BIBLE D’OR, & EN SA BOUTIQUE AU PALAIS, EN LA GALERIE DES PRISONNIERS
MDCXV.
AUEC I? Ii, TUIDEGrE DXJ ROY.
Svitte de l’Histoire des choses plvs mémorables aduenuës en Maragnan, ès années
fol. 243.
SECOND TRAITE
Des fruicts de l'Euangile, qui tost parurent par le Baptesme
de plusieurs enfans.
Chap. I.
LE Cantique second (représentant alegoriquement la naissance de FEglise, dans vne nouuelle terre, non encore illuminée de la cognoissanee du vray verso.
Dieu) dit: Vox turturis audita est in terra nostra : ficus protulit grossos suos: vineœ jlorentes dederunt odorem suum: La voix de la tourterelle a esté ouye en nostre terre : Le figuier a produict ses figues vertes : ♦
Les vignes fleurissantes ont donné leur odeur . Sur lesquelles paroles, Rabbi Ionathas, en sa Paraphrase Ohaldaïque, dit: que la voix de la Tourterelle, nous signifie la voix du sainct Esprit, annonçant la Rédemption promise h Abraham , pere de tous les Croyans: voicy comment il parle, vox spiritus sancti dû redemplionis quam dixi Abrahœ Patri vestro: La
voix du sainct Esprit, de de la rédemption , que i’ay promise a Abraham vostre pere: Il adiouste que par le figuier, il faut entendre l’Eglise: & par les figues nouëes & escloses nouuellement, nous est representee la confession de la foy, que les Croyans doiuent faire deuant Dieu: & par les vignes en fleur donnans bonne odeur, sont désignez les petits enfans, loüans le Dofoi. 244. minateur des Siècles: Gœtus Israël , qui comparatus est precocibus jicubus aperuit os suum, de etiam pueri de infantes laudauerunt Dominât or em sœculi : Cela s’est veu en nostre temps accomply dedans Maragnan & ses enuirons : où apres que la voix du Sainct Esprit, par la prédication de l’Euangile, eut résonné dans ces terres, & frappé le cœur d’vne grande multitude, spécialement de ceux qui ont requis le Baptesme, le beau figuier de l’Eglise, a poussé & bour- • jonné de nouuelles & verdoyantes figues, les aines sortans de l’infidélité à la croyance d’vn vray Dieu, lors les vignes fleuries ont donné leur odeur, quand les petits enfans ont receu les eaux Baptismales sur leurs testes, louans le Dominateur des Siècles, par la participation du sang de Iesus- Christ & de la foy de l’Eglise.
CHOSE admirable, & qui mérité d’estre bien pesee & considérée, que si tost que la voix du Sainct Esprit eut tonné & esclairé parmy ces forests desertes, dans ces haliers espois & picquans, les pauures Biches verso, (ces Sauuages) venees par le cruel Chasseur Sathan, elles ont commencé a la force & impétuosité .de ceste voix, produire leurs petits fans, comme auoit jadis prophétisé le Prophète Royal Dauid au Psal. vingtliuict. Vox Domini prœparantis Cervos , de reuelabit . condensa de in templo eius omnes dicent gloriam. La voix du Seigneur préparant les Cerfs, reuelera l’interieur des boccages & haliers & en son Temple tous chanteront ses loüâges. L’Explication que donnent les Doctes à ces paroles, prise des diuerses leçons est, que la voix du Seigneur sert aux Biches à rendre *
leurs petits, ainsi que la main de la Sage-femme ou du Chirurgien bien expert , sert a tirer l’enfant sauf & en vie, du ventre de sa mere. Or est-il que ceste voix n’est autre, si nous croyons les naturalistes, que le son du tonnerre, & la lumière de l’esclair, laquelle par vn secret de la Nature bien caché, donne le moyen a la Biche de se deliurer: Ainsi en a faict de mesme la Prédication de l’Euangile, animée & viuifiee par le sainct Esprit, excitant intérieurement le cœur de ces Barbares enueloppez, foi. 245. il y auoit si longtemps, dans les haliers & bocages de l’ignorance, infidélité & peruerses coustumes.
DANS les Carbets on ne parle plus d’autre chose, que de cette nouuelle coghoissance de Dieu, chacun rapportant, à son tour, ce qu’il auoit peu entendre, quand ils nous venoient visiter, & reunissans tous ces discours ensemble , finissoient leurs Carbets en très -grand désir de voir baptiser leurs enfans, & eux aussi, tenans ensemble telles ou semblables paroles, ainsi que i’ay peu remarquer & recueillir à diuerses fois.
QVELLES choses, disoient-ils, sont celles-cy, que les Peres nous font entendre par leur Truchement? Iamais nous n’en auions entendu de semblables: Nos Peres nous ont laissé de main en main, par tradition, qu’il estoit venu iadis vn grand Marata du Toupan , c’est-à-dire Apostre de Dieu, dans les Prouinces où ils demeuroient, & leur enseignoit plusieurs choses de Dieu: voire ce fut luy qui leur monstra le Ma- verso. nioch , c’est à dire, les racines pour faire du pain: car auparauant nos Peres ne mangeoient que des racines trouuees dans les bois: Ce Marata voyant nos Ancestrês, ne faire conte de sa parole, il se résolut de les quitter: mais auparauant il voulut leur laisser vn tesmoignage de sa venue, en incisant dans vne Roche, vne Table & des Images auec de l’Escriture, & la forme de ses pieds, & de ceux qui le suyuoient, grauez en bas dans le mesme rocher, comme
aussi des pâtes des animaux qu’ils menoient âpre» eux, semblablement les trous de leurs bastons, sur lesquels ils s’appuyoient en cheminant: Ce qu’ayant faict, il s’en alla passer la mer, pour gaigner vn autre pays; Et bien que nos Peres l’ayent depuis fort recherché, ayans recogneu leur faute, & la grande saincteté du personnage, ils n’en ont sceu auoir nouuelles: Et depuis ce temps là, iusqu’à présent, aucun Maratci du Toupan , ne nous est venu visiter.
IL y a long -temps que nous hantons les Franfoi. 246. çois , & pas vn d’iceux , ne nous a amené des Pays , ny ne nous a raconté ce que les Peres nous font dire par leurs Truchemens; voire ils font viure d’vne autre façon les Caraïbes , qu’ils n’auoient coustume de faire anciennement auec nous. Ils deffendent que les François ne prennent plus nos filles, lesquels n’en faisoient point de difficulté auparauant, ains nous les demandoient pour des marchandises. Ils disent de grandes choses de Dieu & parlent à luy dans les Eglises: & lors qu’ils veulent parler, ils font fermer • les portes & nous font sortir dehors, pour ce que le Toupan descend deuant eux: & lors tous les Caraïbes se mettent a genoux: Ils font boire & manger le Toupan dans de beaux vases d’or & la table où ils mangent, est bien accommodée & ornee de belles estoffes, & de beaux linges: Et quant à eux, ils sont vestus de riches accoustremês : Quand ils veulent parler aux Caraïbes ils s’asséent au milieu d’eux, & n’y a qu’vn Pere assis qui parle. Tous les François escoutent, & est longtemps à parler, & se fâche en parlant, & on ne sçait à qui il parle: car tous se verso, tiennent fermes: Apres qu’il a parlée, ils se mettt à chanter les vns apres les autres de costé en costé, & lisent dans vn Cotiare ce qu’ils chantent, c’est à dire dans vn liure, & parlent, disent -ils, a Dieu en ce têps la. Ils tiennent tous nos Peres perdus auec Giropari , bruslans dans des feux qui sont sousterrains, & se mocquent de nous quand nous pleurons &
lamentons sur les funérailles de nos parens. Ils font ietter dans les bois, le boire, le manger, le feu, que nous auons accoustumé de donner a nos parens deffuncts, pour faire leur voyage, au lieu, où se retirent nos grands Peres, entre les montagnes des Andes.
Ils nous font dire & prescher, que nous sommes trompez, de croire à nos Barbiers & Sorciers, spécialement à leur soufflement pour la guérison des malades. Ils parlent hardiment contre Giropari , & ne le craignent aucunement. Ils promettent à ceux qui croiront au Toupan , & seront lauez de leurs mains, de monter la haut au Ciel, par dessus les Estoilles, le Soleil & la Lune: où ils tiennent que le Toupan est assis, & autour de luy, ces Marat as, & tous ceux foi. 247. qui ont creu a leurs paroles, & ont esté lauez d’iceux.
Ils ne veulent point de tilles ny de femmes, & disent que le fils du Toupan n’en auoit point, ains qu’il descendit dans le ventre d’vne ieune fille appellee Marie, auec laquelle iamais son mary n’eut accointance. Ils ont des iours ausquels ils 11e mangent point de chair, encore qu’on leur en apportast. Ils ne passent point de iours au nôbre des dix doigts de la main, qu’ils ne fassent vne ou deux fois vestir aux François leurs beaux habits, & venir à la maison du Toupan , pour parler auec luy, & escouter la parole de Dieu.
ILS sont vestus tout d’vne autre sorte que les François, & marchent deuant eux: & chacun les salue. Ils sont tousiours auec les Grands, qui leur accordët ce qu’ils veulët, & dit -on qu’ils ont quitté leurs richesses & marchandises, afin d’estre libres, pour conuerser auec le Toupan, & manifester la volonté d’iceluy aux François. Quand nous les allons voir, ils nous font caresse, spécialement à nos enfans,
& disent que ce n’est plus à nous nos enfans, mais verso, h eux, & que le Toupan, les leur a donnez. Que nous ne craignions point, par ce que iamais ils ne nous abandonneront, ny nos enfans. / Qu’ils sont en
grand nombre en France: & que tous les ans, il en viendra par deçà de nouueaux, lesquels apres auoir enseigné & appris nos enfans, ils les feront parler à Dieu familièrement comme ils luy parlent. Qu’ils leur apprendront à Kotiarer , c’est à dire, escrire, & faire parler le Papere, c’est à dire, le papier, enuoyé de bien loing aux absens. Leur Roy est puissant, qui les ayme, & nous assistera, tant qu’ils seront auec nous. Ah! que ne sommes nous plus ieunes, pour voir les choses grandes que feront les Pats en nostre terre! Car ils bastiront de pierre de grandes Eglises, comme sont celles de France. Ils apporteront de belles étofes, pour orner le lieu, où le Toupan descend. Ils feront venir des Miengarfes , c’est à dire, des Chantres Musiciês, pour chanter les grandeurs du Toupan. Ils retireront tous nos enfans en vn mesme lieu, & quelques vns des Païs auront soing foi. 248. d’eux. Feront venir les femmes de France pour enseigner nos hiles a faire comme elles. Nous ne manquerons de ferremens pour iardiner. Ah! disoient quelques vns d’entr’eux, suiuant ces discours; Si nous voyons venir des femmes en nostre pays, nous tenons pour certain, que les François ne nous abandonneront plus, ny les Peres, spécialement s’il nous donnent des femmes de France. Si i’auois (disoit vn de ces particuliers) vne femme de France, ie n’en voudrois point d’autre, & ie ferois tant de jardins pour les François, que i’en nourrirois moy seul autant que i’ay de doigts aux mains & aux pieds, c’està-dire, vingt, nombre indehny, pour signiher beaucoup : parce qu’apres qu’ils ont compté iusques à vingt, ils sont au bout de leur roole. Cettui-cy estoit Principal, lequel se leuant au milieu de la compagnie, où i’estois présent, battoit ses fesses tant qu’il pouuoit, disant Assa - oussou Kougnan Karaïbe , Assa-Oussou seta &c. I’ayme vne femme Françoise de tout mon cœur, ie l’ayme extrêmement: auquel le Grand- Chien verso, respondit , qui 'estoit aussi Principal: L’on m’a pro- -
mis de m'amener vne femme de France , laquelle i’espouseray de la main des Peres, & me feray Chrestien, comme i’ay faict faire mon petit Louis Coquet; & veux faire mon fils légitimé dans peu de temps. Ma première femme est vieille, elle n’a plus besoing de mary. Pour les huict ieunes que i’ay, ie les donneray a femmes à mes Parens, & n’auray plus que la femme de France, & ma vieille femme pour nous seruir. Plusieurs autres semblables discours ils tenoient, tant en leurs Garbets que chez moy, quand ils me venoient voir, que ie passe, me côtentant d’auoir rapporté ce que dessus, pour faire voir la ferueur de ces Barbares, suscitée par la voix du Sain et Esprit. Vox turturis audita est in terra nostra , à produire de leur intérieur bouché & preocupé de mille infectiôs , ces beaux & amiables petits Cerfs, Vox Domini 'prœparantis Geruos ,
& en vn autre endroict, Gerua charissima <b gra- ‘ tissimus hynnulus , aux Prouerbes Chapitre cinq, la biche très aymee, & le fan très gracieux: poursuiuons le reste.
