perde poifit, ils les enfarinent: & ces morceaux sont de requeste, & plus prisez que les Sangliers, les Cerfs, les Agoutis ou Pagues , la proportion d’vn chacun estant gardee, & quelquesfois ils en apportent vne si grande quantité que c’est merueille.
LA chasse aux Fourmis se faict vers le temps des pluyes, par ce qu’en ceste saison toutes les esverso. peces de Fourmis remuent mesnage. Celles qui peuuët voler prennent la Région de l’air, & quittent leurs Loges, faictes & creusees en terre: Les autres (si elles s’apperçoiuent , par vn instinct naturel, que les eaux pourront entrer en leurs cauernes, & endommager leurs magazins) plient bagage, & ce auec vn ordre qui mérité d’estre escrit, en ayant veu l’experience, laquelle ie reciteray, afin qu’elle serue de modelle à tous les autres.
EN nostre Loge de S. François, au commencemêt des pluyes, vne milliace de millions de fourmis sortit d’vne cauerne, non bien esloignee de là, laquelle s’en vint prendre possession d’vn coin de ma chambre, sous lequel ils auoient creusé des chambres, antichambres & magazins: En vn beau matin toute la compagnie deslogea, & apportèrent, comme ie croy, plus d’vn boisseau d’œufs posez en diuerses stations, c’est à dire, à deux pas l’vn de l’autre ; chaque monceau auoit ses fourmis ordonnées, lesquelles venoient descharger leur faiz au prochain amas, & ne passoiët
outre , & ainsi s’en retournoiët à leur monceau con-foi. 195. tinuans leur office. le fus bien estonné de voir cette multitude innumerable , & cette quantité d’œufs qui rendoiêt vne fort mauuaise odeur: ie fis faire vn bô feu, & en aporté le brasier sur tous ces œufs, & au chemin que tenoient ces bestioles. Alors elles furent bien estonnees, & ioüerent à sauue qui peut, chacune prenant vn de ces œufs pour le garantir du feu, côme fit Ænee son Pere Anchise en la côflagration de Troye. Neantmoins ie ne peu si bien faire, qu’elles ne se logeassêt au lieu où elles auoient destiné, a la charge toutefois qu’elles n’incommoderoient point leur hoste : ce quelles firent: car r’assemblans leurs gens l’espace de deux ou trois iours, hors mis celles qui périrent par le feu, elles conclurent qu’il falloit aller à la picoree dehors, & se contentèrent du logis, puisque ie le leur permettois, à mon regret pourtant, vous eussiez eu du contentement de voir ces bestelettes aller depuis le matin, Soleil leuant, iusques au soir Soleil couchant, amasser leurs prouisiôs, c’estoient des fueilles de certain arbre, sur les branches duquel, (comme i’allay voir moy mesme) estoit vne quantité verso de ces fourmis, laquelle auoit seulement charge de coupper les fueilles, & les laisser tomber en bas: le reste de la compagnie prenoit chacune la sienne, & la portoit au magazin. Et notez qu’elles auoient faict deux chemins aussi bien tracez, selon leur petitesse, qu’il est possible de voir: Celles qui estoient chargées, retournoient par l’vn & les déchargées, alloient par l’autre, sans se mesler les vnes parmi les autres, & m’asseure qu’il y auoit plus de quatre cens pas où ils alloient quérir leur charge ; & le mesme obseruent toutes les autres especes de fourmis, le n’oublieray aussi, comme chose remarquable, les voûtes qu’elles font d’vne industrie admirable, quâd elles veulët cheminer à couuert.
NOS Sauuages ne font pas la chasse à toute sorte de fourmis, ains seulement à celles qui sont grosses
comme le pouce], apres lesquelles tout vn village sort, hommes, femmes, garsons & filles: & la première fois que ie leur vy faire ceste chasse, ie ne sçauois que c’estoit, ny où ils alloient si vistes, tous abandonnans leurs fo 196. Loges pour courir apres ces fourmis volantes, lesquelles ils prenoient auec leurs mains & les mettoiët soigneusement dans vne courge, leur rôpans les aisles pour les fricasser, & les manger. Ils les prennent encore d’vne autre façon, & sont les filles & les fëmes, lesquelles s’asseâs à la bouche de leur cauerne, inuitent ces grosses fourmis à sortir par vne petite chanson, laquelle ie fis interpréter au Truchemët, & estoit telle: Venez mon amy, venez voir la belle, elle vous donnera des noisettes: & tousiours repliquoient cela, a mesure que les fourmis sortoient, lesquelles elles pernoient leur rompant les aisles & les pieds: Et quand elles estoient deux femmes en vn trou, elles recitoient l’vne apres fautre la chanson, & les fourmis qui sortoient de là, pendant la chanson, estoiët à celle qui chantoit: Vous seriez estonné des gros môceaux de terre quelles tirët de leur cauerne. Elles bouchent au temps des pluyes les trous du costé que viennent les pluyes, & laissent seulemët les trous ouuerts du costé, duquel les pluyes viennent rarement. Les fourmis de Marognan ont verso, deux ennemis mortels, spécialement les gros fourmis, sçauoir est vne sorte de Chiens sauuages de poil de loup puans au possible, qui ont la teste & la langue fort aiguë, & vont aux fourmillieres se repaistre: Et vne autre espece de grosses Fourmis, qui naissent communément auec les autres, ainsi que le Bourdon auec les Abeilles, & tandis qu’elles sont petites & foibles elles trauaillent auec les autres sans faire bruict ou frapper: mais quàd elles sont deuenuës grandes & fortes, elles quittent la communauté, & font bande à part seule à seule, & ne vont plus en compagnie, mais chacune se tient en embuscade le lôg des chemins où elles se iettent sur leurs sœurs & parentes comme fit jadis Abimelech, bastard de
Gedeon sur les soixante dix enfans légitimés de son Pere ses propres freres, lesquels il mist tous à mort sur vne pierre en Ephra. Le Lecteur pourra se seruir de cecy pour l’appliquer à quoy il voudra selon son esprit & considération. Voilà comment nos Sauuages s’excercent apres ces bestioles plus vtilement que ne font pas les enfans de deçà apres les Papillons: tellement qu’ils font profit de tout, & ne foi. 197. laissent rië perdre, prenâs tout ensëble leur plaisir auec vtilité: voyons le reste.
LA chasse des Lézards que les Tapinambos appellent Taroüire (& sont les grands Lézards) & Tojou (sont les petits) se faict diuersement, selon la diuersité des Lézards terrestres & marins : Les marins habitent ordinairement dans les plaines couuertes d’ Aparituriers, ou deux fois en 24. heures la mer se dégorgé : là ils viuent de Crabes , Moules, Cheurettes, que le commun appelle en France Creuettes, & du poisson qu’ils y peschent, tandis que la mer est en ce lieu. Ils font leurs œufs dans le creux des arbres. Les Sauuages les vôt vener & flecher quand la mer est retirée, entrans dans la vase quelquesfois iusques aux esselles. Il y a autant à manger en ces Lézards qu’en vn Lapin, voire qu’en* vn grand Lievre, selon la grosseur de ranimai. Ils les font boüillir en faisans du Migan, ou rostir sur le Boucan.
Les François les mettent à la broche, lardez du lard des Vaches marines , & croyriez de premier abord que ce fussët des Lapins ou Lieures embrochez : La saulce qu’on y fait est sëblable à celle des Lievres & Lapins. Plusieurs Frâçois sont si verso, friands de ces Lézards, qu’ils tiennent qu’ils valent mieux que les lapins de deçà. I’ay mieux aymé le croire que d’y gouster.
LES Lézards terrestres sont plus la chasse des ieunes garsons que des homes, encore que i’aye veu des hommes aussi aspres à les vener que les enfans. Mesme i’ay veu quelquesfois plus d’vne vingtaine de
Saunages tant homes que garsons courir apres deux ou trois petits Lézards: lesquels pris sont aussi tost iettez sur le brasier & grésillez , chacun en prend sa part, selë le nombre de la capture, & trouuêt cela fort bon. Les ieunes garsons aussi tost qu’ils en aperçoiuent courir parmy les Loges , sur la couuerture , ou dans les buissons , ils les flechët, mais ils sôt biê plus aspres apres les gros domestiques qu’ apres les petits car il y a dauâtage h mâger, d’autât qu’il s’en voit d’aussi lôg que le bras, & quasi de mesme grosseur : Il y en a vne espece de tous vers, qui ne sortent point des arbres, ains se tiennët estalez sur les fueilles à l’ardeur du Soleil, & les Sauuages disët qu’ils sont fort venimeux, par ainsi foi. 198. ils les laissent & ces animaux ne se sentans poursuiuis ne s’effrayent de vous voir contr’eux. Ils sont presque semblables aux Caméléons, desquels nous parlerons cy apres. Ils ont les yeux estincelans & rouges comme escarlate. »
TOYS ces Lézards domestiques se ioignent par ensemble ainsi qu’vne boule en rond, tellement que la queue du masle est ioincte à la teste de la femelle, & la queue de la femelle est vnie auec la teste du masle, & le tout ployé en rond, les deux testes & les deux queues du masle & de la femelle s’atouchent. l’eu pœur la première fois que ie rencontray deux gros de ces Lézards ausi accommodez : car ie ne sçauois c$ que ce pouuoit estre, ny quelle sorte de Serpent, voyant quatre yeux en vn endroict, & vn seul corps estendu en rond. Les femelles sont bien plus grosses que les masles. Les petits Lézards pondent leurs œufs quasi h la mesure du bout du petit doigt, & ce dans vn trou, qu’ils couurent puis apres de sable, au nombre de cinq ou de sept: la chaleur du Soleil les esclost. Les grands Lézards les font plus gros, selon la proportion de leur corps; verso. & ordinairement ils font des nids, soit en la couuerture des loges, soit en dehors dans les bois, & portent
en ce lieu tout ce qu’ils peuuent trouuer de mol, comme mousse, plume, coton, drapeau, & choses semblables, se rendent fort familiers h la maison, s’ils ont esprouué & expérimenté que vous ne leur vouliez aucun mal. Ils font autant de bruict qu’vn chien quand ils marchent, & portent ce qu’ils trouuent en leur bouche: & c’est vn plaisir de leur voir faire ce mesnage. Ils se gardent bien d’aller le droict chemin, quand ils vont faire leur nid, ains ils prennent vn grand destour, afin que vous ne puissiez recognoistre l’endroict.
Le Soleil esclost leurs œufs, aussi bien que ceux des petits : Et la raison est qu’ils sont par trop froids, & n’ont aucune chaleur suffisante à produire cet effect. Ils sont venez par de grades & horribles Couleuures, les vnes de couleur d’eau, les autres violettes, & les autres tachetees & semees de diuerses couleurs.
Elles viennent iusques dans les maisons, spécialement sur le toict pour chercher ceste proye. Les Lézards la sentent de bien long & lors vous les voyez courir foi. 199. ça & la, comme si le feu estoit ei\ la maison. le fis tuer trois de ces Couleuures vn Dimanche au matin que nous allions dire la Messe à la Chappelle de sainct François, dans laquelle nous trouuasmes ces hideuses bestes faisans la chasse apres les gros Lézards, desquels elles en auoient tué vn assez bon nombre: mais elles payèrent leur témérité auec grande difficulté pourtant: car elles receurent chacune plus de cinquante coups de leuier: encore se fussent-elles sauuees, si ie ne les eusse faict mettre par tronçons, lesquels vescurent & remuèrent plus de vingt-quatre heures apres, cherchans à se reioindre, quoy qu’ils fussent espars loing l’vn de l’autre plus de quatre & cinq pas. Les Sauuages ont en horreur ceste sorte' de Serpens, & disent qu’ils sont fort venimeux LES Lézards perdent leur queue de vieillesse,
& tombent deuenuës toutes noires, & mesme sont tendres comme verre, & se rompent au moindre accident: le n’ay pas opinion qu’elles reuiennent; en-
verso.
fol. 200.
verso.
core qu’ Aristote aye escrit des Lézards de par deçà, que leurs queues estans coupees elles reuiennent: le m’appuye sur Texperience d’vn gros Lézard domestique qui estoit en nostre loge de sainct François, lequel en l’espace de deux ans, i’ay tousiours veu sans queue & venoit manger ordinairement deuant nous, & auec les poules qui ne s’en estonnoient plus, pour la priuauté accoustumee qu’elles auoient auec luy. On dit pourtant, & les François en ont eu l’ expérience , qu’vne espece de ces gros Lézards viennent prendre les petits poulets & les emportent aux bois où ils les mangent.
