‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 12 sur 46 · SAINT BRIEUC · texte numérisé non relu

SAINT BRIEUC

Fondatcnr de la ville de ce nom.

BRIEUG (Briomagle ou Yriomacle), fondateur de la yille qui a conservé son nom, était fils d'un seigueur de grande distinction^ nommé Gerpus, qui habitait la Grande-Bretagne. Sa mère s'appelait EIdrude. Ses parents étaient livrés à l'idolâtrie, lorsqu'il naquit vers l'an 410. Il fut élevé dans la mai-* son paternelle avec beaucoup de soin, jusqu'à l'âge de vingt ans, époque à laquelle, ayant été présenté à saint Germain d'Âuxerre, qui se trouvait alors dans la Grande-Bretagne, œ-^ lui-ci, frappé des heureuses dispositions de Brieuc, l'accepta pour disciple et repassa avec lui sur le continent, vers la findel'«p430.

Brieuc, sous cet excellent maître, fit de rapides progrès dans les lettres et dans la vertu, ce qui détermina saint Germain à lui conférer les ordres sacres. Investi de celte nouvelle di- {îuité, le disciple criU que le premier usage qu'il en devait faire

êUiil de retourner dans son pays arracher sa fatnilleaux erreurs de la gentililé, auquellos se mêlaient déjà quelques pratiques d*un christianisme grossier. Saint Germain le fortiûa dans ce dessein et lui donna un compagnon de son choix. Il partit et arriva dans son pays le l^'" janvier. Son père et sa mère* selon la coutume, avaient réuni , dans une fôte qui dtirait trois joui*s, leurs parents et amis, et tout «'aliandannaîent à une joie extravagante^ suscitée par les excès de toute nature, La gaîté des convives augmenta lorsqu'on eut reconnu Brieuc» Mais celui-ci invité à prendre part à ces plaisirs, leur répondit avec douceur et modestie « qu'il ne pouvait participer à cette fête des démons, sans renoncer au vrai Dieu qu'il adorait; et que le baptême chrétien qu'il avait reçu, ne lui permettait pas de se souiller de leurs superstitions impies, n II leur prêcha ensuite la religion chrétienne et. fut assez heureux pour édifier plus tard plusieurs églises en divers cantons. Il mit surtout une application particulière à riûstruction deson père et de sa mère, qui, « par un saint re* tour, devinrent l'un etraulre les enfants spirituels de leur (Us. «Ce fut principalement d*eux qu'il reçut le secoui^ nécessaire pour bâtir une église dans un lieu désert, nommé Gnuide Lande, où il assembla en fort peu de temps de nom-* breux disciples, auxquels il donna ef^t suivre la règle qu'il ' re^*ue de son maître saint Germain, et que celui-ci lui a- ^^ii lait pratiquer.

M séjournait depuis longtemps dans ce monastère, lorsqu'il j'MK iii le projet de passer dans rArniorique, pour le salut d*un , I nombre de s(ïs habitants. Il s'embarqua donc avec cent sorxantiD de ses disciples, vers Tan 480, et vint aborder dans Taocien diocèse de Léon, d'où il s'avança par terre jusqu'à la rivière de Jaudy. dans le pays de Tréguier. Il y convertit, dit-on, à la foi chrétienne, le comte du pays, nommé Conan, qui loi fournit les secours nécessaires pour construire sur

ses terres, en un lieu nommé Lindebaëron, un monastère qu'il gouverna jusqu'à ce qu'informé qu'une peste sévissait sur son pays, il partit , à la sollicitation de plusieurs de ses habitants, pour l'aller délivrer de ce fléau.

