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Une telle bibliothèque manuelle doit être composée

Des principaux ouvrages bibliographiques.

— Catalogues de toute espèce, des bibliothèques, des libraires, des ventes, etc.,

— Dictionnaires des langues anciennes ,

— — — modernes,

D'un — de géographie ancienne et moderne,

— — de biographie ,

— — d'histoire et de synchronistique.

15. Les catalogues occupent toujours une des preinières places dans la bibliothèque manuelle d'un bibliophile, et il ne peut jamais en posséder trop, qu'ils soient anciens ou modernes, raisonnes et critiques, ou simplement nominatifs de bibliothèques ou de magasins de libraires ; ils fournissent des renseignements sur les éditions et sur les prix des livres, indiquent en quels lieux se trouve tel ou tel ouvrage , et guident souvent avec plus de sûreté dans les acquisitions que les conseils des libraires et des connaisseurs, qui, quelquefois, se laissent influencer par l'intérêt ou par la jalousie d'amateur.

16. L'acquisition des livres se fait de trois manières : par la voie ordinaire de la librairie , aux ventes publiques et par échanges. Rarement on se sert de la première, si ce n'est pour les publications nouvelles ou lorsqu'on est pressé d'avoir un livre ; car les libraires sont forcés , pour des motifs qui tiennent à leur

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commerce , de vendre à des prix plus élevés que ceux auxquels on obtient les livres dans les ventes à l'enchère : aussi ce dernier moyen est-il le plus ordinairement employé, vu la chance du bon marché qui se présente d'abord, et parce que l'on peut s'arrêter au prix qu'on a l'intention de mettre à un volume, et attendre une occasion plus favorable. L'échange, enfin, est sans doute le mode le plus avantageux pour se défaire réciproquement d'un objet qui doit nécessairement avoir moins d'intérêt ou de valeur que celui que l'on désire ; mais ce moyen ne se présente qu'accidentellement.

17. Pour ne pas se tromper soi-même , ni se laisser abuser dans les emplettes que l'on t'ait, il faut auiir des notions exactes sur la valeur commerciale des livres; sans elles, on est à la merci de tout vendeur, on ne peut donner à son commissionnaire une limite convenable de la dépense qu'il doit faire, et on risque à chaque instant de mettre à ses achats des prix trop élevés.

18. Au reste , rien de plus bizarre que la variation des prix , dans les ventes publiques , de livres un peu rares , puisque , en général , ils ne sont point basés , comme ceux d'autres marchandises, sur une valeur intrinsèque, et ne sont ordinairement que le résultat de la fantaisie ou du caprice des amateurs. En 1804 , M. R... fît faire une vente publique d'une partie de sa bibliothèque : les prix y furent divers, quelques-uns fort élevés , d'autres assez bas, et l'ancien propriétaire rapporte, dans un de ses estimables ouvrages, qu'un exemplaire de la traduction française de Y Enfer du Dante, de 1785, assez médiocrement relié en maroquin, y fut payé 103 francs, et quinze jours après, dans la même salle de vente, un autre exemplaire très-beau, non rogné, fut adjugé pour 11 francs. En juin 1815, à Londres, un Quinlus Curlius de Yindelin de Spire, d'une beauté parfaite , fut donné pour quatre guinées dans la vente des doubles du duc de Devonshire, et huit jours plus tard, dans le même local, avec les mêmes

acheteurs , un exemplaire rogné , fatigué , plus que médiocre, fut payé vingt guinées.

Cependant, c'est principalement par les ventes publiques que refluent dans le monde savant les trésors littéraires que souvent un amateur avait rassemblés avec beaucoup de soin et de dépenses, pour aller enrichir d'autres collections dont les propriétaires attendent toujours ces époques avec une vive impatience. Il importe donc que l'on connaisse ce que renferme le dépôt qui doit être vendu, les éditions , leurs condition et conservation, les jours et heures de la vente , et quels sont les articles qui seront vendus à chaque vacation.

19. Une légère distraction, dans ces ventes, peut devenir préjudiciable lorsqu'on se propose d'acquérir un article, et si on ne prête pas une oreille attentive au moment où le crieur l'annonce : il peut prévenir d'une défectuosité, ou même vendre le numéro suivant à la place de celui que l'on désire , parce que ce dernier ne se trouve pas au moment de sa mise sur lable, ou parce qu'il est retiré de la vente par une raison quelconque; et on est très-surpris, après l'adjudication, de se trouver possesseur d'un tout autre outrage.

20. Dans les ventes de livres remarquables , on fait jien de noter , sur la marge du catalogue , les prix l'adjudication et autres observations de circonstances , ^our s'en servir de moyen de comparaison. La mise à

i )rix, si c'est un connaisseur qui dirige la vente, sert également à éclairer sur la valeur réelle des livres , à noins qu'une cause extraordinaire la fasse varier. }uant aux ouvrages rares ou précieux , il est bon d'aouter encore en marge les noms des acquéreurs , afin le pouvoir, par ce moyen, suivre les traces des objets >récieux à mesure qu'ils passent d'une main dans une

utre , et connaître les bibliothèques qui les possèdent

n dernier lieu.