Des Araignes, Cigales & Moucherons.
Chap. XLIV.
LÀ vie de l’homme est comparée à celle de l’Araigne en plusieurs passages de la? saincte Escriture, spécialement au Psalm. 89. Anni nostri sicut Aranea meditabuntur , nos années se passeront, seront contees, meditees comme ceux de l’Araigne. Sainct Isidore escrit que l'Araigne est vn ver de l’Element de l’Air nourry en iceluy, d’où elle tire l’etymologie de son nom, & ceste chetiue créature n’a iamais repos, tousiours trauaille, escoule sa substance à bastir sa toile, tousiours en danger, & tant elle que ses biens & richesses sont suspendues en vn filet & à la mercy du moindre souffle de vent: Ou si vous voulez, de la fantaisie d’vn valet, ou d’vne chambrière à luy charger vn coup de balet, qui l’assomme & fracasse tout son labeur: Voudriez - vous vn plus
beau miroir pour considérer les mal-heurs & miseres de ceste vie ? le ne perdray donc point le temps, si laissant à part ce qui est commun & iournellement recogneu par deçà, du naturel de céste vermine, ie rapporte ce que i’ay contemplé curieusement en la propriété des Araignes de Maragnan: Et auparauant que i’enfonce ceste matière , il est bon que ie traitte d’vne espece de grosse Araigne quasi comme le poing & plus. Elles se trouuent ordinairement dans les bois creux, desquels on enuironne les loges, ainsi que par deçà de palis: Elles se trouuent aussi aux coins, cheminent peu, n’ont point de toiles, très venimeuses, rouges , presque en couleur aux petits Pigeonneaux quand ils sortent de la coque, ce qui est fort hideux à voir: Les Sauuages les fuient, & tiennent que la piqueure en est mortifère. Elles se foi. 201. nourrissent de la corruption de l’air.
POUR les autres especes, elles sont diuerses: les vnes grosses à proportion pourtant; les autres médiocres, & les autres menues; & toutes celles -cy sont domestiques. Il y en a d’autres dans les bois, distinguées aussi en grosses, médiocres & menues.
Au temps des pluyes, elles s’engendrent plus volontiers qu’en autre temps, neantmoins elles ne laissent d’entre produictes en tout temps: Elles se ioignent sur le soir à la .fraischeur de la nuict, le masle abandonnant sa toile pour se glisser auec son fil en la toile de la femelle si elle est tendue plus bas, ou si la toile de la femelle est tendue plus haut, la femelle descend & vient trouuer le masle , & lors elles se ioignent. Cecy est tant aisé à discerner qu’elles ne manquent iamais sur la fin du iour à faire ce que ie viens de dire. L’ Araigne masle est petite au regard de la femelle : car elle est trois fois aussi grosse que luy: Elles font vne petite bourse ronde & platte, couuerte d’vne toile si gentiment faicte & licee, que vous croyriez fermement estre du satin blanc, & verso, que ce ploton fust vne enchasseure d’Agnus Dei.
Elles n’y laissent qu’vn petit pertuis, par lequel elles poussent leurs œufs auec le pied, & la bourse estant pleine elles bouchent le pertuis, le licent comme le reste, & le tiènnent perpétuellement embrassé sur leur ventre & estomach: l’eschauffant par ce moyen iusqu’au temps qu’elles recognoissent que leurs petits sont esclos, & à lors elles tranchent ceste plaque le long du circuit, comme vous feriez l’écoce d’vne feue, afin de donner ouuerture & sortie aux petites Araignes, lesquelles incontinent se mettent a courir le long de la toile de leur mere, & la nui et se retirent soubs elle, ainsi que les poussins soubs la poule, pour estre eschauffees en ce bas aage contre la froidure de la nuict: Estans paruenuës h leur force, chacune faict sa toile, se nourrit & prouuoit par son industrie.
IL y en a d’autres qui font de petits pots de terre gros comme vne prune de Damas presque de la forme des pots de moyneau, si bien licees dedans foi. 202. & dehors qu’il n’est pas possible de plus: ce que font aussi certaines especes de Mouches; dont nous parlerons cy apres. La bouche de ces pots ressemble à la gueule des pots à moyneau, gardee la proportion des vns aux autres , & n’y laissent qu’vn petit • trou à mettre vne épingle, par où ils passent leurs œufs afin qu’ils esclosent à la chaleur du Soleil: ce petit pot est attaché, ou contre du bois, ou sur vne fueille de Palme, & la terre de laquelle elles forment ce vaisseau, est semblable en couleur a la terre de Beauuais. Ayans emply ce pot de leurs œufs, elles le bouchent, & quand le terme est venu que les petites sont escloses, les rneres viennent desboucher le trou & l’agrandissent, & à lors les petites sortent qui suiuent leurs meres en leur habitation.
CELLES des bois ont vne autre façon de faire:
elles vuident les noix des Palmes piquantes, rongeans peu h peu l’amande, laquelle elle iettent par trois petits trouz qui sont naturellement en ces noix: puis
«lies font là dedans leur nid & leurs œufs qui esclosent en leur saison.
LES toiles de ces Araignes sont diuersifiees & verso, differentes selon la situation & les places, esquelles elles ont choisi leur demeure : car les Araignes domestiques tendent leurs rets aux fentes & ouuertures, par lesquelles les Mouches & Moucherons entrent dans les Loges. Celles qui demeurent és arbres tendent de branche en branche, voire d’arbrisseau en arbrisseau, pour attraper les Papillons & semblables vers volans. Celles qui estendent leur toile immédiatement sur la terre, c’est pour prendre les vermines rampantes, comme sont les Fourmis, & autres de pareil genre.
IL y en a qui font des toiles si fortes qu’elles enueloppent dedans les petits Lézards; & en mesme temps ces Araignes descendent qui leur fourent vn éguillon qu’elles ont au derrière dot ils meurent: & en apres leur succent la ceruelle & le sang, & s’estans enflees de cela, elles se retirent. I’ay veu des Araignes de mer tiras à peu près sur la forme des Araignes terrestres, mais fort grandes: elles se retirent en mer dans des petits creux, & viuent de poissonnets qui vôt fleurans les bordages de l’eau.
Il me souuient d’auoir pris garde que de ces Cou- foi. 203. leuures que ie fy couper & trâcher en pièces, les Araignes des environs y estans suruenues à monceaux, en tirerêt le sang & l’humeur: Et les Sauuages disent que si à lors elles piquoient quelqu’vn par la teste, qu’il deuiendroit fol & en mourroit.
Maragnan abonde, comme ie croy, sur toutes les terres du Monde en Cigales, lesquelles font vn si estrange bruict en leur saison, qu’il est impossible de le penser si on ne l’a ouy. Il y en a de diuerses sortes, & en grosseur & en son: car les vnes sont petites, ou médiocres, comme leur son aussi. Les autres sont grosses & longues près de six pouces,
& ont vn ton fort & haut, qui vous entre vivement
dans les oreilles: Elles ne chantët point durant la force des pluyes , mais très - bien le long de l’Esté, & d’autant plus que la saison des pluyes approche, plus elles renforcent leur son, tellement qu’a ce que m’ont dit les Sauuages, elles se rompent les flancs, tant par le battement des aisles, que pour se bander & boursoufler, afin de rendre vne meilleure harverso. monie. le me suis appliqué à recognoistre les propriétés de ce petit animal, faisant en prendre quelquesvnes que i’enfermois auec des fueilles en nostre Loge, l’ay reëogneu que leur chant provient de trois choses. Premièrement, elles attirent l’Air dans leur ventre & s’enflent, à fin de rendre leurs flancs tendus & sonnans; & ont vn accord si iuste de l’extension des flancs auec les aisles du milieu où se faict le son, que vous voyez sensiblement & clairement, qu’elles reprennent leur haleine k l’instant que les aisles se leuent : Et au mesme instant que les aisles se rabattent, elles enflent & bandent leur costez. Secondement elles ont des aisles fort minces & diaphanes susceptibles du son, k cause de leur grande seicheresse, tellement que les aisles de dessus fortes & massiues, qui est la troisiesme cause de ce chant, venans k battre & toucher ces aisles du milieu contre les flancs, l’Air interuenant emporte ce son quant & luy. le vous feray entendre cecy par des comparaisons vulgaires. Trois choses se trouuent en vn foi. 204. Luth , k fin de rendre son harmonie, les costes du Lut sous lesquelles l’air est contenu entrant par la rose du milieu: Les cordes tenduës, nettes, seiches & bien vuidées, & la main du Ioüeur: De mesme ces petits Animaux ont les costez ou flancs sousleuez par l’air attiré de leur bouche en leur ventre : Puis les secondes aisles au lieu de cordes, & les grosses aisles au lieu de la main du Ioüeur.
ELLES chantent en Esté depuis le Soleil leuant iusques enuiron Minuit ou deux heures apres Minuit: & lors elles cessent k cause de la rosée froide qui
commence a tomber, & gardent ce silence iusqu’au leuer du Soleil qui essuye par sa lumière la rosée tombée sur ces fueilles, & vient à eschauffer leurs aisles. Pendant ce silence i'ay opinion qu'elles se repaissent de la mesme rosée, & ie ne dy point cecy sans cause, d'autant qu'elles demeurent presque tousjours en mesme place: si ce n'est par accident, voiât quelqu’vn ou sêtât quelque mouuemët, elles volet sur vne autre fueille, Quelques vnes d’icelles, & spéciale- verao' ment celles qui sôt totalement vertes, ne disent mot,
& rampent sur terre, côme les sauterelles, s'vnissent ensemble à la façon des mousches, & font de petits œufs noirs dâs quelques pertuis de la branche, desquels se forment des vermisseaux , qui peu à peu deuiennent Cigalles, & ce vers le moys de Septembre: en sorte qu'elles se fortifient pour passer la saison des pluyes, afin de succéder a leurs Peres & Meres qui meurent, comme i'estime en ceste saison pour le subiect cy-dessus allégué, qu’elles se rompent les flâcs à force de crier, h la venue des pluyes. Elles n'ont point de sang, beaucoup moins que les mouches, mais elles sont d'vne substance poreuse, seiche & legere. Les Poules n'en veulent point, ains se contentent de les tuer: Que si par hazard elles en mangent, s’atenuent & ne peuuent engraisser.
IL y a en ces pays diuerses especes de Moucherons, mais ie me veux seulement arrester à ceux qui méritent d'entrer en la considération de l'esprit humain, à cause des principes naturels qui se re- foi. 205. cognoissent en iceux, & ceux-cy sont appeliez par les Sauuages Maringoins : entre lesquels il y a de la diuersité en grosseur & grandeur, mais non en forme ny en propriété. Ils naissent tous d’vne humeur acrimonieuse, & ayment les saueurs aigres & aiguës, & non les douces : Pour cette cause la mer & ses bordages en sont farcis durant les pluyes & procèdent de l’humeur de la mer, & vapeurs d'ieelle.
Ils sont fort molestes aux homes, leur perçant la
peau auec leur bec pointu comme vue éguille, & en succent l’humeur salee qui court entre la peau & la chair. Ils ayment la lumière: mais ils craignent la flambe & la fumee, tellement qu’ aussi tost que la nuict est venue, ceux qui demeurent dehors s’accrochent sur les fueilles des arbres: Quant h ceux qui sont dedans les Loges, ils s’attachent la nuict sur la couuerture du Toict, à leur grand regret, h cause des feux que les Sauuages fôt autour d’eux, pour se garantir de leur piqueure la nuit, par le moyë de la flâbe & de la furnee. Plus vous estes proches de l’eau, plus vous abôdez en cette vermine verso, par ce que leur origine est specialemët des eaux, ainsi que nous auons dit.
ILS seruent de venaison aux Chauue-souris, lesquelles les attrapent dans leurs aisles, frayans le lieu où ils sont attachez, puis les mangent, approchans leurs aisles de leurs bouches, dans lesquelles ces gros Maringoms sont enueloppez.
NOS François qui vont à la pesche des Vaches de mer, sont infinimët tourmentez de ces bestioles, & sont contraincts de pendre leurs licts de Coton aux branches des arbres le plus haut qu’ils peuuent, pour éuiter leur importunité, à cause de l’air & du vent qui souffle dauâtage au haut des arbres qu’au dessous, si les cordes rompoient ils feroient vn beau sault, & ne cessent de bransler, pour faire fuyr d’autour d’eux ceste vermine.
Des Grillons, Caméléons, Mouches, & des Taignes foi. 206. qui sont en ces Pays.