CES , discours furent suyuis incontinent de la foi. 249 pratique: car plusieurs petits enfans nous furent apportez, tant au Beuerend Pere Arsene, qui demeuroit à luniparan , qu’à moy, qui demeurois à Sainct François, proche du Fort Sainct Loüis, pour assister les François, & receuoir les Indiens Estrangers, qui venoient de iour en iour nous voir & recognoistre, si ce qu’011 leur rapportoit en leurs pays esloignez de nous autres, estoit véritable. C’estoit ladiuision que nous auions faiefe de ces terres grandes & spacieuses, pour les cultiuer & moissonner autant que pouuoient s’estendre nos forces, à sçauoir que l’vn pourueust d’vn costé, & l’autre de l’autre, excepté quâd il seroit necessaire d’aller hors l’Isle, alors nous y pouruoyons selon qu’il estoit expédient.
IL est impossible que ie puisse exprimer de parole, le contentement & la ioye , que nous receuions
de veoir ces pauures Sauuages nous apporter leurs enfans, volontairement & sans contraincte, pour estre baptisez, les accommodant le mieux qu’ils pouuoiët verso, auec le moyen que les François leur en donnoient, à sçauoir, enueloppez dâs quelque morceau de toille de coton, ayans choysi des François pour Parrins de leurs enfans, contractans entr’eux vne alliance tresestroicte, spécialement les enfans baptisez, si tant est qu’ils fussent en aage de cognoissance, car alors ils prenoient leurs Parrins pour leurs vrais Peres, les appellans du nom de Cher ou, c’est à dire, mon Pere, & les François les appelloient Cheaire, c’est à dire, mon fils, & les fillettes Cheagire, ma fille: ils les vestoient le mieux qu’il leur estoit possible: Et les Saunages Peres des enfans baptisez, leur apportoient des commoditez de leurs iardins, de leur pescbes & venaison.
VOYANT ces choses se passer ainsi, il me sou uenoit de ce qui est dit aux Cantiques Chapitre cinquiesme. Oculi eius sicut Colombæ super riuulos aquarum , quæ lactæ sunt lotæ, & résident iuxtci jiuenta plenissima. Les yeux de Iesvs Christ, Espoux de l’Eglise, ressemblent aux yeux de la Colombe lauee de laict, laquelle contemple les ruisseaux des fontaines, & faict sa retraicte & demeure dans les rochers foi. 250. qui bornent les fleuues amples & spacieux. Ces yeux de Iesvs-Christ sont les grâces du Sainct Esprit, qui font eselorre leurs œufs à la façon des Tortues, exposez à la mercy des degorgemens de le mer, & h la froidure du Sable. Ces mesmes yeux ont pour but & fin le lauemët & pureté des âmes, speciaalement des petites âmes encore couuertes de laict : Et tout ainsi que la Colombe blanche se plaist sur les ruisseaux, & habite sur le bord des gros fleuues, ainsi le Sainct Esprit se plaist extrêmement h la conuersion d’vne terre nouuelle , & regarde de bon œil ces petites aines enfantines sortir de l’accident commun de ces terres barbares, sçauoir, de l’igno-
rance de Dieu, pour venir à la cognoissance d’iceluy, & par le moyen des eaux baptismales, estre faictes partipipantes de la vision de Dieu, tout ainsi que nous-'autres : Car Dieu n’est accepteur de personnes, ces âmes barbares luy ont autant cousté que les nostres. O prix inliny! ô manquement de charité, qui ne peut receuoir excuse deuant Dieu, de voir tant d’ames qui se présentent pour estre sauuees sans verso- ' peine, & sans coup ferir, neantmoins pour peu d’ayde elles sont en danger de se perdre. Bon Dieu! Nous croyons tous (& Iesvs- Christ nous a côtirmé cette croyâce) qu’vne seule ame vaut mieux que tout le reste du monde, c’est à dire, que tous les Empires & les Royaumes de la terre, que toutes les richesses & thresors que les hommes possèdent: mais helas! nous n’auons garde d’operer selon nostre croyance.
IE ne puis me retirer de ce subiect que ie ne donne ouuerture aux ressentimens intérieurs que i’en ay, pour les faire voir, & descharger ma conscience, autant que ie m’y sens obligé: Et me semble que le passage que ie viens d’ alléguer, me seruira d’addresse & de conduite. I’ay autre fois leu & remarqué dans de bons Autheurs profonds & subtils, en la cognoissance des secrets & mystères des passages de l’Escriture: que les Colombes blanches lauees de laict, estoient certaines Colombes que les Syriens nourrissoient au respect & honneur de leur Royne Semiramis, & estoit deffendu, sim peine de la mort de les foi. 251. tuer. Les anciës nous ont appris que cette Royne, entre ses hauts faicts d’armes, s’estoit immortalisée par vn acte mémorable, plus miraculeux que possible à la grandeur des Roys, à scauoir, ses iardins, vergers & bois de plaisir suspendus entre le Ciel & la Terre.
SALOMON n’a point pris ceste comparaison tiree des choses prophanes, sinon pour déclarer vne œuure diuine remarquable entre les autres, qui est la conuersion des âmes, œuure du tout reseruee a la puis-
sance de Dieu, pour estre yne seconde création, par laquelle, comme il a suspendu la terre en l’air, ainsi suspend-il les iardins vergers & forests de son Eglise, hors & par dessus l’estime & iugement des hommes terrestres, afin de donner lieu & place à la prédestination inscrutable de ses esleus, les appellant quand il luy plaist, du milieu des deserts, & de l’interieur des forests les plus vastes & espoisses.
AYANT que de passer outre ie ne laisseray eschapper la conuenance & accord, qui se trouue entre cette verso, grande Semiramis & Marie de France, Royne tres- Chrestienne. Semiramis fut laissée Royne Regente & Grouuernante de son fils le Roy d’Assyrie, expédia plusieurs grandes affaires , pour le bien & la manutention de l’Empire de son fils: Chose pareille de poinct en poinct se faict voir en la personne de nostre Royne: & bien que Semiramis eust exécuté de son temps plusieurs œuures magnifiques, pour lesquelles elle mérita l’amour & l’obeissance de ses subjects, plus qu’aucune autre Royne, qui l’eust deuancee: Nonobstant l’immortalité de son nom procéda de ses édifices miraculeux. Semblablement le diray, & iustement, qu’entre les héroïques actions de la Royne, Merp du Roy, qui laisseront son nom immortel à la à la postérité, sera que la Mission des Peres Capucins aux terres du Brésil, pour y planter les Iardins de l’Eglise, a esté commencée & establie soubs son authorité & commandement: & par ainsi le Brésil sera obligé de nourrir ces Colombes blanches en mémoire & souuenance d’vne si grande Semiramis qui foi. 252. ne manquent non plus de pieté que de puissance à perfectionner ceste entreprise.
IE vous prie encore remarquez cecy en d’appel ou vocation de nos petites Colombes lauees ae laict, i’entends des petits enfans des Sauuages amenées au Christianisme par le Baptesme. Il n’y a pas encore cinq ans qu’on ne parloit aucunement du désir de la conuersion de ces gens. Le Diable comman-
doit là dedans à la baguette, traisnoit apres luy toutes ces âmes sans payer aucune décimé à Dieu, à présent, & tant que la Mission durera, laquelle continuera, si l’on veut concourir auec Dieu, vous entendez les grands fruicts qui jà ont esté faicts, & iournellement se présentent à faire.
LA plus grande de nos consolations, & celle qui nous faisoit plus aisément aualer les amertumes des trauaux & difficultez , qui ne nous manquoient point en ces pays là, estoit de voir la bonne & franche volonté des Sauuages à nous présenter leurs enfans pour estre baptisez, voire experimentans par la con- versouersation qu’ils auoient auecques nous, que c’estoit la chose la plus agréable qu’il nous eussent peu faire’ que de nous donner leurs enfans pour les baptiser: c’estoiët leurs plus ordinaires discours auec nous, que de nous dire le grand désir qu’ils auoient que ces enfans receussent le Baptesme par nos mains. le pourrois apporter icÿ plusieurs exemples pour confirmer cette vérité : mais estant ainsi que ie les reserue chacun en leur lieu ie les laisseray pour le présent.
Du Baptesme de. plusieurs malades & anciens lesquels foi. 253. moururent apres Eauoir receu.
Chap. II.
EXTRE les plus beaux Enigmes sacrez que recite lob en son liure, est celuy qu’il propose au Chapitre quatorsiesme sous la parabole du Laurier, disant, Si senuerit in terra radix eius , & in puluere mortuus
fuerit truncus illius , ad odorem aquœ germinabit , & faciet coinam quasi cum 'primo plantatum est: Si la racine du Laurier s’enuieillit dans la terre, & que son tronc meure dans la poudre, aussi tost qu’il senverso. tira l’odem* de l’eau , il germera , & reproduira vne nouuelle cheuelure de fueilles, tout ainsi comme s’il venoit d’estre planté. Les Septante ont tourné ce ce passage en ceste sorte : Si in petra mortuus fuerit truncus eius , ab odore aquœ florebity & faciet messemy sicut noua plantata. Si le Tronc du Laurier meurt dedans la pierre, a l’odeur de l’eau, il florira & rendra sa moisson ainsi qu’vne nouuelle-plante. Vne autre version adiouste encore quelque chose de plus beau: Attracto humore aquœo iterum germinat , exhibetque fructus decerpendos , ut plantœ soient : Le Laurier mort & sec attirant a soy l’humeur de l’eau germe de rechef, & présente ses fruicts k cueillir, tout ainsi que les autres plantes, En ces trois Textes, vous descouurez plusieurs choses toutes literales k nostre subiect, k sçauoir, Premièrement.
L L racine du Laurier enuieilly dans la terre Secondement, son tronc mort dans la poudre, ou dans la roche. Troisiesmement , que l’odeur de l’eau re- . donne la vie perdue h lavracine & au tronc, & de plus , faict produire les fueilles , les fleurs & les foi. 254. fruicts. Par le Laurier entendez les Nations Infidelles, suiuant la fiction des Anciens de la Nymphe Daphné, laquelle poursuiuie des Démons soubs le nom d’vn Apollon fut conuertie en Laurier. Par sa racine enuieillie dans la poudre, ou dans la roche, recognoissez que cela signifie vne longue suitte d’annees, esquelles ces Nations Barbares sont demeurees en leur peruerses & inueterees coustumes. Et par le tronc ik mort, interprétez -le de la fin & consommation du cours de ceste ignorance: Dieu voulant k présent visiter ceste Nation, choisissant k cet effect aussi bien les malades, vieux, caducs, & moribonds, pour les faire renaistre en Iesvs-Christ, portans les
fueilles verdoyantes de la grâce, les fleurs des dons du sainct Esprit, & les fruicts des mérités de la Passion de Iesvs - Christ, & ce à Todeur & attraict de l’eau Baptismale.