21. En résumé , les ventes publiques peuvent servir le cours de bibliographie pour ceux qui en font leur

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étude. C'est là qu'on apprend à distinguer les bonnes éditions des mauvaises, qu'on s'instruit sur les qualités qui constituent un bel exemplaire, et sur les défauts dont il faut se garder. C'est encore là qu'on trouve quelquefois des volumes qu'on cherchait vainement depuis des années, qu'on apprend l'existence d'ouvrages dont on n'avait jamais entendu parler, et qu'on suit pas à pas les différentes périodes d'augmentation ou de dépréciation des livres.

1. Il y a une grande différence entre la disposition d'une petite et celle d'une grande bibliothèque. Dans une collection peu étendue, on peut se livrer à un arrangement symétrique et élégant des livres , sans nuire à la commodité dans les recherches, ni au classement d'après un système adopté ; mais une grande bibliothèque, par le nombre de volumes , par l'arrivée continuelle de nouvelles acquisitions et par la grandeur du local , présente des obstacles insurmontables, et exige, avant tout, le soin de tout classer et placer de manière que l'on puisse trouver chaque ouvrage avec le moins de peine et de temps possible.

2. Ici, comme dans toute autre occupation, il y a de* choses qui, au premier aspect, paraissent insignifiante* ou même inutiles, et qui cependant sont d'une grande importance pour faciliter le travail et pour épargner 1( temps. Ces sortes de petites pratiques de chaque étal sont rarement enseignées , et plus souvent encore reje tées ; cependant, elles ne doivent pas moins être acquise plus tard par un grand sacrifice de travaux inutiles quelquefois même par des pertes réelles. D'un autr< côté , on ne voit que trop souvent des bibliothèques après que l'on a employé des années à les mettre ei

ordre , redevenir en peu de temps un chaos par le manque de soin , par la paresse , par une disposition ou classification vicieuse.

3. Ainsi qu'il a été dit plus haut, l'organisation d'une bibliothèque est nécessaire :

Quand elle est dans un désordre complet ;

Quand elle est disposée dans un ordre défectueux ;

Quand elle est à créer.

Quelque effrayante que puisse paraître , au premier abord, l'entreprise d'établir dans une masse de plusieurs milliers de volumes assez d'ordre pour pouvoir y trouver chaque livre à la première demande, elle ne l'est pas tant qu'on pourrait le croire.

4. Que l'on s'imagine un homme intelligent , nommé conservateur d'un amas de livres, qualifié du titre de îibliothèque, et jetés, par une circonstance quelconque, lans le désordre le plus complet. Après le premier 'îbahissement que la vue d'une pareille confusion proluira sur lui, il classera d'abord les formats et cherchera i estimer l'espace qu'il lui faut pour placer convena- )lement tous les volumes. Cette besogne faite , îl pren- Ira sur des cartes copie exacte et minutieuse du titre ie^ chaque ouvrage, depuis le plus grand in-folio jusfu'au plus petit in-64; il donnera à chacun d'eux, sur .ne bande de papier, un numéro d'ordre qu'il intercaera dans le premier volume de chaque ouvrage (1), t qu'il écrira aussi sur la carte de chaque titre. Ces uméros se suivront, sans égard au titre ni au catalogue u premier jusqu'au dernier des volumes , et il pourra éterminer, presque à heure fixe , le temps que ce preîier et important travail lui demandera ; car, en emloyant six heures par jour, et en copiant huit titres ar heure, l'une dans l'autre, une seule personne peut -anscrire 3,744 titres dans l'espace de treize semaines, hacune de six jours. Les titres ainsi copiés sur des

(1) Il faut avoir soin de replier en tête, sur la tranche du livre, îtte partie saillante de la bande , pour empêcher qu'elle ne glisse dans

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cartes, il s'en servira pour le catalogue et le placement des volumes sur les tablettes, et il trouvera terminé avec facilité un travail devant lequel il reculait.

5. Si Ton veut arranger et cataloguer, d'après ur nouveau plan, une bibliothèque disposée dans un ordrt quelconque , ou en réunir plusieurs, sans interrompre l'usage d'aucune d'elles pendant cette réorganisation on commence par transcrire sur des caries les titres tels que les ouvrages se trouvent rangés , et on y me les numéros provisoires , comme il vient d'être dit. Oi classe ensuite les cartes suivant le nouveau système ; oi prend les livres au fur et à mesure de leur nouvelle cla.' sification; on jette la bande du numéro provisoire, qu l'on efface également sur les cartes ; on colle les éti quettes du nouveau catalogue, et on finit par ranger le volumes à leur nouvelle place.