Chap. XLV.
DE toutes les bestioles qui tiennent compagnie à l’homme domestiquement au Brésil, il n’y en a point qui égalle en multitude le Grillon, appelle par les Sauuages Coujou: Et pour estre si familier & domestique, i’ay eu occasion & commodité d’employer ma curiosité afin de comprendre les proprietez de ce petit animal. Il naist & de corruption & de génération. Et pour vous le faire voir, vous deuez remarquer que quand nouuellement on faict vne Loge couuerte de Palme fraische, vous estes estonné qu’en vn instant vous auez des millions & des milliaces de verso, ces Grillons, ou Couious , dans la couuerture de vostre Toict, Si vous me ditez qu’ils s’assemblent là des bois circonuoisins, cela ne peut estre: d’autant que couurez vne Loge de vieille Palme, au lieu de nouuelle, vous n’en auez si grande incommodité à beaucoup moins. Partant il faut conclure que cela procédé de la Palme fraische auecques la chaleur du Soleil. Et de faict i’ay pris garde que deux ou trois iours aj^’es que la couuerture est mise, ces Grillons sont blancs comme neige, signe de ieur nouuelle génération, & peu à peu prennent la forme ordinaire des Couious , à sçauoir d’vne couleur jaunastre meslee de noir. S’ils s'engendrent de l’humeur de la Palme, ils naissent pareillement de la substance corrompue des pois & feves: Ce que i’ay recogneu par expérience. Quant à la production de Pere & de Mere, ils viennent d’vne semence iettee sur les fueilles de Palme, & cette semence est gluante, & tient ferme au lieu ou elle est mise, iusques à ce que d’icelle, par le moyen de la chaleur, il en sorte vn autre foi. 207.
Grillon. Ce petit animal est aspre infiniment à la conionction. Et c’est pourquoy ils multiplient tant en ces Pays de delà. Ceste bestiole est petite, mais fort rusee. Elle sçait ses heures pour prendre sa pasture, & ses heures pour chanter: elle ne manque iamais de venir prendre son repas aussi tost qu’elle recognoist que chacun est couché, & alors elles descendent en grande compagnie de dedans la couuerture du Toict, & couurent, s’il faut ainsi parler, l’aire ou le plancher des Loges. Là elles cueillent les miettes & autres restes du manger, elles ayment sur tout les Crabes , de sorte que si elles en trouuent quelque reste, c’est à qui en pourra auoir. Ayant pris leur pasture, s’en retournent en leur lieu, & se mettent à chanter, & persistent le reste de la nuict, & le iour aussi, si ce n’est que le Soleil donne trop viuement son ardeur en la place où elles sont. Elles craignent les pluyes, & pendant qu’elles tombent à force, à peine disent -elles mot. Ainsi ces Grillons verso, chérissent le temps serain & doux, qui n’excede ny en chaleur, ny en pluye: ils sont faseheux & pernicieux aux draps: car ils mangent & rongent tout, fust-ce vn manteau de cent escus, si on le laisse en voye, & ont bien tost faict leur coup, il ne leur faut qu’vne nuict pour le mettre à la fripperie. Ils ne touchent point à la toille, si elle n’est grasse ou imbue d’vn autre liqueur qu’ils ayment: tellement que pour conseruer les draps, il faut de nécessité les enuelopper & bien coudre dans de la toille.
ILS ont 4. principaux ennemis qui leur font merueilleuse guerre. Les premiers sont les Lézards qui courent apres, côme les chiens apres les Lieures: c’est vn plaisir que de voir cette chasse, les tours & retours que donne le chassé au chasseur. Les seconds sont certaines petites Guenons jaunes & vertes; appellees par les Sauuages Sapaious , allègres & subtiles comme vn oiseau, & vous les prennent subtilement auec leurs mains, faisâs la chasse d’vne main,
& de P autre attrappent le gibier. Les troisiesmes sont les Poules qui les aualent auec yne auidité incomparable, & à cet effet volent sur les Loges, &foi. 208. bien souuët gastent la couuerture pour trouuer leur friandise. Les quatriesmes sont certains gros fourmis qui les vont attaquer, & spécialement les Grillons qui se retirent au tour des Loges , dans des petits trous & cauernes qu’ils ont faite pour leur retraite : ie me suis amusé quelquefois à voir ce combat: car le gros fourmy descend en la cauerne, & faict tant que le Coujou sort en campagne, ou bien il le tire par le pied, & souuent le Goujon ayme mieux perdre ses cuisses de derrière, que le fourmy emporte, que de perdre entièrement la vie. D’autres se laissent manger dans leur trou, en sorte qu’il ne leur reste que la teste & les aisles, lesquelles encore sont emportées par leurs ennemis en trophée en leurs cauernes. Ces bestioles ont vue malice particulière que i’ay souuent expérimentée. C’est qu'ils vous viennent mordre le bout des doigts la nuit quand vous dormez, & emportent la piece. le m’en suis trouue incommodé au pouce droict l’espace de huict iours, que ie ne pouuois aucunement escrire.
LE Caméléon est vn petit animal de la gran- verso, deur & grosseur d’vn Lézard médiocre, ayant la face , les yeux & la teste semblables aux Lézards, mais le dos porte la figure des écailles du Cocodrille, & semble qu’il ait la peau reuestuë de poil ou de mousse. Il a la queue assez longue, & ordinairement pliee en Dedalus, diminuant son rond iusques au bout de la queue. Rarement vous voyez le masle auec la femelle: & pour ce ie n’oserois asseurer la facô de leur génération, par ce que ie ne Fay peu comprendre ny expérimenter. le me contenteray de rapporter ce que i’ay veu. Il est tardif infiniment, tousiours au Soleil, sur les fueilles ou sur les branches, estimant qu’il ne vit que de rosee. Les flancs luy battent incessamment, spécialement quand il apper- /
çoit quelque chose. Ceey luy arriue de la timidité naturelle, procédante d’vne humeur excessiue en froid, ce qui le rendroit fort venimeux s’il estoit mâgé de quelque animal. Vous ne le trouuez iamais sur les arbres fruictiers, & ie croy que la Nature y a pourveu, afin qu’il n’empoisonnast par sa froidure excesfoi. 209. siue le fruict qu’il toucheroit : ains vous le voyez sur les branches des arbres qui ne seruent à autre vsage qu’a brusler. Il a 4. pieds comme les Lézards, & diuersifie sa couleur au mouuement qu’il faict de son corps, & au batement de ses costez. Les Caméléons sont assez rares en Maragnan , & vous ne les trouuerez qu’aux lieux exposez droit au Midy: ils sont couchez sur les fueilles les 4. pâtes estenduës, & la teste appuyee: ils ne meuuent ny destournent les yeux quand ils regardent, ny abaissent les paupières de dessus: le dessous de la gorge leur bat perpétuellement. On dict que si cet animal estoit ietté dans le feu, difficillement pourroit-il brusler, & empoisonneroit ceux qui le regarderoient brusler, par la fumee qui l’infecteroit. le n’en ay point faict d’experiëce: mais bien d’vn autre petit animal non beaucoup esloigné de la qualité froide qui est au Caméléon. le le fis ietter au milieu d’vn brasier bien ardant, que i’auois fait allumer à cet effet, & me retirant assez loing, ie pris garde qu’il vescut dâs le milieu de ce feu, tousiours mouuût, & côbien verso, qu’il mourust apres ce tëps, si est-ce que iamais le feu ne peut agir contre son corps, ains il demeura entier, solide, conseillant sa figure & son poil, & le fis retirer du feu pour le ietter en vn trou.
IL y a plusieurs sortes & especes de Mouches, les vnes de nuict, les autres de iour, c’est à dire que les vnes ont la nuict, en laquelle elles se pouruoient de pasture, prennent leurs esbat volantes ça & là à leur plaisir, & en diuerses sortes, les vnes moindres, les autres plus grosses, & pour ce qu’elles ont à conuerser parmy les tenebres, la Prouidence
de Dieu les a pourueuës d’vn flambeau qu’elles portent deuant & derrière elles. Le flambeau de deuant est attaché sur leur estomach, & c’est vne plaque de forme quadrangulaire , sinon que les deux Angles qui touchent leur menton sont plus estroicts, faicte d’vne pellicule diaphane & couuerte d’vn poil fort délicat , auec lequel elles reçoiuent l’humidité de la nuict; & par ce moyen produisent vn esclat de lumière. Vous pouuez entendre c-ecy, s’il vous ressouuient que les Merlans esclattent la nuict comme chandelles; a cause de l’ecaille délicate ou peau humectée qui les couure: Pareillement certain bois foi. 210. pourry, ou pour mieux dire, raréfié & subtilisé est doüé d’vne qualité susceptible de l’humide bien purgé de sa crasses autant en ont-ils sur le plat de leur ventre, où se trouue vne pellicule bien desliee & touffue de ce poil délicat dit cy dessus: tellement que ces vermisseaux volans h trauers vne nuict obscure, semblent autant de grosses estincelles qui sortiroient d’vne ardente fournaise à fondre les métaux.
LES autres Mouches vont de iour ; & pour ce qu’elles sont en nombre infiny, ie me veux seulement arrester a celles que i’ay considérées de plus près & esquelles i’ay remarqué chose digne d’estre communiqué au Lecteur, à sçauoir, des Mouches à Miel, & des Guespes de ces quartiers là, outre ce que i’en ay dit cy deuant. Donc les Mouches à Miel de Maragnan & des lieux circonuoisins font leurs demeures en trois façons: ou entre les branches des arbres, comme i’ai dit au discours de Miary , ou dans le creux des arbres, c’est-à-dire, dans le tronc principal: car elles choisissent vn arbre qui soit creux en son tronc, & passent par le haut, c’est à dire, à yerso~ la teste du tronc, & descendent iusques en bas vers la terre, où elles iettent le fondement de leurs ruches, puis vont bastissant leur miel, montans tousiours en haut: ou 3. Elles choisissent vn lieu commode uauqel elles mesmes dressent vne ruche faicte de terre &
creuse par dedans, où elles composent leur cire & & leur miel.
LEYR génération est -virginale, & croy qu’il n’y a entr’elles distinction de masle & de femelle, ains toutes portent le germe duquelles nouuelles sont produictes. le vous diray la raison qui m’a persuadé cecy, auec l’attentifue considération que i’ay faict souuent sur vn essein de Mouches à Miel dans vn grand arbre creux & sec à 30. pas de nostre loge de sainct François: Et cela m’estoit de tant plus aisé a faire, que ces Mouches ne vous piquent point, pourueu que vous ne leur faciez aucun mal, approchez tant & si prez que vous voudrez d’elles. Les Sauuages tirent vn trou au pied de cet arbre, par lequel le miel tomboit au desceu des Mouches, & foi. 211. mesme les raiz dans lesquels les ieunes Mouches estoient enueloppees, & c’est ce que i’anatomisay fidellemët. le trouuay que ces raiz estoient bouchez de toutes parts bien couuerts & empaquetez dans vne toile bien deliee, & par dessus la cire & le miel estoient accommodez. En quelques chambrettes de ces raiz ie trouuay seulement des petites goustes de semence, claires comme eau de roche, & i’appris que c’estoit la la matière de laquelle les nouuelles Mouches tiroient leur origine. En d’autres logettes, ie remarquay le Chaos encore sans forme, faict & composé de ceste matière première , & c’estoit vne paste mole , blanche comme creme. En d’autres ie trouuay des petites Mouches parfaictement formées, mais emmaillotées dans vne toile délicate & diaphane,
& ces petites Mouches auoient mouuement: ie rompis doucement ceste toile, & trouuay que ces Mouches auoient toutes les parties de leurs corps bien distinctes & formées, horsmis qu’elles n’auoient point de pieds, & pense que ce soient les derniers membres „ qu’elles obtiennent, & ce apres le mouuement; &par verso, ainsi ie recogneust ce que dit sainct Isidore de ces Mouches, estre vray : Apes dictœ sunt quia sine
pedibus nascuntur , nam postmodum accipiunt : Les Abeilles ou plustost les Apedes sont ainsi appellees parce qu’elles naissent sans pieds, là estant pris pour ce mot, sans, & pedes pour ce mot, pieds, tellement qiiapedes, est à dire sans pieds, ce mot ne se dit en François, mais au lieu d’iceluy, on dit Abeilles. Et quant à ce que i’ay rapporté de leur génération virginale, outre l’experience que i’en a y eu, de laquelle pourtant quelques esprits pourroient douter, i’ay vn témoin irréfragable, c’est sainct Ambroise en son Exameron, Docteur qui s’est autant employé à la recherche des secrets de ces Abeilles, qu’aucun autre deuant luy, ou apres luy: Et non sans cause, puis que dès son berceau, ces Mouches à Miel se campèrent sur ses leures, en prenant possession de sa bouche emmiellee: Voicy ses paroles. Aptes nuilo concubifu miscentur , nec libidine resoluuntur , nec portas doloribus quatiuntur , sed integritatem corporis virginalem semantes subito maximum jiliorum examen emittunt : Les Abeilles ne se meslent par aucune con-fo1-212* ionction, & ne se laschent par aucune lubricité, ne sont esbranlez des douleurs de l’enfantement, ains gardant l’intégrité virginale de leurs corps, en peu de temps elles produisent un très -grand essein de nouuelles Mouches. Et l’Autheur du liure de la Nature des choses: Omnibus virginalis integritas corporis : Toutes retiennent l’intégrité virginale de leurs corps.