Le but de son voyage ayant été atteint, Brieuc revint en son monastèrô de Landebaëron, où il demeura encore quelque temps; mus, s'étant aperçu que sa présence était à chaîna quelques religieux imparfaits, il laissa pour abbé de cette maison un de ses disciples, et vint par mer, avec 84 religieux, qui consentirent à l'accompagner, suivant toi^oars la côte de TOccident à TOrient, au port que forme l'embouchure de la rivière de Gouel{*).

a Ce lieu n'était pour lors qu'une affreuse sollitude etun profond désert, qui n'avoit pour tous bastiments que des bois, des rochers, des montagnes et des vallées ; bref, une vaste foret, et pour hoste, une infinité de bêtes sauvages de diverses espèces. Brieuc regarde et considère attentivement ce séjour et ce climat; il trouve l'aêr fort tempéré, doux e( salubre, la situation agréable ; il void ce terroir arrosé de plusieurs belles

(*) C'est à loi 1 que qudquesj^Monnes pensent que le mot Gouet est une oor- ^ rupiion du mot coat qui veut dire boit. Gouet fient du mot hrelon goad, qui si- ' Qu'iùesang; et les Romains, en transportant ce mot dans leur langue, l'avaieDl rendu parsanguis et sangua, Deuenitadjlumen (S.-Briocua) quod vocatur soMm guis, La rivière de Gouet signifle donc rivière du tnng, '^'^ ^

On a longtemps cherché Torigine de ce mot. Voici celle qui nous semble la plus rationnelle : • Les payeos, avoient certains antres et bocages sacrés dédiés à lears » divinités imaginaires, dans lesquelles il y avoit des oratoires etdes autels où ils

• offroienl leurs abominables sacriflces. Or, on sait que les costeaux de cette rivière » estoient plantés de bois, comme ils sont encoreaujourd'hui en plusieurs endroit!. » Les peuples d*alentour, vivant jusqu'alors dans l'erreur, avoient quelques lieux

• de caste qualité proches de ceste rivière consacrés au culte de leurs dieux, où ils » csgorgcoient leurs victimes, dont le sang découloit dans ccste rivière et souvent

• on rougissoit les eaux. • {Delà Dcvison, i62G).

fontaiu€Sj onlourc de deux gentilles rivières, le Gouel et \ç Goêdy^ un heau port (appelé jadis le porl de Cessou, aujoiir- (l'faui le Havre du Légué) ; les vallées d allenlour emichies de telles prairies. H juge ce lieu devoir ôtre fertile et regrette que rifiduslrie et le bonheur de quelques habitants u'a eu soin iU^ fe cultiver,

» En dfccouranl de ces chot^eîî avec ses religieux, Bricnc fut fortuitement apereu par un chasseur poursuivant une beste, ItHjuel appaitenoit au comte Rigual^ seigneur du pays, qui |ioor4ors habitoit celle coste, faisant sa demeure en une maisein qu'il avait fait basûr dans la foresl, à dessein d'y passer <|uelque' temps de raunée pour jouir plus à souhait du conten- U'iBéiit do la chasse. Ce veneur l'ayant découvert avec toute sa compagnie, qui estoit de quatre-vingt-quatre honmies, comme Bous lavons desjàdit^ gens du tout incogneus, habillés dune l»ieu étrange et non encore vue en celte contrée, s'en va iUvii aeux, el, les ayant abordés, s enquiert fièremenl qui les GDÊDDjt en un lieu si retiré et à Tescuirt, de quel quartier du mofideet de quelle profession ils estoienl..

• Le saint lui fit lmail>lement response qu'ils estoienl de

Hawvres religieux d'outre-mer, qui n'avoient autre profession

<|»edadoror el servir le vrai Dieu^ et ipio, pour cet eiîet, ils

h^ * ' 1 1 dans celte soltludè quelque lieu propre pour y bas-

^uu -Kïit»ire. afin de vaquer plus tranquillement à Toraison

'titi\ exercices de piété. — Geste douce response n'empes--

> qu'il n'eulrast en s<nn>^'on que ce ne fassient des espion»

i|UtettSfteul quelques mauvais desseins, La^ nouveauté de cel

tubîl el le ^and nombre qu'ils estoient lui engendroîl ce

» ^j i.>i 1» Mil quoi, dissimulant ce (ju'il avoilsur le cœur, il ùm ra h bride abaltue en advenir ^on maître, lui fait le récit èi^reiicoutre* du lieu où ils les avoil trouvés, savoir, dans

le bois, sur le bord d'une fontaine, entre deux vallées (supi bioœ valUs fontem residere nuntiat ] .