NOUS estions fort consolez, quand nous baptisions les malades & les vieillards, desquels nous tenions la mort comme asseuree, & ce pour les raisons suiuantes: Premièrement nous auions pœur que le se- verso, cours nous manquast, & par ainsi, il eust fallu quitter le pays, laisser & abandonner tous ces enfans nouuellement baptisez, & les adults qui se presentoient incessament: au moins estions nous asseurez, que baptisans ceux qui s’en alloient mourir, le Paradis leur estoit ouuert, & estoient eschappez des occasions, lesquelles leur eussent peu faire perdre, peut-estre la grâce obtenue, demeurans seuls & eslognez des Ministres de l’Eglise pour les nourrir en la grâce receue. Secondement, c’est que le Baptesme de ces vieillards faisoit vn grand effort dans le cœur des assistans, voyans la deuotion, auec laquelle ordinairement ces moribonds receuoient le Baptesme. le vous le feray voir par les exemples mis cy dessouz.
DEYN ieunes femmes en l’Isle tombèrent malades, l’vne estoit libre, & l’autre esclaue. la libre estoit mariee à vn ieune Tapinambos fort bon garçon,
& qui depuis la mort de sa femme, a tousiours poursuiuy d’estre baptisé, apprenant auec grand courage la doctrine Chrestienne. Ceste sienne ieune femme foi. 255. approchant de la mort, demanda qu’on luy donnast le Bapteme, confessant de cœur & de bouche la vérité de nostre Religion, monstrant par signes extérieurs le vif touchement du sainct Esprit en son cœur, arrousant ses ioües de plusieurs larmes , procédantes d’amour & de recognoissance du grand Toupan, qui luy faisoit ceste grâce tant signalée, de l’auoir faict naistre en ce siecle, pour la tirer d’entre tant d’Ames de sa Nation perdues, & luy donner la iouyssance de son Paradis. Elle regardoit le Ciel
fixement auec les yeux, & d’vne parole douce & tremblotante, elle recitoit ce qu’on luy auoit appris de la croyance de Dieu, reiettant bien loing d’elle Giropary , & détestant son antique tromperie. Parmy ce discours, auant-coureur de sa mort, elle souspiroit en regrettant la damnation de ses ancestres. Elle faisoit des remonstrances tres-belles à ce ieune homme . son mary, l’incitant à receuoir le plustost qu’il pourroit l’ablution de ses pechez.
YNE chose particulière, ie me suis laissé dire verso, d’elle, c’est qu’elle n’auoit point faict faute de son corps en toute sa ieunesse, & n’auoit iamais cogneu autre que que son mary, ce qui n’est pas vn petit miracle en ce pays-là, à cause de la sotte coustume que le Diable a inséré dans le cœur des filles, de faire honneur, de leur deshonneur, n’estimant rien la chasteté ou virginité. Par cecy vous voyez qu’en tous les Esleuz de Dieu, il y a tousiours quelque belle vertu naturelle, au moins qui prouoque, non par mérité, mais par disposition, la grâce de Dieu, qui à la façon du Soleil, indifferamment est preste d’entrer dans l’Ame d’vn chacun, quand elle y trouue de la disposition.
LA Tapouye ou esclaue, surprise d’vne violente fieure;<qui la tourmentoit excessiuement, estoit gisante dans son lict de coton délaissée & abandonnée de tout le monde, selon la coustume pratiquée entre ces Sauuages, lesquels tiendroient à grand deshonneur, d’assister vne Esclaue à sa mort naturelle ains auparauant que nous vinssions dans l’Isle & que nous eussions faict recognoistre combien la cruauté est foi. 256. désagréable à Dieu, ils iettoient par terre l’Esclaue moribond, & là luy cassoient la ceruelle, comme i’ay remarqué au traitté du temporel. Geste infortunée femme prisonnière de Sathan, surchargée des communs mal-heurs de la Nature, qui sont les infirmitez & maladies aspres & insupportables, & délaissée de toute créature, fut regardee en pitié, & visitée de
son Créateur, l'incitant intérieurement à demander le Baptesme. O iugement de Dieu! ô Prouidence eternelle ! Qui sera celuy qui puisse comprendre tes conseils en la conduitte des hommes. Ceste pauure créature dardee viuement au cœur par les fléchés des premières grâces de son Seigneur, non meritees par aucune bonne œuure precedente, qu’eust peu auoir faict ceste Esclaue, ietta sa veu deçà delà, par la loge, pour voir si personne ne se presenteroit qu'elle peust appeller pour l’enuoyer vers les Pays , afin d'estre lauee des eaux Baptismales, de bonne fortune, elle apperceut vn François, auquel ayant exposé ses désirs, il se hasta de les venir manifester au Pere qui estoit proche de là, lequel l'alla aussi tost visiter, enseigner & baptiser. Le François de- verso, meura près d’elle pour l’assister, qui m'a raconté des choses estranges, comme fit aussi le Pere qui la baptisa: C'est que ceste misérable créature, quant au corps, mais bien heureuse, quant à l'Ame, commença à ressentir les gages du Ciel, & le mérité du sang de Iesvs-Christ à elle communiqué par le Baptesme ; d’autant qu’ayant presque tousiours les yeux fichez au Ciel, elle pleuroit abondamment, & disoit ces paroles a chasque moment de temps, Y Katou Toupan ,
Ghê arobiar Toupan , ô que Dieu est bon! ô que Dieu est bon, ie croy en luy: puis par signes elle monstroit au François que Giropary, le Diable tournoyoit au tour de son lict, disant, Ko Giropary , Ko Ypochu Giropary : Tenez voilà en ce lieu le méchant Diable, iettez sur luy de l’eau du Toupan , c'est à dire, de l’eau Beniste, à fin qu’il s'enfuie: ce que faisant le François, elle luy disoit qu'il fuyoit à grande haste;
& par ainsi elle prioit ce François, qu'il iettast tout autour d’elle & de son lict force eau Beniste, ce qu’il fit, comme aussi le Pere, quand il s’y trouuoit.
ET d’autant qu’elle auoit vn mal de teste, qui la foi. 257. tourmentoit indiciblement, elle pria qu’on luy lauast le front, les temples & la teste de l’eau beniste, de quoy
elle se trouua fort soulagée, & ne sentoit presque plus son mal, & peu apres elle redit sô esprit à Dieu. On enseuelit & enterra son corps à la façon des Chrestiens: mais il arriua que quelques meschans enfans de Giropary , qu’on n’a sceu iamais descouurir, & qui eussent esté punis , allèrent de nuict la déterrer , luy briser la teste, & emportèrent la toile de coton, dans laquelle elle estoit enseuelie: le matin on la fit renterrer. Et ne se faut estonner de cecy, puisque le Diable se reserue tousiours quelques bon seruiteurs, voire mesme parmy les Royaumes les mieux policez, pour executer ses détestables inuentions. Car vous deuez sçauoir que les Tapinambos naturellement hayssent ceux qui ouurent les sepulchres des morts, & ne pourroient pas endurer que les François ouurissent les fosses de leurs parens, pour prendre les marchandises qu’ils enterrent superstitieusement auec leurs morts.
verso. VN vieillard Tabaiare s’en alloit mourant, les os luy perçoyent la peau, la voix luy defailloit, & estoit demeuré perclus de tous ses membres en son lict. Se voyant donc plus mort que vif, il pensa à sa conscience inspiré de Dieu, & demanda d’estre baptisé. Nous l’allasmes visiter & catéchiser, luy demandans son consentement à tous les poincts & articles que nous luy proposions. Il nous respondit les mains ioinctes qu’il croyoit tout ce que nous luy disions: Et nous arrestans plus sur les articles de la croyence de la saincte Trinité, de l’Incarnation, mort & passion du Fils de Dieu, du Baptesme, & du mystère de la saincte Eucharistie, que sur les autres articles de la Foy, à cause qu’il estoit pressé de la Mort, nous luy faisions entendre ceste matière si haute & profonde par comparaisons familières, a quoy il consentoit: & désirant le Baptesme de tout son cœur, nous luy voulions faire promettre qu’au cas qu’il reuint en santé, il receuroit les ceremonies du Baptesme dans foi. 258. la Chappelle sainct Louys, & apprendroit diligemment
toute la Doctrine Chrestienne, laquelle nous demandions aux Catecumenes auant que de les baptiser.
IL respondit à ces parolles qu’il n’y auoit pas si loing de sa loge à la Chappelle de sainct Louys, qu’on ne peust bien l’y porter, à fin d’y receuoir auant que de mourir, les ceremonies du Baptesme,
& qu’il desiroit ceste consolation, pour n’estre empesché d’aller droict au Ciel. Nous voyans ceste ferueur & deuotion, en feusmes bien aises & nous y accordasmes: ainsi estant apporté dans vn lict de coton en l’Eglise de sainct Louys, nous le baptisasmes solemnellement. Quelques iours apres , il mourut doucement.
VNE femme Tabaiare en ce mesme temps tomba malade, & la force de sa maladie l’ayant minee de telle façon , que chacun iugeoit qu’elle ne pouuoit plus guere viure, nous la fusmes voir, & luy offrir le Baptesme, ce quelle accepta fort volontiers & nous escoutoit attentiuement discourir par les Truchemens verso de la gloire de Paradis, & des peines de l’Enfer, semblablement ce qu’elle deuoit croire , auant que de receuoir le Baptesme, & au cas que Dieu luy renuoyast sa santé, qu’elle apprendroit la doctrine -Chrestienne , & receuroit en l’Eglise les ceremonies du Baptesme, tellement que consentant à tout ce que nous luy auions proposé, le Baptesme luy fut donné,
& ayant recouuert sa santé, elle se mit en deuoir de s’aquitter de sa promesse: mais vn poinct la trauailloit, sçauoir, qu’elle estoit femme d’vn Tabaiare , lequel auoit deux autres femmes, par ainsi elle ne pouuoit viure au mariage requis par les loix du Christianisme. Nous remediasmes à cela, suiuant le conseil de sainct Paul. Si qua mulier Jîdelis habet virum infidelem & hic consentit habitare cum ilia , non dimittat virum &c. quod si infidelis discedit , discedat :
C’est a dire: Si quelque femme fidele est mariee à vn homme infidèle, & qu’iceluy consente d’habiter auec elle, qu’elle ne le quitte &c. Que si l’homme
fol. 259.
verso.
fol. 260.
infidèle la quitte, qu’elle le quitte aussi: par ainsi nous fismes dire h son mary, que s’il vouloit retenir ceste sienne femme faicte Chrestienne pour vnique, en se retirant des autres, qu’elle ne le quitteroit point: mais s’il vouloit la retenir comme auparauant en forme de concubine , que nous & les Grands des François luy permettions de le laisser, estant chose incompatible auec le Christianisme. Le mary eut en cecy de la répugnance, neantmoins il s’y accorda à la fin, & ainsi ceste femme fut faicte bonne Chrestienne, demeurant seule femme auec luy.
NOVS en faisions autant aux petits enfans qui s’en alloient mourir, nous gardions cest ordre, que nous prenions le consentement des peres & meres auant que de les baptiser, bien que nous n’eussions pas manqué de les baptiser, si nous les eussions veuz proches de la mort: mais pour ce que nous estions asseurez en general de la bonne volonté de tous les Sauuages, h présenter leurs enfans pour estre baptisez, nous leur rendions ce deuoir, pour les attirer eux-mesme à se conuertir. De rapporter icy quelques exemples, ie ne le trouue à propos, d’autant que ie ne veux rien escrire qui n’apporte auec soy quelque chose extraordinaire.
l)u Baptesme de plusieurs adults, spécialement d^vn
nommé Martin.
Chap. III.
