‹ Bibliothéconomie (volume 2)Chapitre 12 sur 26 · DU LOCAL · texte numérisé non relu

DU LOCAL

1. La disposition arcbitectonique d'une bibliothèque est autant l'affaire du bibliothécaire que de l'architecte. Sans dédaigner la décoration extérieure d'un bâtiment qui renferme une bibliothèque, la distribution intérieure la plus convenable à sa destination est toujours d'une plus grande importance , tant pour la conservation que pour l'usage commode des livres , et ne peut être bien indiquée que par celui qui en connaît la nature et le but. Rarement le local assigné à une bibliothèque publique permet-il de la réunir dans une seule salle ; ordinairement elle est disposée dans plusieurs pièces peu convenables à cet usage. Des difficultés sans nombre s'opposent à l'arrangement des livres , et c'est au bibliothécaire à faire preuve d'habileté , en tirant le meilleur parti des localités.

2. Les gouvernements hésitent peu à construire de superbes écuries, d'élégants théâtres, de brillantes salles de danse , etc., etc. ; pour les bibliothèques, on trouve d'anciens bâtiments que l'on ne peut employer à d'autre usage. Les exceptions sont rares, et ne datent pas de loin. Il en est de même des bibliothèques particulières ; souvent on leur assigne les endroits les moins commodes et les plus défavorables à leur conservation, tandis que le luxe envahit toutes les autres parties de la maison. Combien de bibliophiles gémissent sur le mauvais placement de leurs bouquins chéris , auquel les condamnent la volonté et le mépris de la maîtresse du logis !

De la Construction.

1. Une bibliothèque choisie et bien organisée n'a pas besoin d'un local construit dans le style le plus parfait de l'architecture , et orné avec richesse ; si elle est mal composée et en désordre, elle n'acquerra point de mérite par toute l'élégance possible de sa façade, de ses salles et de son ameublement. Ce n'est pas que l'on doive éloigner le bon goût dans l'arrangement et dans les décors d'un local de bibliothèque , seulement on ne se laissera aller à ces dépenses que lorsque les fonds le permettront sans nuire aux acquisitions des livres ni aux appointements des employés ; car, dans le fait , il suffit qu'il existe un ordre rigoureux, une grande propreté et des soins actifs pour la conservation des livres dans l'ensemble d'une bibliothèque, pour qu'elle remplisse son véritable but d'utilité publique. Le local , je le répète, n'augmente ni ne diminue le mérite des livres ; cependant l'élégance convenable et le confortable s'allient très-bien avec les études , et contribuent beaucoup à ce qu'on ne recule jamais devant le travail dans un local clair, propre, ni trop froid en hiver, ni trop cliaud en été, et garni commodément de tables et de chaises.

2. Pour une bibliothèque publique , établie aux frais d'un Etat , dont les ressources ne sont jamais aussi bornées que celles d'un particulier, il ne faut point, dans l'ordonnance de l'ensemble , en éloignant un luxe déplacé, cette économie qui , raisonnable chez un particulier , devient lésinerie dans un gouvernement.

Les conditions essentielles dans la construction d'un bâtiment spécialement destiné à une bibliothèque, sont :

De le préserver du feu et de l'eau , et de lui choisir un emplacement éloigné d'un voisinage bruyant

OU dangereux , tel que théâtres , usines , etc. ,

mais à la portée du public qui le fréquente ; D'avoir égard , dans sa distribution intérieure , autant

à réconomie de la place qu'à la commodité ; De chercher, par tous les moyens possibles , à garantir

les livres d'une influence pernicieuse ; De prévoir la possibilité d'un agrandissement.

3. Dans la destruction d'une grande bibliothèque, soit par un accident , soit par la violence , les pertes sont irréparables , à part la valeur pécuniaire ; car il est incontestablement prouvé, par l'histoire littéraire , que la ruine d'une bibliothèque fait toujours regretter la perte de plus ou moins de trésors littéraires et bibliographiques qu'elle seule possédait , et qu'on ne peut remplacer ni par le temps ni par l'argent.

4. Dans les pays où l'hiver n'est ni rigoureux ni long, on peut , sans inconvénient , proscrire le chauffage et l'éclairage des salles ; mais , dans le Nord , le premier devient urgent et demande la plus grande surveillance pour prévenir tout malheur. Le chauffage par la vapeur est un des moyens préservatifs les plus efficaces contre le danger du feu , et l'éclairage n'est pas d'impérieuse nécessité , quand on considère que , depuis le matin jusqu'à la nuit tombante , l'espace de temps bien employé est suf&sant pour les travailleurs.

5. Les architectes, en construisant des monuments publics, attachent presque toujours plus d'importance à l'effet extérieur qu'à la disposition intérieure , qui cependant , dans toutes ses parties, doit répondre à sa destination : un théâtre, tel remarquable que puisse être son extérieur, est un mauvais théâtre , lorsque la disposition de la salle ne permet pas à chaque spectateur de bien voir et de bien entendre ; une prison est mauvaise , si la sûreté ,1a salubrité et la commodité de son intérieur ne sont pas garan-

ties , quand même rëlévation extërieuie répondrait à toutes les exigences de l'art. Malheureusement les architectes cherchent trop souvent à ilhistrer leur nom par une façade imposante , conforme aux règles de l'architecture et bien décorée , et se soucient fort peu de la destination des bâtiments.

6. L'économie de la place est une des choses les plus nécessaires dans une bibliothèque. Les salles trop grandes et trop élevées ne sont que pour l'effet : elles forcent inutilement à laisser libre et sans emploi la partie supérieure des murs, ou à y établir des galeries pour le service d'un second rang d'armoires. Le mieux est de former plusieurs salles d'une grandeur convenable à l'étendue de la bibliothèque et au nombre de personnes qui sont dans le cas de s'y réunir ; elles contiibuent même à faciliter le service et le maintien de l'ordre , en y rangeant à portée les différentes classes , langues , etc.

7. La distribution du jour est également d'une haute importance : une bibliothèque demande à être bien éclairée, afin d'y pouvoir lire dans les coins les plus éloignés , ne serait-ce que pour reconnaître les étiquettes , qui ne peuvent être d'une grande écriture. Cependant l'effet direct du soleil du midi est non-seulement incommode , mais nuit aux reliures et provoque la multiplication des insectes. Le verre dépoli prévient en partie ces inconvénients et dispense de l'emploi des rideaux , lesquels augmentent les dépenses , et demandent de nouveaux soins , si on ne veut pas qu'ils soient des nids de poussière. Il y a , au contraire , un grand avantage , si les croisées sont vers l'orient , parce que le vent de l'est est le plus sec ei le plus pur, et la clarté moins éblouissante ; le nord même est préférable au sud ou ;« l'ouest.

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