Forêt de Paimpont. — Compert. — Conooret
Le plus curieint maimmeiil de Sainl-Màlon est sans contre-
hit ce tombeau de Merlin que nous avons déjà suffisamment écrit dans un article précédent. Nous avons parlé de la l'orme ^singulière de ce dolmen, composé de deux pierres verticales H|ui se joignent par le sommet, sans table horizontale qu'elles sôuiiennent : celui qui me le montra me dit qu'il n'était ainsi que depuis quelques fouilles qui furent faîtes en ce lieu pour chercher un trésor ; je le crus sans examen et je passai ou- . Etant venu depuis a causer sur ce sujet avec le modeste et vaut glaneur celtomane ,que tous mes lecteurs ont déjà de-ïïéy il parut touché de. ce que je lui dis, touchant la forme ac- Ile de ce dolmen, et me demanda si bien réellement mon rone m'avait dit qu'il en eut jadis été autrement. Là-desil uie parla de quelques monuments de ce genre , parfaitetnent semblables à celui de Merlin, et particulièrement d'un n découvert par lui aux environs de Tréyastel, qui tous raissaient avoir reçu cette forme de ceux même qui les avait vés. Effectivement, plus tard, en consultant les souvenirs |>eu vagues que j'en ai conservés, j'ai pu me convaincre le tombeau en question ne |»ortait aucune trace de l'effraclion dont me parlait le cicérone, et que par conséquent rien était plus plausible que la conjecture de mon ingénieux inloculeur. Il est vrai que si je voulais soutenir Topinion conire» j'aurais pour moi l'autorité précitée et celle d*un artidu Lycée Armoricain, qui est parfaitement identique : c'est point que je laisse à décider au premier qui pourra voir par lui-même le monument, et je passe à un autre sujet. La forél de Paimpont ou de Brécilîen, à quelques pas seulement du tombeau précédent, est le principal séjour et le quar-^ NKr-^éEiéral^ si je puis m'exprimer ainsi, des nobles chevaliers
et surtout des puissants enchanteurs de la Table Ronde : au&sj
n'est-elle pas restée au-dessous de ses ^redoutables hôtes.'*
Pour peu que Ton accomplisse quelques cérémonies indispensables, une profonde obscurité enveloppe la forêt, les arbres paraissent tout en feu, d'affreux hurlements en ébranlent les échos, des monstres dévorants en parcourent les profondeurs, de hideux serpents enlacent de leurs replis tous ces troncs enflammés : — tel lieu est si sacré que la bête venimeuse qui s'y aventure tombe à l'instant frappée de mort par une main invisible. — Tel était le prestige efl^rayant dont la chevalerie errante, et avant elle les croyances druidiques, avait entouro cette Brocéliande si mystérieusement lugubre : à quoi faut-il l'attribuer, cette prédilection des conteurs du moyen âge poiEi^ une obscure forêt de l'Armorike? C'est un problème que résoudra facilement quiconque aura vu cette antique forêt, qui; dl« son nom et de son immense étendue, n'a conservé que lé noxn de Brécilien et quelques lieues carrées ; parcouru ce sol viei^« où l'on faisait des lieues entières sans découvrir Tempreint^c d'un pas humain ; compté ces nombreux étangs dont Vem^^ stagnante et sombre reflète la verte immensité qui les encadre? quand toutefois ils ne sont pas à demi recouverts d'une coucb^ d'herbes aquatiques ; quiconque enfin aura embrassé du re- ■ gard cet océan.dc feuillage qui n'apparaît plus au fond de l'horizon que comme une vapeur azurée, n'aura pas de peine â comprendre pourquoi ce nom de Brocéliande se trouve mêlé aux plus doux souvenirs, aux drames les plus terribles de ces histoires fantastiques.
Les ombreuses retraites témoins des doux serments de Merlin et de Viviane avaient la réputation de servir de prison anx amants qui s'étaient parjurés. On y trouvait le val des faui i amants, où le chevalier infidèle à la foi jurée ne pouvait pénétrer sans se voir aussitôt enchaîné par un pouvoir invisible qui
Menait eternelieiîient eaplif. Malheur a rimprutlenl t|iii a é franchir leticeinle du Val-sans-Rctour ! A îM?ine s'y esl-il reolui^, que tous les arbres se melleiit en mouvement et se nipproehent les uns des au 1res pour lui fermer le i>assage. Toute retraite est fermée au sacrilège ; il ne peut échapper, et |)our punition, il restera des siècles entiers saisi entre les troncs maudits qui l'ont serré de leoi's cruelles étreintes.... La tradition est aujourd'hui conqdètemeiit muette au sujet des teux que nous venons de citer ; sans doute elle ne s'est jamais rcupee de se rendi*e compte a elle-mf me de remplacement IJuVllclèur assignait. Tromi>e ar des indications erron nées, ou plutôt mai comprises, je m*égarai dans la foret, et après , une marche longue et fatigante sous un soleil brûlant, je parhim k en sortir et je me trouvai à Coibois, presque au même I endroit où je l'avais abordée. Pour éviter le retour dune semblable méprise, je descendis par le village de la Bour<|onnais au ruisseau de Comper, que je remontai en suivant une file tl%ngs alimeulés par une eau conmmne, et qui me conduisit <^ï»iin sur la lisière de la forêt. Je venais d'entrer dans le Morl^ihan, et je fus bientôt devant une de ces vieilles forteresses lïrelounes qui, majestueuses encore jusc[ues dans leurs ruines^ nous commandent une admii^ation involontaire; — Jetais îwrive à Comper.
Camper qui, dès le sixième siècle, était déjà, s il faut en j croire les naïfs chroniqueurs plusieurs fois cités dans le courant [rfe t'es esquisses, le séjour favori de la belle fée Mélusine ou in, s*est rendu plus célèbre dans les guen^es de la Ligue rôle qu*il y a joué. Les ligueurs bretons l'avaient enlevé au jeune fils de la belle comtesse de Laval : cette dame était ai* mée dti chevaleresque maréchal d'Aumont, commandant des foroes royales en Bretagne, lequel ne crut mieux pouvoir ser^ vir les intérêts de son amour qu'en amenant Tarmée royaliste
SOUS les murs deComper. Il était sur le point de la prendr^^^^ quand il fut atteint par les assiégés d'un coup de feu qui E. ^ renversa dangereusement blessé : il alla mourir à Rennes, ^^ ^ l'armée assiégeante, consternée d'une telle perte, ne song^^^^ plus qu'à lever le siège. Ceci se passait en juillet 1595 : au mois de novembre suivant, le marquis d' Andigné de la Chasse, qyM. m s'était ménagé des intelligences dans Comper, profita d'ius instant où la majeure partie de la garnison était absente, pénétra dans la place, en chassa les ligueurs, et en reçut le gouver — nement de Saint-Rue, général des armées royales.
Aujourd'hui Comper n'est plus qu'une ruine, frappée com — me elle l'a été par le marteau des niveleurs de 1793 : ^ine en—' ceinte vaste et carrée, des murailles couvertes d'un épais ri- — deau de lierre et flanquées de quatre grosses tours dont quel- — ques-uneâ sont de véritables modèles en ce genre, de ponts passant sur des fossés profonds où viennent croupir 1< eaux d'un magnifique étang qui baigne le pied des remparts :^ ~ voilà tout ce qui nous reste de l'antique forteresse de Com- — ' per. Le propriétaire actuell'a abandonné à des fermiers, l'impossibitité d'en faire une habitation tant soit peu élégani ou commode ; aussi la dégradation y va-t-elle un train ma— ^ gnifique, et on n'aura pas de peine à le croire, qua^d on aur9 vu comme moi de belles colonnes soutenant une grange don'C la toiture était recouverte de chaume.
De Comper à Concoret il y a à peine une demi-lieue d'intervalle. Les amateurs d'étymologies ne seront peut-être pas fichés de connaître celle que les beaux esprits de l'endroit donnent du nom de Concoret. — Deux gentilshommes se prennent de querelle ; ils se donnent rendez-vous sur le terrain qui envi* roqne actuellement l'église et qui s'appelait alors le pfttis-Ferl: arrivés en ce lieu, ils en viennent à une explication, ite se ré«cQQoUieat, et pour perpétuer la mémoire de cet événement
sur le lieu même s*elève une église qui prend le nom de Con-
ooret à concordià^ dit rhistoîre. — Les inventeurs de cette éty-
Mpologîe n'ont pas invente la poudre, le fait est certain; niais
^pour peu que Ton en ait vu un certain nombre^ on a pu en voir
de bien plus stupides que celle-ci, et c'est déjà quelque chose.
Il existe un proverbe bien connu dans cette partie du Por-
rtioët : Les saints du Coiicoret.... Voicî Thistoire du proverbe:
^inéveque de Saint-Malo faisant la visite de son diocèse, vit à
^Concoret, parmi un grand nombre de statuettes de saints,
iuelques-unes qui lui étaient complètement inconnues. Il en l^mauda Thistoire au curé de la paroisse : Ak I répondit néligemment celui-ci, ces saints-là ne datent d« rien. II y a à Concoret un village nommé La Rue-Eon : c est, diton, la patrie d'Eon de Loudéae, si renommé dans le douzième ^ècle pour ses mystiques extravagances. Il se nommait Eon de Bfelstoile, et descendait d'une famille noble du territoire de Concorei ; ayant plusieurs fois entendu dans les ollices de I eliîie ces paroles : per eum qui venluras est judicare, par ceû i]ui doit venir juger, il confondit cet^um avec son propre rëfiom, et se mit dans 1 esprit qu'il viendrait un jour en sa luallté de Messie, juger les vivants et les morts. Etant parvenu rassembler quelques disciples, il se retira avec eux dans la forêt de Brocéliande, d*où il sortait quand la nécessité le pres- [^t, pour se jeter les armes à la main, sur les habitations voipineset enlever tout ce qui se trouvait a sa convenance ; il enflevait surtout les ornements sacerdotaux, dont il se plaisait à se parer, pour se rendre, pensait-il, plus vénérable aux yeux des siens. Sa renommée s étendit au loin avec les commentaire obligés : on lui attribua des relations avec Tesprit impur et des sortilèges qui eussent pu faire supposer quelque adroite supercberie dont ce fou dangereux ne pouvait être capable. O'itn mot, dit-on, il pouvait faire paraître devant lui des tables
splendidement chaînées ; un oiseau de proie, donné pat im d^ ses disciples à un étranger, avait saisi le bras de son nouvea%^ possesseur et l'avait emporté à travers les airs dans des r^on.^ inconnues d'où rinfortUné ne revint plus. .
Si l'autorité civile avait fermé les yeux sur les excès d'Eor^. malheureusement pour lui l'autorité ecclésiastique lesrx)uvr^ sur ses doctrines. Il fut traduit devant le concile de Reims : î se présenta devant ses juges un bâton fourchu à la main. Lx^. terrogé par Albéric, légat du Saint-Siège et président du concile sur la signification de ce singulier emblème : Les deii:x pointes, dit Eon, qui sont tournées vers le ciel signifient que Dieu est maître des deux tiers de l'univers, et qu'il m'a cédé je troisième : si je tournais les deux pointes en bas, les deu^ tiers du monde m'appartiendraient et je n'en laisserais qu'uc»^ à Dieu. — A cette révélation burlesque, un rire universel éda-^ ta parmi les graves prélats qui composaient le concile : ils coih^ damnèrent Eon, comme insensé à la détention perpétuelle,, tandis que ses disciples furent brûlés vifs comme sacrilèges. Eon avait donné à^s sectateurs des noms aussi mystiquesque sa doctrine : l'un d'eux, qui s'appelait Judicium ( jugement), marcha vers le bûcher en priant le ciel d'éclater sur ses bourreaux et de confondre Tinjustice. Tous les autres moururent avec le même sangfroid, sans qu'il y en eût un seul qui songeât à rétracter ses erreurs. Il fallait réelletnent que ce nouveau culte fut aussi extravagant qu'il l'était pour ne pas prendre un développement efirayant, après avoir joui d'une telle persécution.
 part ces quelques souvenirs d'antiquités et ceux'dont nous parlerons tout-à-l'heure, je n'ai rien vu de remarquable à Concoret qu'un vieux manuscrit déposé au presbytère et que M. le desservant de Concoret eut l'obligeance de me communiquer. Ce manuscrit est tout entier de la main de l'abbé Guil-
lotin, ancien prêtre insermenté, caché dans le pays pendant lorageuse époque de 93. On peut en diviser le contenu en trois catégories : notes archéologiques sur la paroisse et le village de Concoret, -registres de rétat civil, et ce qui est beaucoup plus précieux pour les amateurs de l'histoire contemporaine, on y voit un journal où se trouve consigné, jour par jour, tout ce qui s*est passé de remarquable h Concoret pendant toute la durée de la révolution française. Concoret était l'un des théâtres les plus animés de cette atroce guerre de chouannerie qui fil couler tant de sang en Bretagne : aussi ne sont-ce point les faits qui manquait à l'historien. C'est une chronique nue, froide, impartiale des faits, rien que des faits, pas le plus petit commentaire : on ne sait presque point si l'auteur est blanc ou bleu, patriote ou chouan ; il disparaît tout entier dans son œuvre. A peihe s'est-il permis deux réflexions, l'une en rapportant la mort du fils de Louis XVI, l'autre en parlant de la mort de ce monarque ou de quelque autre événement qui échappe en ce moment à notre mémoire. On n'a donc aucun lieu de soupçonner l'impartialité de l'auteur, et on peut s'abandonner sans réserve à l'impression que fait naître dans l'aine une pareille lecture. J'avouerai, pour ma part, que jamais les brillants tableaux de Thiers et de Lacretelle ne m'ont aussi vivement saisi que ces simples lignes écrites à la hâte par un bon curé de campagne, au milieu et pour ainsi dire en face des événements. En lisant l'histoire de la révolution française, les triomphes de nos armées ou les farouches ovations de la populace parisienne m'ont généralement trouvé indifférent, et j'ai frissonné en lisant cette sanglante et funèbre page d'histoire populaire, ces sombres annales qui ont été pendant dix ans celles de la plupart de mes compatriotes. Je le répète, j'ai fris^ sonné : l'expression ici n'est point exagérée. G. L. J.