6. Cette dernière opération est la seule qui puiss causer une interruption dans lusage d'une bibliothèque mais elle ne peut être longue , car les numéros prov soires font facilement trouver les livres dans leur ai cien ordre ; de sorte que ce n'est qu'un déménagemei que l'on peut abréger en augmentant le nombre des pe sonnes employées à ce travail.

Feu M. A. A. Barbier en a donné la preuve la pli évidente : forcé de déménager sans retard, et sans ai cun préparatif, la bibliothèque du Conseil d'Etat, con posée de 30,000 volumes , il employa un moyen fo simple. En 1804 , le chef de l'Etat ordonna la'démol tion immédiate du local où se trouvait cette biblioth que; pour obéir à la volonté de l'homme qui ne co naissait aucun obstacle, M. B. demanda 120 grenadie un peu intelligents, leur fit faire la chaîne, et transpor de cette manière, dans l'espace de deux jours, les 30,01 volumes dans un autre local, sans déranger un seul vre de la place qu'il occupait dans l'ordre antérieur.

Ce que M. B. exécuta à une distance de 300 pas, ( encore plus facile à faire en petit, quand, par exempl on veut transporter un grand nombre de volumes, du salle dans une autre du même bâtiment. I/économ

de temps et de frais est hors de comparaison avec toute autre manière pour arriver au même résultat : il ne faut qu'une personne entendue qui donne les volumes au premier homme de la chaîne , et une autre qui les reçoit du dernier pour les mettre à leur nouvelle place.

7. Quant à l'organisation d'une toute nouvelle bibliothèque , dont il n'existe encore que les fonds disponibles, c'est le travail le plus agréable : tout y est à créer ; rien ne s'oppose à l'harmonie de l'ensemble de l'établissement, on n'a qu'à suivre im plan bien entendu, et naintenir ce qui est établi suivant les principes que l'on, :herche à exposer dans ces feuilles.

1. Il est sans doute très-indifférent que, dans une ibliothèque , un ouvrage occupe telle ou telle place , ourvu que le catalogue l'indique et mette à même de ; trouver promptement ; mais l'idée de l'ensemble d'une ibliothèquc fait présupposer un plan plus ou moins ystématique dans l'arrangement des volumes sur les miettes.

2. Lorsqu'une collection a peu d'étendue , on peut atter l'œil et donner à la disposition un air de symétrie, î plaçant ensemble, sans avoir égard à la matière qu'ils aitent, tous les in-fo, tous les in-4<>, tous les in-8°, etc., ;, moyennant le catalogue et les numéros, on trouvera issi bien chacun des ouvrages que s'ils étaient réunis ir ordre de matières; mais, aussitôt qu'une bibliolhèue est un peu nombreuse, il faut renoncer à ce genre 2 décoration, non-seulement parce qu'elle exige un relanicmcnt continuel pour les nouvelles emplettes, mais cause de sa monotonie dans l'aspect d'une grande biiothèque, tandis qu'elle est agréable à la vue dans une otite collection de livres,

Celui qui veut se former une bibliothèque de quelques centaines de volumes seulement , fera bien de les prendre tous du même format. Une pareille collection dune reliure de bon goût, et renfermée dans un corps de bibliothèque élégant , fait un très-joli objet d'ameublement, et est d'un usage commode. Il n'est pas difficile de trouver dans la librairie un bon choix d'ouvrages de 300 à 800 volumes imprimés d'une manière uniforme , in-8°, in-12 ou in-18.

3. Il est rare qu'on n'ait à faire plusieurs recherches sur un même sujet dans une grande bibliothèque ; si elle est disposée d'après les formats, on serait obligé de courir d'un corps de bibliothèque , ou même d'une salle à l'autre , pour trouver les livres sur une même matière : il faut donc les réunir par classes et par divisions. Mais prétendre qu'une bibliothèque présente, dans le placement des volumes , absolument le même ordre systématique qu'un catalogue, c'est tomber dans un autre extrême et demander une chose aussi difficile qu'inutile, parce que c'est le catalogue qui , par les numéros , indique la place où se trouve chaque ouvrage , jusqu'à la plus petite brochure. Aucun des essais que l'on a faits, en disposant une bibliothèque dans l'ordre rigoureux d'un système bibliographique , n'a réussi, et l'expérience prouvera toujours l'impossibilité de l'exécution d'une pareille entreprise.

Au commencement du xvme siècle , Lambeccius a suivi cette méthode dans la bibliothèque impériale à Vienne ( Autriche ), en plaçant pêle-même tous les formats, mais dans le plus stricte ordre systématique. Il est facile à comprendre combien un pareil mélange de formats devait être désagréable à la vue et nuisible à la conservation des livres, et combien il faisait perdre de place , parce que tous les rayons devaient nécessairement être élevés de manière à recevoir un grand in-fo. Aussi, son successeur (Daniel de Fessel) rangea-t-il bientôt toute la bibliothèque suivant les formats, mais par classes et par divisions.

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