IL y a des Guepes de diuerses especes, mais l’vne d’icelles emporte auec soy quelque chose de nouueau, & ceste espece est noire, fort mince par le milieu du corps, tellement que vous diriez que leur ventre soit attaché à leur estomach par vn seul filet:
Elles sont industrieuses au possible: Elles se retirent toutes dans vn nid faict de terre au coupeau des arbres si bien plastré, qu’aucune goûte d’eau n’y peut entrer: le haut ou la couuerture du nid est en dôme, par ainsi la pluye qui tombe s’écoule legerement & ne s’arreste. Il n’y a point d’ouuerture en ce nid,
sinon cinq ou six trouz proportionnez à la grosseur des Guespes. Là dedans ils font leur magazin pour verso. viure, & vne espece de miel tres-amer & noir comme encre. Elles ont chacune leur demeure creusee dans la paroy de leur nid, ainsi que sont les boulins d’vn colombier, où se retirent les Pigeons: l’industrie auec laquelle ils maçonnent ce nid est admirable, ie l’ay considérée infinies fois. Elles viennent au bord des fontaines faire leur mortier, prenans en leurs petits pieds vn petit morceau de terre qu’elles destrampent & amolissent auec l’eau qu’elles vont quérir & apportent au poil ou mousse de leur cuisse, ce mortier préparé, elles se le chargent en diuers endroicts de leurs corps. Premièrement souz leur col. 2. en leurs pieds, b. en la ioincture de leurs cuisses, contre leurs corps. Elles ne font point leurs petites en la niche commune, mais chacune dresse sa couche à part, au modèle d’vne fleur de Iusquiame, attachée & suspendue a quelque bois ôu autre chose à couuert, hors du danger des vents & de la pluye. Elles sont longtemps à préparer ces nids, & les ornent le plus qu’elles peuuent auec le lissoir de leur museau. La dedans elles iettent leur semence, côme les Mouches foi. 213. a Miel: puis elles ferment l’entree & la cachettent, la nuict elles vont coucher en la communauté, & de grand matin elles retournent pour faire la garde & la sentinelle autour de leurs depost, & ne le perdent de veuë, iurans mortelle guerre à quiconque luy fera tort: P en pëus dire des nouuelles: car vn iour sans y penser, ie m’en allay à vn des coings de nostre loge accommoder ie ne sçay quoy; & en passant ie frappé de ma teste ce berceau sur lequel estoit la mere, laquelle mal iugeant de mon intention, estima que ie l’auois fai et par affront, d’ou poussée d’vne colere, elle vint choisir la partie plus chere du corps humain, sçauoir les yeux, a fin de se vanger de son outrage: mais Dieu voulut qu’au lieu de me donner dans les yeux elle me frappa de son éguillon imme-
diatement dans les sourcils: le coup fut si âpre, & le venin si pénétrant que ie tombay par terre de douleur, toutes mes veines batant depuis la plante des pieds iusques au sommet de la teste d’vne façon extraordinaire, & telle que iamais deuant ny apres ie verso, n’en ay senty de semblable. Il me falut porter sur la couche, ayant le cœur tout transsi, & la partie blessée s’enfla grandement, & brusloit comme vn charbon: I’estimois en perdre l’oeil, & m’en sentis quelques iours, en fin cela s’en alla. Elles font encore leurs petits d’vne autre façon: par ce qu’elles bastissent vn petit pot de terre rond, comme i’ay dit cy-dessus des Araignes, & iettent la dedans leur semence qui se couuerti en vermisseau semblable aux vers qu’on trouue aux Prunes de Damas rouge; & puis apres ce vermisseau aquiert des aisles & se transforme en Guespe.
LES Saunages n’ont point de Cantarides en leur Pays, neantmoins ils en font grand estât, donnent beaucoup de marchandise pour en auoir: Les François leur en portent, lesquels autrefois leur ont donné la connoissanee de l’effet de ces mouches pour exciter l’homme h ce qui ne se doit escrire: qui fait voir que les hommes vicieux gasteront plus cette Nation qu’elle n’est naturellement.
ILS ont des taignes & vermisseaux rongeans fort foi. 21-1. subtils & ingénieux, quelquefois vous estimerez vn vestement beau & entier, mais aussitost que faites passer les vergettes dessus, vous emportez quant & quant le poil & n’y laissez que la tissure. De mesme en sont les vers rongeans les bois qui font vn bruit admirable: Dieu les a pourueuz pourtant d’oyseaux qui vont espluchans les arbres de ces vers.
verso.
Des Onces & îles Guenons qui sont au Brésil.
Chap. XL VI.
LA plus furieuse beste du Brésil est l’Once, laquelle tire en grandeur aux leuriers de deçà: Sa face ressemble plus au Chat qu’a tout autre animal: elle a les moustaches furieusement arangées, la veuë viuace & espouuentable ; sa peau est comme la peau d’vn Loup tachetee de noir ainsi que le Léopard; ses griffes sont fort longues, ses pâtes côme les pâtes d’vn chat, la queue grande & bien plus longue que tout le corps ensemble, allant tousiours diminüant iusques au bout; elle luy sert de ioüet au milieu d’vne plaine de sable, courant apres elle en tournoiant, tout ainsi que vous voyez faire aux petits foi. 215. chats quand ils sont au milieu d’vne sale tournoians pour atteindre le bout de leur queue. Elle ayme la solitude, & hait toute sorte de compagnie, va seulette dans les bois, n’est iamais accompagnée de son pareil, sinon au temps qu’il faut s’accoupler, & la femelle se sentant pleine se retire. Elle ne craint ny redoute aucune chose. Elle s’arreste si elle vous voit venir à elle, & se met au bout du chemin par où vous devez passer, tellement qu’il faut ou tourner bride, ou se résoudre de la combattre: car elle ne cede point: Il est plus a propos de se retirer auec sa courte honte, que non pas par orgueil hasarder sa vie à la furie d’vne beste. Le R. P. Arsene se trouua bien d’auoir fait ainsi, lequel venant du village de Mayobe en nostre loge de 8. François, rencontra en son chemin en plein midy vne grande Once, qui se mettant: au milieu de la voye l’atendoit à ce pas: Luy retourna au village & euita par ce moyen le danger qui luy estoit eminent. Elles ne cherchent pas les hommes, & c’est chose rare quand on la ren-
contre: bien vray est qu’il y a du danger quand cet accident arriue. Elles ne se iettent à coup, ny ne verso, courent incontinent apres ceux quelles voient, ains les suiuent seulement pas à pas, & leur donnent loysir de se retirer, si ce n’estoit par auenture quelques enfans quelles pourroient grifer, mais cela n’echet souuent. Elles craignent fort le feu, & ne s’en approchent, & par ce moyen les Saunages se mettent en asseurance tant ès bois que dans leurs loges lesquelles ne ferment point ny de iour ny de nuict.
Elles font la guerre aux Chiens & aux Guenons outrageusement, viennent prendre les Chiens iusques dans les villages & les loges sans faire aucun tort aux Sauuages qui sont couchez dans leurs licts ; & quand ils vont a la chasse menans force Chiens, fort souuent les Onces les tuent & les mangent, faignans de fuir deuant eux: Et comme ces Chiens sont eslognez de leurs maistres, tout d’vn coup elles sautent sur eux & les estranglent. Peu eschappent leurs griffes pour en venir dire des nouuelles à leur maistre, lequel n’entendent plus iaper ses Chiens, tient pour asseuré que les Onces en ont fait leur diner; & ne marche pas plus outre, ains s’en reuient plus viste a foi. 216. son logis faire pleurer sa femme & ses tilles sur la mort de ses Chiens, qu’il n’estoit allé à la chasse en intention d’aporter de quoy rire. Car s’il est dangereux d’aborder vn Soldat en furie & victorieux de ses ennemis, il est bien plus périlleux de se présenter à telle heure à la veuë des Onces.
ELLES venent & attrapent les Guenons en cette sorte. Apres auoir batu les bois en circuit, où les Monnes se retirent: elles taschent de les aculer en vne pointe, où les Guenons sont par monceaux: Lors les Onces grimpent vistement aux arbres & se iettent apres à corps perdu sur les branches & rameaux des arbres, & ainsi les prennent. Elles vsent d’vne autre finesse: c’est qu’elles les attendent bien cachées sous les fueilles au lieu où elles recognoissent que ces
Monnes viennent boire: Dauantage elles se mussent dans la vase, où elles ont remarqué que les Guenons viennent pescher des Moules & des Crabes : & tout d’vn coup sortans de la elles saisissent celles qu’elles peuuent. Elles font encore plus: quand elles voient verso. ou entendent que les Guenons sont en quelque lieu assemblées elles vont bellement, le ventre contre terre, comme font les chats quand ils veulent prendre vne Soury: lors elles s’estendent faignans estre mortes: La première Guenon qui passe en ce lieu, s’arreste & appelle les autres qui viennent incontinent & descendent le plus bas qu’elles peuuent, se delians tousiours pourtant, à fin de contempler & considérer asseurement si leur ennemie est morte, grincans les dents & marmotans vn ramage de congratulation a sa mort: mais elles sont bien estonnées que la trépassée resuscite à leurs yoix, montant plus viste qu’elles au feste des arbres, où elles changent leur vie en mort non simulée, ains en vérité.
L’ONCE ne porte iamais qu’vn Onceau, & ce vne fois seule comme la Lyonne, qui est cause qu’il y en a peu dans le Brésil: par -ce que l’Onceau déchiré la matrice de sa mere, & ne laisse neantmoins de nourir ce petit fort curieusement iusques à ce qu’il soit capable de se pouruoir: nonobstant cette foi. 217. rupture maternelle, les femelles ne laissent de côuenir à la saison auec les masles, bien que ce soit en vain. Les Onces sont passagères; & vont de pays en pays, passent les bras de mer, & qui plus est, quand elles manquent de pasture en terre , elles vont pescher spécialement des Crabes , & autres Limaces de mer.
ON voit semblablement des Onces Marines (ainsi que i’ay dict au Discours de Miary) portans la partie anterieure d’vne Once terrestre, & la postérieure d’vn Poisson: Elles sont furieuses aussi bien que les terrestres, & s’eslancent de l’eau contre leurs ennemis : les masles & les femelles frayent & iettent leurs
petites hors de leur ventre , ainsi que font les Baleines, Marsoüins & autres Poissons de la mer.