AVPARAVANT que ie touche ceste matière, ie trouue qu’il est necessaire d’aduertir le Lecteur, qu’il trouuera en la fin du liure du R. P. Claude quelque chose de ceste histoire & de la suiuâte, le tout ex-
trait d’vne de mes lettres que i’ëuoiay de Maragnan , à mes Supérieurs: Et d’autant que ie n’ay faict qu’effleurer ces histoires, il est besoing que ie les descriue tout au long.
CES Sacrées eaux du Baptesme ne croupirent point dans l’Isle, ains trauersant les mers par vn verso, cours fort & impétueux sans se mesler, passèrent ès terres fermes de Tapouitapere & Gomma , lesquels par leur doux bruict recueillerent les esprits de ceux que Dieu auoit choisi pour luy & par la suauité de leur goust les attirent a. en rechercher la source. ‘ Merueille qui ne peut estre descrite comme elle mérité , que la viuacité de ces eaux surmonta sans aucune comparaison , l’actiuité du vif argent, h reconcilier h soy toutes les mailles de l’Or esparses ça & la. le veux dire les âmes inspirées de Dieu, en ces terres de Tapouitapere & Gomma pour venir voir à Maragnan , où le salut de ces pays auoit pris son fondement.
Q,VI pourroit escrire le grand nombre des personnes qui nous venoient visiter, pour apprendre quelque chose des mystères de nostre Foy? certes cela ne se peut dire , neantmoins pour contenter l’esprit du Lecteur & dôner quelque arrest à sa pensee, ie diray, qu’il n’estoit iour, auquel ie ne receusse foi. 26i. des nouueaux visiteurs: & tel iour ie passoit qu’il me falloit satisfaire a plus de cent ou six vingt personnes: & c’estoit la cause pour laquelle ie ne pouuois pas aysement abandonner le Fort, & donner la pasture aux autres vilages de l’Isle que i’auois pour ma portion.
PLYSIEVRS de ces Sauuages d’aages diuers, se présentèrent pour receuoir le Baptesme, mais ie me rendois vn peu pesant & difficile à le donner, sinon à ceux que ie connoissois par quelque acte extraordinaire m'estre enuoiés de Dieu, & que sa volonté fust, que nous le baptisassions. La raison pour quoy nous faisions cette difficulté, ie l’ay dit cy deuant, sçauoir
est, que nous estions en doute du secours & craignions, qu’ apres auoir donné le Baptesme à tous ceux qui le demandoiët, que les laissans faute de Coadjuteurs, ils ne tombassent en pire estât que nous ne les auions trouué. Nous ne laissions pourtant de les nourrir en esperance & de les entretenir tousiours a la connoissance & amour du Souuerain iusques à la venue verso, des nouueaux Peres, qu’ils trouueront tous prests d’executer leur volonté.
OR entre ceux qui furent touchez viuement du sainct Esprit, & que pour cet effect nous receumes au Baptesme, fut vn Indien de Tapouytapere Principal dans vn village de cette Prouince iadis appellé Marerdin , lequel auoit tousiours esté grand amy des François homme de bon naturel, fort modeste, peu parlant, les yeux arrestez, & souuent inclinez vers la terre , auoit esté autrefois entre les siens tend pour vn des asseurez barbiers ou sorciers, & chacun se trouuoit bien • d’estre soudé de luy en ses maladies. Il m’a conté & a beaucoup d’autres depuis qu’il est Chrestien, que lors qu’il exerçoit les barberies, il estoit visité de plusieurs esprits folets, lesquels votaient deuant luy, quand il alloit au bois, & changoient de diuerses couleurs, & ne luy faisoient aucun mal, ains se rendoient priuez auec luy: toutefois il estoit en doute & en crainte, s’il estoient bons ou mauuais esprits: Car telle est leur croyance, comme nous dirons cy apres, qu’il y a des bons & mauuais foi. 262. esprits. Il auoit trois femmes, auant qu’il fut Chrestien, selon la coustume.
IL arriua donc, que sans y penser, il vint auec plusieurs Sauuages, ses semblables, de T apouytapere, en l’Ista’ de Maraynan pour nous voir, & les ceremonies auec lesquels nous seruions le Toupan. Estant venu au Fort S Louys il vit le matin du iour suiuant (qui estoit vn Dimanche) que les François estoient vestus de leurs beaux habits, suiuoient leurs Chefs pour se rendre en nostre loge de S. François, à bn
d’y entendre la Messe: & de plus ils voy oient vn grand nombre de Sauuages marcher apres les François : ce qui l’emeut a suiure la Compagnie , spécialement h cause du désir & de l’intention qu’il auoit, il y a ia longtemps, conceuë de s’approcher de nous.
LA Chapelle de S. François fut aussi-tost remplie tant des François que des Sauuages Chrestiens & non Chrestiens, lesquels auoient tous vne deuotion spéciale, de receuoir sur eux quelque goutte d’Eau beniste. Ce Marentin voyant la presse, gaigna le mieux versoqu’il peut le coing de derrière la porte, & monta sur le banc là dressé, pour voir à son aise, tout ce que ie ferois: Si tost que ie fus arriué sur les marches de l’Autel, ie me tournay vers l’Assistance pour la saluër, & m’aperceu de ce Sauuage, lequel ayant regardé, me laissa ie ne sçay quoy en Fesprit de l’esperance de son salut.
IL raconta depuis, & en voulut estre informé, comme il auoit pris garde à tous les gestes que i’auois faicts en la célébration de ce haut & profond mystère de la Messe, à sçauoir, comment, & pourquoy ie me reuestois d’vne Aube blanche, me ceignois d’vne ceinture, mettois le Manipule en mon bras & l’Estolle en mon col: le m’aprochois à la droite de l’Autel, où m’estois présenté vn vaisseau plein d’eau,
& du sel, sur lesquels ie prononçois des paroles, en faisant plusieurs signes de Croix: toute l’assistance des François leuée de bout, laquelle me respondoit en chantant, & qu’ayant fait cecy, tenant en main vne branche de palme, ie la trempois dans ce vais- foi. 263. seau, iettant sur l’Autel des gouttes d’eau, puis sur moy, & que me leuant de là, i’allois asperger les François, commençant aux Chefs iusques aux derniers qui estoiët à la porte de l’Eglise: où les autres Sauuages nô Chrestiës s’approchoiët pour en receuoir quelque goutte, estimans que celà leur seruoit contre Geropary: Luy mesme descendit de dessus le banc
& fendit la presse pour receuoir aussi sur luy quelque goutte d’Eau beniste: ce qui luy arriua.
IL n’eut pas si tost cette goutte de rosée celeste tombée sur luy, que les mouches cantarides pleines de poison & de venin ne fuissent de dessus les fleurs de son ame à demy espanoüies, & les Abeilles industrieuses des diuines inspirations ne suruinssent pour y concréer le doux miel de la grâce preuenante au Christianisme: Car estant retourné en son petit coing, derrière tous les autres, il s’acroupit & s’endormit, & pendant ce sommeil il veit les Cieux ouuerts, & monter dans iceluy vne grande quantité de gens vestus de blanc, & apres eux, beaucoup de Taverso . pinambos h mesure qu’ils estoient baptisez de nous. Il luy fut dit en cette vision, que ces gens vestus de blanc estoient les Caraybes , c’est à dire, François ou Chrestiens, lesquels auoient eu la connoissance de Dieu, & le Baptesme de toute antiquité: Et quand aux Sauuages qui marchoient apres lauez par nous, c’estoient ceux qui croioient en Dieu & a nos paroles, & receuoient le Baptesme de nostre main: Estant reuenu de son extase, il ne dit mot, mais demeura extrêmement pensif & melancholique , & tel s’embarqua & retourna chez luy.
IL n’est pas sitost arriue en sa loge, qu’il est mesconnu de ses gens, qui luy demandoient ce qu’il auoit, & quelle disgrâce il auoit receuë des François à Yuiret: mais sans rien respondre, il remplissoit de iour en autre son cœur de tristesse, & se rendoit fuitif de la compagnie de ses semblables , se promenant seul dans ses iardins & dans ses bois: où il fut assailly de rechef de ces esprits folets, puis tomba en vne grosse maladie qui l’acheminoit h la mort, foi. 264. tousiours affligé de la Vision qu’il auoit eu à Yuiret , & de celle des dits esprits. En fin il ouyt vne voix intérieure qui luy dit, que s’il vouloit estre deliuré de cette affliction & maladie, & de plus d’aller auec Dieu au Ciel, il falloit auant que de mourir, qu’il
fust laué de cette Eau tombée sur luy pendant qu’il estoit en la maison de Toucan h Yuiret.
IL obéit à cette voix, & de grand matin il appella vn sien frere luy donnant charge d’aller incontinent vers nous, & nous supplier par l’entremise du Grand des François, qu’il pria à cet effet, que nous luy enuoyassions de l’Eau du Toupan dans vne plotte de coton mise en vn Garamêmo , de peur qu’il ne s’en perdit quelque goutte, à ce que luy estant portée, il la fist pressurer sur sa teste pour en estre laué & aller au Ciel. Ce sien parent fit ce qui luy estoit enjoint, faisant sa harangue au Sieur de Pesieux bon Catholique, lequel en fut tout estonné, non seulement luy, mais aussi le sieur de la Rauardiere & autres de la Religion pretenduë : Le Sieur de Pesieux m’amena cet homme, & auec luy le Truchement Miyan pour me déclarer le suject de sa venue, qui verso me rendit tout esmerueillé de voir vne si grade foy accompagnée de crainte, respect & humilité en vn Sauuage. le voulus aussitost y aller, mais on ne me le corseilla point, h cause, comme i’ay dit, que tous les iours les Sauuages me venoient trouuer de diuerses parts: l’y pouuois encore moins enuoyer le Reuerend Pere Arsene; car il auoit assez d’affaires pour lors, où il estoit: Partant nous conclusmes d’y enuoyer vn François propre & capable d’assister ce malade en ce qui concernoit son salut, & le baptiser sans ceremonie au cas qu’il le veist proche de la mort.
CE François arriué auec le frere de Marentin en sa loge, luy feit entendre comme ie ne pouuois quitter l’Isle ny le Fort sainct Louys a cause de la multitude des Sauuages qui me venoient trouuer de tous costez, mais que ie l’auois enuoyé en ma place, à fin de le baptiser, auant que de mourir, si tant estoit qu’il fut si malade qu’il ne peut venir iusques foi. 265. en l’Isle, pour estre baptisé de nos mains. Ayant entendu cecy il se remplit de ferueur & d’ardeur;
Puis que la chose va ainsi, dict-il, ie ne permettray point qu’vn Caraïbe me laue : mais ie veux estre baptisé de la main des Païs , & ne manqua pas, (tout malade & foible qu’il estoit, & tant, qu’il ne se pouuoit soustenir qu’à grand’peine) de se leuer le lendemain, de s’embarquer & venir au Fort me trouuer, lequel m’exposant le grand désir qu’il auoit d’ estre fils de Dieu & estre laué, me raconta par le Truchement, les visions que i’ay mis cy - dessus. le luy fis responce qu’il falloit donc qu’il apprist la doctrine Chrestienne le plustost qu’il pourroit, & renonçast à la pluralité des femmes, se contentant d’vne seule. C’estoient les deux choses que nous demandions aux adults qui requeroient le Baptesme, entre les autres.
IL me répliqua, que pour la pluralité des femmes, c’estoit chose qu’il n’auoit iamais gueres approuuee, & qu’il estoit plus que raisonnable qu’vn homme verso, n’eust qu’vne femme, mais que pour le bien de son mesnage, il en auoit besoing de plusieurs. le luy dy là dessus qu’il pouuoit auoir plusieurs fëmes en qualité de semantes, mais non en qualité de femmes. A qnoy il s’accorda facilement, & armé d’vn grand courage d’apprëdre la doctrine Chrestienne il la sceut en peu de iours: lors il desira de moy auant que d’estre baptisé, que ie l’instruisisse des ceremonies qu’il auoit si attentiuemët contemplées le 1. iour qu’il fut touché de l’esprit de Dieu.
