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difficiles k rencontrer que le voyage ), nous prouve que pour son repos , il ne sut pas résister a l’esprit du siècle. N’ayant plus a convertir les Indiens , il se prit k discuter avec les protestants, et chose assez bizarre, ce fut un de ses compatriotes, personnage essentiellement estimé de ses coreligionaires qu’il attaqua ou peut-être auquel il répondit seulement. Nous ignorons le titre du premier opuscule, qu’il lança k son adversaire, mais un savant bibliographe de la Normandie, M. Frère, nous a fourni le second ; c’est pour nous une sorte de révélation.
Ce livret est intitulé: Supplément nécessaire a rescript que le capucin Yves , a fait imprimer touchant les conférences entre lui et Jean Maximilien Delangle. Rouen, David Jeuffroy, 1618, in-8. 1).
- Cet écrit que le docte bibliographe attribue k notre missionnaire, pourrait ne pas être émané directement de sa plume, mais il prouve l’existence d’un autre ouvrage plus étendu, et démontre qu’il y avait eu entre lui et les dissidents de sérieuses discussions orales. Mieux lui eussent valu, sans doute, les naïves discussions qu’il avait naguère avec Japi Ouassou en l’île du Maranham ou les prédications si rarement interrompues qu’il faisait naguère au Fort St. Louis et qu’interrompait si rarement la grave assemblée des Indiens, auxquels une sévère politesse enjoint d’écouter l’orateur tant qu’il lui plaît de garder pour lui la parole; circonstance qui (pour le dire en passant) a bien pu tromper en mainte circonstance un ardent missionnaire, sur le succès qu’il obtenait. Yves d’Evreux, cette fois, avait affaire k l’un des
1) Yoy. la Bibliographie Normande. Nous nous sommes adressé directement à la docte obligeance de M. Frère pour obtenir la communication du supplément nécessaire; malgré des recherches persévérantes, il s’est vu dans l’impossibilité de nous fournir d’autre renseignement que celui dont on peut prendre connaissance dans son excellent ouvrage.
hommes les plus fermes et les plus estimés parmi les protestants et l’écrit du religieux fut déféré au parlement.
Jean Maximilien de Baux, seigneur de Langle, était un jeune ministre plein d’ardeur, originaire d’Evreux comme le P. Yves, et demeurant alors au grand Quevilly, petite ville de quinze à seize cents habitans à une bien faible distance de Rouen *). Nous ne savons point quel était l'objet en discussion: quelque diligence que nous ayons faite, aucune des pièces du procès n’est venue à notre connaissance; mais il est certain que le dernier écrit, dont M. Frère nous a révélé l’existence, excita d’une manière fâcheuse l’attention de l’autorité, car un arrêt du parlement, en date du 8 avril 1620, intervint a son sujet, et condamna David Jeuffroy a cinquante livres d’amende pour avoir édité sans permission préalable, le livre incriminé1 2). Cette décision n’atteint pas notre missionnaire on le voit, elle s’applique uniquement à l’imprimeur qu’il avait choisi, mais elle implique en soi un blâme indirect qui atteint le livre, et l’on peut supposer que notre bon missionnaire s’était laissé emporter par l’ardeur de la polémique, à des personnalités regrettables. On était cependant assez peu scrupuleux sur ce point en 1618, et il ne parait pas qu’en définitive, la carrière du jeune ministre auquel s’attaquait le P. Yves, en ait été suspendue dans sa marche ; bien loin de lk, nousle voyons dès l’année 1623 député par ses coreligionaires au synode national de Charenton, puis il fait
1) Le grand Quevilly, Clavilleum , bourgade de la Seine inférieure est à 6 kil. de .Rouen seulement, et fait partie du canton de Grand- Couronne.
2) Maximilien de Baux fut appelé plus tard à desservir l’église du culte réformé à Rouen. Il poussa sa carrière jusqu’à l’âge de 84 ans et mourut en 1674; il laissa après lui la réputation d’un homme dont l’âme était droite et les moeurs singulièrement austères. Yoy. les frères Haag, La France -protestante .
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partie; quatre ans plus tard; de celui qui se tient alors en Normandie; dans la ville d’Alençon.
A partir de l’année 1620; nous perdons toute trace du P. Yves d’Evreux. Cependant plusieurs écrivains ecclésiastiques bien postérieurs a cette date,, enregistrent son nom dans leurs vastes nécropoles, en multipliant de telles erreurs à son sujet, qu’on acquiert la certitude qu’ils n’avaient jamais vu son livre. Boverio da Salluzo1), Marcellino de Pise2), Wadding3), d’ordinaire si exact, le P. Denys de Gênes 4) , ou ne donnent que des détails généraux fort approximatifs sur son oeuvre sans en spécifier la date, ou altèrent grossièrement le millésime de l’année d’impression. Ce dernier, par exemple, le fixe à 1654, erreur bien évidente, procédant d’une première faute d’impression et que répètent à l’envi Masseville 5) et même le Moreri Normand 6). Le P.
1) Capucinorum Annales, Lugduni, 1632, in-fol. , puis la traduction italienne: Annali di Frati minori Cappucini etc. Yenetia,
1643, in-4.
2) Annales seu sacrarum historiarwn ordinis minorum Sancti Francisci qui Capucini nuncupantur etc. Lugduni, 1676, in-fol.
3) Annales ordinis minorum, 2me édit., R*omae, 1731, puis les Scriptores ordinis minorum, 1650, in-fol du même.
4) Bibliotheca Scriptorum ordinis minorum. Genuae, 1680, in-4., réimp. en 1691 pet. in-fol. Ce dernier, après quelques lignes sur les mérites du P. Ivo Fbroycencis vulgo d’Evreux donne ainsi l’Indication de son livre: scripsit gallicè Relationem sui itineris et Navigationis Sociorum que Capucinorum ad regnnm Marangani : eut etiam adjunxit liistoriam de moribus illarum nationum. Rothomagi, 1654. Yoy. T. 1 in-4.
5) Histoire de ISormandie . T. YI, p. 414. Masseville prouveévidemment qu’il s’est contenté de traduire le P. Denys de Gênes, puisque il dit, que notre missionnaire ,, donna une Relation géographique des régions où il avait pénétré et particulièrement du pays de MaranganF Regni Marangani a dit son prédécesseur.
6) Voy. ce précieux ms. à la bibl. de Caen. Une bibliothèqueaméricaine, composé par le colonel Antoine de Alcedo, Madrid, 1791, 2 vol. in-8. , ne mentionne pas le P. Yves: mais cette omission nous laisse peu de regrets, son compagnon, le P. Claude d’Abbeville, y est représenté convertissant avec un zèle infatigable les Sauvages du Canada!