Château de la duchesse Anne en Pordie.
Les restes de ce château fort, dont on attribue la construction à la duchesse Ânne^ sont aujourd'hui si peu de chose, qu'ils ne peuvent donner qu'une faible idée de son importance. * Situé sur le Gouët, au lieu dit les Boissières, il consistait en un corps de bâtiments de 60 pieds de façade, élevé sur une émi-nence entourée de fossés. On y entrait par un pont-levis. Il était pourvu d'une prison et de tous les accessoires de ce genre de bâtiments. On a abattu dernièrement la presque totalité des murs^ et une ferme de peu d'importance couvre aujour--' d'hui le sol de l'édifice. En vidant un des étangs situés au-des-sous de ce château, on trouva, il y a quelques années, plu-^ sieurs vases, entre autres une bassine d^ai^ent.
A trois portées de fusil de là se trouve un monticule très escarpé, entièrement formé de quartz blanc, les débris épars de? la tour du château. Cet édifice, qui parait avoir été carré, ne présente plus aux regards qu'un seul pan de mur. Il communiquait, croit-on, par un souterrain, avec le château, et était entouré d'une espèce de camp retranché dominant le cours de la rivière, et difficilement accessible. De ce monticule, qui devait servir de lieu d'observation, la vue s'étend au loin sur toute cette belle vallée. Cette tour, dit la tradition, a dû être démolie à coups de canon qui auraient été tirés du coteau opposé; on a, en effet, trouvé à plusieurs reprises dans le sol, entreouvert par la charrue, un grand nombre de boulets de canon. Il est probable que cette forteresse et le château situé non loin d'elle, auront été détruits vers la même époque et Dour la même cause que la tour de Gesson.
— 2Ûi —
îne mine de plomb argentifère a été jadis exploitée aux Boissiëres, au bas du château. — Nous donnerons ullérieureuient une noUce sur cette mine. Cb. Le lldoiil*
KIXIiERCIfES HISTORIOUËS
Sur les Comnmnes de l'Arroiidissement de Morlaix. ^^H I. — LOCQUmEC.
^^^HVrone de^ plus petites, comminies du département, Loe^]uii'cc pcKtsodc aiï
'^^^fbtoire, beaucoup plus curieuse el plus coniplele que celle de la plupart îles
focattlés voisines. Sous te^ Romains» il y avait ù la poinic non1-e>it, à t|uelifuiuî pas
«ttlennoil du bourg actuel, une position ou cani|^ d'obser^alio»; peul-êlre la ville
, ik|ifnlK»a, appelée dan.s la nolice de l'empire Menutias, occupait-elle cet em]jbi-
^^^Boo sait en eflet que te tkHiron , qui vieut y dèboucbcr, portail d^iiiM Fanli-
^^BK Difin de âieninnus Jlumen, — tes vesli|;es de cette époqtie sont encore
^Bibreux i L^cquirec : des briques romaineft , des morceaux de ciment en profu-
^Bd; diverses sépultures découvertes^ il y a peti d'année.s, à la Palue, avec deux
^BMeue^, quelques armes, un rouleau de monnaies anliques, dont Tune, por-
tint jiour légende Lexobiensis civitas ^ donne quelque probabilité à rextsience
ti^ngtenips problématique de cette cité sur les rives du Léguer. Un voyageur tout
^nt(M. de la Pylaie) a retrouvé des ruines el a même pu dessiner sur les lieux
de ceUe ancienne mélropple enfouie â Coz-Yaudet (cinq kilomêires en
I de Lannion ) .
fm tan 540» GuevroG ou Guîrec, anacliorèle brelon , débarqua sur len cù\en I rAriDorJque et y fonda deux mouaslcres qui ont conservé .son nom : l'un Suirec, l'autre à î^ocquirec; il courul prêcher le Léonais, el revint mourir i wn monastère. Ce monasli^re était situé à IVst du bourg, dans une pièce de terre I porte encore aujourd'hui le nom Iradilionnel fîe Park*4ir-r.ou*?nl : la rlrtfure. ce cbamp el un verger attenant, est une maçonnerie «ecbo, oti se trouvent itilé de débriit de conslrucliou romaine. Sanii doute le saint ermite avait mis â t>uliou , pour réditlcation du couvent, les ruinc>H d'un édilice antérieur. On I rîcn de r histoire subséquente du mona^stèrc de Locquîrec : il parîHt qu^il fut ► fwr l«tt Northmans, comme presque tous ccin qui s'élevaient avant le neu- I ilèctc sur la cétc .septentrionale. — A celte é|»orpie où la juridiction civile ei file IV'^Mse se confondâicnl. Loatuircc était une Inné (succursale) de Lanmeur, (f^pendail comme elle de ynrctwt^^hé de l>oL
▲u moyen âge, peu de fief» i Caslel-Brechou , Keraudren , Leningcr; près Hei dernier existait une corderic^ cai|tiinmc ou It^proserie i Va /rai rie entière exemple de ta dîme que payait le resle de la trêve. — L Vibbesse Je Siiiat-<:e de Plougasiiou possédaU une tiaute justice au chel-lieu.
A la révolution , Locquirec duvtnl commune, et M. Y. Mahê lut investi de?( lions municjpates qu'il exerce depuis sans iuterriïptîon. Quel(]ues dilTerends olcve cuire le district et k commune au sujet de l'anniversaire du il janvier, et par stiitl d'une dénonciation du citoyen '•" agent municipal de Ftouùgal-Guerrand , n'eur«nlquepen de suite : le citoyen Malié, obligé niomentant^menl de «e ^«oustrafn à l'orage, reprit les fondions municipales après trois ans dlnlerrègne, — En ao 1790, sur la crainie phi,s ou moins fondée d*un embarquement dVmigr**» à I4 quireCi soixante liommes de la garde nationale de Morlaix ^ fendirent dan« cette^ localité, el brisèreul , avant de s'en relourner, les armoiries de i'abbesse de Saint* Georges qui décoraient rentrée du cimetière.
En août 1«04, un convoi français, escorté par quelques navires de guerre ( cbassé par les Anglais, se réfugia sOus les batteries de Locquirec. LVnnemt poursuivit : une di al ou t)e canonnière et une frégate commandée par M. Legiiegue abandonnées des autres navires, soutinrent vaillamment l'allaque, el , secondé par le feu croisé de» deux batteries du cbAteau et deXoulenbrry, forcèrent reniiaii| a prendre le large. Le convoi gagna, la nuit suivante, un port plus assuré.
ue»M
Longévité pliéiioiiiéuale.
Jean Le Causeur fui un des phénomènes de longévité tes plus remarquable 1 XVI!e siècle. Né i Ploumaguer ( Finistère) en 14158, il mourut au vilbigc de Sl-Va- Ihien, pr^*s de Drcst. lelOjuiltcl 1772, k Tâgo de 155 ans révolus. Il avait été Ion temps journuUcr au port de Tïresl, puis boucher, s*élail marié à Tûge de 40 ans, avait eu ut»e Olle qui mourut à finist en 1771» dans sa dleannée,
Jusqu*à rage de 130, Le Causeur se rasa lui même. Mais dans les deruîèrei 1 nées de sa vie. sa barbe avait élé remplacée par un léger poil follet. Il mircha s'aidant à peine d'un bâton, jusqu'à Tâge de 130 ans, époque à laquelle il la vue.
L'amiriil Tliévenard voulut voir cet étonnant vieillard dans un voyage qu'il fli 1 Usi côtes de tïretagnc en 1771, un an avant la mort de ce doyen des Frtiiçaladei aièdei voici cequ'il dit de l^e Causeur dans te 2c vofUmc de ses MémoirtM r€Îsf\fii ta Marine t
f Ktj examinant ce vicillard, je reconnus qu li avait conserve i ouïe, le goAl 1
EÊzbODs;le toucher élail encore sensible, puisqu'il faisait usage des lins, lel qu'un vieillard de 80 ans peut le faire, tl avait perdu la vue depuis deux ^ei il ne marchail qu'à l'aîde d'une béquille el de Tépaule d*un de ses petits en- ^déjà avancé en Âge.
• Il avait plus de cheveux que d'autres vieillards n'en ont à 70 ans, de couleur I blanche, el de consistance peu atténuée, puisqu'ils étaient encore cr<^pu5. Ses rrcs ctses joue^. teintes d'un léger vermillon, semblaient démentir cet âge èton* i figure déformée par les rides, n Valait pas ptus décrépite que celle de beauiiltiommes de AO ans. Il avait des dents. Son estomac supportait la soupe et utr€A aliments de facile digestion, et son appétit ne se démentait presque ja*
^ 1 11 avait été un peu adonné au vîn dans la force et mt^me au déclin de Tâge. Il lit marctié tibrement jusqu'en 1760, et s'était soutenu en activité par une tnar-
journalière de trois lieues dans les paroi&ses voisines, lorsquUl exerçait sa profession de boucher. Il prenait continuettemcol du tabac en poudre, preuve de rmnocuité de cette substance.
tUfait con»ervéjusfju*auK derniers temps de son existence, ses facultés inlellec^
li»dtc«. Son occupation ordinaire était de recommenrer son cliapelet quand il l'a-
îiilftni. (Quelques jours avant de terminer sa carrière, cevieujç breton sur le front
^Q^liiel lafaui du temps semblait s'être ébréchée, dis^ait en plaisantant, que Dieu,
t tournaui \es feuilleis du livre des destins, Tavail oublié sur la lerre
i4 portrait ûtJean Le Causeur fui fait en 1771 par Galfiérl, artiste italien.
BRÉLÉVÉWfEZ.
L'ilfliie de Brétévénez est, comme Ton sait, Tun des plus anciens monuments de noi contrées. Tout annonce qu'elle doit sa fondation aui Templiers, ftfcord la forme circulaire de l'abside qui rappelle ces égUses du Temple que les de retour dans leur patrie, élevèrent en imitation de Téglise du saint Se- 't de /érusalem; puis ce st)le romano-B^saniin, qui au onzième siècle « épodc^ premières croisades, remplaça cette lourde arcliilecture saxone dont on encore les traces dans quelques-unes de nos vieilles é^^lises. Mais ce qui prouve Qiaolère irrécusable que cette église a appartenu à Tordre du Temple, c'eat j remarque la croix du Temple sculptée sur un bénitier et les insignes de gnivés sur une pierre lumulaire.
Comme la plupart de nos vieilles églises, Brélérénez a sa crypte ou su cliapelle joolcnmiiie, placée sous le sanctuaire. Il e^l facile de remarquer que cette église ,
telle qu'on la voit aujourd'hui, n*a pas conservé sa forme primitive» et que, ( tous les vieux monuments, elle a subi quelques modifications. Ainsi « l'abside oa k^ rond-point esi inconteslabtemeni la parlie la plus ancienne de Tégliae. Cette parti « est en effet d'iiue arcbilecture romane où rien n*accuse encore, du moiiisàTeitô^ rieur, la présence de Tart ogival ; maisà rintérieur, au lieu du plein cintre, on v<»mi l'ogive poindre dans l'arcade qui sert d'entrée à la chapelle établie dans le rond* point. Il résulte de là que l'église de Brélévénez a dû être fondée ven* le milieu dl u douzième siècle, c'est-à-dire à une époque de transition, alors que l'ogive cocnmençait à s'introduire dans les édifices chrétiens.
La nef et les bas-côtés semblent d'une époque postérieure, caria forme ogivale s'y trouve bien caractérisée : celte partie de l'église peut donc avoir été bâtie à la fin du douzième siècle ou au commencement du treizième. Quant à la croisée ou n l'on veut au transept de la même église, elle est évidemment, et par sa forme et par sa composition, d'une époque bien postérieure aux autres parties de l'Oise; et paraît avoir été construite vers la fin du quatorzième siècle ou même au oommeDcemenl du quinzième.
L'église de Brélévénez est , comme Ton voit, par son ancienneté comme jnoooment religieux, et par les souvenirs historiques qui s'y rattachent, digne de tout , notre intérêt. Elle confirme la présence des Templiers dans nos contrées, eladA, sous ce rapport , être l'objet des investigations d'un savant archéologue, M. defta- ; guern, qui s'occupe, dit-on, d'un travail sur ces moines guerriers. Aussi est-ce avec bonheur que nous voyons ce vieux monument confié aux soins d'un booiao qui sait le comprendre et qui surtout s'attache à restaurer avec intelligence la ou* trages que le temps et encore plus les hommes ont faits à l'église. Déjà M. Landooar a fait rétablir dans sa forme primitive et orner de vitreaux l'une des grandes fenêtres du transept. Il a fait encore d'autres restaurations dont le détail nous échappe. Mais ce qui mérite à M. Landouar la sympathie et les éloges de tous les hommes de goût et de savoir, c'est Tœuvre qu'il vient d'entreprendre et qui met en relief !*«• prit cl le sentiment artistique de cet estimable ecclésiastique. Gomme nos vieille* basiliques, l'église de Brélévénez avait ses arcades et ses voûtes couvertes par plti* sieurs couches d'un ignoble badigeon. M. Landouar a fait enlever cette pâl^ épaisse et a fait mettre à nu, et dans leur état primitif, les colonnus et les ogîveidt son église; et cette œuvre, il l'a faite avec intelligence et bonheur, ça été uneiéritable rénovation !