LES' Guenons sont de diuerse espece en Maragnan & en ses enuirons, les vnes sont grandes & fortes, barbues, & qui ont leur sexe bien apparent:
Cette espece est dangereuse, & se deffend fort bien contre les Sauuages dans les bois. l'ai entendu dVn Truchement, qu’vn iour vn Sauuage ayât donné d’vne verso, fléché dans lespaule d’vne de ces grosses Monnes, elle retira la fléché de sa main, & la ietta contre le Sauuage, & le blessa griefuement. Cette sorte de beste se iette sur les filles & sur les femmes, & si elles sont les plus fortes, elles leur font violence. Il y en a d'autres barbues, mais moindres, qui ne laissent pourtant de porter les mamelles au sein, & la distinction du sexe en son lieu propre. Celles -cy sont traittces ordinairement des François auecques les Sauuages, lesquelles les attrappent auec vn gros materas qu'ils tirent sur elles, & ainsi les font tomber toutes estourdies, puis apres ils les encheinent & appriuoisent: Les communes sont presque semblables en sexe & d’vne maniéré qui ne mérité pas d'estre ■escrite. Generalement le naturel des Monnes de ces Pays la est fort agréable. Premièrement, elles s’entresuiuent queue h queue, la première donnant la cadence au pas, en sorte que les suiuantes mettent les pieds & les mains où la première a mis les siens, foi. 218. Elles font quelquefois vne si grande procession, que l’on en a veu telle fois deux ou trois cens sauter les vnes apres les autres. le ne veux pas dire dauantage, encore que ce seroit la vérité, pour n’estonner point le Lecteur. le sçay que ie me suis trouué plusieurs fois dans les bois, esquels elles auoient coustume d'habiter plus souuent, & vous diray, sans taxer le nombre, que i’en ay veu vne très grande quantité, faisans en la maniéré que ie viens de dire: Chose qui est autant agréable, qu’autre que l’on puisse imaginer: Car ces animaux se ietteront h corps perdu
d’arbre en arbre, de branche en branche, commé pourroit faire vn oyseau bien volant, & vont si viste,. que c’est tout ce que vous pouuez faire de ietter la veuë dessus. Si elles vous aperçoiuent soubs les arbres', elles font vn bruict, en vous agaçant, nompareil, & apres estre demeurees quelque temps à vous chanter des iniures en leur langue, elles gaignent pays comme auparauant Elles ne manquent iamais verso, à ne heure presixe sur le soir, ou la nuict, de venir boire: Mais sçauez vous auecques quelle industrie? le gros de l’armee s’arreste a trois cens pas de la fontaine, & enuoye des espies, lesquelles viennent visiter la fontaine, & les aduenues d’icelle, regardent soigneusement deçà delà s’il n’y a rien qui bransle,. & si quelques ennemis ne sont point aux aguets: si elles apperçoiuent quelqu’vn, elles crient d’vne voix affreuse, & gaignent au pied, au lieu où est l’armee: Puis quelque temps apres elles retournent, & font comme deuant: Et au cas que la place soit seure, elles crient & japent pour faire venir la trouppe, laquelle estant arriuee garde cette autre ruse, c’est qu’elles boiuent toutes vne à vne, & à mesure qu’vne a beu, elle passe outre & monte aux arbres, & ainsi file à file iusqu’à la derniere, elles boiuent & s’eschappent d’vn autre costé qu’elles n’estoient venues afin d’acheuer leur procession: Car de la fontaine elles vont au, Sabbat traicter leurs amours: parmy lesquelles ordinairement il y a de grandes comfoi.219. plainctes, crieries, morsures & esgratigneures: car les plus fortes veulent estre seruies les premières, & choisir les Dames. le ne dy rien que ie ne le sçache par expérience: Car nous auions ce Réueil-soir tous les iours aux enuirons de nostre fontaine de Sainct François.
QVANT elles vont à la pesche elles s’entresuiuent de compagnie, les Meres portans leurs petits sur leurs espaules: La pesche qu’elles font est de Crabes & de Moules: Pour prendre vn Crabe elles luy rompent
premièrement les deux maistrês pieds, afin de se garantir de leur morsure: puis apres elles les froissent auecques leurs dents , si elles les trouuent trop durs elles les cassent auec vne pierre: autant en font-elles des Moules, si leurs dents n’y peuuent rien.
LES Meres sont soigneuses de paistre leurs petits auant que de prendre leur pasture, elles tirent le Moule d’entre ses coques, & le Crabe de sa coquille bien nettoyé, & les présentent à leurs petits campez sur le dos, lesquels les prennent, & les mangent. N’ayez pas peur que ces Guenons s’esloignent des verso, arbres: car c’est leur refuge aussi tost qu’ils oyent du bruict, ou voyent quelqu’vn, & ainsi elles choisissent vn lieu pour pescher, dont les arbres soient proches, hauts & toufus. S’ils voyent passer vn Canot de Saunages assez loing d’elles, elles le saliient de quelque risee à leur mode, que si le Canot approche du lieu où elles sont, haut le pied, vous ne les tenez pas, l’armee délogé.
Des Aigles et grands Oyseaux & iRautres petits Oyseaux foi. 220.
qui sont eu ces Pays là.
Chap. XLVII.
ENCORE que dans l’Isle l’on ne voye ordinairement des Aigles, si est- ce qu’il y en a quantité en la terre ferme, voisine de Maragnan. Ces Aigles ne sont pas droictement si grandes que celles du vieil Monde, mais bien plus furieuses, hardies & fortes, attaquans librement les hommes, & font leur nid, non sur les rochers, comme dict lob, Aquüa in pétris
manet , l’Aigle demeure dans les rochers , ains entre verso, les arbres: à ce subject ie vous vay raconter ce que i’ay entendu en Maragnan, de deux Aigles merueilleusement furieuses, lesquelles vindrent nicher dans les Aparituriers d ’ Ouy - rapiran , qui est vn petit village h lieuë & demye du Fort Sainct Loüis sur le bord de la mer: L’on m’a monstre le lieu où elles estoient, allans vn iour nous recreer par eau, chez vn de nos amys François demeurant en ce village: Ces Aigles auoient couppé des branches plus grosses que la cuisse, & si gentiment accommodé, qu’vne douzaine d’hommes n’en eussent sceu faire autant. Là elles auoient faict leurs œufs & esclos leurs petits, & personne n’osait désormais passer en ce lieu. Elles alloient à la chasse des cheureils; les tuoient, & auec leurs ongles, & auec leur bec, puis les mettoient en pièces, quelles apportoient à leurs petits, peschoient pareillement, se iettans sur les poissons nommez Marsoüins , Pirapans , & gros Museaux, qu’elles tiroient de la mer auec leurs griffes, & les traisnant à bord les diuisoient en morceaux pour les foi. 221. donner à leurs Aiglons. Elles 'marchèrent plus auant: car elles déchirèrent vn homme & vne femme Tapinambose , ce qui fut occasion de leur mort & de celle de leur petits, pour ce qu’on leur dressa vne embusche si dextrement , que le masle fut tué , & la femelle se voyant vesue, se retira en terre ferme, & abandonna ses petits, lesquels passèrent par les armes des Tapinambos , en vengeance du crime commis en la personne de ces deux Tapinambos , & leur nid fut dissipé.
LA femelle est plus grande que le masle, toutes deux tirent sur la couleur grise, l’œil vif & cruel, vne hupe forte & redressee sur le coupeau de la teste, leurs plumes grosses par le tuyau, & grande côme celles d’vn coq d’Inde: les Tapinambos se seruent d’icelles, spécialement pour empenner leurs fléchés. Elles ont cecy de spécial & particulier: que
si les Saunages les mettët auec d’autres plumes, telles que sont les plumes d 1 Arrêta & de semblables gros oyseaux: ces plumes d’ Aigles les rongët & les mangët, par ainsi ils les mettent à part, & se gardent bien de les accomoder h leurs fléchés, auecques vne autre sorte de plumes pour la mesme occasion. verso.
QYELQVE grand oyseau que puisse porter la terre ferme, l’Aigle demeure le maistre & le Roy, non par égalité de force, ains par subtilité & legereté de vol, l’Aigle se guindât en haut, quant il veut côbatre les grands oyseaux, & descëd k pLb sur iceux, il les abbat & terrasse, leur fendât la test • k coups de bec.
Tous les oyseaux les craignët, perdôt la voix k leur cry, & se tapissent les voyans voler. Leur principale chasse sont les Aigrettes, qui sont quasi comme colôbes blanches, lesquelles viuent sur le riuage de la mer, & se câpent sur le bout des branches qui pendent sur la mer, côtemplantes la venue des petits poissons pour se ietter dessus & les prendre. La les Aigles les vont trouuer, qui vous les troussent & emportët en vn momët. Elles prennët aussi leur nourriture des Tortues de mer & de terre, & ne pardônent k aucun Serpët ou couleuure quelles puissent apperceuoir.
RAREMENT les Sauuages peuuent les aborder pour les flecher: Car elles se tiennent au sommet des arbres, où elles s’espluchent aux rayons du Soleil, tirans auec leur bec les vieilles plumes de leurs foi. 222. aisles & de leur queue, qu’elles sentent ne leur pouuoir plus seruir, k cause de leur vieillesse. Les Sauuages se transportent la pour chercher ces plumes & en vser: Elles tirent fort k la forme & couleur des plumes aux aisles des Coqs d’Inde, & sont très bonnes pour escrire.
OVTRE ces Aigles, vous auez de grands Oyseaux appeliez Ouïra- Ouass ou, presques aussi grands que les Autruches d’Affrique, voire plus hauts en stature, mais non si gros de charnure: les Grues de deçà
ne sont que des Moineaux en comparaison: Que si quelques-vns ont veu celuy que nos gens apportèrent en France , qu’ils sçachent qu’il y en a encore vne fois d’aussi gros. Les Sauuages les vont prendre quand ils sont petits, espians le temps & l’heure que leurs Parents vont à la chasse. Ces petits sont blancs en leur ieunesse, & peu a peu se muent & changent iusques à ce qu’ils ayent obtenu leur vray plumage & couleur. Ces Oyseaux sont gloutous h merueille, ne peuuent quasi se rassasier: il est bien vray que quand ils ont bien mangé leur saoul, c’est pour pluverso. sieurs iours. Si les Guenons & les Monnes pouuoient persuader aux Sauuages d’extirper la race de ces Oyseaux, elles le feroient de bon cœur: car elles tireroient vn grand profit, d’autant quelles perdent des millions de leurs gens chasque annee h rassasier ces gourmands. Les Tapinambos qui nourrissent de ces oyseaux, cognoissent que la meilleure viande qu’on leur peut donner, sont les Guenons: & pour cela s’en vont aux bois, en tuent, les leur apportent, & les ont bien tost dépeschees.
IL y a plusieurs autres sortes de gros Oyseaux, mais non côparables a ceux-cy, tels que sont les Arras , Caniclez & autres, lesquels sont pris & mis en captiuité par les Indiens d’vne gentille façon. Ils s’en vont par les bois, & espient les arbres où ces Oyseaux ont coustume de passer la nuict, & où volontiers ils réuiennent le iour apres la pasture se camper: ce qu’ayans recogneu, ils bastissent sur le coupeau d’vn de ces arbres, vne petite loge toute ronde, capable de tenir trois ou quatre hommes, faicte de ‘branches de Palmes: ils montent là, & atfoi. 223. tendent la venue de ces Oyseaux, qui ne se defians d’aucune chose, s’approchent assez près, & pensans se reposer asseurement comme deuant, sont estonnez qu’on leur tire vn coup de. materas, qui les estourdit sans les tuer, & tombent en bas, où ils sont aussi tost attrapez & faicts prisonniers, & auec le temps
s’apriuoisent de telle sorte; qu’encore qu’on leur donne liberté^ ils ne veulent plus quitter la maison de leur maistre: ils se mettent sur les loges; font vn bruit desesperé; rendans vn son comme les Corbeaux de deçà; apprennent à parler ainsi que les Perroquets; fournissent .de plumes à leurs hostes; pour se brauer & faire leur fanfare: Car au lieu que nos habitans le long de la riuiere de Loire, plument leurs Oyes pour mettre aflx licts: ces Indiens tirent les plumes de ces Oyseaux, pour en faire leurs mitres & autres paremens de plumaceries.
ILS ont des Hérons en grande quantité & de plusieurs sortes: les vns sont fort grands, & les autres médiocres. Ils font leur nids dans les Apparituriers sur le bord de la Mer, viuent du poisson qu’ils peschent,
& les apportent tous entiers à leurs petits, à qui ils verso, les font aualer dès ce petit aage: le me suis estonné de voir vn si gros Poisson comme seroit vn grand Haran & d’auantage, estre trouué dans la poche d’vn petit Héron qui n’auoit que le poil folet. Les Saunages vont dénicher ces petits parmy les Apparituriers , a la charge pourtant de porter des battons pour se deffendre du pere & de la mere, qui ne manquent en tel accident, de secourir ceux qu’ils nourrissoient si tendrement & soigneusement, à fin de dilater leur espece.
A ces Hérons conuiennent fort d’autres Oyseaux nommez Furcades par les François & Portugais, à cause de leur queue qui semble fourchue lors qu’ils volent: font aussi leurs nids dans les Apparituriers , mais au lieu le plus secret, & peu hanté des hommes qu’il leur est possible de trouuer. Là ils pondent & esclosent leurs petits, & Vont à la Mer tout le long du iour, pour emplir vn gros sachet qu’ils ont soubs la gorge de poisson, à fin d’en repaistre leurs petits:
& quand ils n’en ont point, ceste bourse s’emplit de vent, qui les soulage & soustient dans le milieu de foi. 224. l’air, à passer plusieurs iours & nuicts sans aller
gister k terre: ains vont fort auant en Mer chercher leur proye, a plus de cinquante ou soixante lieues de terre. Ils ont la veuë merueilleusement aigue, tellement que du lieu où ils sont qui est fort haut, ils descouurent le poisson, sur lequel ils se iettent incontinent & le rauissent. • Ils ont vne propriété tresbelle, c’est qu’ils suiuent les Poissons de proye qui vont apres les menus Poissons afin de les manger: Ces Oyseaux s’approchent à vne lance de* l’eau, & ne s’oublient de participer au butin, voire defrauder le poursuiuant s’ils peuuent.