» Ce seigneur commande aussitôt à un nombre de ses gei de monter à cheval, et de s'en aller bien armés fondre sur et à toute bride, et, sans les reconnoistre, les charger et chass( hors des limites de ses terres. A peine ses satellites furent-i hors du logis pour accomplir sgn commandement, que comte se sentit saisi d'une forte douleur dans tout le corp Craignant qu'elle ne fust un juste châtiment de Tordre sévèï qu'il venoit de donner, il fait promptement monter k chevj de nouveaux gardes, avec le commandement de devancer U premiers, de ne faire aucun mal aux étrangers et de les inv ter au contraire à se rendre chez lui. Bricuc^ rassuré par paroles des envoyés, de la crainte que lui avoit d'abord inspi leur armure, prit douze de ses religieux et s achemina vers chasteau de Rtgual. A peine celui-ci Feut-il ai)erçu, qull reconnut pour son cousin-germain (consobrinus, enfant di deux sœurs), lui lit l'accueil le plus cordial, bien qu'il soulM beaucoup dans le moment. Brieuc, à qui il se livra sans n serve, le guérit promptement de ceste indisposition. Pourli en témoigner sa reconnoîssance et fixer près de lui un parei qu*il affectionnait autant, Iligual lui donna en pur don, à li et à ses religieux, à i>erpéluité, sa maisoD et sa terre du cham du Rouvre (aulam campi Roboris), sans en rien réserver excepter, pour y fonder et bastîr un monastère, et se retira i tre pari pour y faire sa demeure, afin de lui en laisser plus U bre jouissance,

» Incontinent qu'il se vit en possession d*un si grand do maine, Brieuc ne [lerdit pas de temps, ains mist la main l'œuvre à bon escient. Son premier ba^timentfut unechapeU proche de cette fontaine» sur le bord de laquelle il avoit laiï ses religieux, avant que partir pour aller trouver le comte fU

gual;eUe retient encore aujourd'hui son nom et s appelle la fontaine Saint-Brieuc, située entre deux petits vallons. Sa source est fort vive et grosse, l'eau fort transparente et agréable au 'goût. Son ruisseau va coulant en une petite rivière qui est au-dessous, aujourd'hui vulgairement appelée la rivière de

'âonet.

» La solitude du lieu, la proximité de l'eau, des pierres et autres matériaux qu'il trouvoit-là en abondance, l'obligèrent d'y bastir ; ce qu'il fit encore à dessein, afin que les moines ne fussent point distraits des exercices de la religion, pendant qu'il s'occupoit de la construction d'un entier monastère. De celle de ce petit oratoire, il passa sans délai à l'édification d'un oouYent qu'il bastit dans le palais même que Rigual lui avoit wmné, et qui a été depuis le manoir épiscopal (1626). L'onwage parachevé, il se vint loger dedans avec tous ses religieux.

t On voit encore au chœur de l'église cathéilrale (1626) diverses tapisseries, dont l'une représente Brieuc, accompagnés de ses moines, au milieu d'une ép^iisse forest (sylvam deBsissimam ), et tous ensemble, avec des artisans, arracfiants des arbres, àpplanissants la terre et portants des pierres pour bastir. Cela peut se voir principalement sur la troisième tapis- «cie, vers la fin de sa vie.