L'église conveoluelle des Templiers a repris .sa vieille physionomie , on plolM elle semble rajeunie ; on se figure voir marcher sous ses voûtes , couverts de lem longs manteaux, ces moines rouges (monach-ru), comme la tradition populaire les appelle encore en ce pays , et l'on est saisi d'un sentiment de tristesse en aongeant que les derniers de ces pauvres moines périrent dans les plus affreux supplices, il Êiut espérer que M. l^andouar aura des imitateurs, et que le peu de moDunents
Hîgîati du mo^cn Age, qui resien t encore debout» scioiil désormais conservé.*! et resiâurài avec ce soin et ceUe îiitelligenœ dont ce digne ecclésbsti(iuc â donné
^ ■■! uaii Ml —
Dîiîéreiid survenu en 18âO
Entre les communes de Corseul et de Plancoët
/ Cutei - du - XordJ,
Xooi avons cm devoir sauver de l'oubli, eu le eonsi^pnant dans cette |»ttklîcatioii comme une pièce historique, ou du moins rcbttint un fait kislArî(|tte« le différend élevé en lÔ40»enlrc l^i ct^mmuuc de Gotirseut ficelle de Plancoëtj au ^ujet de la dislrartion de la parois&c de ^iiaarcLh qui appartenait à la première et de sun adjoiicUon à la dernière. rar»uile de celte transposition, qui a été approuvée par le Corps Léfiilitif* Plancoët, ^ui ne présentait f|ue 20 hectares de superficie^ s*cst trottré stibilement accru de 2 à 500 liectarcs. Ainsi, Vancienne capî-» ialc des Romains dans nos contrées a été réduite à son Importancu» v^lle, il ravantaije du petit port de mer (jui a acquis^ par son iadustrie» «epuii i|ueU|ucs années, une importance (|u*on ne peut lui contester.
CVit Qt différend qui lit naître ds^m^ le temps le morceau suivant que ^m offrons à nos lecteurs comme an modèle de lion ^oùl et de fine |t|auanteric.
U commune de Corseal a été appelée à donner son avis sur ladjorictiou de la rue de TAbbayeà Plancoël. Une partie du 'oaseil municipal a accueilli favorablement cette proposition ; mais plusieurs mepibres ont manifesté un avis contraire. Si <iuelqu'un est curieux de cueillir des flours de rhéloritjue qull liche de se procurer cette délii>ération ! il apprendra par quel
Ârion parvient h s échauffer la verve et à envisager les choses
dutôré politique.
Là paQf nous enchanter, tout est mis en usage,
Ë prend un corps^ une âme, un esprit, un visage, nous fait voir dans radjonction de T Abbaye (qu il
apjx^llo la porlioii corsîiieane] au t-lier-liou de eaiitou, un iDa--*-^ riage dans loule la force du lerme : Plancoët est le prétendu e^ la rue de TAlibaye la fultiie ; voilà, vouseti conviendrez, ur:^ fameux coup de pimeau. — Avant de laire les lîançailleSj il es^tt convenable de rechercher si le mariage serait bien assorti^e^ ou doit à la vérité de dire que vous trouverez dans la susdit o dcHibéralion tous les éléments propres à former votre convie— tion. Voici a quels traits vous reconnaîtrez le prétendant, d'après du moins le portrait du peintre, Plaucoet est un hors*venu, épris de sa petite pei-sounej plein d'une sotte vanité ; c'est un grand faiseur d'endjarras qui veut trancher du seigneur, et qui n'a pas le sou ; il aura bien du boulieur, s il peut échapper à ses créanciers qui menacent de rexproprier. S*il recheirhe la main de Corsîlîe, n*allez pas vous imaginer que c'est par amour ; c*est uniquement^ comme font tant d'autres, pour rétablir l'état de ses fmauces. Or, vous sîvurez que la future lui convient parfaitemenlj sous ce rapport^ attendu qu'elle est pro* priélaire de huit cents hectares de terre au soleil, dans un seul tenant, et libre de toute hypothèque, ce dont vous pouvez voitô assurer par un certificat que vous délivrera le conservateur, moyennant la modique somme d'un franc trente-cinq ceDlimes, à cause du timbre. Elle a, en outre, pignon sur rue en parfait état de réparations locatives, deux rangs de maisons parfaitement aérées et as8uré(*s contre le feu du ciel et l'incendie, sans parler de son commerce d'épiceries qui lui rapporte encore d'assez jolis bénéfices. Quant à Gorsilie, c'est un admirable assemblage de toutes les perfections- C'est au physique, i le plus joli brin de lille qu'il soit possible de rencontrer, dans rarrondissemenl s'entend ; encore faut-il que vous sachiez que l'art n'y est pour rien et qu'elle est sortie telle des mains de la nature. Si vous voulez la voir dans son triomphe, lâchez de la surprendre à raurore, en peignoir et en coiffe de nuit, quand
pllf va prendn* un bain de [>iod dans lArguenon ; il est vrai [U'olle n'est pas de la preniiëre jeunesse, mais eu revanche elle fesi pas mal conservée etnen est que plus raisonnable. Savons œ que le conseil muniiipal appréhende le plus? Je îs vous le dire : aussi bien ses crainles sont le IVuit d'nne longue expérience. Il craint que le mariage ne lui gâte la uiille,.,. Elle se distingue particulièrement pur les qualités du <^ur : malgré les vives instances de son amant, elle ne [»€ut se iudre ;i abandonner ses parents et ses connaissances ; elle lemanJe, dit la délibération, à rester avec ses amis, ses frë- '8 et ses vieilles habitudes ; il paraît quelle n*a pas de sœurs, qtie, si elle en a eu, elles sont défuntes,
Corsilie est dans la haute dévotion : elle tient essentiellelaenUsoD église paroissiale. Ce qui la distingue surtout du itedes femmes, c'est son respect vérilablemenl religieux, est sa parfaite vénération pour ses défunts ancêtres.
CoDsidérantf est-il dit^ que la rue de l* Abbaye paierait trop ler le coup d'œil de Plancoët, s'il fallait lui faire Tabandoti
son église et des cendres de ses aïeux Or, si Plancoét
^aîl (le l'argent dans sa poche, il ne serait pas étonnant qu'il ne
mil en lète le goût des voyages.... Ce qui serait d'autant plus
iitrariant que son épouse n'aurait aucun moyen de Tempê-
ler, attendu que la femme est obligée de suivre son mari
rtout où il juge à propos de résider. Corsilie est un peu
lustitjue a la vérité, mais au fond, bonne pâte de fille : il faut
^pondant savoir la prendre par la douceur, car une fois là-
?e, c'est pour longtemps. D'après tout cela, il y a bien des
fïas de croire que IMancoët et la rue de lAbbaye ne peuvent
TC espérer de faire bon ménage ensemble ; c'est aussi ce que
(Taint le œnseil municipal, lorsqu'il dit: Coosîdéranl que le
mtriige [proposé serait mql assorti et qu'il ea naîtrait des
haines éternelles 1 on ne dit pas entre qui, mais il est facile
de deviner que ce serait entre Plaucoët et les parents de sa femme, qui pourraient bien renouveler le souvenir de la fin tragique de défunt Barbe-Bleue. Je vous dirais bien encore d'autres raisons dont on ne parle pas ; mais ceci entre nous : tachez d en garder le secret si vous voulez venir aux noces. Vous savez qu'on soupçonne Plancoët d'être un peu libertin. On assure qu'il n'est qu'un véritable roturier , et on croit en avoir des preuves ; mais, ce qui ferait rompre vingt mariages, on le dit du mouvement, et on l'accuse même de pencher tant soit peu pour la République. Des gens qui se disaient bien informés, prétendaient les jours derniers, que Plancoët s'était refroidi et avait boudé sa prétendue, à l'occasion d'un autel qui lui coûte cinq ii six mille francs ; mais cela n'est pas vrai : je m'en suis expliqué avec lui. Gomme il espère retrouver cette somme dans sa dot, il m'a assuré qu'il ne lui en avait pas dit un mot; toutefois il espère bien, et il ne s'en cache pas, que les choses iront autrement lorsqu'il aura en main les cordoos de la bourse. Au surplus si Plancoët ne parvient pas à vainci:^ les scrupules de sa maîtresse, il faudra bien qu'il s'en console ; il lui restera encore un moyen de sortir du célibat, c'est de s'adresser à la maison Williaume. (Un habitant de Nazarelb-j
Ancien Camp de César en Pordîc.
L'ancien camp de Césac, situé en Bernin, dans le champdes Courts-Sillons, en la commune de Pordic, avait laissé des vestiges assez apparents, et propres, jusqu'à un certain point, a laisser apprécier sa forme et son étendue. Ces vestiges seront désormais recherchés inutilement des curieux de l'antiquité. L'emplacement où a existé ce camp de forme triangulaire, est
siiijourd*faui iuLiourë de foiid-en-coiiible et transformé en un champ carré. L'immense amas de pierres, la plupart très grosses, qui servirent à cette construction, a été employé à Tentourer de murs informes ; une autre partie a été disséminée loul au tour, et le reste a été enlevé de la pour servir de maté* riaux à la nouvelle jetée de Binic. Ainsi le souvenir de cette :iQcienne habitation romaine va s effacer toui-à-fait de Tesprit des habitants de cette commune, et les curieux n'y seront plus attirés par le désir d'y voir de belles mines*
Le camp était placé sur une hauteur dominant la mer. Il aviit à sa droite un profond vallon où coule la rivière d*Fc, à Verabouchure de laquelle se trouve Biaic ; et il était aspeclé par une magnifique plaine sur laquelle la vue s étend très loin. C'était une position admirable qui révèle encore la sagacité des armées romaines dans la castramétation. Cette posilion qui paraît avoir été occupée, non par César qui n'est jamais venu sur nos côtes, mais par un de ses lieutenants qu'on présume être Titurus Sabinus, était des plus propres à conteliirksCuriosolites et les Lexoviens, et à empêcher que des sewk €0Qrs sur lesquels comptaient les Armoricains pour combattre ^L C^r, n'arrivassent d'Angleterre* L élévation du lieu offrait ^B <1 incontestables avantages contre une attaque par terre ou par ■B ittr. Le camp était défendu du côté de la plaine par une [ 1 épaisse muraille qui a dû avoir 33 mètres de long { environ \ " 100 pieds). Derrière ce rempart se trouvait une esplanade de ïûéoie longueur et d'environ quinze pieds do large ; enfin, en avaut, dans la partie basse du champ carré, se trouvait une foamaise qui, comme les autres constructions, a été démolie par le propriétaire du champ. On y a rencontré encA7re une rtâine quantité de cendœs, ainsi que bon nombre de pièces . dont plusieurs en argent.
Ces diverses constructions paraissent avoir été faites à Tar-
gile seulement. lien est de même de la Tour de César qni existe à la pointe et au bas de ce camp^ sur la Banche de Binic. O^ dernier édifice semble avoir été bâti a Taidedu dînent romain, car les pierres qui y ont été employées se brisent encore faci- J lement, mais ne se séparent pas, La tour^ qui parait avoir " servi de fanal au port d'ic, est aujourd'hui totalement ensablée ou couverte de galets. La mer, pendant les grandes eaux la découvre quelquefois. Ch* Le Maout-
Monument runéraire de Tristan de Carné.
On a adressé de GuérandCj à l'Alliance de Nantes, en bre 1850, d* intéressants détails sur un monument funémira récemment découvert dans une chapelle de 1 église de Gué rande. Nous croyons devoir les reproduire.
« Depuis plusieiii*s mois, des avis avaient été donnés a la fabrique ; des statues étaient enfouies dans un souteri-aîn de la chapelle de Saint-François de Téglisc* de Guérande. Pour s*a< surcr de la vérité de ces avis, la fabrique résolut de faire d fouilles, et se transporta, avec des ouvriers, au Heu désigné, On commença par soulever une pierre longue de deux mëlrel cinq centimètres, et large de près d'un mètre, et qui était supposée devoir fermer l'entrée du soi-disant souteri*ain, Dt« le premier nionient où la pierre fut soulevée, on s'aperçut qu'elle était revêtue de quelques sculptures, el dès lors ou prit plus é soin pour ne rien briser. Bientôt se montrèrent deux reliel bien ressortis, dont l'un représente un chevalier et l'autre dame reposant auprès de lui. L'un et Tautre des pei^soiui il en juger par la fKisition des bras, devaient avoir les* ma
jointes; très malheureusement elles ont disparu. Les yeux sont ouverts, et les têtes reposent sur des coussins ornés de glands à chaque coin.
« Le chevalier est revêtu de son armure ; sa taille est de un mètre soixante-dix centimètres. Un lion est couché à ses
« Sur les bords de la pierre et du côté du chevalier, on lift cette inscription (je conserve l'orthographe et le'style) :
« I gisttre noble e puissant seignevr Tristan de Carné en son < vivant chevalier -I- e héréditaire -I- premie maistre d'ostel « des dus de Bretaigne -I- servant av le dict estât la reine Anne « duchesse de Bretaigne maistre doste des rois Loyis roy Fran- « coise de monseignevrt Fra. »
« La statue de la dame est de la hauteur de un mètre soixante
centimètres. Elle a la tête ornée d'un bandeau enrichi d'un
triple rang de diamants. Un collier en forme de chaîne soutiept
Hne lon^e suite de diamants qui tombent jusqu'au dessous de
l'estomac. Elle est revêtue d'une longue robe sur laquelle on
remarque d'un côté de larges fleurs à cinq pétales ressemblant
l)eaucoup à celle de la fleur de lis. Une levrette est couchée à
ses pieds.