OUTRE ces gros Oyseaux, il y a vne milliace d’Oysillons, d’entre lesquels ie trouue ceux-cy remarquables. Premièrement les Aloüettes de Mer qui sont en si grande quantité quelles couurent les sables de la Mer, quand elle est en son reflux: Elles sont fort bonnes à manger, & cependant elles ne viuent que de la crème que laisse la Mer sur les sables, laquelle verso, elles vont leschant auec leur petit bec: vous en tuez k plaisir auec vne harquebuze chargée de dragees, si tant est que vous soyez dans vn Canot.
♦IL y a vne autre sorte d’Oyseaux plus admirables que croyables, & cependant c’est vne vérité que nous auons experimentee, lesquels ont le bec faict comme ces couteaux qui se replient dans leur manche, qu’on appelle communément lambettes & Rasoirs: ainsi leurs becs sont inutiles k les pouruoir d’aucune nourriture, & aussi dit-on, que ces Oyseaux ne viuent que de vent, & leurs becs trenchans ne seruent d’autre chose qu’a leur donner du passetemps, lors qu’ils se promènent és riuages de la Mer, rencontrans en leur chemin quelque Poisson courant au bord, ils le découpent en deux, ainsi qu’auec vn couteau, & se contentent de cela. Le iour que nous partîmes de Maragnan , vn ieune homme qui appartient au Sieur de Sainct Vincent, qui m’assista en tout mon voyage, nous en tua vn, dont ie fis garder le bec pour apporter en France.
IL y a des Merles comme en France, semblables en plumages & en chat, degoisent leurs ramages h foi. 225. plaisir sur la fin des pluyes, quand le beau temps reuient voir les habitans de la Zone Torride, à Toposite sur la fin du beau temps, & au commencement des pluyes il rend vn chant pitoyable, quasi comme regrettant le passé, & apprehandant les orages de PHyuer, si Hyuer se doit appeller.
PLVSIEVRS petits Oysillons se trouuent d’vne beauté indicible: les vns pers, les autres violets, les autres azurez, iaunes, & de couleur meslee : Les Sauuages font leur perruques de leurs plumages, sont chers, parce qu’il est bien difficile de les tuer: car ils ressentent naturellement Penuie qu’on leur porte: par ainsi ils demeurent au sommet des arbres treshaüts, & font leurs petits nids suspendus aux extremitez des branches, ausquels ils sont attachez auec vn filet de Pite très fort, & h l’autre bout de ce filet qui est pendant sur la terre, ils fabriquent vn pot de terre, dans lequel ils font leurs petits, & y entrent par vn trou seulement, proportionné h leur grosseur.
C’est la nature qui leur apprend cecy, pour conseruer verso, eux & leurs petits. I’ay apporté de ces Oysillons en France qui rauissoient en admiration ceux qui les ont veuz.
CESTE terre de Maragnan possédé vn genre d’ Oysillons, qui n’excedent en grosseur le bout du pouce, ie dy mesme auec leurs plumes, & ont vn chant fort mélodieux, reuenant à celuy de PAloüette, laquelle ils imitent aussi quand ils veulent chanter: car ils se dressent droict le bec en haut, & montent tousiours tant que la voix leur peut durer, & leurs aisles les supporter. Ils font volontiers leurs demeures auprès des fontaines, où souuent ils viennent se plonger & bagner leurs petites aisles, pour plus aisément se guinder en haut. Ils nichent là auprès : vous pouuez penser de quelle grosseur peuuent estre leurs œufs, & en pondent iusqu’à cinq & sept, leurs petits
sont encore bien plus admirables en leur petitesse, que leur pere & leur mere, & neantmoins sont si fœconds que les enfans en apportent des Courges toutes pleines. Il y en a de diuerses couleurs, iaunes, violets, tannelez, & de mille autres façons.
foi.226.Responce à plusieurs demandes, qiPon fait en ces pays
des Indes Occidentales.
Cliap. XL VIII.
POUR perfectionner ce 1. traitté: I’ay trouué bon, voire necessaire de donner responce à toutes les demandes qu’on faict de ces pays. La première est, si cette terre de l’Equinoxe peut estre habitée par les François pour ce que le François estant délicat, & nay en vn pays assez temperé, esleué auec beaucoup de soin & bonne nourriture, il y a de l’apparence qu’il ne pourra iamais s’accommoder dans vne terre agreste, sauuage, couuerte de bois & parmy des peuples Barbares, souz vne Zone bruslante & ardente. A cela ie respons, qu’a la vérité tous comverso. mencemens sont difficiles: mais peu h peu, la difficulté se rend facile. Il n’y a ville ny village en tout le Monde Vniuersel, qui n’aye esté fâcheuse & incommode de premier abord: mais apres quelques années le tout a réussi, & nos Peres nous ont laissé le fruict de leurs labeurs. Quels gens furent iamais plus délicats que les Romains? & cependant n’ontfils pas quité Rome & l’Italie, pour plàter leurs Colonies dans les forests des Allemagnes & des Gaules. Le
Portugais n’est -il pas d’Europe côme nous, & aussi suiect aux maladies, trauaux & fatigues, que le François ? Ouy î Mais il nous deuance en ce point qu’il est plus patient que nous & sçait bien qu’il faut au préalable labourer que de moissonner: cependant il est maintenant bien estably au Brésil: il y faict de grands traffiques, la terre est bien cultiuee & accomodee. On y a de tout pour de l’argent, aussi bien que dans Lisbonne. Quoy je vous prie, si la patience dés hommes a rendu les terres gelees & glacees plus de huict mois l’annee bonnes & fertiles: vne terre qui est le cœur du Monde ne sera -elle point habitable aux François? C’est vne folie de penser cela. Partant ie dy que la Terre est pro-f°i. 227. portionnee au naturel du François aussi que la France, si elle éstoit cultiuee & accommodée ae viures necessaires au naturel François, tels que sont le pain & le vin: car quant à la chair, poisson, legumes &
& racines, il y en a vne telle abondance, qu’il n’est possible de le croire, à la charge pourtant qu’il les faut prendre & planter. Car si quelqu’vn pensoit que les arbres portassent les Oysons tous rostis, que les haliers fussent chargez d’espaules de mouton, fraischement tirees de la broche, l’air plein d’ Alouettes, accommodées entre deux tesmoings & bien cuittes, en sorte qu’il n’y eust qu’a ouurir la bouche & s’en repaistre il seroit bien trompé: Et ne luy conseilleray point d’aller en ces quartiers, voilé de ceste fantasie: car il s’en repentiroit. Concluons ceste première responce, que la terre est habitable pour les François, & s’ils perdent ceste commodité de l’habiter* qu’ils en seront faschez vn iour, mais trop tard.
2. YOICY ce qu’on dit, & bien baste: la terre est habitable, on y peut habiter auec quelques incommoditez, pourtant durant certaines années. Ouy mais-! vers*, est-elle salubre pour les François? Nous auons leu, que les Indiens y sont sains, & viuent assez longtëps, mais ils sont Sauuages & Barbares, naiz sous,
ce climat; & accOustumez a telle tëperature: Les François n’ont pas ce priuilege; ains ils sont subjects à plusieurs Heures ; lesquelles en lin se terminët en paralisie; ou autres incômoditez. le respôs h cela que nous iugeôs des substâces par leurs accidëS; & des païs par les incômoditez & infirmitez: Comparés maintenant le moindre bourg; ou village de Frâce à la Colonie des François qui sont en ces terres; nous trouuerons qu’en l’espace d’vn an, il y aura dix fois plus de malades en ce village qu’il n’y en a eu deux ans entiers parmy nous en Maragnan: Si quelques vns se sot trouuez mal; ce n’est pas chose nouuelle; par tout la mort est présente ; aussi sot les maladies. Les Rois & les Princes n’en sont pas exempts, voire ès pays les plus beaux & les plus sains que l’homme puisse imaginer. En deux ans entiers que i’ay esté en ces pays-là, nous n’auons eu qu’vn mort, sçauoir le R. P. Ambroise: i’entens de mort naturelle: Car foi. 228. pour ceux qui ont esté mâgez des poissons, c’estoit leur faute de s’estre mis en mer: Encore le R. P. mourut d’vne espece de pluresie, s’estât trop échaufé à couper de gros arbres, & ayât laissé boire la sueur à son habit, il alla droit celebrer la Messe, à la sortie de laquelle il ne manqua point d’estre surpris d’vne Heure, de laquelle il mourut dans peu de iours. P en puis parler asseurement, puisque ie l’assistay iusqu’au bout, pendant que nos deux autres Peres estoient allez autre part pour le seruice de Dieu. Suiuant cecy, imaginons-nous que Maragnan & Paris plaidët l’vn contre l’autre: Paris luy dit, Tu es vne mauuaise côtree, tu m’as faict mourir vn Pere Capucin que ie t’auois enuoyé: Maragnan respôd, pour vn i’en ay perdu quatre des miens, Auez-vous occasion de me blasmer? & si encore les miens estoiët assistez côme Princes, & le pauure Capucin n’auoit que de la farine ou bien peu dauantage. Partant faisons cet accord que climat y est sain & salubre, aiguisant l’apetit extrememët: s’il y auoit autant de friandises
en ces quartiers là comme en France, les Damoiselles feroient presse d’y aller.
3. ON dit, voilà qui va bien! mais il n’y a ne vin, verso, ne bled qui sont les principales nourritures, sans lesquelles les meilleurs banquets&les plus délicates viandes sont peu estimees. le respons qu’il y a du May en très grande abondance dont on peut faire du pain & en faisions faire quand nous voulions, & le trouuions fort bon au goust, mais nous aymions mieux de la farine du pays, spécialement quand elle estoit fresche, parce qu’elle ne charge tant l’estomach. Ce pain de May sert de nourriture à plusieurs pays de ce vieil monde, specialemêt en Turquie, d’où il est appelle bled de Turquie: Au reste on n’est point hors d’esperance que J a terre ferme du Brésil, qui est forte & grasse ne puisse porter du bled, duquel cy apres chacun pourra faire du pain comme en France: Et ceux de Fernambourg en eussent faict, qui ne sont pas loing de- nous, mais en pire pays, quant à la terre ferme de Maragnâ , n’eust esté que le Roy d’Espagne n’a iamais voulu que Ton fist aux Indes, tant Orientales qu’Occidentales, bleds ny vignes, à fin de rendre ces terres nécessiteuses de son secours, & dépendantes des biens qui croissent en ses Royaumes foi. 229. d’Espagne & Portugal. I’adiouste encore que les côtrees du Pérou qui sont en mesme paralelle que la terre ferme de Maragnan sont fertiles en bleds,
& vignes. Qui empeschera donc qu’il n’y en vienne?
Pour le vin, il n’y en a pas à présent sorty des vignes du Pays: nonobstant la vigne y peut eroistre,
& l’on nous a dit que celle qu’ont portée nos Religieux en ce dernier voyage a repris & poussé. Qui empeschera que l’on n’y en face en quantité, & que dans deux ou trois ans l’on n’y en recueille à foison?
La France n’a pas tousiours eu du vin, à présent elle en regorge. Les Flamens, Anglois, Hibernois & Danois n’en ont point de leur cru: ils se contentent de la biere, & s’ils veulent boire du vin, ils le peuuent
verso.
fol. 230.
Îiar le moiê de la bourse, laquelle fait sauter les vin» es meilleurs de l’Vniuers en ces Pays qui n’en ont
Ï joint, & en boiuent de meilleur que ceux h qui sont es vignes. On en fait autant k Maragnan : car les Nauires y en portent. Bien est vray qu’il y est vn peu .plus cher qu’en France , mais il en est d’autant meilleur selon l’opinion de nos François qui font estât des choses au prix qu’elles leur coustët. Ceux qui seront bons mesnagers, qu’ils se fassent k la biere du Pays qui ne peut estre que très -bonne k cause qu’elle est faite de May elle ne sera pas chere: car ce bled est en abondance en ce Pays la: & puis les eaux y sont bonnes & saines.