* » Le pieux fondateur de ce monastère s'y appliqua avec ses disciples à instruire les- peuples voisins, à détruire les restes d'idolâtrie qui subsistaient encore {Kirmi eux» et à déraciner les vices que l'ignorance et la superstition y avoient introdoils. ItH célébrité de ces pieux solitaires et zélés apôtres atliia.uue foule de peuple. On s'empressa de former des habitations autour de leur demeure , pour être plus à même de j»X)fiter de Jeui's instructions et de leurs exemples. »

Brieuc introduisit dans son monastère la règle qu'il avait

ilonnce à celui de Grande-Lande, et qui consislail priiicipâlo*ment dans Tabstinence, — le travail des maias^ — le renoa* cement à soi-môme, — le chant des psaumes, — Téloigne* ment du monde, — et la simplicité dans les vêlements. Sop parent RiguaU après lui avoir cédé sa demeure et sa terre du champ du Rouvre, s élait retiré en Hillion, au lieu, nommé Coz-Graou ( vieille étable , ancienne villa romaine, que l'on croit être aujourd'hui le village de la Grand'Ville, donnant sur la baie de Morieux). Se sentant prèsde mourir, il le fit appeler pour lui administrer les derniers sacrements. Brieuc, âgé d'environ 90 ans, ne pouvant s'y rendre à pied, s'y fit conduire en charrette, suivi d'une troupe de ses religieux. Rigual, par reconnaissance, lui donna son château, le domaine cultivé par ses colons et la seigneurie de toute la paroisse. Le pieux vieillard ne lui survécut pas longtemps : il mourat Vers l'an 502.

Il parait ressortir de ces diverses citations et de recherches faites sur ce sujet, que l'an 480 fut l'époque vers laquelle Brieuc aborda avec ses religieux h l'embouchure du Gouët ;-^ que le lieu où il s'arrêta d'abord fut un double-vallon où se trouvait une source abondante, dont on a fait depuis la Fontaine-Notre-Dame, et très-près de laquelle se trouve une autre fontaine qui porte encore le nom de Saint-Brlenc ; — que la demeure du comte Rigual était située dans la plus belle partie de la forêt, que remplace la ville de Saint-Brieuc, sur le lieu occupé aujpurd'hui, au sud de la cathédraTé, par l'ancien manoir épiscopat ; — que ce fut là que Brieuc bâtit son moaas^ tère, après avoir construit un oratoire prèslaFontaine^Notre- Dame ; — que ce fut à Billion que se retira iRigual, dans une ancienne villa romaine, noflimée Goz-Graou ( Yieille-Etable), qui avait dû, deux ou tisois siècles avant, servir de demeure aux dominateurs du pays, et qui avait pu, à l'aide de réparations, recevoir le. nouveau comte ; — çnfin, que contrairement

àropinion deDargentrë, et quoi qu'en dise Ptolémce, qui lui donne lonom de Bidue ou Bidace, il n'existait sur l'emplacement de cette ville qu'une vaste foret, et qu'aucune agglomération d'habitants n'y avait encore été signalée.

Ch. LE MAOUT.

iQQJgftll,, , g^l ,

MIMHY - TRÉGUIER.

-^leMinUiy dépendait autrefois de Tréguier ei formait la plus ancienne et la principabdei trois paroisses qui composaient cetl^ tille avant la résrolution. Son nom ^tsiAs doute du privilège dont il jouissait; car on sait qu*on appelaiiainsi un iiiiooQsacrépar la demeure ou la pénitence de quelque saint personnage, et que b criminels ou les accusés qui pouvaient s*y réfugier, avant d'être atteints par la JMliM, y jouisiateot du droit d'asile : usage qui pouvait donner lieu à des abus ,' ■aiiqii se troaviUt en quelque sorte nécessaire dans un temps où Tarbitraire, cterçttit sa joridiction sans formalités judiciaires, et ^rtani souvent ses juge- ^^tÊlMabirato , immolait hi&k des innocents à sa vengeance. Cette paroisse, ainsi <|ie les deux autres, dépendait 'dti ekâi^ltre de Tréguier, et ses chanoines en furent h carés primitilii. Vais plus tard , afin d'avoir le temps de vaquer librement aux tecUons de l'office canonial , ils se nommèrent des curé$«f ii^ires , ainsi qu'ils sont appelés dans un ancien mémoire de la communauté de ville , et ils les chargèrent de rtdministratkm spirituelle de ces paroisses.