« Sur les bords de la pierre et du côté de la dame^ on lit cette antre inscription :
« Ci gisttre noble ne vertvevse dame madame lenne de la* « Salle e son vivant femme de monsievtr Tristan de Camé dame « de Carné de la Touche de Cohignac Crémevr héritière de la « Salle et caetera. Laquelle trépassa à Crémevre an 1626. Diev < hy face miséricorde. »
« Crémeur est un ancien château de Guérande. « Entre ces deux statues, à égale distance et à la hauteur de b ceinture est une épée pendante et de la longueur de vinglsix centimètres.
c( Les deux statues ont été sculptées sur le même bloc de pierre. C'est un granit très dur, de couleur noire, coupé comme
marbre par des veines blanches; on le dit sorti des carrières de Brest. La sculpture est passablement traitée et assez ïnen • conservée. On regrette cependant d'y voir quelques mutilations importantes, mais faciles à réparer. On ne fe'accorde pas sur le temps de la disparition de ce monument. La fabrique se propose de le faire rétablir. »
REVUE DES MOOTIMEBnrS,
lâeax UbstoriqueB et Objets d'art remarcpiables De rarrondlssement de Saint-Brieuc.
SiUNT-BaiEUG. — Cette ca[ itale du dé partement est une de plus anciennes villes des Côtes-du-Nord. On lui a même donn^ une origine romaine. Il est certain que le Peuple^roi a occupa le pa}s : on voit sur les rivages voisins des restes de fortins^ construits par les maîtres du monde. Vingt vases que les anf i — quaires reconnaissent de fabrique romaine ont été trouvés à^ cinq mètres de profondeur, dans la fontaine de Saint-Ignace^ commune de Saint-Brieuc même, en 1836 ; des monnaies^ des débris d'armes romaines se découvrent souvent dans les environs. S'il reste peu d'autres ruines aussi antiques, c'est que les habitations étant de bois n'ont pas laissé de traces aussi durables. L'opinion qui bit de Saint^^Brieucle développement delà cite des Biducéens, mentionnés par Ptolémée, n'est donc pas tout-à-fait sans appui .
Mais nous aimons mieux voir deux iUustres bretons fonder cette ville. Higual, prince gallois, qui s'était signale dans les îles britanniques et dans le Finistère contre les pirates^ avait
obtenu en récompense la souveraineté de la coiUrée qu*arr<>seiit le Gouët et ]'Arg[UGii0ii, et continuait de s'y montrer redoutable aux écumeuns de mer qui, sous divers déguisements, allaient ravager les côtes. Le héros avait des gardes qui surveillaient les abords de la mer et ne laissaient i>énétrer dans J* intérieur que les voyageurs trouvés inoiïensifs ; delà les obstacles qu'ils opposèrent d'abord à la colonie qu'amenait saint- Srieuc.
Lb BoiSBoiXEL était une résidence de chasse de lîignal et totii I^ pays était forêt. La demeure principale du général était où s^ trouve Tancien évéché, derrière les rues actuelles Saint- Gilles et de la Préfecture. Quand il eut cédé a son pieux parent f manoir de bois et qui s'appelait le château du Rouvre, il se ?liradanssesdomaiaesd'Hillion,iiom qui vient d'Ilexetsignitîe 1 îcu [liante d'yeuses. Ce fui à l'endroit encore nommé Cliauclii^ |>r\»s du bourg. Ajoutez à ces mois celui de mark, et vous aur^o^z rétable aux chevaux ; or, T histoire dit que ce fut a la V^ieillcélable, coz crauch, qull se retira. De plus, les propriété* ires des Chauchi avaient des privilèges, entre autres, passage pa^rles dépendances du presbytère et porte latérale cor respon- ^^HLiite, pour entrer à Téglise, comme fondateurs. Ce fut là que ^«rsSOl , mourut saintement et assisté par son pieux cousin, le ^^iiiqueur des barbares, et l'un des deux IVïudateui^ de Saint- Târieuc,
Plusieurs endroits perpétuent le nom de ce noble et vertueux
guerrier. Au centre de la ville est Kardenoual qui veut dire ha-
UlitioQ de rhomme du pays de Galles ( Ker-den-Wall ). C'étail
réellement Tenclos de sa résidence. Dans le voisinage est la
commune de Saint Dénouai, ; plus près encore nous voyons la
paroisse de Planguenoual ( Plan-den-Wall, peuplade de Thom*
ma gallois. Dans le Finistère on honore saint Kigual, rix-walL
(roi de Galles).
Saint Brieuc, né h Cork en Irlande, Tan 409, du sei£ Cerpus et d'EIdrude, fut disciple de saint Germain d^Auxeire, fonda Crann-Lann ; vint à 70 ans dans FArmorique, y donna naissance à la commune de Landéhaeronj qui veut dire habitation du parrain, y laissa son neveu Tugdual à la tète d'une coâiBmnauté nombreuse, fonda, dit-on, 1 abbaye de Trëcor, origine de Tréguier, qu1l confia encore au prince Tugdual, et vint avec 84 religieux débarquer à lembouchure duGouët, appelé alors Sangua. Il se fit reconnaître comme fils de la sœur de la mère de Rigual, seigneur du canton, et en reçut un vaste terrain, entre les deux vallées de Gouét et Gouédic, ce (}uî faisait donner à ce lieu le nom de vallée double,
Brieuc s'arrêta d'abord avec ses compagnons à la fontaine célèbre, nommée depuis fontaine de N.-D< Il y construisit un oratoire, rétabli et accru par Marguerite de Clisson, nouvelle-' ment restauré par mademoiselle Julie Bagol. La pieuse société lut logée auprès, dans la demeure encore dite Cbàteau de Saîiii-Brieuc. On la regarde comme la plus ancienne maison delà ville, quoique rëdiUce actuel ne remonte pas si haut. Le chapelain de Notre-Dame l'habitait, avant 1789.
Le Jarle ou comte RigiiaL ayant mis le comble à ses faveurs, en donnant son palais au chef des civilisateurs, le séjour princier fut transformé en monastère. Comme le bois abondait, Té glise fut bâtie sur 1 étang.
La foule des catbécumènes qui vint se fixer autour de la retraite des pieux étrangers donna naissance à une ville, dont Brieuc, évéque comme tous les principaux abbés de s;i patrie, fut le pn^mier pontife. Il continua de répandre les lumières chrétiennes et créa plusieurs paroisses par les disciples qu'il envoya former des agglomérations de fidèles : telles sont les communes de Laméaugon |iour Lan-oiéangon, que fonda saint Mcaugon : de Lancieux, où se retira saint Cieux : saint Doium
et saint iMaiy:an créèreni les paroisses qui portent leurs noms. Ces maîtres de la vie étaient élèves du prélat. 11 mourut eu 502 dans son monastère épiscopal qui a pris son nom ainsi qu*uae commune du diocèse de Rennes : la ville est Saint-Brieuc-des Vaux et la paroisse rurale Saint-Brieuc-d es-Ifs. Les dépouilles du saint furent dans la suite portées près d'Angers à l'abbaye de Saint-Serge, comprise dans les états des souverains de ti Bretagne* Ou remarque a Saint-Brieuc :
1. La très jolie fontaine gothique de Notre Dame adossée à loratoire de Saint-Brieuc et à la chapelle où Marguerite de Clisson plaça une fort belle statue de pierre sonnante venue d'Angleterre. Cette image de la reine du ciel fut brisée dans la révolution ; le corps est celui de la vierge qu*on voit à la cha- { [Jelledu Refuge ; le buste de Tancienne reste à celle de N*-D, Une colonne de la fontaine réclame son couronnement ; on le ittrouverait dans le voisinage*
1 L'hôtel préfectoral, en granit, Tun des plus beaux de Fraoce quoiqu'on y signale des défauts.
3, La cathédrale, un des plus vastes et des plus lourds édifices sur pilotis. Elle fut rccoixstruite au 13e siècle ; mats il reste, du côté de l'abside, des colonnes plus anciennes que M. de Fréminville rapporte à rarcliitecture romane. La nef est ornée de piliers grossis de stuc. Au 15e siècle, Tévêque Prégent fit des réparations et des additions considérables à celte église. L'architecture de la chapelle du Saint-Sacrement est d'ordre corinthien ; les ornements sont du genre rocailte.
La cathédrale renferme le tombeau de saint Guillaume, mort en 1234. C*est un sarcophage très bas, sur lequel est coucbëe la statue du saint, en ornements pontificaux mais mal freinte ; douze bons tableaux représentant Quatre docteurs de lise, copies faites à la Sorbonue ; le Geutenicr, d'après
Louis Boulogne, copie faite aux Gobelins ; Sainb GoilkittBie, d'après le baron Gros, copié aux Gobelins ; la Naissance dm Sauveur, original de Jouvenet ; les Martyrs de Gorgum^ grand tableau apporté de Tabbaye de Beauport ; au SainUSaore* ment, une résurrecUon ; au fond du chœur, une descente de Croix, copie d'après Jouvenet : Toriginal est au Louvre ; dans le sanctuaire, le Martyre de saint KUenne et la Gaérison du Paralytique, dons du gouvernement, ainsi que les Qnatft docteurs et les copies faites aux Gobelins.
Citons les autres richesses en fait de peinture, que possède Saint-Brieuc : A Saiiit-Michd, Sainte Anne montrant à lire à la vierge, tableau original de Joseph Parossel ; à la chapelle du Collège, une Tête de saint Pierre, pénitent et une Sainte l^a* mille ; à la préfecture, un joli portrait de la princesse royale; Judith et Holophérne, bonne copie par le jeune Le Hénaff, de Guingamp ; plusieurs débris de l'ancien ibusée. Il en existe ausgi à la mairie et au collège. (Pour plus de détails^ voir Vwû^ nuairedel842.)
La Cathédrale possède quelques bonnes statues, données par M. Bellecize; celles de saint Osmane, saint Brieuc et saint Guillaume. Dans la sacristie il y a un beau reliquaire en bnmse doré, présent de feu M. de Quélen, archevêque de Paris.
Le tombeau de M. de la Porte a été transporté de la chapelle des ursulines à la cathédrale et placé sur un passage. Comme il est de pierre fragile, il serait mieux dans une labbe latérale. M. Ogé, un de nos jeunes artistes qui donne de grandes espérances, a exécuté de la manière la plus heureuse une statue en pierre de Tonnerre, représentant M. de La Romagère bénis^ sant de son lit de mort le clergé et les fidèles de son diocèse, et leur montrant le cieL
Avant de quitter le temple, admirons la rosace qui brille sur l'autel des défunts ; l'autel du Saint-Satrement, un des chefih-
TC de notre €orlay, les statues de TAnge Gamiien et le Saint-Michel sont excellentes. Les sculptures du butte t d'orj gués qui date de la Renaissance et a été acheté en Artgletert*e,
N méritent aussi toute notre attention* \ 4, Le Cou VETIT du SAiNT-EspRrTj chef-lieu de la congrégation te S<iL»urs Blanches.
5. La Tour DU PxLAisque M. de Bellecize avait continué h substituer à l'ancien.
9. Les Promenades, sur la moindre desquelles s'élève Une lue de Duguesclin, des p lus ressemblantes, mais réclamant Une restaurât ion.
7. L'Eglise de Saint-Michel, élégante à l'intérieur, vaste, en l)eau granit. Elle obtiendrait tout son effet avec un péristyle
rand, des ouvertures plus larges, une coupole plus élevée, les leminéesdissiniuléeset un fond de cœur arrondi en dehors comme il Test en dedans.
8. Le Pont de Gouédic, un des plus beaux sur la route de ta Paris.
9. Saint-Brieuc s'est accru de quantîté de jolies habitations: yen a de belles, notamment Thètel Saint-Pierre. Cette exiSiôD provient de rexploitation d<*s carrières de granit qui vironnent la ville et sont une source abondante de prospéi. Les propriétaires font jusqu'à 30,000 fr, par année.
10. Le Grand Séminaire, tout récemment construit, aussi remarquable par ses vastes proportions que par le goût et Téléganœ qui ont présidé a sa construction, est encore pour la
■illc un bel ornement de plus.
^^Si la découverte d'une carrière de pierre ollaire en Pordic mconfirme, on pourra s'en servir pour décorer les édifices. Hll. La Tour de Cesson, dans la commune de Saint-Brieuc, sur an cap, à la pointe orientale de rembouchure duGouet. rVIa trouva construite et s en servit [Kjur protéger la baie
et les c6tes contre les pirates. Elle était ronde en dedans, héxa* gone en dehors , de pierres brutes posées par assises régalières^ liées par un ciment très dur. Les murs, de plus de farcis mètres d'épaisseur, se rétrécissent un peji en montant. Il j avait quatre étages terminés par une plate-forme, munie d*aa parapet saillant et de mâchicoulis. De$ barbacanes et des meurtrières recevaient du canon. L'escalier en limaçon, dans^ le mur, portait aux divers compartiments ; le jour venait par des fenêtres, les unes carrées, les autres cintrées ; les portes intérieures étaient en ogive, l'extérieure était carrée et au 1er étage ; delà s'abattait un pont-levis sur la contrescarpe du fossé qui ceignait le fort.
En 1598 Henri lY la fit démanteler. Il fallut employer la mine ; elle fendit l'édifice dans toute sa hauteur ; Une moitié s'écroula, l'autre reste comme un défi à. la nature et à l'art. C'est un point de reconnaissance pour la marine, qui doit être conservé et dont TeiTet est imposant sur le bord des flots etaa sein des campagnes.
HiLuoN. Â la Grand'ville, ruine d'un temple de Neptune qu'on dit remonter au deuxième siècle de notre ère ; sur une mon- , tagne qui domine la contrée, un très beau calvaire nouvellement érigé.
Langueux. au château de Saint-Ilan, de bons tableaux originaux, entre autres celui de Notre -dame-de-Pitié, par Carlo' Dolci.
