Le premier mérite d'une bibliothèque publique est
dans sa richesse en livres et dans l'ensemble le plus complet de leurs classes ; le second, dans la facilité et dans la liberté pour le public d'en jouir; et le troisième, c'est sa conservation pour les temps futurs. La beauté de son local, et autres propriétés tant recherchées par les bibUonianes , sans être à mépriser, ne sont que des accessoires ; l'utilité publique et leur durée, voilà le grand et l'unique but de ces collections : car les bibliothèques qui appartiennent à l'État, à un établissement constitué indépendant , ou à un corps savant , sont les seules que l'on puisse regarder comme permanentes. En remontant à leur origine, on trouvera que le plus grand nombre la doit ou aux anciens couvents, ou au don de quelque amateur, qui , bien avec l'intention que la bibliothèque qu'il a réunie avec soin reste utile pour toujours, la légua à une autre déjà existante, ou camme souche, pour être continuée , étendue et élevée en un grand monument qui maintenant est un sujet d'admiration. Cependant les premières bibliothèques créées dans le but précis à'utilité publique ne datent que de la fin du xvi* ou du commencement du xvii^ siècle : la Laurentienne, à Florence, de 1571 ; la Vaticane , à Rome, de 1588-1590 ; l'Ambroisienne, à Milan, de 1604-1609; l'Angélique, à Rome, de 1605 ; laBodleïenne, à Oxford, de 1612 ; et la Mozarine, à Paris , de 1648. Celle du Roi , à Paris , ne fut ouverte au public qu'en 1737.
Des Bibliothèques particulières ou spéciales.
î. Les bibliothèques particulières sont à considérer .sous un autre point de vue , parce qu'elles sont circonscrites par la fortune , le goût ou les études de prédilection de ceux qui les forment ; mais , par le zèle et par la persévérance d'un propriétaire éclairé, elles peuvent, sans
être aussi étendues que les bibliothèques publiques, acquérir le mérite d'être plus complètes dans certaines parties de la littérature , et de présenter par là plus de ressources aux recherches que ces collections publiques qui, malgré leur immensité, ne peuvent posséder un ensemble aussi complet sur chaque spécialité. Plus d'un exemple nous prouve ce que peut la constance d'un homme qui , pendant toute sa vie , a en vue le but de former une collection quelconque; dans son genre, elle finit par offrir des renseignements et des matériaux que l'on chercherait vainement dans les grandes galeries de l'Etat. Cependant il ne sufïit pas qu'une bibliothèque particulière se distingue par l'ensemble au grand complet sur une science , on exige encore que, par le choix des exemplaires, elle mérite le titre de bonne et belle bibliothèque.
2. Ce goût de former des bibliothèques n'est pas également prononcé et répandu chez les gens riches de tous les pays, et l'on ne peut contester qu'on le trouve plus chez les Anglais que partout ailleurs. Leurs fortunes leur permettent de ne reculer devant aucune dépense , et les ventes publiques témoignent qu'ils n'hésitent point à payer des ouvrages très-cher pour empêcher qu'ils ne sortent de leur patrie. Les lois et les usages de ce pays conservent, en outre, les propriétés de toute espèce, plus longtemps dans les mêmes familles ; aussi l'Angleterre possède-t-elle beaucoup d'anciennes bibliothèques particulières, et sur tout le continent, à l'exception des Etats d'Autriche, il n'en reste que peu , ou peut-être aucune.