‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 11 sur 46 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

D^unc vieille chronique qui date de lilO.

Cy ensuit la doulente histoire de massire Jehan de Beau-

mtooîr qui alla de vie à trépassement , en Tan MCCCLXXXIV ; plaise à Dieu que ait son âme en sainteté. Or sachiez que icelui Jehan fù fils au sire de Bcaumanoir, maréchal de'Brctaigne, chevalier de grande vaillance, hardi comme un lion, et qui f% nommé le Bon. Icelui maréchal féri anglais au chêne Mi- Voie ^ entre Plémel et Josseli^ ; ihoult belle était sa membrée ; iUJKTiuteaiaclePreuXy MpntaubaalefiiLrdi, mirqnt Anglais 6ujWJD0DceUle larron Brembp y filcouchié.par aval le pré ^nthfeyant dont sang coulait au ruîsselet sanglant.

Jelkan do Beaum^uioir, doiit je raccorde l'histoire, que cil qnifu pêne en croix ^ veuille prendre en pitié, comme son perefû apprins es armes , assailli maints chastcls en Normandfe, en Poitou et en Espaigne, Compagnon du Guacliu, sa nièce Tiphaine épousa ; en son vivant fû seigneur de la Huuaudaye. Iferdrignaê, Bois dé la Motte et autres fiefs* Moult effroi fû à Dinan , quand avint que le mardrisseur Rolland toUi à Beau* jnaaoir la vie en le forant de deux cops de hache sur son chef. Jœlui Rolland Moysan, qui gagnié de villenie fû, était métayer ou sire de Beaumanoir; mais poussé fû à telle malice par Pierre Tournemine, qui moult tenait en haine Beaumanoir, et juré avait que jamais n'eus faict paix ô lui. Or, oyez que, pour mieulx accomplir sa volonté et accroître sa malice, TourlUMuine avail vosti on d<^{2;uisement un Geoffroi Robin pour

I)ailler assistance à Rolland , disant faussement que cil Robin venait en message de la part de Robert Reaumanoir , pour de* mander conseil à Jehan son frère , si lui , Robert , devait pourchasser en achast la terre d*Evran de une dame qui la tenait en vénal ; et encore le déloyal Tournemine avait faict telle tricherie enentençon que la mort de Jehan de Reaumanoir fust jugée être venue de la malice de Robert. Â donc Jehan, tard et nuitament, amblait sous la feuillée, quant traîtreusement fû atteint de c^ps de hache à la tète par Rolland et Robin qui portés illec étoient. Or sachiez que messire Jehan point n*avait d'armures à son chef, ne heaulme, ne haccinet, et si li mur-«> drisseurs Toccirent en icelieu.

Moult poyne et doléances furent au chastel de Reaumanoir quand la novelle y avint. Tôt fû connu es hameaux et à Dinan que le sire de Reaumanoir murdri avoit été, et chacun contoit sa glose à sa guise. Li mauvais disaient que messire Jehan^ qui moult preux étoit, moult aussi étoit serviteur de icille Venirii. dont tant est narré ou gentil roman de la Rose où Tart de l'k-^ .^. mour est enclos et qui fû parachevé Tan 1250 (*) par Jehan dfe^. Meung, ditClopinel.

Li uns disoient que le sire de Reaumanoir veyant la belle Rozès-Lis assise en son vergier, d'amour pour elle fû éprias i et disoient encore malicieusement li méchants que la fille oir métayer Rolland bailloit rosés de son vei^ier ou sire Jehan » quelles roses icelui Jehan de sa main dextre plaçoit a senestre sur son cœur: mais li bons, li notables rien ne croy oient de telle histoire quand elle avint en la cité de Dinan , et que répandue fû emmy li notables et bourgeois. Or donc sachipz

{*) Erreur de date ; ce fut vers 122(i que, sur la demande de Pbîlippe- Ie-Be),Jean de Meuog résolut de donner une suile au roman de la Rose composé par Guillaume de Lorris.

(}uani iel récit arriva à Robert, frère du (lelfunt , grand deuil |K>rla Ih son manoir et si jura que vengerait telle félonie.

Portant , ordonna grant et bel accoutrement de deuil à ho-- Dour de son frère deffunt , et son corps porte fù en la chapelle des Beaumanoîr, en Tabbaye de Lchoo , proche la cite Dinan ; et iUec fit venir habile statuaire pour illec ouvrer la statue du mort* A donc, par loi de chevalerie, voulist que ses pieds posés fussent sur un lion, car hardi comme lion fû ; complet fû donc son armure, sinon son chef adorné d'un linceul, car iceloi chef frappe avoitélé par murdrisseur et non du bras d'un guerrier. Si voulist encore que le bras dextre de Jehan placé r* • poitrine et sa main sur son cœur, en souvenance de

yso aventure ; car moult chagrin avoit été en trépassant CtBur n'eut pas été percé pour $pji gentil duc à qui foi tWIJSré ; mais li méchants disoient que c'étoit tôt en souvenance de sa mie. A donc n en diray plus, mais devisera qui voudra de l'amour que Jehan ot pour la belle Rozès-Lys ; or oyezce (jue advint ou murdrisseur Moysant; amené fû par les sei]gents les poings garottés , par devant les sires de Dinan , de MoQtafilan, de Chateaubrianl, de Kerimel, de Quité et Jehan de Cernioysant* Quant son interrogatoire fû entendu et que ^« rie ot coulé comment avoir murdri Jehan par Tordre u^ kvjinrvi , qui li souhaidait , ce que point ne cuidoient les flgSBfSï fù jugié avoir le poing dextre copé et son chef séparé de son corps ; aius le lairron icelui Moysan eu sa descente aux enkn (')-