Plérin. Dans le cimetière, tombeau en pierre de Guillaume de Lalande-Galan. La statue couchée porte l'armure de l'époque de Louis XIII. Ce monument devrait être placé dans l'église, pour le soustraire aux injures du temps et des mutilateurs.
Dans la chapelle du Légué, charmant tableau original de U Barbier, représentant la Vierge assise sur un rocher et tenant l'enfant divin.
Ploufragan. a la vallée, deux Kist-véan dont l'un voisin de la niaison d'école est, d'après quelques-uns, le tombeau de Fragan, grand guerrier, gouverneur de la Basse-Bretagne et cousin de Conan Mériadec. On en voit un autre dans l'aire de la Couette.
PoRDic. Ruines de bains ou plutôt d'un monastère envahi pu* les flots ; restes du camp où Littorius, lieutenant de César rétablit pour contenir les peuples qui voulaient aller secourir •es Venètes ; magnifique dolmen appelé la Table-Margot.
Saint-Juuen. Château de la côte.
Trégueùx. Uû tableau curieux dans la chapelle de Sainte- Uarie.
TaùiusoN. Ruines de la Roche-Suart. M. de Fréminville prétend que le mot Suhard et la forme carrée des tours indiquent une origine normande. Au douzième siècle, des colonies <ie Normands se fixèrent sur le littoral du diocèse de Saintweuc. Des terres amoncelées sur la montagne, un pan de muraille percé par des chercheurs de trésors et revêtu de lierre, ▼oilà ce qui reste de cette forteresse jadis si imposante.
l^roriAc. Une voie romaine venant d'Erquy traverse l'Urne ?w séparait les Ossismiens des Curiosolites et se dirige vers wbaîx. A peu de distance de la rivière on remarque quelques litiges d'une ville incendiée lors des premières invasions des wrbares, vers 409.
Canton de Châtelaudren.
Chatklaudren — Cette ville tire son nom du château qu'y bâtit, dans la vallée de Hérile, Audren, souverain de la Bretagne vers 415. Cette demeure royale dont il ne reste que l'emplace- |*^t était au sommet d'une éminence conique. On y voit une jolie esplanade circulaire dont le château occupait l'espace. Il ^ probable que, comme tous ceux des époques très reculées.
il ne consistait qu'en une grosse tour. On a trouvé en démolissant cette résidence la statue d'Âudren, deux clefe antiques ei un chandelier de fer ; une inscription sur pierre, en lettres d*or attestait l'origine de l'édifice. Ce fut dans la tour de cet antique manoir que fut d'abord renfermée sainte Azâiore^ fille du prince de Léon et épouse du comte de Goëlo. Elle donna depuis le jour à saint Budoc, qui devint archevêque de IM. L'illustre famille de Rohan et onze maisons royales font le* monter leurs aïeux jusqu'à cette vertueuse beauté* (deRo«jouxy Hist. de Bretagne)
Ce fut dans ce même séjour que le roi Audren reçut l'ambassade des Bretons d'outre mer. Guithelin, archevêque de Londres, était a la tête des envoyés qui venaient offrir la couronne d'Angleterre au monarque des Armoricains. Audreneat la prudence et la modération de refuser ; mais il leur domu Son frère Constantin qui alla s'embarquer à Quidalet(Saiiit- Servan ), descendit dans l'tle avec deux mille braves bretons, vainquit et chassa les barbares. Les insulaires reconnaissants lui donnèrent le sceptre. Une rue de Châtelaudren déviait porter son nom couvert de gloire, et un autre nom, celui de son fondateur.
A peu de distance de la ville est l'ancien prieuré des Fonlair. nés. On prétend que saint Magloire y a résidé. Il a appartan aux Templiers. Quoiqu'en ruine, il présente un ensemble trts remarquable et d'un effet tout pittoresque. Le portique est une grande arcade ogivale entourée de voussoirs minces et serrés qui signalent le Xlle siècle. Cette entrée porte trois boft^ tes en pierre ; deux sont placés un de chaque cêté à la nais* sance, et le troisième au sommet de l'ogive. Ces figures méri^ tent un examen sérieux : celle qui orne la gauche est le portrait du chevalier ; celle qui couronne la voqte représente le chapelain ; celle qui est à droite rappelle le frèrs servant. Ces
trois (èles son! donc le symbole des trois classes dereligîenx de l'ordre du Temple.
A côté de la grande porte, onea voit une autre à gauche, moiadœ, plus basse et cintrée ; au-dessus sont des fenêtres à conipartiinents d'un gothique arabe.
En franchissant le portail qui ouvre sur une vaste cour, on voit à gauche les logements du prieur et des frères chai)elains, h chaj>elle est à droite ; le style et les détails de son architecture sont dignes d*attcnlion. Elle est précédée d'un petit cloî- Ire où l'on entre par une porte à ceinlre plein, encadré d'un cordon en saillie, enrichi de moulures en zig-zag. Une porte communique du cloître dans renceînte sacrée. Elle est du même genre que celle du cloître ; mais les ornements ne sont pas en limaçon. Les arceaux sont soutenus par des colonneltes à
Papitaux décorés de feuilles et d'enroulements d'un goût ssi élégant que simple.
Au-dessus de l'autel, couvert de ronces, s'étend une fenêtre ^n ogive à découpures arabes.
La chapelle a sa porte principale ouvrant sur la cour. Elle
esta ceintre plein appuyé sur des colonnes. Ses arceaux sont
environnés d étoiles à quatre branches. De chaque côté sont
pmiiquées de petites fenêtres à ceintre plein. Une vigne pro-
otenant ses rameaux sur ce$ ruines religieuses et intéressan*-
tes, en relève l'aspect très pittoresque.
Le mélange du style ogival avec le plein ceintre et les orne*
\s gothiques-arabes, attestent que l'édifice est de la se-
moitié du Xlle siècle. C'était une époque de conflit en-
k$ deux genres d'architecture du moyen-âge. Ce^ ruines
lenl être conservées.
y a aussi à Chàtelaudren des vitraux précieux. Abraham êorueUlanl les anges m'a été cité par des connaisseurs comme ha morceau parfait et de très grand prix. On déplorait la né-
gligence de ceux qui devraient veiller à la garde de ces moni ments^ et qui les laissaient sans entretien, exposés à être eiil€ vés par des amateurs peu scrupuleux. Lé chœur deTéi^ise d Châtelaudren est de l'excellent sculpteur Corlay natif d< Plouagat.
A Plerneuf, le maître-autel et deux statues par Corlay. Un men-hir de sept pieds est enfoui dans le champ de la Pient- Blanche; entre Plemeuf et Plouvara, une des plus belles roches aux fées que renferme la Bretagne. Elle est dans le dian^ de Kemaut.
Canton d'Etables.
Stables. — Dans l'église paroissiale, Saint Pierre et Siial Jean par Corlay.
BiNic. — Boiserie, deux statues et une Gloire par Corlay el surtout, Saint Julien, patron de la ville, cité comme le dkefd'œuvre de notre immortel, tailleur d'images; Le tableaadc saint Louis donné par le roi .
Lantic. — La superbe chapelle de Notre-Dame-de-la-Coar C'était jadis une collégiale ; elle est curieuse à plusieurs titres L'édifice est remarquable, tant par sa grandeur que par b beauté de son architecture gothique. Elle a été construite i diverses reprises. Le chœur et les parties voisines accusentb fin du XlIIe siècle.
On est surpris de rencontrer dans l'ensemble et dans les détails, le genre du célèbre Pierre de Montreuîl ; ce fut cet archi tecte de Louis IX qui bâtit la Sainte Chapelle de Paris, aveclaquelle le chœur et l'abside de celle de, Notre-Dame-de-la Cour ont des ressemblances si frappantes, qu'on les preii pour être exécutées sur les dessins du même artiste.
La maitresse-vitre, dont les compartiments sont auissi varié que délicats, est décorée de beaux vitraux armoriés. Elle ft
refuile au coraiiiencenieiU du XY*^ siècle. A la mènie époque semWeut appartenir la nef, le portail, le porche et une entrée htérale.
La Iioiserie et Tautel sont de Corlay.
Sous le juIk^ s élève le sarcophage sur lequel est étendue la statue d*un guerrier, portant l'armure dn temps de Louis XIIL Le monuîueat est en tulïeau vert, abondant dans la partie seplenlrionale desColes-du-Nord. Cette pierre se Iravaille facilement, mais elle noircit à Tair.
Autour du tombeau, on lit : « Ci gist le corps de defynl Guilbiiine de Rosniadec, chevalier de Tordre du roi, vicomte de iMiiincuf\ saint Didier, chastelain de Buhen, gouvvernevr de l\ilré, seigneur supérieur et fondateur de cette église : c esl-àlire descendant des fondateurs. Le monument est bien couvé, i»
A la mairie de la commune sont déposés des registres curieux j on Ton voit les signatures des anciens chanoines de p'otre-Dame-dc-la-Cour, des enregistrements de liaptèmes, panni lesquels figure celui d'un sarrasin qui vint en France avec les croisés* A la suite de Tinscriplion des décès, ou indi- (|u*^la caus43 de la mort.
Avant de quitter le canton d*Etables, signalons la reconnaissance des habitants du chel-lieu qui y ont érigé un joli monument funèbre à i\L Lebert, leur dernier cure préraontré.
Caillou do Lauiballe.
Lamballe. — A la fin du XVIe siècle, une foule d'insulaires,
ne l'église a mis an nombre des saints, se fixèrent en Breta-
?. Un de ces justes, Pal ou Palle, c'est-à-dire Paul, établit
i monastère au sud de la ville actuelle, au lieu qui prit son
^om. Bientôt une cité se forma autour de la demeure du sage,
el prit le nom de Limpalle, et Lamballe par euphonie, suivant le génie de la langue brelonne, alors parlée dans toute TArmorique. Le couvent et la ville furent détruits au X^ siècle parles Normands. Un terrain de sept hectares, nommé les Saint-Palks est voisin de celui qu'on appelle les Vieilles Laïuballe. L'acte de donation du prieuré de Saint-Martin (juillet 1 121) désigne ce lieu par le nom de territoire de Saint-Pal ou Palle ; un acte de 1513 parle de masures qu'on y voyait encore, La ville fut bientôt rebâtie au lieu actuel, et les anciennes chartes la nomment tantôt Lamballa, Lamballia^ et tantôt Lambolium et Lambolum.
En 991, le château fut bâti sur la montagne et auprès delà chapelle seigneuriale de Notre-Dame*
M. de la Porte cite un ancien bréviaire, d'après lequel la dédicace de cette belle église eut lieu en 1200* Elle fut continuée dans les XIII*^, X1V«, XY^^, et XVIe siècles , sans jamais avoir été terminée.
Le 9 décembre 1435, Jean VI y fonda un collège de six cha-' noines, pour remercier le ciel de la réconciliation du roi àe France et de Philippe, duc de Bourgogne.
Deux ans après, il créa un doyen, et en 1438 une chancellerie. L acte porte que leglise était de très aodenne édillcatiaD. Cette collégiale a été maintenue jusqu'à la révolution, et l'abW Sorgnardj ex-grand-vicaire de Saint-Brieuc, est le dernier vi-^ vaut de ce chapitre royal dont chaque membre percevait trente-six livres par an, et le doyen quarante.
Cette église a été plusieurs fois frappée de la foudre, et devrait avoir un paratonnerre.
Dans la nef, partie la plus antique, s'élèvent de gros pilier^ cylindriques à chapiteaux ornés de feuilles larges, médiocrement sculptées. Ils soutiennent des arcades dont l'c^ive se ni|>r^ proche, de la lancette, entourées de trois tores d un eflet ai
io. Dos œils i\e htieuf n»nipla<cnt les fenêtres. Dans le chœur, terminé carrémeuij les [>iliers sont fornriés de colonnes groujipécs avec élégance : autour régnent deux galeries superposées. Ellés ont quatre arcades par travée ; le deuxième rang de balustrades est surmonté d'une fenêtre en ogive géminée, dont les colonnettes, en se prolongeant, reeoivcnl les retombées des ^rcades. Leurs décorations paraissent du X11I« siècle. On n'y Boit que des oinements du gothique primitif.
Il y a une jolie boiserie du XV*' siècle dans le collatéral sud. La |>orte occidentale, en ogive, porte les ornements du roman fleuri ; Taulre, au nord, est en plein cintre moins orué^ quoi-
tr|uedu même temps, (rest un nouvel exemple du mélange du plein cintre et de Togive, lorsc[ue rarchitecture flottait entre le «tyle byzantin qui finissait et le gothique qui commençait. ^ Lors de la démolition du château en 1623^ la beauté de l'église la fit épargner. « C est réellement un fort joli édifice, doùlon a une ix^rspective charmante, à cause de sa position L sur le sommet de la montagne* On y remarque surtout Tesca-
■ lier iiratiqué dans un des piliers, sa tour et son souterrain, p (Maiiet, hist. de la Petite Bretagne. )
H M. de Fréminville cite le |K)rtail comme d'une époque anlé-
■ rienre au XIII*^ siècle, et moiitie dans rintérieur un tombeau sur bjuel sont couchées à côté Tune de Tautre les sl^itues d*uu
[Cavalier et de sa femme, tous deux dans le costume du qujnî siècle.
U ville de Lamballe a donné naissance à la corporation des bmhallais dont rarchitecture avait un caractère dorigi- L^alité.
Ou voit, au maître-autel des Ursulines, un des premiers ta- Làteaux du jeune Grimaud, quiestallé se perfectionner en \1lagne et en Italie, et qui fait esj>érer une gloire de plus pour Ire dé[>arlemenL
iS
La Société littéraire de Lamballe a une bibliothèque qui renferme des ouvrages très précieux.