IE luy dis que le Toucan estoit vn grand Seigneur, lequel encore qu’on ne le vist point, ne laissoit d’estre présent deuant nous, & partant qu’il falloit le seruir auec vne profonde reuerence, & auec des ornemens & habits tous différés de l’ordinaire. Que le premier vestemët blâc qu’il me vit prendre nous signifioit trois choses: Premièrement, l’innocence & la pureté auec laquelle nous deuons paraistre deuant luy: Secondement, le vestement de son humanité, prise du sang d’vne vierge, soubs lequel il auoit conuersé auec les hommes; Troisiesmement, que c’estoit pour
nous représenter la robe de mocquerie qu’il receut de foi. 266. ses ennemis, quand il voulut souffrir pour nous, leur permettant d’exercer sur luy ce qu’ils voulurent, non # qu’il ne les eust bien empesché s’il eust voulu. Que la ceinture de laquelle ie m’estois ceint, & ces bandes de drap de soye que i’auois mis en mon bras & en mon col, nous represëtoiët les ornemës que nous deuons donner à nostre ame à ce qu’elle soit agréable à Dieu, à sçauoir, par la ceinture la continence des femmes, par la bande sur le bras, que nous deuons bien faire au prochain, & la bande sur le col, où l’on a coustume de porter les Colliers & Carquans marque d’amour, c’estoit la perseuerance en nostre profession: qu’aussi cette ceinture & ces bandes nous representoient les cordes auec lesquelles le Sauueur auoit esté lié.
CET autre vestement de soye que ie mettois par ffessus tout, c’estoit le zele ou salut des âmes, lequel nous tous deuions procurer, estans obligez de ne pas nous contenter d’aller au Ciel, mais faire ce que nous pourrons afin que nos semblables nous y accompagnent. Ioint aussi que cela signifie le second verso, vestement de risee qui fut donné h nostre Seigneur en sa Passion. Quant à l’eau & au sel, sur lesquels il me vit prononcer les paroles, c’estoit que ie donnois puissance à l’eau de la part de Dieu, de chasser le Diable du lieu où elle seroit iettee, & des personnes sur lesquelles elle tomboit: & par ainsi que l’aspergement ou arrousemët que i’en faisois auec la Palme, sur les François, c’estoit pour chasser les Diables d’autour d’eux. Et quant à ce qu’ils chantoient, pendant que i’aspergeois , c’estoit vne priere qu’ils faisoiët à Dieu, d’estre nettoyez intérieurement de leurs pechez.
AYANT esté parfaictement instruict de toutes ces choses, nous arrestames qu’il seroit bon, & à propos de le baptiser, au iour & feste de la Tres-saincte Trinité: Il choisit pour son Parrin le Sieur de Pesieux,
& le iour escheu, on le fist vestir d’vne toille de ' coton très - blanche , pour garder la conuenance au
# Sacrement qu’il deuoit receuoir: c’est l’innocence & foi. 267. candeur Baptismale conférée soubs l’inuocation des trois Personnes de la Saincte Trinité. Vn grand nombre de Sauuages, principalement de Tapouitapere , se trouuerent à son Baptesme, chose qui les excita & incita merueilleusement, voyans cet homme, leur * semblable, respecté entr’eux, tant pour ses b rberies
anciennes, que pour l’authorité & aage qu’il auoit, receuoir comme vn petit enfant, le lauement de Iesus- Christ sur son chef.
VOYANT vne si belle occasion de profiter, ie fis fendre la presse entre les François, pour faire approcher les Premiers & Principaux des Sauuages là presens, ausquels ie fis faire cette harangue par le Truchemët. Vous voyez, mes amis, iournellement deuant vos yeux en vostre terre que les oyseaux s’entre- suiuent, & où les premiers dressent leur vol, la toute la trouppe se met en suitte: vous sçauez bien que les Sangliers marchent en grande quantité de compagnie, sans qu’aucun d’iceux se fouruoye des traces des premiers: vous expérimentez que les Paratins , c’est-à-dire, les Poissons nommez Mulets, vont verso, dans la mer en grosse trouppe suiuants leurs conducteurs, tellement que les premiers s’eslançans de l’eau à la rencontre de vos Canots quand vous allez à la pesche, les autres les inuitent, lesquels tombans dans vos Canots, vous en prenez grande quantité. Qui fait cela? C’est l’exemple des semblables. La Nature ayant viuement inséré dans toutes créatures viuantes & cognoissantes vne attraction des choses semblables en espece les vnes apres les autres. Regardez maintenant cet homme qui est de vos semblables, & des premiers d’entre vous, lequel se faict enfant de Dieu. le sçay bien que vous estes portez à nous donner vos enfans, mais quelques vns d’entre vous ont opinion, qu’ils ne sont pas capables de re-
ceuoir le Baptesme pour estre trop vieux: c’est vne tromperie en vous, car Dieu n’est acceptateur de personne, vous estes aussi propres d’estre baptisez, .
& d’aller au Ciel, comme Vos enfans: voicy cet homme que ie vay baptiser deuant nous, a la charge, comme il m’a promis, d’enseigner ceux qui voudront l’escouter : Ouurez les oreilles pour entendre ce qu’il va reciter, foi. ses
CELA dit , ie le lis mettre h genoux sur les marches de l’Autel, & reciter haut & clair en sa langue, les mains iointes, la Doctrine Chrestienne, laquelle nous mettrons cy- apres en son lieu: ‘puis ie commençay les ceremonies de son Baptesme h la veuë des autres Sauuages qui contemploiët le tout fort attentiuement , & ayant paracheué & admis le nom imposé par son Parrin de Martin François, à cause de la conuenance qu’il y auoit entre son ancien nom Marentin , h Martin, pour faire que ceste sienne conuersion fust mieux recogneuë, de tous les Sauuages, qui le cognoissoient par ce nom de Marentin : Apres, dis-je, que tout cela fut faict, ie le fis asseoir auprès de son Parrin, & commençay la Messe, laquelle il escouta fort deuotieusemët, ayant tousiours les mains iointes, & venu h l’esleuation du Sainct Sacrement, il se mist h genoux comme les autres, recitant à part soy l’Oraison Dominicale & sa croyance, tandis qu’il vit que les autres François demeurèrent verso, à genoux.
QVELQVES iours apres il voulut s’en retourner en son village, ayant obtenu la santé du corps & de l’ame, & prenant congé de nos Messieurs & de moy, nous luy donnasmes des Chappelets, des Images, des Agnus Dei & des noms de Iesus: Nous luy recommandasmes sur tout, qu’ apres qu’il auroit serui Dieu, il se ressouuint de prier la Vierge Marie Mere de Iesus-Christ, disant autant à’ Ave Maria en sa langue, qu’il y auoit de grains en ce Chappelet, & que venu aux gros grains il dist l’Oraison Dominicale en sa mesme langue: Il prit vne grande deuotion h cette
Saincte Mere de Dieu, tellement qu’il portoit son Chappelet à son col, qu’il baisoit souuent, & quand il vouloit prier Dieu, il le tiroit, & faisoit ce que nous luy auions appris.
AYANT que de partir il me dit qu’il n’auoit qu’vn fils qu’il m’amenetoit à son retour, afin que ie le visse, & que quand il l’auroit entièrement instruit en la Doctrine Chrestienne, ie le baptiserois, & le foi. 269. donneroit aux Peres désormais pour demeurer tousiours auec eux. Il nous promit semblablement qu’il esliroit vne de ses trois femmes, spécialement celle qui estoit mere de cet enfant, si tant estoit qu’elle voulust se faire Chrestienne comme luy: pour les deux autres, qu’il les retiendroit comme semantes: Il s’est fort bien aquitté de ces promesses, par ainsi il s’embarqua, & s’en alla k T apouitajpere chez luy en son village.
verso. Des Grands fruicts que lit cet homme Cbrestien en Pinstruction & conuersion de ses semblables.
Chap. III.
IL n’y a rien plus fuyart & plus difficile à rendre domestique que la Panthère: c’est bien dauantage, elle est rde son naturel fort furieuse vers les animaux des forests qu’elle tranche & met en pièces k la première rencontre: toutesfois au renouueau, quand elle se sent emprainte & chargée de petits, elle se rend plus fauorable, iettant des bonnes odeurs par les Pores de son corps , & muant sa voix de cruelle foi. 270. qu’elle estoit, en doux appels des autres animaux
à suire son odeur & iouyr de sa société: ce qu’ils font.
LA Nation des Tapinambos estoit vne vraye Panthère , cruelle sur tout autre Peuple , ainsi que leur coustume de faire le tesmoigne assez, mangeans leurs ennemis: mais aussitost que le renouueau de la grâce a paru sur leur terre, ils ont changé leur cruauté en douceur, leurs discours damnables en discours salutaires, les puantes odeurs procédantes de leur Boucan , en bônes odeurs, s’attirans les vns les autre h l’odeur de Iesvs-Christ, rejallissante au dehors par les pores ouuerts d’vn amour vers le prochain, a luy vouloir le mesme bien qu’ils ont receu, à ce prouoquez par la conception spirituelle faicte des grâces de Dieu au fond de leur Ame, selon ce qu’il dit aux Cantiques. I. Oleum effusum nomen tuum , idc o adolescentulœ dilexerunt te minis: Et peu apres, Trahe me post te , curremus in odorem vnguentorum tuorum : Ton nom, ô Sauueur du Monde, & la cognoissance d’iceluy est vn baume respandu, à la force & odeur duquel Tes ieunes Ames se sont esprises de ton amour, & tost se sont mises h la verso, poursuite de son acquisition.
Martin François, entre les autres Sauuages, mit en pratique ceste doctrine: car il ne fut pas si tost arriué dans son village, qu’il se mit à haranguer ses voisins, & de la donna dans les autres villages de la Prouince de Tapouïtapere , où il discouroit des grandeurs de Dieu, & des grâces à luy faites. Il remettoit aussi deuant les yeux des Sauuages ses compatriottes, le grand mal-heur de leurs Ancestres, qui estoient tous péris auec Giropary , & le bon-heur qui se presentoit à eux s’ils vouloient le receuoir, d’estre baptisez & faicts enfans de Dieu.
CES harangues ne furent sans effect, ains plusieurs le venoient trouuer pour boire à la fontaine de Salut, succer le laict de la poictrine de Iesvs- Christ à son imitation & exemple, comme on ra-
conte de la Licorne , laquelle cherchant les eaux elognees de venin, par hasard , est transpercée iusqu’au cœur de la suauité du chant d’vne ieune Pacelle couchee la auprès soubs les rameaux verdoyans foi. 271. des arbres de la for est, playe qui deliure cet animal de sa furie naturelle, & l'approche à la poictrine de celle qui l’a blessee: Licorne non ingratte ny auare du bien receu, ains transportée du désir d'en faire faire part à ses semblables, lesquelles elle va chercher dans le profond des bois, & les inuite par toutes sortes de gestes à la suiure, & se rendre participantes du bon-heur qu'elle a receu. Personne ne doute que la ieune Pucelle nous représente l’Espouse de Iesvs- Christ la saincte Eglise, son chant harmonieux la prédication de l'Euangile, sa poictrine où les bestes mesmes sont bien receuës, la miséricorde Diuine mise en son pouuoir, les eaux sans venin les Saincts Sacrements, la Licorne farouche les infidelles: la première frappee suiuie des autres, l*vn d'iceux conuerty parfaictement, qui par ses discours & ses exemples attire apres soy les autres, & tel fut Martin François.