Icelnt qui conseilla ledit Moysan, IMerre Tourneminc, ot prouOt du meurdre un temps; mais icelui ({ui règne èscieux

(*) Rotiand Moysan fui jugé au cbàteuu oi exécute sur la Place du Champ (Je Dinan.

en arresta le cours, car Robert Beaumanoir, qui graud cœur avait 9 ayant sang de Beaumanoir, et qui moult courfoucié étoit, ayant fini le tombel de son ami et chîer frère, et que clergié ot béni son tombel lez les reliques de Saiut-Magloirc qui de Jersey portées furent à Léhon, quant le duc Pierre Mauderc illec fonda ladite abbaye (*), Robert se départit pour Vannes et ala trouver monseigneur Jehan, le gentil duc, moult vaillaflit prince. Si se humbla et lui dit : Sire, je illec suis venu pour bailler pleidge de bataille ou sire de Tournemîne qui fist murdrir Jehan de Beaumanoir, mon frère, et entre tandis que il raconte que moi auroit faict occir mon dit frère. Ah bien, sire, n'en cuidez néant, mais se il vous plaist chargier un hérault qui trouver aille ledit Tournemîne pour illec apparaître et combattre en contre moy en champ clos, por que Ton vist qui a droiture en son esciâA. Li vaillant duc à ce respondit^^^chicz , Beaumanoir, de vous accorder avecques Tournemiiie , car moult vous prise tous deux ; si jK)urtant en accord rie povcz, vous lairrai combattre, quant orcz fait serment de le faire loyaument. Si bien est dit, noble duc, et grande liesse accordez à ma vie que cette -puissance de combattre, car ac^ cort ne peu avoir avec icelui qui tant a navré ma vie.

Après que Tournemine ot comparu, si en advint nombre d'ajournements, tantôt à Vannes, à Reunes et enfin à Nantes • pour le XXe jour de décembre de Tan 1386 et fû choisi la place du Boufl'ay, pu dit Nantes , pour faire la bataille octroyée par. . le noble duc dont était appelant Robert Beaumanoir et le defendant Pierre Tournemine. Le vicomte de Rohan donna pleidge de 20,000 livres d'or iK>ur Jehan de Beaumanoir et

(*) L<* monadlèrc du Léhon fut Tonde en 850, par Nomîii. ë, rui de Brclngne.

Jehan de Tournemino fiour Pierre Tourneinine bailla 20,000 livres.

Et quand nfrënt rendus Beauiuauoir et Tournemine ou dit ajournement de Nantes, pour illec faire leur devoir de la bataille, par devant le noble duc , monseigneur Jehan, dit le cohqaérant, et qu*armés furent, Tescu au col et la lance au poing, si vous dirai de Robert Beaumanoir que ala oyr la messe et se oonfessa aussi. Ensuite disait à part soi : Mon Dieu , qui mes péchiez cognoissiez, vouliez ai'ier qui a droicture. Enûn (inalement Robert le premier entra dans la lyce et monté étoit su r up bel dextrier et moult noblement étoit armé. Un hérault dauna pour le sire de Tournemine qui , à Ij^ tierce fois, se présenta. À donc les deux champions arrivés; et que maints plaisants tours avoient faicts, salué monseigneur le duc et la duchesse, les barons, les écuyers et li bourgeois, cils combattants descendent deçheval pour Tun et l'autre jurer, faire serinent sur les reliques et sur le livre missel que point n'avoient sorti ne charmes en leurs armes, et encore jurèrent sur saint évangile que avoient chacun bon droict. Puis après, mcmtent surleurs chevaux, qui tenu étoient pour chacun par deux chevaliers, à Tan bout et à l'autre du champ qui , tout à lentour, entbtiré étoit de manants de la cité de Nantes et partout sur les loicts des maisons en étoit couvert. A donc le maréchal ou doc dit par trois fois : laissez-les aler. Et commença la bataille et àocouri Tun à l'autre et se férirent moult fortement sur leurs armures sans cognoitre qui avoit du pis ; mais Robert tant bes^Jgna que son ennemi fatigua et tant fatigue fû icelui Pierre Tourhemine que se déclara Vaincu. Le duc manda Ifliérault Je écrier que Rol)ert moult vaillamment avoii faict ses pivuvï'S.Le corps de Tournemine gissoit comme mort audit champ; conduit fù hors de l'huis, et , jugé aux dépens, aloit être pondu Sfdon la volonté du duc ; niais Rolxul si s'ag<MiouiUa dovant

monseigneur et demanda que pendu ne fû , dont moult le flt a louer, si que ses amis moult le honourèrent.

Cy finit le combat qui eust lieu le XX^ jour Atlécembre de Fan de grâce 1386, dont Robert Beaumanoir yssit victorieux. Veuille notre dame benoicte la Yiei^e Marie prier son doux fils que pardon octroyé k icelui qui péchiés commit.

Page 1