Les archives de Penthièvre sont en bon ordre et méritent ra,ttention. M. Cornillet^ notaire, en cite des pièces remarquables dans son travail important sur Lamballe et Penthièvre, qu'il devrait publier. L'abbé Marsouin a puisé à la même source pour ses recherches sur Lamballe.
CoETMiEux. — Dans 1 église, tableau de la Circoncision, donné en 1661 par M. Serviget de la Rougère, peintre lamballais. On admire la tête du grand prêtre.
MoRiEux. — A l'entrée de cette commune se trouvent, aux Ponts-Neufs, des ruines et la plus belle cascade des Côtes-du- Nord ; la chute est de 10 mètres, sur des masses énormes de rochers.
PoMMERET. — On y a trouvé des armes, des médailles, des ruines et des urnes romaines.
Saint- Aaron. — Dans la lande de Bourne, la GhêDe-Hutle, grotte aux fées, composée de deux lignes parallèles de très grosses roches sur lesquelles s'étendaient horizontalement d'autres masses de granit qu'on a brisées pour réparer une route. Cette galerie avait 7 mètres de long, sur un et demi de large et autant de hauteur. La forme était rectangulaire.
Gagnons un autre arrondissement en repassant par Lamballe. Nous devons y accomplir un pèlerinage au petit hospice, pressé entre la rue et la rivière-
C'est le berceau de la bienfaisante société des dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve.
Entrons dans la chapelle de cette source de mille dévouements pour tous les malheureux. Nous y trouvons une vive représentation de la Peste de Marseille, qui fit éclater la charité héroïque de l'évêque Belzunce et de ces vierges généreuses que les infortunés appellent leurs sœurs. Le tableau était bon;
mais il a élé retouché, et il est diiricile, même aux mains habiles, de ne pas altérer roriginal, en voulant le rajeunir. Cette remarque, trop fondée, doit empêcher de tenter des réparations qui détériorent les objets d'art encore plus que tes coups du temps. Que nos peintres fassent du neuf et respectent les œuvres de leurs devanciers, comme une chose sacrée et vénérable.
Canton de Lanvollon.
Lanvoixûn. — Cette ville doit son origine et son nom a Tabbaye de BoUon ou Vollon, autour de laquelle elle commença et grandit. Saint Vollon, ((ui lut sans doute premier abbé de ce monastère, a eu une chapt4le en Piédran, où un village et une fontaine [lerpétuent son souvenir. Sa statue est ilans la sacristie de Plédran et devrait s élever an milieu de la population reconnaissante d'une ville dont ce zélé missionnaire est le fondateur et le patron primitif. Il est honoré eu Irlande, le 3 septembre, s<ius le litre dx» confesseur. M. de Saint-Allais dît «juil mourut au Ville siècle.
En venant de Saint-Brieuc, on arrive parlanieCagalain, mot probablement substitué à celui de Keralain. On voit à gauche un antique puits a côté d*une chaumière qui a remplacé la maison natale d'une gloire de Lanvollon. D'après la tradition, saint Thurian y reçut le jour de parents nobles et riches, mais insoucieux de Tinstruire. Désireux de connaître, il quitta tout ce qu'il avait de plus cher au monde et alla chercher un maître de la science. Accueilli par un grand propriétaire, le desœndant et l'héritier d'une race illustre et opulente consentit à porter la houlette des bergers., pourvu que laumonter deThabitation le guidât dans les connaissanœs élémentaires. Bientôt 1 élève avide sut lire, écrire, calculer, parler la langue de Cicéron et chanter.
Armel, qui gouvernait 1 église de Dol, passa dans ces parages qui étaient de son vaste diocèse, entendit la voix mélodieuse du noble pasteur. Voulut le connaître, applaudit à son ardeur pour l'instruction, Temmena dans son palais et Tinitia aux connaissances les plus élevées.
Le disciple profita si bien deses leçons qu'il devint une des lumières de cette époque et le successeur de son père adoptif.
Il aimait surloui à communiquer aux autres ses trésors d'in-
lelligoîicc et de sagesse : il passait lé jour à instruire le peuple
et presque toute la nuit à faire des vœux pour son bonheur.
Danssa vitMllesse, il abdiqua la charge pontificale et se retira
au diocèse d'Evreux, dans l'abbaye de la Croix.
Il mourut en 1749. Il est spécialement honoré à Lamballe et àQuintin.
M. Habasque signale dans l'Annuaire des Gôles-du-Nord, à l'article LauvoUon, entre la place aux bestiaux et la place au blé, une maison de bois ornée de sculptures qui porte la date de 1559. C'était l'hôtel des Keratry, dont un descendant brille encore par ses écrits et figure à la tribune politique de France. Le Mërzeh a une église fondée sous le vocable de la Reine des Martyrs, par un gentilhomme qui avait tué en ce lieu une personne innocente.
Le dernier rejeton de sa race a son tombeau dans ce monument du repentir, et fut lui-même tué par un seigneur, furieux de le voir prétendre à la main de sa sœur. Cette victime de l'amour et de la jalousie était un Duverre. Le vieux château qu'il habitait est tout près et se nonmie le Traou.
PoMMBRiT-Lfr-VicoMTE. — On voit au bourg un bel édifice commencé par une haute et puissante huguenote qui y fut exilée sous Louis XIV. On y remarque aussi d'autres maisons dont l'origine est singulière. Un curé en bâtissait une à chaque cause qu'il perdait, montrant par là et par des inscriptions
qu'il mettait sur les nouveaux édifions, quVil avait encore des ressources assez considérables pour attrister le triomidie de ses ' adversaires.
Il y a dans Pomnierit une chapelle qui porte le nom charmant de Nutre-Dame-du-Paradis, commencée en 1398 et achevée eu lll?i, renouvelée en 1721 et réparée en 1819, Elle (?st vaste, élevée, b^en bâtie et d'une jolie architecture. Les armes des Duchalel, qui décorent hi porte d entrée sout très délicatement sculptées. La chapelle du Folgoal, qui est dans la même commune, est très ancienne. Il y a un dohnen dans la terre de Kerbic, A l'angle nord du boî$ de Pommerit, on voit remplacenieut du château de Baliveau : c'est un polygone arrondi, entouré de fossés toujours pleins d*eau,
PuÈGUiEN. — Ou y voit le lieau château moderne du Bais de la Sales, qui renferme des portraits de lamille curieux par les costumes tles différents siècles auxquels ils appartiennent. Le cimelièie connnunal contient le monument funèbre que la piété filiale a élevé au marquis de Saint-PicrrCj contre-amiral de France.
Tkémévkn. — Là sont les ruines si romantiques de la forteresse de CoatmeUj nom si glorieusement cité dans tant de pages de notre histoire. Le château avait diux principales tours à 300 pas Tune de l'autre. La plus avancée dans les terres était can'ée ; Tautre était cylindrique. Un fossé profond régnait autour de ce nid d*aigle, étaldi sur une plateforme qui domine un vaste et riche coteau, au pied duquel coule le Ijefl, la ri^ vière des pleurs. La tour ronde reste debout sur le l>ord d'an précipice, comme un fautùme au seiu de la solitude muette d'épouvante. A Tautre extrémité de la pUuv forte, était la chapelle féodale dans les ruines de laquelle on a trouvé des ossements humains et des pièces de vieille monnaie. Une croiit séculaire de granit s incline près du chemin pour indiquer
Tavenue de la demeure des preux dont les faits d'armes ont étonné l'Europe, l'Afrique et l'Asie.
Dans la même commune la route est bordée par le village de Saint Jacques, où l'on voit une superbe fontaine, une croix remarquable en granit et une haute et antique chapelle qu'on a attribuée aux Templiers. Ce devait être le chef-lieu de la paroisse. L'église de Tréméven est mauvaise;» et les faibles ressources de la commune ne peuvent suffire à sa réédification. M se tient à Saint-Jacques un marché hebdomadaire qu'on aimerait avoir approuvé, pour donner plus de vie à ce village placé dans un beau site, comme un lien de commerce entre Lanvollon et le port de Pontrieux.
Canton de Moncontour.
MoNCONTOUR. — Du sciu des riantes vallées qu'arrosent deux rivières, cette antique cité s'élève comme un observatoire pour les amateurs des grandes scènes de la nature.
Une vieille ceinture de murailles entrelacées de lierre annonce une place forte qui brava souvent les coups du bélier. Voilà les débris de la citadelle où gémit celui que le peuple nomme le saint Prince, et dont l'éloquent espagnol Vincent Ferrier prédit le martyre à Jeanne de France, sa mère. Le jeune époux de la riche héritière Françoise de Dinan, le valeureux Gilles, fils et frère de nos souverains, neveu des rois d'Angleterre, habita ce sombre séjour, avant d'aller mourir dans un autre, plus affreux encore, au sein des forêts.
Mais quittons ces tristes souvenirs, pour visiter l'élégante église moderne de Moncontour, église célèbre dans toute la Bretagne par le grand pèlerinage de Saint^Mathurin, aux brillantes fêtes de la Pentecôte. Trois genres de chef-d'œuvre s'y disputent notre attention. Le maître-autel en beau marbre
riche de célestes ûgures d'anges et le plus remarquable du dcparteoieiit ; les nombreux et superbes vitraux peials, croit-on, sur les admirables dessins de Cousin, un de nos iaimorlels ; les (mil tableaux qui ornent lechœur, œuvres d'on peintre lamballais, trop dédaigné. Cet arlisle au hardi pinceau excellait dans le coloris. Les Heurs dont il a semé les boiseries Tout prendre l'art pour la nature. Guernion n'était pas sans défaul, mais il monira assez fle talent pour faire dire que sur un théâtre plus favorable que le fond d'une province, il se fût illustré.
Du haut de la ville si jïaîsible de Moncontour, promenons nos regards sur les environs prodigieusement accidentés. Sur le coteau voisin, gisent les ruines du Vauclerc, dont- on voit encore les longs souterrains ; assez près de la, c'est le château des Granges qui fut la retraite du général de Trémargal ; plus loin, c'est Catuelan i>our Coat lluelan, aussi en Hénon. Exaniiaons les portraits rangés dans ces salles ; ipie de générations y pa-raissentavec la majesté, la richesse et roriginalité de leur costume! Entmnsdans la chapelle quon vient d*élever : trois magnifiques^ vitraux nous consolent de la perte presque réparée du secret de peindre sur verre. Le procédé moderne a produit ces charmants tableaux. Du belvéder du lieu saint, quel immense horizon s'olfre aux yeux enchantés !
Le^ campagnes du canton sont remplies de villas remarquables: le Vaupatri, où s'assemblaient des réformés ; la est eucare le buste du grave ministre ; la lloussaye, vaste manoir où fut exilé un membre du parlement en lutte contre le fisc, sous Louis XV ; daîis un riche bassin, la belle habitation deBogard, appartenant à la famille de ce Duplessis-Grénédan, dont la France se rapj^w^Ue les éloquents discours à la tribune ; la fraîche demeure de la Ville-Chaperon, nom que portait naguère »u milieu de nous une tendre mère des pauvres. Le Plessis- Budeseu Saiûl*Carreuc, berceau d'un grand homme, de Gué-
brianl, maréchal de France, qui s immorlalisa dans les guerres d'Allemagne.
Reposons-nous à Quessoy, en goûtant ces bonnes poires qui en sont originaires et en portent le nom en tant de contrées. Quessoy a une belle église neuve, et si vous préférez songer au passé, voici des monuments de chevalerie. Il y avait une commanderie de Malte, et le village de l'hôpital en présente encore les traces touchantes et glorieuses.
La chapelle du commandeur est pavée de tombeaux de bi*aves qui se vouèrent à la défense des croyances, du commerce et des libertés de l'Europe chrétienne.
Plédran, qui est du canton de Saint-Brieuç, possède aussi une chapelle de ces guerriers religieux ; c est le Créhat qu on répare maintenant et qui mérite une visite pour les emblèmes que portent les pierres tumulaires que renferme l'enceinte.
Puisque nous sommes en Plédran, citons les ruines de la' première église du lieu, dans le bois où l'on dit que la prin* cesse Osmane, fuyant un fiancé payen, vint d'Angleterre chercher un refuge.
Dans le voisinage est la belle fontaine des Sept-Saints, qu'une légende populaire dit tous enfants d'un vrai Barbebleu qui les immola à sa férocité.
Dans l'église de Plédran, qui offre une malheureuse hardiesse d'architecte, il y a deux statues de saints, dues au ciseau de Gorlay. Ce sculpteur habile et infatigable a peuplé nos églises de ses œuvres.
A celles que nous avons mentionnées, il faut joindre Saiat- Pierre et Saint Paul dans la chapelle de Saint-Pierre à Saint- Brieuc. Nous aurons lieu d'en signaler d'autres dans les cantons que nous allons parcourir.
Canton de Paîmpol.
Paimpol tire son nom de Pen Poul, deux mots celtiques qui
^igaiiiéûl poiulo du marais. En effet, celle ville s élève sur une langue de lerre eulre la mer et le marécage qui y communique.
La place du Martray est environnée de maisons dont plusieurs sont cilëes par de Fréminville comme remarquables par leur ancienneté et leur construction. Il apporte eu preuve celle qui portait le nom de Grande lUaisOD, éditicedu XVe siècle, bâti en colombage, enrichi de corniches de bois en saillie h chaque étage, avec moulures supportées par des cariatides ^grotesques.
L*égUse, dédiée en 1325 par Jean d'Avaugour, évêque de Saint-Brieuc, n'a plus de ses conslructious primitives que les piliers et les arcades ogivales de la nef. Le reste est moderne et d'une grande sécheresse d*architecture. Le clocher est ce qu'il y a de mieux, et la Uèche est élégante. L'intérieur, voûté en bois/est badigeonné, Oa y admire quelques bons tableaux, débris de l'abbaye de Beauport, L'un d'eux représente le Christ au tombeau. C'est une peinture d'un mérite supérieur, par la correction du dessin, par Texpression des figures et la vérité du coloris. 11 est infailliblement d'un maître de lart. M, de Fréminville lesoup<;onne de Valentin.