4. On dit: Si cela est, ce n’est pas mal: mais y peut-on faire du profit? Car depuis qu’on y est allé nous n’auons veu chose aucune qui mérité de nous encourager k y dépendre de l’argent. le respons k cela: que si tous sçauoient l’occasion pourquoy ce manquement arriue, ils seroient fort satisfaits, mais ce n’est pas chose que tout le monde doiue sçauoir. le diray seulement que ce manquement ne vient point de la part du Pays qui est fort propre k produire de bonnes marchandises quand il sera bien cultiué, tels que sont les Cotons, les Literies, les Casses, les Bois de diuerses couleurs, la Pite, les Teintures de Rocou de Cramoisy, Les Poiures lôgs, l’Azur, le Cuiure, l’Argent, l’Or, & les Pierres précieuses, les Plumaceries, les Oyseaux de diuerses couleurs, les Guenons, Monnes & Sapaious & surtout les Succres, quàd on aura dressé des moulins & planté des Cannes. Donc si on n’a rien apporté, (taisant ce qui se doit dire en public) cela vient de ce qu’on a mal procédé k ses affaires, les particuliers regardans seulement k leur proffit: ce qui a faict qu’on s’est peu muny des marchandises de Frâce necessaires aux Sauuages, pour lesquelles auoir ils cultiuent leurs terres, faisans amas de Cotons, Teintures, Poiures & autres choses sëblables outre les autres dërées que les François peuuent
auoir (Teux-mesmes. Les Sauuages voians la pauureté des Magazins, & qu’à peine auoit-on de la marchandise pour auoir des farines, Ils se sont rendus paresseux, n’ont rien voulu faire & ne feront encore, tandis que les François n’auront rien à leur donner en recompence: car tel est leur naturel, & n’ë aurez autre chose: & ne sont blâmables en cela, puis qu’en toute la Chrestienté vous ne trouuerez vn seul homme qui vueille trauailler pour rien. Pourquoy ne vous cstonnez point si on n’a rien aporté: mais estonnez vous si au premier voyage on aporte quelque chose: vera0- Car ie ne m’y attends pas pour les raisons susdites & autres que ie tais: & au cas qu’on prouuoye à ce defaut, ainsi qu’il appartient, ie vous asseure que l’Isle & ses enuirons fourniront de bonnes estoffes.
AIANT satisfait à toutes ces demandes & objections: I’aurois bien enuie d’en faire à vne infinité de ieunes Gentils -hommes qui n’ont rien que l’espée & le poignart quant aux biens de la fortune, mais riches de courage, voire trop: car c’est souuent la cause qu’ils s’entrecouppent la gorge, & vont de compagnie prendre possession d’vn Pays bien fascheux dont aucun vaisseau ne reuient pour en dire des nouuelles. le voudroy, dis-je, leur demander, Que faites vous en France sinon espouser les querelles de vos freres aisnez? Que ne tentez vous fortune, & au moins que n’enrichissez-vous vostre esprit de la veuë des choses nouuelles? Vous passeriez le temps tandis que vostre cœur s’accoiseroit, & vostre iugement s’affermiroit : vous feriez seruice à Dieu & à vostre Boy en visitant cette nouuelle France. Là vous iriez descouurir termes nouuelles, vous pourriez trouuer quelque chose foi. 231. de prix, soit pierres précieuses, soit autre chose: & quand il n’y auroit que ce seul point qu’à vostre retour parmy les compagnies vo’ ne demeureriez muetz, tousiours celuy qui a voyagé a son pain acquis. Les cendres & les foyers sont pour les enfans de mesnage, qui sont créez de Dieu pour cultiuer la terre: La
verso.
fol. 232.
Noblesse est en ce monde pour vn autre dessein: & ce dessein qu’est-il? C’est d’employer vos labeurs & vos espées à dilater le Royaume de Dieu, fauoriser les Apostres de Iesus-Christ à paruenir au but, pour lequel ils sont enuoyez: C’est pour accroistre le Sceptre & la Couronne de vostre Prince naturel: & mourir en ces deux entreprises est mourir au lit d’honneur. Vous m’allez respondre, Nous ne demandons que cela: mais sous qui, & par quel moien? Ma plume, Messieurs, ne passe pas plus outre. I’ay fait ce que ie doy, i’ignore le reste: I’espere pourtant que Dieu touchera ceux qui peuuent tout pour la perfection d’vne si haute entreprise.
Instruction pour ceux qui nouucllcnient vont aux Indes.
Chap. XLIX.
SAGE est celuy, dit le Prouerbe, qui par l’exemple & expérience d’autruy pouruoit à ses affaires. Si nos François eussent bien sçeu auant que d’aller aux Indes, ce qu’ils ont connu depuis, ils eussent mieux pourueu à leurs affaires, & n’eussent pas enduré tant d’incommoditez comme ils ont enduré. Que celuy donc qui a résolu d’aller en ces quartiers, pense en soy-mesme, combien de temps, il prétend d’y estre, & qu’il y adjouste vne fois autant: car la commodité ne se trouue pas tousiours de reuenir, quand on le voudroit bien.
QV’IL face sa prouision pour tout ce temps de deux sortes, l’vne pour sa personne, l’autre pour les Sauuages à fin d’auoir d’iceux viures & marchandises.
Les prouisions pour sa personne doiuent estre d’eau de vie la plus forte & du vin de Canarie du meilleur,
& ce dans de bons flacons d’estain, bien bouchez & poissez, serrez sous la clef dans son coffre, & qu’il les garde aussi soigneusement que son cœur, pour le temps de sa nécessité & maladie, qui pourroit luy suruenir, & se garde bien d’entrer en débauché auec personne, pour ce que son petit fait s’en iroit bien tost: d’autant que c’est la coustume de la mer, depuis qu’on soupçonne auoir du vin ou de l’eau de vie en son coffre, on ne cesse de le prier de boire vne fois auec la compagnie, & quand il est en train il doit faire de deux choses l’vne, ou monstrer sa libéralité, car il ne manque pas d’y estre incité, ou se résoudre, d’estre réputé vn vieillaque,
& aualler les injures qu’on luy fera: Partant le plus seur pour luy est de ne point entrer en l’ecot. Il doit pour le passage de la mer, faire quelques prouisious d’autre vin de quelque langue bressillée & de verso* choses semblables, à fin d’y auoir recours à son besoin: d’autant que l’ordinaire du Nauire est assez leger & mal apresté.
IL se doit fournir d’vn bon nombre de chemises, mouchoirs & habits de futaine, ou de simple toile,
& non d’estoffes pesantes, fortes '& de prix, si ce n’estoit quelques habits pour les festes: Car il ne #
faut en ces Pays là, que estoffes les plus legeres.
Qu’il porte auec soy quantité de sauon, pour blanchir & nettoyer son mesnage : Qu’il n’oublie de porter quantité de soulliers, car il ne s’en trouue point là, sinon ceux que l’ô y a portez & y sont chers, tellement que pour vne paire, vous en auriez en France vne douzaine. Il faut aussi porter des seruiettes, napes & linceuls & vn beau matelas, & si vous desirez viure à la Françoise c’est à dire nettement, ayez de la vesselle d’estain pour vostre nécessité en maladie. Vous feriez bien d’auoir du sucre & de bonnes espiceries, voire quelque morceau de Peu-
barbe, bien fine, le tout bien enfermé dans vne boiste, foi. 233. de peur que les fourmis de ce Pays la , ne vous deualisent vostre sucre: car c’est chose presque incroyable du sentiment qu’ont ces bestioles enuers le sucre, & n’y a lieu où elles n’aillent & ne le percent s’il est de bois: C’est pourquoy ces boistes deuroient estre de fer blanc.
LES marchandises necessaires pour les Sauuages desquelles vous aurez d’eux, soit viures, soit marchandises de leur Pays, soit esclaues pour vous seruir & cultiuer vos iardins , sont celles - cy : Ayez force couteaux à manche de bois, desquel vsent les bouchers: car ce sont ceux qu’ayment plus les Sauuages. Prenez des ciseaux de malle en quantité, force peignes, miroirs, grains de verre de couleur pers, qu’ils appellent rassade, serpes, haches, hansas, des chapeaux de petit pris, casaques, chemisoles, hauts de chausses de friperie, vieilles espées & harquebuses de peu de coust. Ils font grand estât de tout cecy, dont vous aurez moyen d’auoir des esclaues, & de bonnes marchandises d’iceux. N’oubliez aussi du drap pers & rouge, & du plus bas prix que vous verso, pourrez trouuer: car ils ne font pas grande différence des estoffes, des pens d’oreilles*, sillets, sonnettes, bagues de cuiure doré, des hains k pescher, des ♦ grugeoires de laiton plates, longues d’vn pied & larges de demy, ce sont denrées lesquelles ils ayment. Si vous estes bien fourny de ces choses, ne doutez point que ne soiez très bien -venu parmy eux, ne faciez grande chere, & gaigniez beaucoup au trafic de ce qui croist en leurs Pays, que vous aurez pour peu, si vous sçauez bien vous conduire.
CE Magazin fait, n’oubliez pas le principal, qui est, auant que monter sur mer, lauer & repaistre vostre ame des SS. Sacremens de la confession & Communion, ayant disposé de vos affaires de par deçà, comme celuy qui ne sçait si la mer luy permettra de retourner en terre : & estant embarqué
dans le vaisseau accomoder son lit, le plus près du gros mats qu’il pourra, si on desire n’estre bercé plus qu’on ne voudroit: car ce lieu est le plus quiete de tout le vaisseau. Il faut tousiours auoir la crainte de Dieu foi. 234. deuant les yeux: mais non plus des accidens de la mer: d’autant qu’il vaut bien mieux faire bonne mine qu’vne mauuaise, puis que la crainte n’y sert de rien.
Ne vous espouuantez iamais sinon lors que vous verrez les Pilotes crier miséricorde 5 Car alors il faut penser à son ame, que les affaires vont mal. Pour voir le vaisseau de costé, les coffres renuerser, la mer entrer sur le tillac, les voiles tremper dans l’eau, les matelots iurer & renasquer, c’est peu de cas, faites bonne mine, pensant neantmoins tousiours h vostre conscience. Ne prenez querelle auec aucun matelot, car vous n’y gaigneriez rien.
QVAND vous serez arriué au Port, ne vous hastez point de mettre pied k terre, ains prenez garde k vos hardes, & k vostre coffre: Car il arriue souuent qu’aux debarquemens on visite les coffres, & on serre les marchandises ou hardes, sur lesquelles on peut mettre la main: faites porter vostre esquipage quant & vous, chez vostre Compere, lequel vous eslirez en verao. cette sorte, si tant est que vouliez estre k vostre aise. 1. Qu’il aye des Esclaues, vn Canot, & des Chiens, d’autant que vous ne manquerez auec luy de pesche & de venaison: Ce que vous n’auriez au contraire sinon rarement, & faudroit encore qu’allassiez achepter des autres Sauuages, vostre nourriture, & par ainsi il vous cousteroit deux fois autant k viure.
2. Enquestez-vous, s’ils sont de bonne humeur, spécialement la femme: car vne mauuaise hostesse donne bien du mal k son hoste. Que si vous rencontrez bien d’entrée il faut faire quelques presens, puis les tenant en halaine sans estre trop liberal, vous leur deuez donner tous les mois quelque chose, de peur qu’ils ne vous tiennent pour auare, & comme tel: ne vous difament parmi leurs semblables: pour ce que
vous auriez de la difficulté a troiiuer quelque chose, & mangeroient le tout à vostre deceu. Ne vous laissez emporter aux mignardises des filles de vostre foi. 235. hoste , ou autres, elles ne manqueront pas de vous caresser, si elles sçauent que vous auez des marchandises : En toutes choses il ne faut que tenir bon, si vous vous remettez deuant les yeux le hasard & danger des ordes maladies qui arriuent h ceux qui s’oublient en cecy? Vous pouuez vous en garantir aysement, spécialement si vous considérez le grand péché que vous commetez.
yerso. De la Réception que font les Sauuages aux François nouueaux venus & comme il se faut comporter auec eux.
Chap. L.