Apfès la révolution de 1793, le Hinihy fut séparé de Tréguier et érigé en succur-

Mfe. Il reçut alors pour église paroissiale la chapelle' dé Kermartin , qui* selon une

viiHediféiifqae, se trouvait anciennement au bout d'une chênaie , servant d'ave-

QSpmdiàleaa du côté aqrd-est. Cette chênaie a disparu ; à peine aujourd'hui en

fcMd-fl quelque trace dans le placttre , au-dessus du presbytère. Cette église , avec

les aocroissemeQU qu'on y a faits en 1819, n'est compasée que d'une nef de vingt-

mîinèirel de long sur huit de large; point d'aile ni de chapelle latérale. L'opî-

nioo poMique est qu'elle a été bâtie par saint Yves ; et son testament prouve en

effet qu'elle a été fondée par lui en 1293. Elle appartient donc aux beaux jours du

régne ogival: ses fenêtres en portent tout le caractère, et celle du fond de l'autel

surtout est magniû4iie et ornée de superbes rosaces. Cette église est voûtée d'une

HKiiiirre solide cl irgulicro. De divers faisceaux de colonnellcs, Ugcrotficnl sâil- JciiUcs sur les parois des iongères, et surmontées d*un chapiteau unique, se déta* client cinq nervures, dont les deux plus excentriques, demeurant engagées dans la muraille, forment une arcade qui soutient le bord de la voûte. Celledu milieu joint en droite ligne sa correspondante du côté opposé, et les deux autres se dirigent obliquement vers un centre commun, à trois autres nervures, qui se servent ainsi d*appui mutuel. Dans la partie nouvellement construite, on a tâclié d*imiter en bois les dimensions de ranciennc.

Le retable de Tautcl est lout-à-fail moderne et orné de quaVe pilastres, avec piéijestaux et soubassements , et surmontés de chapiteaux composites soutenant ùq entablement. Dans rentre-colonne à gauche, est une statue de la sainte Vierge , & laquelle Téglise fut primitivement dédiée. Dans celui de droite, est la statue de saint Yves, dont le nom ici semble avoir prévalu sur celui de l'ancienne patronne. Au fond est un beau tableau de la cène. Autrefois l'église était partagée en deux, par une belle grille en bois de chône, élégamment sculptée. Elle a été retirée en 4819. Le bénitier à la porte du sud-est mérite d'être remarqué; ilfhit partie intégrante d*un des faisceaux de colonnottes dont il a été parlé plus haut, et forme sur eOet ' un petit bassin demi-circulaire , ayant le dessons orné d'espèces de figoresd^oges, dont la peinture ou le badigeon a presque eifacô les traits. Auprès de la chaire, est un grand tableau , où le testament de sairrl Yves est écrit en entier;. il est dite éif vendredi après la fôte.de saint Pierre-aux-Liens , Tan du Seigneur 1297 ; mais oellt' copie est moderne. La sacristie paraît n*6tre que l'ancien Tetflibule, auquel on a ajouté un petit appentis. Il faut y remarquer la belle arcade ogifale qui iormail autrefois l'entrée. Elle est toute ornée de dentelures ; et la pierre qui feit le point de réunion entre les quatre nervures delà toute, est aussi embellie d*un simulacre de la couronne d'épines dé Noire-Seigneuri On oÀnserve dans cette sacristie les débris du bréviaire de saint Yves. C'est un manuscrit sur vélin , qui égale presque en netteté nos chefs-d'œuvre typographiques. '