On doit donc se bien garder de le restaurer. Ces répamtions sont presque toujours mal faites. On use d'un mélange d'esprit de vin et d*eau-de-vie, et on enjève tout ce qui fait le fini de TcBUvre, les ombres et le glacis. Pourquoi donc faire une dépense qui détériore les monuments? A peine trouverait-on en Europe deux dignes réparateurs de tableaux, et ceux-là n y loucheraient qu'en tremblant ; tandis que nous voyons les artistes les plus ordinaires tenter avec la plus aveugle témérité des rajeunissements souvent impossibles.
ABBAYE DE BEAllPORT, Le 2ti avril 1198. Innocenl 111 prit sous sa protection les rc-
ligîeux de Saint-Victor de Paris, qu'Alain liAvaugour venait d'établir dans l'île de Carohenc, située dans la paroisse de Plonzec. Dès ce temps-là, rétablissement portait le nom de monastère de Saint-Rion ou Riou et Rioc, religieux de l'abbaye de Redon, Mais ces chanoines furent remplaces par des Prémontrés du couvent de la Luzerne. Eu 1202, le même seigneur transféra la communauté à sou château de Beauport, dans la même commune. Cette abbaye devint considérable, eut un noviciat et étendit ses propriétés jusqu'en Angleterre. Treize paroisses de Bretagne en relevaient.
Beauport ofVre les plus belles ruines religieuses du département.
On voit encore l'église, le réfectoire, les cuisines, le premier édifice, des tombes et des débris de décorations d^auiels.
Consulté par M. le préfet sur la possibilité de restaurer l'abbaye et de rendre l'église au culte, M. Mérimée répond, dans son ouvrage, imprimé en 1836, que la déi>ense serait excessive et (|n'il vaudrait mieux s'atlacher à conserver le réfectoire et la belle salle gothique voisine du transept nord, qui, comme monuments du premier style gotbique, méritent un haut intérêt.
A quelques pas de l'abbaye, dans une aire neuve, ce savant remarqua nu hangar soutenu par des colonnes de l>ois loi*ses et richement st^ulptées. 11 y en avait quatre ornées de rinceaux et de pampres, parfaitement travaillées, dans le goût de la renaissance. Elles provenaient d'un retable de l'église. Nous partageons les vœux de l'inspecteur pour que cet ouvrage reprenne sa destination.
Dans un en feu du bas-cote gauche de l'église est le sarcorphage de jiicrre sur lequel est couchée la statue mutilée de rabl>é Hervé, mort en 1270, 11 est représenté dans son grand costume, mitre en tête et crosse à la main ; sa chasuble est bro-
(lée de feuilles de vigne et de grappes de raisin. De chaque côte de la statue sont deux figurines en longues draperies, dans Tattitude de la douleur. JL de Fréminville remarque qu*on ne trouve qu'en Bretagne cet accompagnement de statuettes d'an* ges, de pleureuses ou de religieux en prières. La statue de Hervé a les pieds poses sur deux lions. Il n'est donc pas de règle que les lions aux pieds d'une statue sépulcrale annoncent aae personne tombée sur le champ de bataille
Sous Tun des arceaux à demi écroulés de Téglise est le tombeau d'un pieux personnage de cette maison, mort depuis longtem|>s en odeur de sainteté. Les villageoises des communes en vîronnantes viennent encore aujourd'hui étendre leurs e nl'an t sur cette tombe, pour qu'ils deviennent plus vigoureux.
En dehors de Téglise et devant la façade, on a jeté plusieurs pierres tombales, les unes encore entières, les autres brîsées. Parmi les premières est celle d'un jeune guerrier, revêtu d'une armure complète. L'écusson annonce un Kergozou ; à côté est U pieiTe sépulcrale de son épouse ; c'est une demoiselle de Beaumanoir. Ils ont chacun les pieds appuyés sur une Ggure de chien, emblème de la fidélité.
Près de là sont les fragments du monument funèbre de Pierre Polart, parent d'un des héros de la journée des Trente, et de sou épouse, Constance de Kerraoul, qui, dans leur testament de 1362, demandèrent à être inhumés dans l'église de Notrebamc-de-Beauport.
Là mourut aussi le pieux et docte père Briant, natif de Pieudihen, collaborateur de Lobineau pour l'Histoire de Bretagne et auteur d'autn?s ouvrages, qu'on peut voir indiqués à son article dans la biographie deFeller, revue par notre compatriote l¥renuès. Dernièrement un antiquaire étranger déplorait l'abandon où on laisse tant de inonumenis érigés à des |iersonliages honorables, et inenavait d'en porter plainte au ministre.
Ne serait-il pas plus convenable à la commission départementale d'archéologie de prévenir les injonctions du pouvoir?
Pourquoi l'éloquent Lamennais n'a-t-il pas réalisé le beau projet de racheter cet établissement^ pour y fonder une vaste imprimerie relîgieilseî II se fût hâté de consoler de sages et illustres morts des outrages d'un vandalisme q^ie tout le inonde condamne.
Ploubazlanec. — On y voit le manoir de Kertanbuarn, dont la cour est cernée d'une forte muraille, avec une tourelle garnie de meurtrières à l'angle de la face principale. Les portes sont en ogive. On trouve aux environs de Paimpol un grand nombre d'autres manoirs antiques, entre autres celui de' Keralain qui existait dès le treizième siècle ; celui de Keriel, muni, d'une tour avec meurtrières ; celui de Kerascouet, datant de la renaissance ; celui du Bourblanc, plus considérable, mais d'ar-. chitecture bâtarde : il a cinq tours et est entouré d'un fossé.
Au delà de Kerity et de la pointe de Plouëzec est le château de la Nouë-Verte, qui, avec ses tours à flèches élancées , ses girouettes, ses hautes cheminées, offre un aspect romantique au milieu de la campagne inculte. Le château de Corret, maison de plaisance des ducs de Bretagne au treizième siècle, n'offre plus que des murs d'enclos forts de onze pieds d'épaisseur. Pitre Chevalier en parle avec éloge dans un ouvrage intitulé : Michel Golumb, le tailleur d'images.
M. de Fréminville montre auprès de Paimpol les restes du château de Guern, monticule factice de forme conique, environné d'un fossé et portant quelques assises de pierres couvertes d'arbrisseaux; à quatre kilomètres de la ville, les vestiges du Vieux Châtel, sur une hauteur qui domine le Trieux. C'est une enceinte de terre, de figure pentagonale, sur le petit côié de laquelle on voit la butte qui portait le donjon.
Plounez. — Dans l'église était autrefois le tombeau de Gilles
lie Lauœ, d où îl a été porté dans le jardin de Poiiuoiau : cest un sairophage de pierre, souleiiaiit la stiilue d'un guerrier couvert de l'armure du temps de lleuri IV.
Ou rcnc?ontre du lullau vert à IMouuez et à Tressiguaux. B Plourivu, — Lti est la viLsie lande où le duc de Bretagne, ^Bàlatn Barbetoi'tt*, livra eu 637 une liataille décisive aux Nor- H^aads conmumdës par Incon. L* action fut sanglaute et dura I tout le jour. Les ravisseui's étraugei^s, battus sur tous les I points^ furent acculés jusqu'aux bords du Trieux , et ceux ^^ eutre eux qui ëchapiHîrent au glaive vengeur furent noyés ^Wans la rivèrc. Cette vicloire signalée délivra totalement la I province des ravages des pirates du Nord. Pour lierpétuer la loémoire de celte gracieuse délivrance, une croix fut érigée au milit^u de la lande qui en avait été le théâtre; Ce monument offre tous les caraelères de son extrônié véluslé; c'est une pierre de granit fort dur, large, très applatie et grossièrement taillée^ plantée tout simplement dans la terre. Sa hauteur est de cjuaire pieds quatre pouces; les bras de la croix sont cassés vers les extrémités : elle est chargée d'une inscription fort longue, gravée en creux; mais son ancienneté et les aspérités do granit la rendent indéehillVable.
Ce monument^ qui rappelle un fait si intéressant pour toute b Bretagne, devrait être conservé avec un soin extrême; et telle est notre négligence, qu'il est presque ignoré de tous.
Yvus. — Il y a une l^ellc et vaste chapelle de la Vierge qui poarra devenir le chef-lieu dune paroisse.
€aiiton de Pléiieuf.
Pléneuf. — Dans réalise, un bon tableau de Gucrnion. Sur le boi-d de la mer s élevait le châteaa de Gucmadeuc, qui a Kiulenu plusieurs sièges. 11 fut démoli en 1592* On n'en voit plus que remplacement, La maison de Guemadeuc fournissait
les grands' écuyers héréditaires de Bretagne. RoUapd de Guemadeuc fut chambellan de François IL Françoise de Guemadeùc fut la jnère de l'immortel cardinal de Richelieu que la fermeté bretonne rendit si puissant.
Erquy. — La ville de Rheginea, signalée dans la table de Peutinger, était au hameau actuel du Pussoir. Une voie romaine, qui partait de Rennes, menait à cette cité. Ogée et Ruffelet y ont vu une salle en mosaïque , dont les couleurs et le dessin étaient bien conservés. Le président de Robien donne le plan du temple de Rheginea. On y voit encore des restes remarquables de son ancienne grandeur^ entre autres les débris d'un aqueduc, de nombreuses fondations de murs qui se croisent dans tQus les sens^ une maison à ciment rouge et de construction romaine; on y a trouvé beaucoup de médailles. En 1807, les vieillards assuraient à M. Dénouai qu'aux marées basses on apercevait des ruines d'édifices qui étaient le prolongement de la ville. Baudouin dit qu'il y a dans l'église un bénitier qui fut jadis cuvette de sacrifices et dont les bord^ sont usés par le frottement des couteaux et autres instruments qu'on y aiguisait.
Dans cette commune est le château de Bienassis^ composé de deux corps et orné de deux tourelles dans l'une desquelles esl un cachot profond où l'on descendait les prisonniers. C'est à Bienassis que naquit Mgr de Visdeloup, célèbre missionnaire, qui fut évêque et qui a fait des ouvrages savants.
Planguenoual. — L'église est très ancienne ; elle a un vieux porche et des voûtes (^vales. Le président Habasque dit qu'un antiquaire y trouverait matière à observations. Il cite un bénitier en grès dont les bords ont été usés à aiguiser des instruments. La tradition rapporte qu'autrefois on y affilait, à jour fixe, toutes les faucilles de la contrée. Le cimetière renferme le tombeau de M. Le Bottey de la Ville*-Hervé , capitaine de
vaisseau, mort k la Ville-Hervé le 21 juin 1824. Les armes du brave portent cette devise : Memcl nilor.
On remaniue en lUanguenoiial une curiosité naturelle : c'est la Salle-ftlargol, grotte large, vaste, jonchée de cailloux, ayant quatre mètres de hauteur à rentrée et s'abaissant graduellenient jusqu'au fond qui se termine en cul de lampe. La mer la visite et la rend inhabilable.
Pluriel, — L'église est antique ainsi que le porche, dit M. Uabas<|ue ; assez près du bourg, dans la direction de lest, on trouve les débris d'une grotte aux fées, objet de maintes histoires qui charmejit les veillées du village.
E Saint- Alb AN. — Ou y voit une quarantaine de châteaux, les lins conservés^ les autres en ruines, et les vestiges d'une voie romaine. C'est dans cette commune, a Flour^d' Aune, que naquit saint Guillaume Pinchon, évoque de Saint-Brieuc, un des prélats maguanimes qui défendirent le peuple et le clergé contre les vexations de Mauclerc. Un aratoire devrait être érigé SOT l'emplacement du manoir où reçut le jour le noble protecteur des libertés nationales et religieuses, le père des pauvres qui, ayant donné dans une disette tout ce qu'il possédait, allait
Riuplorant des secours, se chargeant demprunts pour nourrir es nécessiteux.
C'est dans cette commune, au manoir de Locmora, qu'Emile Souvestre place une scène de ses mémoires d'un sans-culotte bas-breton.
Aux nombreuses gentilhommières énumérées dans le dic- H lionnaire d'Ogée, et dont plusieurs sont aussi en ruines que 'ï'Iour-d'Aune qui laisse à peine quelques traces, on peut ajouter diverses curiosités, telles que, dans l'église, des vitraux coloriés de lange gardien, cités par le président Ilabasque; le village de Saint-Jacques, qu'on fait remonter a rétablissement du christianisme en nos contrées, cl dont Tanlique chapelle
offre un portail élégant que l'auteur des notions sur notre littoral juge digne d'être retracé par un habile pinceau .
LÉa Villéon, un des anciens manoirs de Saint-Âlban, donne son nom à une famille qui a fourni un chancelier de Bretagne; la Goublai était aux Visdeloup, dont un descendant fut évêque de Saint-Pol de Léon, où on lui a érigé un superbe tombeau en marbre blanc^ monument digne de la curiosité des étjrangers.
Canton de Plœuc.
Ploeuc. — On y remarque trois menhirs, dont deux renversés près du moulin Bernard ; le troisième, nommé Roche Bayo, ^t d'une grande beauté. Elevé droit, dans le village du inème nom, presqu'aussi large au sommet qu'à la base, il a huit mètres trois décimètres de longueur. On est d'autant plus surpris de le voir là, qu'on ne trouve pas de rochers aux environs. Il y a plusieurs autres monuments semblables sur une montagne entre Plœuc et Saint-Nicolas.