IL ne se passa pas six mois, qu'on ne vit de grands effects: car ayant conuerty & instruict plusieurs des habitans de T apouïtapere de toute sorte verso, d'aage, il nous enuoya les plus hastez & les mieux instruicts au fort S. Louys pour estre baptisez, aüsquels apres les auoir retenus quelque temps pour considérer leur ferueur, ie ne peux refuser le baptesme: cependant le nombre des Catecumenes s'augmentoit de iour en iour en Tapouïtapere , si bien qu’il fallut que le R. P. Arsene y allast pour en baptiser vn grand nombre que l’on ne pouuoit refuser, tant pour le désir qu'ils monstroient en auoir, que pour sçauoir parfaictement ce que doit sçauoir le Chrestien.
MARTIN auoit basty vne chappelle & vne loge tout auprès, au milieu de son village auec l’ayde des autres Chrestiens & des Sauuages de son village:
Le Pere bénit la Cliappelle , & prit possession de la loge, où il estoit visité & nourry tant qu’il fut là, par les Chrestiens & Sauuages. Apres qu’il eut baptisé ceux qu’il trouua propres, il alla voir quelques villages de la Prouince, spécialement leur souuerain Principal, & fut le bien venu par tout, recognoissant en ces peuples vn désir general d’estre Chrestiens,
& d’auoir en tous leurs villages des Peres.
LE bon homme Martin François obtint vn nomfo1-272honorable qui luy fut imposé par les habitans de Tapouïtapere , à cause du labeur & de la peine qu’il luy voy oient prëdre autour d’eux, pour les faire Chrestiens, & pour ce aussi qu’il estoit le premier Chrestien de leur terre, & sçauoient bien que nous l’aymions: Ce nom fut de Paï-miry, le petit Pere, ou le Vicaire des Peres. Et à la vérité il meritoit bien ce nom: car depuis qu’il fut Chrestien, l’on n’a iamais remarqué en luy aucune trace de vieil homme, c’est • . à dire, des coustumes mauuaises que les Sauuages obseruent. Il estoit graue, modeste & peu parlant,
& rarement pouuoit-il estre incité à rire: Il s’abstenoit de tout ce qui luy sembloit contrarier à la profession du Christianisme.
TEL estoit le Formulaire de vie qu’il gardoit & faisoit garder à tous les autres Chrestiens comme le plus ancien. I. Ils conuenoient tous ensemble soir & matin, en la Cliappelle: lors vn d’entre eux, se leuoit debout, les autres demeurans à genoux, puis hautement, il disoit en sa langue, Au nom du Pere , verso. du Fils & du sainct Esprit , & se marquoit le front du signe de la Croix, les yeux, la bouche, & la poitrine, ce que faisoient pareillement tous les autres, puis ioignant les mains, les yeux vers l’Autel, il recitoit posément & distinctement l’Oraison Dominicale, le Symbole des Apostres ; les Commandemens de Dieu, & ceux de l’Eglise. Cela finy, s’il y auoit quelque auertissemët à donner on le disoit, puis chacun s’en alloit à sa besogne.
fol. 273.
xerso.
2. ILS viuoieut en cômun, lors qu’ils se trouuoient ensemble, apportas leurs pesches & chasses, pour estre également parties entr’eux, & auparauant que de manger le plus ancien d’ entr’eux disoit en sa langue le Bénédicité , faisant le signe de la Croix, sur soy & sur les viandes présentes, tous ostoientleur chappeau, & faisoientle signe de la Croix sur eux, lors que celuy qui benissoit la faisoit, & pas vn ne touchoit aux viandes, qu’elles ne fussent benistes. En mangeant ils ne contoient chose de risee ou mauuaise comme ont coustume de faire les Tapinâbos , mais le plus ancien recitoit quelque chose de Dieu, & de la Beligion.
3. ILS n’alloient aucunement aux Caouïns & assemblées, selon la coustume des Tapinambos: c’estoit vn des points principaux que Martin François grauoit dans le cœur de ceux qu’il conuertissoit, h sçauoir, que les Caouïns estoient inuentez par Giropary , pour semer discorde entre ces Barbares, & pour prouoquer ceux qui s’y trouuoient h toute sorte de mal, qu’il estoit impossible que ceux qui aymoiët les Caouïns aymassent Dieu, c’est pourquoy, disoit-il, quand ie m’apperçoy que quelques -vns de mes semblables se retirent des Caouïnages , ie prens augure qu’ils seront bien tost Chrestiens, & ie les vay trouuer: mais ceux que ie voy aymer ce sabat, ie n’ay courage de m’adresser à eux. Ce qu’il dit est véritable, car c’est vn spectacle assez hideux de voir ces gens en telles assemblées, & semble plustost vn sabat de Sorciers, qu’vne assemblée d’hommes. le m’y suis trouué vne seule fois seulement pour en sçauoir parler, & iamais depuis ie n’y voulu retourner. le voyois d’vn costé les vns couchez dans leur lict, vomissans a grande force les autres faisans des démarchés, ayant perdu le iugement à cause du vin, d’autres qui huoient, d’autres qui faisoient mille grimaces, d’autres qui dansoient au son du Maraca , d’autres qui chantoient auec confusion de voix & de ton, d’autres qui beuuoient de grand courage, & petunoient pour se rendre
bien tost yures, & le pis que ie trouuois en cela, c’estoit que les tilles & les femmes y estoient peslemesle, me persuadât qu’il est bien difficile que Bacclius soit sans Venus: Et à la mienne volonté que les François facent en ce point, ce que les Portugais ont faict, qu’ils deffendent aux Sauuages tous ces Caouïnages: les Portugais ont recogneu depuis le temps qu’ils sont habituez aux Indes, qu’vn des plus grands empeschemens de venir au Christianisme, ce sont ces assemblées diaboliques, desquelles aussi procèdent presque toutes les discordes & vilennies qui sont entre ces Sauuages.
4. CES nouueaux Chrestiens vont vestus le mieux qu’ils peuuent, & marchent de compagnie ensemble, ne portans ny flesches, ny arcs, sinon lors qu’ils vont a la chasse, ou à la pesche, ains se contentent de porter vn baston d’vne sorte d’Ebene noire ou rouge, foi. s?4. tellement qu’il est aisé de les distinguer d’auec les autres. Et quant ils vont par les villages de leur contrée, s’il se trouue vn Chrestien au village où ils abordent, ils se retirent chez luy, & se contentent de ce qu’il a faict prouision, viuans sobrement, comme il est bien séant & conuenable aux Chrestiens.
D*vn indien condamné à la mort, lequel demanda le verso, Raptcsmc, auaut que de mourir.
Chap. V.
ON n’estimeroit iamais, si l’experience n’en eusf donné la cognoissance, que voyant simplement à h extérieur la coque d’vne huistre marine broiiillee & soüillee de vase & de bourbe, il y eut au dedans
vne perle si precieuse, laquelle mérité bien d’estre logee aux Cabinets des Princes. Qui pourroit croire qu’vn Sauuage abysmé en toute iniquité, impureté & immondicité, telle que ie n’oserois Pauoir icy recitee, que mesme ie croy, que le Diable autlieur de ces foi. 275. ordures, en ait honte, n’estoit l’inimitié & superbe contre le Souuerain qui le pousse à cela. Qui pourroit dis-ie, croire qu’vn tel par vne diuine Prouidence, eust esté choisi pour le Royaume des Cieux, & tiré de ces abysmes infernales, pour receuoir (à sa mort iustement meritee par ses turpitudes) le sacré Baptesme, pour le lauer de toutes ses soüillures, & luy rendre le Paradis ouuert, & facile d’entree.
CE fut vn pauure Indien brutal, plus cheual qu’homme, fuiant par les forests, a cause du bruict qu’il auoit eu, que les François le cherchoient luy & ses semblables pour les faire mourir, & purger la terre de telles ordures a la face du sainct Euangile, & à la candeur de la pureté & netteté de la Religion Catholique, Apostolique & Romaine: Pris qu’il est, on le garrotte & seurement on l’amene au Fort sainct Louys, où on luy mit les fers aux pieds: on luy donne bonne garde iusqu’à tant que quelques Principaux de ces contrées fussent venus pour assister à son procez, sa sentence & sa mort, ce qu’ils firent. Le prisonnier n’attendit pas qu’on verso, luy commençast son procez, pour se donner à luymesme sa sentence: car il dit deuant tous, le suis mort, & l’ay bien mérité: mais ie voudrois que ceux qui ont péché auec moy, en receussët autât.
SON procez faict, & sa sentence luy estant signifiée, on eut soin de son Ame, en luy remonstraut que s’il vouloit receuoir le Baptesme, nonobstant sa mauuaise vie passée, il iroit droict au Ciel, à l’instant que son Ame sortiroit de son Corps. Il creut cecy, & demanda lors d’estre baptisé. Le Sieur de Pesieux pour cet effet me vint trouuer en nostre loge de sainct François de Maragnan , & ayant pris conseil
ensemble, s’il estoit expédient que moy-mesme luy donnasse le Baptesme, nous trouuasmes que non, pour les raisons suiuâtes : à scauoir, que les Sauuages auoient ceste croyance de nous autres pays, que nous estions gens de miséricorde, & que nous nous employons volontiers vers les Grands, pour obtenir la vie de ceux qui estoient condamnez à la mort. D’auantage que les Grands nous aymoient, & ne nous refusoient chose aucune. De plus que nous preschions que Dieu ne vouloit point la mort, mais la vie du pecheur, & que nous estions venus pour cet effect, fo1- 276afin de leur donner ceste vie, tellement que si ie l’eusse baptisé publiquement, auant que de mourir, i’eusse infailliblement donné plusieurs fantaisies h ces esprits encore tendres & incapables, sur la bonne opinion qu’ils auoient de nous: chose qui eust beaucoup preiudicié pour venir au but de nos intentions: ioint que i’eusse dôné matière de murmure aux Sauuages, qui eussent peu dire cecy: Si les Peres ayment la vie, pourquoy laissent -ils aller cettuy-cy qui est . Chrestien à la mort? S’ils ayment tant les Chrestiens,
Ï)Ourquoy n’ayment-ils cettuy-cy? Si les Grands ne eur refusent rien, pourquoy ne le leur ont -ils demandé? Sôme, tant pour ces raisons que pour autres que ie laisse, nous trouuasmes qu’il estoit non seulement expédient, mais très -necessaire, que ie ne le baptisasse point. Par ainsi ie priay le dict Sieur, qu’ apres l’auoir bien faict instruire par les Truchemens, il luy conferast, peu auparauant que d’aller au supplice, le Baptesme sans les ceremonies de l’Eglise : ce qu’il accepta & fit pareillement. verso.
IL receut donc d’vn visage serain & sans tristesse, en la presence des Principaux Sauuages le Baptesme, apres lequel, vn de ces Principaux (nommé Karouatapiran , c’est h dire le Chardon Rouge, duquel nous parlerons vne autre fois) luy fit cette harangue: Tu as grande occasion maintenant de te consoler, & non de t’affliger, veu qu’à présent tu es enfant de Dieu
par le Baptesme que tu viens de receuoir de la main de Tatou-ouassou, (qui est le nô du Sieur de Pesieux, en leur langue) lequel a eu permission des Peres de ce faire. Tu meurs pour tes fautes & approuvions ta mort, moy mesme ie veux mettre le feu au Canon, afin que les François sçachent & voyent que nous détestons les ordures que tu as commises: mais regarde la bonté de Dieu, & des Peres enuers toy, qui ont chassé Giropari d’auprès de toy par le moyë de ton Baptesme , en sorte qu’incontinent que ton aine sortira de ton corps, elle ira droict au Cipl pour voir le Toupan , & viure auec les Caraïbes qui sont foi 277. autour de luy: quand le Toupan r’enuoyera vn chacun prendre son corps, si tu aymes mieux porter les cheueux longs & auoir vn corps de femme au Ciel, que celuy d’vn homme, tu prieras le Toupan qu’il te face vn corps de femme, & tu resusciteras femme, & là haut au Ciel, tu seras mis au costé des femmes, & non au costé des hommes.