S’IL y a Natiô au monde portée à faire bon accueil à leurs amis arriuâs de nouueau, & à les receuoir en leurs maisôs pour les traitter v autant bien qu’il leur est possible , les Topinambos entiers les François doiuent tenir le premier rang: Car si tost que les François ont mis pied à terre de leur vaisseau, vous voyez venir les Sauuages de toutes parts dans leurs Canots, emplumez & accommodez h la grandeur leur faire feste. Bien plus comme ils aperfoi. 236. çoiuent de loing les vaisseaux sur la mer approcher de leur terre, le bruit court incontinent par tous les Cantons de leur Pays Aourt v<jar ouassou Karaybe , ou bien Aourt Nciuire souay , voilà des grands Nauires de France qui viennent. Incontinent vous les voyés prendre leurs beaux habits, s’ils en ont, &
commencent h haranguer Tvn à P autre, en cette sorte:
Voilà les Nauires de France qui viennent, ie feray vn bon Compere: il me donnera des haches, des serpes, des couteaux, des espées & des vestemens: le luy donneray ma fille: i’iray à la chasse & à la pesche pour luy, ie feray force cotons, ie chercheray des Aigrettes & de PAmbre pour luy donner, ie seray riche: car ie choisiray vn bon Compere, qui aura bien des marchandises. Et en disant cecy ils se battent les fesses & la poitrine en signe de ioye.
Lors les femmes & les filles font de la farine fresche,
&. les hommes vont à la chasse & à la pesche : Puis tout le mesnage vient chargé de diuerses viandes, racines, poissons, venaison, farine, c’est au lieu où verso, abordent les vaisseaux. Les plus hastez vont auec leurs Canots trouuer le vaisseau ancré à la rade, & vont recognoistre s’il n’y a point de leurs vieux Chetouassaps , & considérer celuy des François qui a la meilleure mine, à fin de luy offrir son comperage, sa loge & sa fille: Si tost que les François ont mis pied à terre, ils s’amassent tous autour d’eux: leurs monstrent bons visages tant les hommes que les femmes: leur présentent des viures, les inuitent k estre leurs compères: s’offrent k porter leurs hardes; & enfin font ce qu’ils peuuent pour les contenter & auoir leur bonne grâce: Ils ne vont pas pourtant par enuie l’vn sur l’autre pour auoir vn François logé chez eux, celuy qui a le premier parlé l’emporte sans contradiction, & ne se diffament point. Ils font bien d’auantage, quand vn François change de Compere, ils n’en font point d’estat, le mesprisent & tiennent pour vn homme fâcheux, argumentans ainsi ? S’il n’a sceu foi. 237. demeurer auec vn tel, comment demeurera il auec moy? Il est bien vray que si le Sauuage estoit de mauuaise humeur, chiche & paresseux, quand le François le quiteroit, il n’en seroit mal voulu: Au contraire ils diroient, Il a bien faict de le laisser: c’est vn homme chiche, paresseux & difficile.
LE François ayant choisi vn compere, il le suit & s’en va en son village: h lors l’hoste auec vne certaine granité, tout ainsi que si iamais il ne l’auoit veu, il luy tend la main, & luy dit, Ereiup Chetouassap ? Es -tu venu mon Compere? chose plaisante & considérable. Car vous diriez à les voir, qu’ils sortent à la façon des Empereurs d’vn cabinet bien fermé, où ils estoient empeschez en de grandes affaires: Que s’ils veulent faire vn grand acueil à ce François, & luy monstrer qu’ils l’ayment parfaictement , auparauant que ce Pere de Famille luy dise Ereioupe , les femmes & les filles le pleurent: puis ce bon iour luy est donné. Le François luy respond', Pà, ouy? reverso. sponce qui signifie tout cecy, ouy de bon cœur: le t’ay choisi pour demeurer auec toy & pour estre mon compere & du nombre de ta famille : le t’ay préféré à vn autre : car ie t’aime & m’as semblé estre bon homme. Le Sauuage luy dit, Auge-y-po , voyla qui est bien, i’en suis infiniment aise, tu m’honore beaucoup, tu sois le bien venu, tu ne sçaurois où aller pour estre mieux receu. Par cecy vous recognoissez la candeur & simplicité de la Nature laquelle a peu de discours, ains vient aux effects. A l’opposite la corruption a inuenté tant de discours, tant de paroles succrees, reuerence sur reuerence, souuent la main au chappeau & au partir de là, le cœur n’y touche. Quelle iugeront nous de ces deux réceptions & bien -venue estre la meilleure & plus correspondente à la Loy de Dieu, & à la simplicité Chrestienne.
APRES ces paroles il vous dit, Marapé derere ? comment t’apelles tu quel est ton nom? comme veux tu que nous t’appellions? Quel nom veux-tu qu’on t’impose? Où faut-il noter, que si vous ne vous estes foi. 23». donné & choisi vn nom, lequel vous leur dites à lors, & désormais estes appellé par tout le pays de ce nom, les Sauuages du village où vous demeurez, vous en choisiront vn pris des choses naturelles, qui
sont en leurs pays, & ce le plus conuenablement qu’il leur sera possible, selon la phisionomie qu’ils verront en vostre visage, ou selon les humeurs & façons de faire qu’ils recognoistront en vous. Pour l’exemple: entre nos François, les vns furent appelez Leure de Mulet : parce que celuy à qui le nom fut imposé, auoit la leure d’en bas auancee, ainsi qu’ont les poissons nommez Mulets : vn autre fut appelle Grand Gosier , pource qu’on ne le pouuoit rassasier : vn autre fut nommé Gros Grapau , à cause qu’ils le voy oient tout bouffy: vn autre Chien Galeux , d’autant qu’il auoit mauuaise couleur: vn autre, Petit Perroquet , parce qu’il ne faisoit que parler: vn autre La Grande Picque , d’autant qu’il estoit haut & menu, & ainsi des autres generalement : & font cecy ordinairement en leurs Carhets , en semblables discours. Et bien quel noni donnerons-nous à vn tel ton compere? le verso, ne sçay, dit-il, il faut voir: lors chacun dit son opinion & le nom qui rencontre le mieux & est receu de l’assemblee, est imposé auec son consentement si c’est quelque homme d’honneur: car le vulgaire ne laisse pas d’estre appellé, vueille ou non, du nom que l’Assemblé luy a donné.
ILS ont aussi vne autre façon de donner des noms, & c’est lors qu’ils vous ayment bien, & font grand estât de vous, en vous imposant leur propre nom.
AYANT sceü vostre nom, il pense h la cuisine, vous disant, Demoursousain Chetouasap , ou bien Deambouassuk Chetouasap ? As-tu faim mon compere? veux -tu manger quelque chose? L’hostesse vous escoute & vous regarde preste à vous faire seruice, de sorte que c’est à vous de dire Ouy, ou nenny: car ils prendront vostre responce pour argent contant: d’autant qu’en ces pays là, il ne faut estre honteux ny faire la petite bouche. Si vous auez faim, vous leur dites Pa} Chemoursousain , Pa, Cheambouassukj ouy, i’ay faim, ie veux manger: Ils adioustent, Mae foi. 239. pereipotar: Que veux- tu manger? que desires-tu que
ie t’apporte? Ils sont fort liberaux en ces commencemens, diligens à la chasse & a la pesche, k fin de vous contenter & gaigner vostre affection pour obtenir des marchandises , mais prenez garde de ne donner pas tant au commencement , que vous ne les reteniez tousiours en haleine, leur présentant de mois en mois quelque chosette. A leur demande vous respondez ce que vous desirez, chair, poisson, oyseaux, racines, ou autre choses: k lors la femme & l’homme aussi, apportent deuant vous la venaison, le Migan qu’ils ont, & en mangez k vostre aise, & en donnez k qui vous voulez. Si tost que vous auez mangé, il faict tendre son lict près du vostre & commence k deuiser auec vous, vous présentant vn coflîn de Petun , qu’il allume luy mesme, & sucçant trois fois de cette fumee qu’il faict sortir par ses narines, il vous le donne pour en prendre, comme chose tresbonne, & dont il faict plus d’estat, & telle est leur verso, coustume generallement, comme en France ou a accoustumé de vous présenter k boire. Il allume aussi son coffin, & apres en auoir pris cinq ou six bonnes gorgees, il s’enqueste de vostre voyage, disant, Prêta Kasse pipo: As -tu quitté ton pays pour venir icy nous voir, nous visiter, nous apporter des marchandises? vous luy dites. Pa: ouy ie l’ay quitté: i’ay mesprisé mes amis & mon pays pour te venir voir. A lors leuant la teste par forme d’admiration, il dit, Yandê repiac août , on a eu compassion de nous, on nous a regardé en pitié: les François ont eu souuenance de nous, ils ne nous ont point oubliez. Ils quittent leurs pays pour nous venir voir: Y Katou Karaibe , que les François sont bons & nos grands amis! Puis il demande au François Mobou'ype derouuichaue Yromf Combien auez vous auec vous de Supérieurs, de Guerriers, de Capitaines, de Principaux? Il luy respond Seta , beaucoup. Le Sauuage répliqué De Mourouuicliaue ? n’est tu pas du nombre ? n’esttu pas des Principaux? vous pouuez penser q’il n’y
a si chétif qui ne die du bien de soy-mesme: par foi. 240. ainsi le François respond Clié Mourouuichaue. Ouy, ie suis du nombre des Principaux. Le Sauuage dit,
T eh Augeypo , Pen suis bien aise voilà qui va bien.
C’est assez : parlons maintenant d’autre chose. Ererou patoua ? Ererou de caramemo setaï As-tu apporté des coffres quant & toy, & force cabinets pleins de marchandises ? car ce sont les meilleures nouuelles qu’on leur peut apporter, c’est où ils ont l’esprit tendu & le cœur adonné, tout ce qu’ils disent deuant ces paroles, n’est qu’vn préambule pour tomber en ce subject: & apres que le François luy a respondu, qu’ouy: Le Sauuage poursuit ses demandes: en ceste sorte Mae porerout decaramemo poupé ? Qu’auez-vous apporté dans vos coffrets & escrins? Quelle marchandise y a il ce qu’ils disent d’vne façon fort douce & flatteuse: d’autant qu’ils sont infiniment curieux de sçauoir & de voir les marchandises que les François ont apporté. Et le François doit estre aduerty de ne leur dire & môstrer ce qu’ils ont, ains les tenir suspens en ce désir, s’il veut tirer d’eux de bons verso, seruices & du profit; mais leur respondre en ceste sotre YKatou-pauê: Pay tant apporté de choses que ie ne les puis nommer, & sont toutes belles & magnifiques. C’este parole est comme l’eau iettee sur la fournaise ardente du forgeron, qui redouble la chaleur, & aiguise l’actiuité de la flamme: semblablement ceste response eschauffe le désir qu’ils ont de sçauoir qui les esmeut de faire mille gestes d’adulation, auec propos correspondans à tels gestes, vous disans, j Eimonbeou opap - katou : Et ie te prie ne me cele rien, -dy les moy, Yassoiauok de Karamemo assepiak demae : Ouure moy tes coffres, tes cabinets, à fin que ie voye tes marchandises & tes richesses. Il faut que le François responde, Aimosanen ressepiak ou Kayren deuè. le suis empesché pour le présent, laisse moy en repos, tu les verras vne autre fois quand ie viendray à toy, Begoyé sepiak. Ne doute point, tu
les verras vn iour à ton loisir. Le Sauuage entendant cecy, & voyant bien qu’il perd son temps, il dit à foi. 241. soy - mesme , haussant les espaules quasi comme se plaignant: Augé Jcatout tegné, bien donc, faut que ie me contente. le voy bien que mes prières ne seront exaucees: mais au moins, dit -il au François, Dereroupé xeapare amon? N’as-tu pas apporté force hansars? qui sont serpes, lesquelles ont le manche de fer. Dereroupé oura sossea-mon? As-tu aussi apporté des serpes qui ayent le manche de bois ? Ereroupé Ytaxé amo? As -tu apporté des couteaux d’acier? Ereroupé Ytaapen ? As-tu apporté des espées d’acier? Ereroupé tataü ? As-tu apporté des arquebuzes ? Ereroupé Tatapouy seta ? As-tu apporté force poudre à canon? Le François respond à tout cela. Arou seta Ygatoupé giapareté. Ou y i’en ay apporté vne grande multitude, sont beaux & fort bons. Le Sauuage dit Auge-y-po . Voilà qui est bien. Ereipotar touroumi ? Ereipotar Kere ? As -tu faim de dormir? veux -tu te coucher? Le François, Pa che potar. Ouy ie veux dormir, laisse moy. Alors le Sauuage luy donne le bon soir & bonne nuict disant, Nein tyande Karouk tyande verso, petom , bon soir, bonne nuict, reposez à vostre aise: Laissons les en ce repos, & commençons le second traitté de ceste Histoire.
fol.
• SYITTE DE