A l'extérieur, les murailles de celte église sont flanquées de renforts régulièrement échelonnés pour soutenir sans doute la pesanteur ou l'action répulsive de la voûte. Le clocher, sur le portail, au bas de la nef, est terminé par une ûèclie, d*abord pyramidale; et enfin tout-à-fait conique. H parait que celui qu'avait bâti ^int TTes. ne dura pas longtemps, ou qu'il ne l'acheva pas; car les archives de la catliédrale de Tréguier portent qu'en iAi%,/ul achevée la tour de saint Yves de Kermarttn , laquelle contenait cent toises ; tt quefut^ayé rariisaii Alain Ménou {ou Mérou), d raison de 40 sous la toise; qu* elle fui construite par les soins de messire Yves Lavec, gouverneur sous messieitrs du chapitre, Mais les fondations manquant de solidité, cet ouvrage n'eut pas la durée qu'il devait promettre. Dès la (in duWiiisiècle , il fallut démolir la flèche , et la ba^e môme l'a été en 1819. époque à laquelle a été bali le clocher actuel.

En avant du portail , on aperçoit dans le cimetière un monument de pierres gri-

sàlres : c*e&l un carré long, avec divers ornements sur loiiles ses faces. Plusieurs voyageurs l'ont pris pour le mausolée de sainl Yves; mais ce ne peut être qu'un monuwenl en son honneur, car on sail qu'il fut inhumé dans la cathédrale deTr^ guicr. Jusqu'en 1810, ce monument était surmonté d\m loil , et le jour de la procession du saint, l'on y déposait ses reliques pendant (pi'ou chantait la grand'messe

Quant à son manoir de Kermartin , il a été rebâti en 1854; , et Ton n'y retrouve plus, ni ces cheminées rondes et élancées qui dominaient le toit, ni les portes ogivales ornées de cordons et de moulures , ni les fenêtres goliiiques coupées au milieu par des croisées de pierres , ni aucun de ces caractères d'architecture qui annonçaient assez une construction du XII* siècle; il ne lui reste plus de son antiquité que le lit du saint, couchette vénérée, fermée d'un volet, au milieu duquel se trouve une ouverture remplie de petites fenêtres ogivales et d'autres découpures SOUiiques. Les ravages causés par le temps et par la piété des fidèles qui en déta- <teDl des morceaux pour les emporter comme des reliques, ont déjà nécessité quelques réparations. Au-dessus de la porte d'entrée est une inscription gravée sur une tablette de marbre blanc, pour attester aux générations futures que c'est là qu'est né et mort saint Yves. Pour la fpalsoo adyacen te à l'église, et qu'il dit dans son testament avoir bâtie lui-même de son propre pécule , quasi-castrense , elle existe encore avec toute son antique physionomie, si ce n'est qu'on lui a otivert le flanc pour y établir une boutique; et dans tous ces lieux , ainsi que dans les environs , on trouve partout non-seufement des souvenirs de son séjour, mais encore de sa duritèet desa^tertu miraculeuse; et ils ont excité et réveillent tous les jours la plus grande conGance au fond ^es cœurs. Oui> saint prêtre de Dieu (*), magistrat intègre, brûlé du zèle de la justice , votre mémoire ici est toujours en bénédiction. U jtate opprimé vous invoque; l'iigriculteur vous demanda un temps favorable; le pauvre promet vos faveurs en sollicitant l'aumône; et le marinier, passant sous le docber de votre église qui domine les bords du Jaudy\ chante votre nom et implore votre protection contre les dangers de la mer et la fureur des éléments.'

VAhhé U***. •

I*! Belec santcl da Zouc.

La Pointe d'Audierne.