VOYS excuserez ce pauure Sauuage non encore Chrestien ny Catecumene touchant le poinct de la Résurrection. Il nous auoit entendus enseigner que tous les hommes resusciteront vn iour, chaque ame retournant du lieu, où elle est iusqu’au iour du iugement, pour prendre son corps, luy il adiouste du sien ce qu’il pense estre indifferent à la résurrection, qu’vne ame reçoiue vn corps masle ou femelle, en quoy il se trompoit, & on ne laissa pas passer cela, sans l’informer mieux & le patient aussi: mais i’av bien voulu mettre le tout simplement comme il le dit, afin que le Lecteur recognoisse combien fidèlement ie rapporte les choses comme elles sont passées, ainsi que desia l’ay aduerty, & aduertis derechef pour les harangues que i’ay à mettre cy apres.
CE pauure condamné receut ses consolations de bon cœur & auant que marcher au supplice, il dist à* toute la compagnie : le m’en vay mourir & vous perdray de veuë, ie n’ay plus peur de Giropari , puis
verao .
que ie suis enfant de Dieu: ie n’ay que faire de marchandise, ny de feu, ny de farine, ny d’eau, ny d’aucun ferrement pour faire mon voyage par delà les montagnes, où vous pensez que vos Peres dansent: mais donnez moy du Petun , a ce que ie meure allègrement la parole ferme, & sans peur, qui m’estouffe l’estomacli. On luy donna ce qu’il demandoit, corne on faict par deçà le pain & vin à ceux qui vont mourir par Iustice : coustume qui n’est pas de ce temps, mais de toute antiquité, laquelle presentoit aux criminels le vin myrrhe, & l’hypocras pour pro- . uoquer le sommeil aux patiens. Cela faict on le mena au Canon, braqué sur la poincte du Fort Sainct Loüys, panchant dans la mer, & estant attaché par les reins à la gueule d’iceluy, le Chardon rouge mit le feu à l’amorce, en la presence de tous les Princi- foi. 278. paux assistans là & d’autres Sauuages, & deuant les François: Aussitost la baie fendit le corps en deux, vne partie tomba au pied de la roche, l’autre partie fut portée en la mer, qui n’a point esté veuë du depuis. Quant à son ame il est à croire que les Anges l’esleuerent au Ciel, puis qu’il mourut à la sortie des eaux Baptismales: asseurance très -infaillible de la saluation de ceux à qui Dieu faict cette grâce, qui n’est pas petite ny commune, mais bien aussi rare que la vocation du bon Larron en la Croix, lequel ayant mené vne vie débordée iusques à la potëce où il estoit attaché, receut neantmoins cette promesse de IeSVS Christ : Hodie mecum eris in Paradiso , Tu seras auiourd’huy auec moy en Paradis : Autant en pouuons nous dire de ce mal -heureux bien -heureux Indien, qui nous donne vn beau subiect d’admirer & adorer les iugemens de Dieu.
Karouatapyran Exécuteur de ce supplice, mons- . troit par ses gestes & paroles vn grand contentement & obligation aux François d’auoir receu cet verso, hôneur, & l’estimoit bië plus que l’hôneur & la gloire que cette Nation abusee donne à ceux qui publique-
ment tuent les Prisonniers, qui est pourtant vn des. plus grands honneurs qu’on puisse receuoir entr’eux, & est vne faueur non petite aux ieunes gens, quand ils sont esleus pour executer le prisonnier, & est comme l’entree de grandeur, pour estre vn iour Principal: Par ainsi ce grand Karouata'piran , se loiia fort de ce sien fait, & s’en seruoit de moyen a se faire craindre entre les siens, haranguant par tous les villages où il alloit ce qu’il auoit fait, adioustant qu’il estoit frere des François, leur défenseur & exterminateur des meschants & des rebelles.
foi. 279. Formulaire des Harangues que nous faisions aux Sauuages, quand ils nous venoieut voir, pour les attirer à la cognoissance de nostre Dieu , &. à Pobeissance de nostre Roy.
Chap. VI.
LE moyen par lequel iadis les À'theniens attirèrent les peuples à la cognoissance de la Philosophie, & à l’obeissance d’vne Kepublique, estoit represëté par le simulachre de leur Palladiü qu’ils feignoient estre apporté du Ciel & l’auoient colloqué au lieu plus eminent de leur ville. Telle estoit cette Idole de Pallas, vous la voyez armee de pied Ter.jo« en cap, & sortir de sa bouche des raiz de miel, qui tomboient sur ses auditeurs & spectateurs, lesquels s’endormoient de douceur. Les Druides enseignèrent la mesme chose aux Gaulois , esleuans la statue d’Hercule sur le Portail de leurs Temples, portant
sur sa teste la hure de Lyon, & sur ses espaules la massue de ses victoires, & de sa bouche sortoient des chenettes d’or qui alloient prendre par les oreilles, vne multitude d’hommes & de femmes, ieunes & vieux, afin de les tirer apres soy. Voicy l’intention des Athéniens & des Gaulois, c’est qu’ils signifioient, que les hommes sont attirez par la douceur & par la raison à l’obeissance des loix diuines & humaines, & se maitiennent en ceste obéissance par la protection des armes, que les Souuerains portent a ce suiet, pour conseruer leurs vassaux.
LE premier de ces deux nous appartenoit quand sa Majesté & nos Peres nous enuoyerent par delà, pour amener h la cognoissance de Dieu ces pauures âmes barbares, lesquelles nous recogneusmes auant que nous mettre en besongne, désireuses de la dou- foi. 28Oceur : Et par ainsi nous conclûmes ensemble de regler nos paroles & nos façons de faire auec eux au niueau d’vne parfaicte douceur, dont nous nous sommes bien trouuez.
PAVOIS apris ceste leçon du Cantique premier, qu’entre les ornemens que Iesvs-Christ auoit donné à son Eglise, la débonnaireté & clemence enuers les pécheurs & infidèles tenoit vn des premiers rangs, selon ces paroles: Mitrenulas aureas faciemus tibi vermiculatas argento : Nous te ferons des chenettes d’or torses comme petites lamproyes émaillees de fil d’argent en forme de petits vers, pour faire esclatter la beauté de l’or. Les Septante disent, Simulachra auri faciemus tibi, cum vermiculationibus argenti. Nous te ferons des petites Statues d’or fin, émaillees de fil d’argent en figure de petit verds. Et Rabbi Ionathas adiouste que telles estoient les tables de Saphir, sur lesquelles les Commandements de Dieu estoient gra- uez : parce que la lumière de la gloire du Donneur, rendoit le Saphir diaphane de couleur d’or & l’escriture grauee des doigts de Dieu tiree en ligne, rendoit l’émail en figure de petites Lamproyes ou verds verso.
de terre. Qui ne diroit qu’il y eust de l’intelligence entre ces diuines ceremonies, & celles des Athéniens & Graulois, les vnes & les autres nous signilians par les Statués & les Chenettes d’or, la force & puissance qu’a la douceur, pour ranger les Ames plus barbares, h l’obeissance des Loix de Dieu: Et vrayement ce n’est pas sans raison, que IeSVS- Christ ait émaillé les Chenetes d’or de son Espouse de la ligure des vers de terre & des petites Lamproyes: puis que luy mesme s’est faict ver, pour attirer h soy les vers, & est venu en terre pour se conioindre les vers de terre. Et comme les Lamproyes ne reiettent de soy les serpens, pour frayer auec elle, moyennant qu’ils vomissent leur venin: Aussi Iesvs-Christ n’a point mesprisé les hommes, panures serpens, pourueu qu’ils se facent quites de leur venin. Que si le Maistre a faict cecy, que doiuent faire les chétifs Disciples de sa Maiesté? Quiconque donc s’offre à seruir son Dieu en la conuersion de ces hommes Sauuages, foi. 28i. il doit mouler ses paroles & actions sur la douceur que Iesvs-Christ a pratiqué luy mesme en terre.
TELS estoient les articles de nos conférences auec les Sauuages. Le I. Que nous taschions de leur faire conceuoir viuement en leur cœur que nous estions leurs amis, & leurs fideles amis, voire plus que leurs Peres, Meres, ou autres Parens, en leur disant ces paroles & plusieurs autres, Pera-oussou pare Koroyco , Nous sommes vos amis, vos intimes. De ces paroles ils s’esiouissoient extrêmement & prenoient vne grande confiance de conuerser auec nous : de sorte qu’ils nous estoient importuns, & ne nous donnoient aucun loysir, qu’ils ne fussent à nous regarder & considérer nos gestes. le vous donneray des exemples de cecy.
VN iour de Pasques apres le seruice, auquel assistèrent plusieurs Sauuages, tant de Tapouytapere que de l’Isle, ie voulu me retirer pour penser h ce que ie deuois dire au Sermon d’apres disner & pour
cet effect, ie feis fermer les portes de nostre loge, à ce que personne n’y entrast ce peu de temps qu’il verso, y auoit iusques à l’heure de la Prédication; mais voicy que ces Sauuages impatiens d’ëtrer apres auoir faict deux ou trois fois le tour de la loge pour trouuer passage, en fin ils arrachèrent quelques pieux par où ils passèrent. le leur monstray en mon visage quelque mescontentement de ce qu’ils auoient fait, & leur demanday pourquoy ils estoiêt si importuns; Ils respondirent, par ce que nous auons enuie de te voir & parler h toy librement, lors que les François ne sôt point autour de toy, & sommes venus exprès pour cette occasion; Ainsi il me les falut entretenir sans auoir moyen de m’en défaire. Lors que ie disois le seruice diuin à part moy dans nostre Chapelle à porte close, on leur voyoit rompre la natte de la Guinée, de laquelle nous auions tapissé nostre Chapelle, pour voir ce que ie faisois ainsi à genoux deuant l’Autel; & disoient l’vn à l’autre tout bas Ygnêem Towpan , il parle h Dieu, & ne sortoiët point de là que ie n’eusse acheué.
POVR me deliurer de ces importunitez , ie feis faire vne closture tout autour de nostre loge & de la Chapelle de S. François bien forte & farcie de foi. 2S2. branches de Palme piquante qui ont des esguilles plus longues que le doigt, ce nonobstant ils ne laissoient de trouuer moyen d’entrer & me venir trouuer:
En parlant de cecy, il me souuient du dire d’Antalcide, selon que Plutarque l’escrit au Traité des Apophtegmes Laconiques, que Qui veut gaigner les homes en amitié, il faut qu’il ayt la langue ruisselante de miel, & la main pleine de fruicts, c’est-à-dire, qu'il faut qu’il vse de douces paroles, & donne les seruices selon les paroles. Nous ne pouuions faire dauantage vers ces Sauuages que de nous insinuer en leur amitié par douces paroles, & leur offrir la connoissance de Dieu, & les Sacremens de l’Eglise seuls fruicts de la Passion de Iesvs-Christ.
Ælian dit au liu. 14. de ses histoires diuerses; qu’Epaminondas eust esté bien fasché s’il fut sorty de son Palais en public, qu’il n’eust aquis & adiousté vn nouuel amy au nombre de ses anciens amys. Il ne nous estoit besoin d’aller ny h deux cens ny a trois cens lieues, pour aquerir des nouueaux amys a Iesvsverso. Christ: car ils venoient assez d’eux mesme vers nous pour cet effet. Gellius. 1. c. 3. rapporte que Pericles vn des grands Aréopages d’ Athènes terminoit les amitiez des hommes iusques aux Autels des Dieux : mais de l’amitie diuine entre Dieu & les hommes, fondée & enracinée sur les Autels il n’en a a point parlé, par ce que tout Payen qu’il estoit, il ne pouuoit enfoncer la force & impétuosité d’vn tel amour, qui ressemble à celuy du propre centre, où chaque créature est destinée de se porter & reposer; Vous le voyez par les choses graues tëdâtes d’vn poix naturel en bas, & au côtraire par les legeres tëdantes en haut. Le puissant Roy Darius receut en presët d’vn sië amy vne belle pôme de grenade, laquelle coupant par la moitié il admira la beauté & le nombre de ses pépins, & dit a la compagnie, A la miëne volôté que i’eusse autant de Zopires (c’estoit son plus intime amy) qu’il y a de grains en cette pomme. Ce n’est pas vne petite grâce ny vn petit priuilege que Dieu a fait a cet ordre Séraphique de S. François que de luy auoir donné le couteau foi.283.de la parole a lin d’ouurir la pôme encore entière & fermée des terres de Maragnâ pour présenter h Iesvs-Christ des millions d’Ames, nô seulement pour luy estre réconciliées, mais aussi pour luy estre vn iour lideles Espouses.
N’est -ce pas à ce sujet que Dieu inspira a Salomô au 4. liu. des Roys, chap. 29. de faire les chapitaux des Colônes d’airain, auec vn rest parsemé de pômes de grenade , signifient par cela la mission de l’Euangile vers les nations infidèles, le rest seruât a prëdre ces poissons fuiars, par vne douce eloquëce:
& les pômes de grenade pour les lier & vnir par amour auec Iesvs-Christ, & le reste de ses fideles :
& n’y ayant rie plus fort pour gaigner l’amour que le mesme amour: voilà pourquoy ie côclus qu’il estoit totalemët necessaire que no’ fissiôs recônoistre à ces Sauuages que no’ les aymiôs tëdremët & intimemët & que nous leur offrissiôs nous-mesme & ce que nous auiôs, leur disâs Ore-mae pémareamo y tout ce que no’ auôs est vostre ; Et pour cette cause, lors que i’auois vne grande quâtité de poissés comme cela m’estoit assez ordinaire, ie leur en donnois à verso, tous, spécialement aux Tabaiares nouueaux venus en l’Isle, qui pour ceste raison auoient de la disette, n’ayans pas encore fait leurs iardins, notamment à ceux qui estoient nos voisins.
LE 2. Article de nos conférences estoit de leur exposer les fruicts & esmolumës qu’ils deuoiët attendre de nostre amitié, à sçauoir, la reformatiô de leur vie & la connoissance du vray Dieu, & en outre la defence de nostre Roy cotre leurs ennemys, qui ne màqueroit à leur enuoyer des hommes, & d’armes selon qu’il s’ensuit. Pe moê Koroiout , pere Koramressé: Toupâ mombe-oüaue koroiout peam: yande mognâ gare rhê opap katoUj ahê maè mognan. Yangatouran : yandê renonde vuac oueriko : ahê gneem roupi yandè rekormê. Pepusurom peamo tareumbare soüy yauaetê orerou vichaue : Pepusurom okat araia obooure ouaia pepusurô anouam . C’est à dire: Nous vous aprëdrons à viure plus à vostre aise : & voulôs vous enseigner le vray Dieu: lequel est Créateur de tout le mode:
Il est très bon: & nous a préparé le Ciel, si nous suiuons sa parole en cette vie. Nous venons vous defendre de vos ennemys. Nostre Roy est fort & foi. 284. puissât qui vous dônera tousiours secours: & vous fournira d’armes & de gens. Ils estoient fort attentifs à tout ce que dessus, & nous respondoient que les François les auoient tousiours assistez: mais à présent que nous estions enuoyez de nostre Roy en
leur terre, à fin de les retirer de la cadene de Giropary : Ils ne doutoient aucunement qu’ils n’aprissent de grandes choses de Dieu, spécialement quâd nous sçaurions bien leur langue , Car, disoient - ils , les Truchemens n’ont point parlé à Dieu comme vous. Ils ne nous peuuent dire autre chose que ce que vous leur dittes: mais si vous parliez à nous, vous nous diriez ce que Dieu vous a dit. Nos enfans serôt plus heureux que nous: car ils pourront apprendre la langue Françoise de vous, ainsi que vous nous auez promis: & auront bien plus de cônoissance de Dieu que nous qui sommes ia vieux. Nous n’auons fait que courir & errer par les bois deuant la face des Peros , mangeans soutient les racines des bois pour toute nourriture. Nos enfans seront asseurez verso, contre leurs ennemys. Les François prendront nos filles, & nos fils les filles des François & ainsi nous serons pares: Vous demeurerez au milieu d’eux & de leurs vilages, & serez leurs Peres: Le Tonpâ les aymera & "Giropary ne leur dônera désormais aucune peine : & les viures abonderont en toute sorte : car les marchàdises des Frâçois ne leur manqueront point: ô qu’ils seront heureux! Mais nous ne verrons point ces choses.
VESPASIEN Empereur, & Domitian aussi, si tost qu’ils entroiêt dâs vn Pays nouueau, pour y planter des Colonies Romaines, auoient coustume de faire ietter en bronze la foy & les fruicts d’icelle qu’ils promettoiêt publiquement à tout le mode, en cette sorte : C’estoit vne Dame qui estendoit la main droite, symbole de la foy, & de la gauche elle presëtoit la corne d’abôdâce pleine de toute sorte de fruicts, voire les premières mônoyes qu’ils faisoient courir dâs les Païs nouueaux estoient frapées à la mesme marque, signifias par là la fidelité qu’ils garderoient à ces Peuples, de laquelle procederoit vne infinité de biens & de commoditez à leur Nation. Entendez, si vous foi. 285. voulez , par ceste Dame la saincte Eglise entrante
nouuellement dans ces terres Barbares, laquelle estendoit sa main droicte, promettant aux habitans d’icelle, la foy de Iesvs- Christ, son Espoux, & la fidleité de ses seruiteurs, qui n’espargneroient labeur aucun, non pas mesme leur propre vie pour les ayder à se sauuer. Et quant aux fruicts qu’elle leur offroit, c’estoit les Sacremens & la cognoissance de Dieu, & des choses Diuines, Ou bien entendez par ceste mësme Dame la France, plantant nouuellement ses Lys dans ces Régions & Contrées du Brésil, donnant la main droicte d’vne asseurance de garder & conseruer ces Sauuages soubs son obéissance & sa Couronne, & les fruicts du trafic de diuerses marchandises que l’on porteroit de France en ces terres, en eschange d’autres meilleures.
Formulaire de la Doctrine Chrestienne, laquelle les Cate- verso* cunienes apprenaient & recitoient par cœur, auant que
iFestre baptisez.
Chap. VII.
AV Leuitique premier, & en autre lieu, nous lisôs qu’auparauant que la victime choisie fust offerte a l’Autel, il falloit que celuy qui la presentoit, luy mit ses mains sur la teste entre les cornes. Quelques vns ont adiousté, qu’on entouroit ces cornes des fleurs de Ionc Marin, (duquel les espines & non les fleurs furent posées su la teste de Iesvs -Christ, offert en holocauste sur la Croix) lors les Prestres prenoient ceste victime, & la lauoient dans ce grand Vaisseau foi. 286. de Bronze appellé Mer. C’est vne figure des nouueaux
Catecumenes, qui désirent d’estre lauez par le Baptesme; & estre offerts deuant l'Autel du Rédempteur. La première chose requise a ces Catecumenes est, qu'ils mettent les mains dessus la teste: les mains sont les hierogliphiques des œuures, & la teste est le siégé de l’esprit & entendement. La première chose donc necessaire a ces Nouices de la Foy Chrestienne, est l’operation de l’entendement: ie veux dire, qu’il faut qu’ils sçachent & entendent ce qu’ils prétendent croire & promettre, Et entortiller les cornes de la curiosité & propre iugement des heurs de Ionc Marin, couronne des Dieux, par l’obeissance h la Diuine Reuelation. C’estoit ce que nous demandions aux Adults, auant que de leur conférer le Baptesme, & pas vn n’y estoit receu, qu’il ne le sceut parfaictement, & ne le recitast hautement deuant tous, estant chose d’obligation, h quoy deuroient bien aduiser tant de Chrestiens ignorans leur croyance & profession.
verso. Doctrine Chrestierme
en la langue des Topinambos & en François, & ' premièrement l’Oraison Dominicale.
Or e-r ointe vuac petê couare.
Nostre Pere es Cieux qui es.
Ymoe-tepoire derere-toico.
Sanctifié soit ton nom.
To-oure de-reigne.
Aduienne ton Royaume.
Teie - mognan deremimotare yboipê vuacpë iémognan eaue.
Soit faicte ta volonté en la terre comme aux Cieux.
Oreremiou-are, aiedouare eimê ioury or eue Nostre pain quotidien donne auiourd’hui à nous. De-ieurou orè yangaypaue ressè.
Pardonne nos offences.
Ore recome-mossarê soupe ore-ieuron eaue.
Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offencez.
Moar-ocar humé yepé tecomemo-poupé.
Et ne nous induits point en tentation.
Oré pessuron peyepè mae ayue souy.
Mais nous deliure du mal.
Amen Iesu.
La Salution Angélique.
Aue Maria gratta, liesse tonoussen vde.
le te salue Marie, de grâce pleine.
Deyron yandê yaré-reco.
Auec toy est le Seigneur.
Ymonbeou Katou poïre aue edereico Kougnan souy. Beniste tu es entre les femmes.
Ymonbeau Katou poïre aue demeinboïre IeSVS.
Bénit est le fruict de ton ventre, Iesvs.
Oraison à la Vierge.
Sancta Maria Toupan seu.
Saincte Marie mere de Dieu.
Hé Toupan mongueta ore-yangaypaue va’é ressé.
Prie Dieu pour nous pécheurs.
Cohu yran ore-requi ore-roumeué.
Maintenant, & h l'heure de nostre mort.
Amen Iesu.
fol. 287.
verso.
Le Symbole des Apostres.
Arobiar Toupan.
le croy en Dieu.
Touue opjap Katou màetê tirouan.
Pere tout puissant.
Mognangare vuac.
Créateur du Ciel.
Mognangare ybouy.
Créateur de la terre.
Iesvs Christ.
Tayre oyepe vac.
En Iesvs Christ son fils vnique.
Ahe Sainct Esprit, demognan pitan amo.
Qui a esté du sainct Esprit conceu.
Allé poïre oart Saincte Marie, Sony.
Et nay de la Vierge Marie.
Ponce Pilate Mourouuichaue amoseico sencomemo poïre amo.
loi. 28s. Soubs Ponce Pilate President k souffert.
Yiouca poïre amo y ouïra.
A esté tué sur le bois de la Croix.
loasaue ressê.
Il est mort.
Ymoiar ypoïre ytemim bouïre amo.
Et a esté enseuely & enterré au Sepulchre.
Oouue ieuue euue apeterpê.
Est descendu aux Enfers.
Ahé souï touriare mossa poïre ressé oouue omboueue souï. Secobé yereie-bouire.
Le tiers iour est resuscité des morts.
Oiê ouprire vuacpe.
Est monté aux Cieux.
Toupan touue opap-Katou maeté tirouan mognangare Katou aue cotu seua.
De Dieu son Pere tout-puissant, il se sied à la dextre.
Ahé souï tourinè ycobê vde omano vde poïre pauè recomognan .
Et de là viendra les vifs & les morts iuger.
Arobiar Sainct Esprit.
le croy au sainct Esprit.
Arobiar Saincte Eglise Catholique.
le croy la Saincte Eglise Catholique.
Arobiar Sainct tecohatou demosaoc morooupé. le croy des Saincts la communion.
Arobiar teco - engag pane ressè morooupé Toupan deüron.
le croy des pechez la remission de Dieu.
verso.
Arobiar asè-recobé ieboure.
le croy la résurrection de la chair.
Arobiar teioubé opauaerem-eim-rerecoe nouarne. le croy la vie eternelle.
Amen Iesu.
Les dix Commandemens de Dieu.