Aucun lieu du Finistère n'est plus orageux que cette extirémité du monde. La presqu'île d'Audierne est terminée par. deux caps élevés, la Pointe-du-Croissant et le Bec-du-Raz, entre lesquels est la baie des Trépassés, ainsi nommée du grand nombre de marins quen iout temps tes tempêtes ont engloutis dans ses eaux. La pointe du Raz a plus de trois cents pieds d'élévation : c'est un immense rocher battu par des Vâ^ gués d'une force extraordinaire, et qui, un jour peut-être, finiront par l'user de leur frottement sans cesse répété. Déjà la sape lente et terrible de la mer^a entamé ces roches colossales^ en y creusant des cavernes, des écbancrures, des, précipices effrayants. A voir la violence que l'onde en courroux déploie dans ces parages, on se persuade aisément que ce promontoire tenait jadis h l'île de Sein et que la fureur des flots l'en a séparé à une époque inconnue.

Entre ce cap et l'île sauvage de Sein, se trouve la passe da I\az, passage effrayant, puisqu'une fausse manœuvre, un vent contraire, la moindre faute, le plus léger accident jette un navire dans des abîmes où* il périt corps et biens, sans que nulle

force humaine soit capable de Ten tirer. Aussi les matelots uo s'engagent jamais dans le Raz qu'en priant Dieu et Notre-Dame qu'ils daignent les aider, le proverbe étant parmi eux qu'aucun ne Fa passé sans mal ou sans crainte. Selon le témoignage des bonnes gens du pays, on y entend tantôt les hurlements du diable, tantôt le chant perfide des sirènes, et toujours les accents douloureux, les lamentations des infortunés que les naufrages y ont fait périr et qui implorent incessamment les secours de leurs camarades, fatigués qu'ils sont d'être ballotcs par les flots et privés de sépulture. Leurs ombres s'appellent orierieB : ce sont les soupirs qu'elles poussent qui causent le murmure précurseur de l'orage ; c'est à leurs gémissements qu'on attribue le mugissement de la mer à l'approche des tempêtes. Les gouffres de Çarybdes et de Scylla , si célèbres dans la mythologie romaine , furent-ils plus rédoutés et plus redoutables ! ils n'ont jamais été pour les riautonniers d'une aussi

affreuse réalité que le Raz d'Audierne.

Cette pointe audacieuse , qui semble défler l'océan , est remplie de curiosités^turelles vraiment extraQrdijuairçs : le physicien, legéol(^ue, le botaniste y ont mille ï^a^etés à voir. C'est aussi dans ces tristes parages qu'est ce fameux gouffre nommé l'Enfer de Plogoff, abime effrayant dans lequel s'élai^çept les vagues avec une impétuosité, un bruit qui mugit au loin comme le&rait une immense cataracte. On croirait que les parois du rocher du gouffre sont ébpnlées du choc qu'elles reçoivent, et le jeu du tourbillon, couvert 4 écume et de vapeurs, paraît unpruner une oscillation au çoc rougeâtre du fond de ce tartare des eaux, antre caverneux visité par les mauves et les cormonns, dont les cris aigus se confondent avec le bruissement tumultueux des flots.

Le vieux sol de cette contrée est couvert de: nombreux témoignages attestant l'existence d*un peuple qu^ n'est plus : tels

sont ces autels druidiques, ces temples chaini)etres du polyihéisme des Celtes, cette voie antique appelée en breton Hent- Ahès, chemin pavé, large de soixante-dix pieds, et dont on aperçoit les vestiges depuis le bourg de Cléden jusqu'à la baie des Trépassés : c'était sans doute la voie par où les peuples du continent se rendaient à l'île de Sein, renommée par les mystères et les prophéties de ses neuf prêtresses.

Je me suis arrêté longtemps sur le haut de la pointe du Raz ; aucun site ne se prête mieux à la méditation surles révolutions du globe : un des instruments de leurs vicissitudes est étalé devant vous; et de quel terrible spectacle il vous rend témoin ! C'est l'empire de l'eau déchaînée contre la terre ; c'est l'éjiem* pie du ravage de ses fureurs passées, qui ne vous fait que trop péniblement pressentir ce que détruiront ses fureurs futures.

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