Il y avait en Plœuc plusieurs châteaux : le plus célèbre était au marquis de la Rivière, dont un, Yves-Olivier, chevalier des ordres royaux, gentilhomme de la chambre, gouverneur de Saint-Brieuc, fut blessé au siège de Montauban en Quercy ; un autre, Charles, aide-de-camp du maréchal de Boufflers, gouverneur de Saint-Brieuc et de la tour de Cesson, présida les états de la province, assemblés à Saint-Brieuc en 1709 : son fils aîné fut lieutenant-général des armées du roi.
 La Harmoie, près Cartra ver, est une carrière de marbre gris à veines d'un blanc terne qu'on emploie surtout à faire des monuments funèbres.
Lanfains, — Les fonts-baptismaux sont un des premiers ouvrages qui signalèrent le talent de Te^cellent sculpteur Corlay. Cette commune renfermait plusieurs manoirs, Boisjoli, la Moinierie, la Touche, etc.
— Uî —
L*Ermitage. — en IGSS, la famille de la Moussaye bâtit un pavilloii dans la forèl de QuîiUiiu a un myiiainètre de celte ille; en ICfiO, elle y plaça un ministre ; cette retraite devint le readez-vous des prétendus réformes de Saint-Martiii, Saint- Itrieuc, Guingarop et de ceux des diocèses de Quimper et de Tré^îer. Ainsi coniuïenc^a TErmitage.
Dans cette commune se trouve le superbe château ducal de Lorgesj bâti parGuy-Âlonxe de Durfort, maréchal de France, qai y vécut avec éclat et mourut en 1702. Deux italiennes formaient les ailes de cette habitation princière : elles ont été retranchées.
Autour de ce palais que Louis XTV avait d'abord assigné pour résidence à uu roi d'Angleterre, s'étendent 3,500 hectiires couverts des restes de la forint de Brocéliande, si célèbre dans les romans de la Table-Ronde, L'art hidruîde Merlin s'y reposa à Kombre des chênes séculaires, alla se convertir outre-mer, et fui inhumé à côté des 20,000 saints de Tîle de Bardsey ; C4?pendant une légende prétend qu'il est dans un sommeil enchanté sons un bois d'aubépines de notre merveilleuse forêt. Elle renferme, dit >L Ilabasque, le perron de Merlin, la fontaine de Barenton, levai périlleux, la clairière des injures et du pardon, le carrefour des douze croix sanglantes, les rochers au Cngiiai*d. Des monstres infectaient ces sombres retraites; les bretonnes y résidaient au XII^ et XHI^ siècle ; il n'était bruit que des choses prodigieuses qui s'y passaient.
A ce que nous en avons dit, il faut joindre le château de Hobien ; on le finissait, quand la Révolution vint le dégrader.
En vendémiaire de Tan xi, on trouva à Lanfains beaucoup de médailles romaines, des urnes, des ustensiles, enibuis dans l'avenue de la métairie de la Cùle, sur le bord de la voie romame : ce qui fait présumer qu'il y avait en ce lieu un relais.
K maisons de poste et de séjour étaient sur les routes royales
à 15 milles de distance. Les légions y avaient leur étapes et tous ceux qui voyageaient pour rutilité publique y trouvaient des chevaux et des rafraîchissements.
Canton de Plouha.
Plouha. — Le bourg, un des plus beaux du département/ couronne une élévation au centre de la commune. L'église est fort antique et vaste : elle a une belle chaire et un joli maîtreautel. Le clocher est très élevé^ sa base a 98 mètres et demi au-dessus du niveau de la mer. Cette tour a servi de point culminant pour les relèvements nécessaires à la confection de la carte générale de France.
Le cimetière est planté de cèdres venus de Lysandré^ uile des belles campagnes de la commune que ses pépinières ont rendue célèbre.
La commune de Plouha était remplie de familles nobles dont plusieurs avaient leurs manoirs ; mais les autres habitaient des chaumières et s*adonnaient à l'agriculture^ ce qui était toujours regardé comme une occupation noble.
Parmi les gentilhommières de la commune, on remarque, outre Lysandré qui a 257 hectares portant un million d'arbres et qu'on a voulu vendre 620,000 fr., le vieux castel de Saint- Georges, Kerdreus, Le Guily-Bœuf, Le Guily-Furet, Kerfavet, Le Bourdeau, Kersauson, Kersallic, Kerigant.
Le presbytère est un ancien manoir noble que ses derniers propriétaires ont donné avec des dépendances qu'on pourrait affermer 800 fr . et dont jouit le curé.
Plouha possède encore sept chapelles, Rermaria-Niscuit, grand édifice, autrefois église paroissiale; Saint-Samson , Saint-Jean, Kergal, Saint-Laurent, Sainte-Eugénie et la Trinité.
La chapelle de Kei maria a un balcon faisant saillie en dehoi's : cVHail de la que le sénéchal de la juridiction lisait les arrêts portés par le tribunal qu'il présidait.
On trouve surtout a Tanse de Bréhec des pierres arborîsées.
Lanleff. — Le temple de LanlclT se compose de deux enceintes circulaires concentriques, dont rexlérieurej beaucoup plus basse, est détruite en partie ; Tautre est percée de douze arcades eu plein cintre, reposant sur des piliers carrés avec une colonne engagée sur chaque face. Probablement autrefois l'arcade à Touest se trouvait vis-â-vis dune porte pratiquée dans Tenceinte extérieure.
Les onze autres répondaient chacune à deux arcades cintrées, figurées sur la muraille, surmontées «l'un œil-de*bœuf, encadrées dans une grande arcade. Celle-ci était llanquée de deux grandes colonnes engagées; une colonne semblalde receirait les retombées des deux moindres arcades comprises dans la première. Dans rintérieur de chacune s'ouvrait mu' fenêtre en plein cintre, élargie en dedans, étroite comme une meurtrière en dehors. Une voûte unissait les deux enceintes. La partie septentrionale du mur extérieur est détruite ; à Test, on a construit une chapelle gothique el*on a fait une espèce de Iransept avec une portion de riotervalle entre les deux en* ceintes. Là seulement s est conservée une partie de la voûte qui les liait. Elle est en plein cintre, d'arrêtés, renforcée darcs doubleaux grossièretuent exécutés, tandis que les arcades intërieures sont remarquables par Tassemblage soigné de leui^ claveaux très régulièrement taillés.
Maintenant renceinte intérieure est à ciel ouvert. La muraille, haute encore d'une trentaine de pieds, bien que son couronnement n'existe plus, n'a pas une fenêtre, mais seulement quelques trous, comme ceux qu'on pratique pour les échafaudages.
AU centre, un if abrité du venl a pris un développement extraordinaire ; s'élevant avec fierté au-dessus de cette ruine, il la couvre presqu'en entier de son feuillage sombre.
Dans Tenceinte intérieure, les colonnes engagées sur la face des piliers qui regarde le centre du monument s'élevaient. aussi haut que les murailles ; leurs chapiteaux ont disparu avec le couronnement de l'édifice. Les autres colonnes, de moindre dimension, sont endommagées. On reconnaît cependant la forme des chapiteaux en pyramide tronquée et renversée avec quatre tètes saillantes sous les angles du tailloir.
Plusieurs antiquaires ont cru important de déterminer à quelle espèce d'animal appartiennent ces têtes : ils n'ont remarqué que celles dont ils pouvaient tirer quelque conclusion favorable à leur système. Il y eu a certainement de plusieurs sortes d'animaux et même d'hommes. Je ne pense pas qu'elles fournissent la moindre induction. L'exemple d'orner ainsi les angles dés chapiteaux est très ancien : sans citer le style composite des Romains, on peut en voir à presque toutes les époques du roman.
Dès les premiers temps du christianisme, on a construit des églises circulaires : cette forme a été fréquente, jusqu'à la fin dû douzième siècle. La diposition du monument de LanlefTest celle qu'on donnait à ces églises. Le chœur circulaire était séparé par des arcades des bas-côtés qui l'entouraient.
L'église de Rieux (Aude) présente une grande analogie avec celle de Lanleff. A Rieux, les fenêtres qui éclairent le chœur sont très élevées; probablement elles l'étaient également à Lanleff, et c'est ce qui explique pourquoi on n'en voit nul vestige aujourd'hui.
n n'est pas facile d'assigner une date à la construction du temple de Lanleff. Je le crois antérieur au douzième siècle ; de combien? je ne puis le dire. Toutefois, son appareil îrrégulier.
ipêche de la plu
sans inéhitigode brique, empêche de la placer avant lesefitieiiic ou liuîlienie siècle. Les nipporls (|ui existent eivtre leschapileaux de Laideffct ceux de L:i Marclie,doul la date remonte au dixièuie siècle, feraient [ïenclier vers cette époque*
Autrefois, disant les gens du pays d * Lanlelï, il y avait la des moines rouges. C'est ainsi qu'on désigne les Templiers. On sait qu'ils donnaient souvent à leui'S églises la forme ronde, jmur rappeler celle du temple de Jérusalem, a la défense duquel ils se consacraient.
Jai dit que Tapparence du temple de LanleIT semblait indiquer une époque heauroup plus reculée que le commeneemeni du douzième siècle, date de la fondation de Tordre des tem- (iliers. Il ne serait pou liant pas impossible que la simplicité de la construction, la grossièix*té des matériaux, la pauvreté des fondateurs aient donné à Tédiliee un air d'antiipiité qui fasse illusion. Trop souvent on regarde la richesse ou la simplicité de rornementation comme signe d'une épo jue ou d'un style d'architecture. Il est évident néanmoins que le fondateur a toujours dû adopter un style en rapport avec ses ressources.
(Méiumée. — Voyage daus TOuest.)
Il y avait autrefois dans le temple de Lanlelf un bassin do pierre qui sert a abreuver les chevaux dans la ferme de la Salle a u-dessous d u bon rg .
Il y a bien des opinions sur le temple de Lanleff, que M. de Fréminville regarde comme un des plus intéressants monument antiques de la Bretagne.
M. de Caylus y voit un des anciens temples gaulois ; M. Rufflet dit rjue c'était un temple consacré aux idoles.
Le Gouidec en attribue la construction aux (jauloîs, et pense que c'était un temple tin Soleil ; M. de Fréminville partage cette fïianîèi-e de voir; M. de Penbouet veut que ce soit une chapelle, nci baptistère des prcmiei^s temps du christianisme ; M. de Bri-
gnan trouve sa coDStruction à peu près semblable a celle di temple de Montmorillon en Poitou, et labbé Le Bœuf prétend que ce dernier était un hôpital bâti pour recevoir les croisés ; César Rouxel assure avoir vu en 1830, à Domart en Ponthieu, dans le département de la Somme, une ancienne maison de Templiers, bâtie sur le même plan que le temple de Lanleff; M. Renaud, architecte du phare des Héaux de Bréhat ^t professeur d'architecture à TEcole Polytechnique, a émis sur cet édifice Vopinion que nous rapporterons plus bas.
Deric, auteur de l'histoire ecclésiastique, y voit un lieu destiné à l'administration du baptême. Cette opinion ne parait pas admissible à M. de la Porte, auteur des recherches sur la Bretagne. Pître Chevalier place une scène nocturne et sanglante dans ce temple qu'il signale comme druidique dans son Michel Columb, le tailleur d'images.
M. Habasque, auteur des notions sur le littoral des Côtes-du- Nord, rapporte l'opinion de deux antiquaires distingués. M. le comte de Kergariou, ancien pair de France, lui écrivait le 20 janvier 1833, qu'il croyait Lanleff monument gaulois ou romain du troisième siècle après la conquête, et il ajoutait que c'était le sentiment que partageait le savant Visconti. Ogée reste indécis sur l'origine de ce monument qui a excité la curiosité de tous les touristes qui ont visité notre département.
Voici ce qu'on en dit dans le Magasin-Pittoresque, 4c année :
Dans le département des Côtes-du-Nord, il existe une construction singulière, consignée par le comte de Caylus, en i 764, à la page 390 du 6e volume de ses antiquités. Ce bizarre édifice, qui depuis lors n'a cessé d'exciter l'attention des archéologues et de semer parmi eux la division au sujet de sa destination primitive, sert de vestibule ou de porche à l'église paroissiale de Lanleff. Ce bâtiment, construit en pierres, est à deux en-
eeiules coneeiiUit|ues et eiiTulaires. Lexlérieure esl percée de seize jiortes ou arcades d'environ eliacime sept pieds de hauteur et doiil le cintre eut un peu allonge. Elle est h neuf pieds de l*enceînte intérieure qui compte trente pieds de diamètre et est percée de douze aicades voûtées comme les autres a plein cintre, mais d'une largeur inégale» Entre chacune des arcades de ces deux enceintes sont posées des colonnes de grandeurs diverses de huit à quinze pieds^ et qui paraissent destinées a soutenir une voûte.
La circonférence générale de rédiiice est d'environ cent soixante-cinfj pieds, et l'élévation de chacune des enceintes de vingt-cinq ; celle qui est à l'extérieur esl surmontée an milieu de sa hauteur par un cordon ejui a son sommet par une espèce de corniche dont hi saillie est assez forte.
M, de Caylus prétend que ce monument n'a jamais été couvert ni voûté. C'est une erreur; on apurotit partout les traces du toit sur la muraille. Il ne reste qu'un tiers à peine de celle Toute, qui a dû être générale: il appartient à la partie qui louciie k réglise avec laquelle le monument est depuis longtemps incorporé. En efîet, deux arcades voisines de la porte, fermées par une maçonnerie, forment la sacristie ; une antre a été convertie en chapelle, et une quatrième sert à sonlenir l'escuilier du clocher.
Ce moimnient, qui a été garni d'un pavé dont on retrouve quelques fragments, n'avait qu'une seule entrée située \evs l'orient, et renseml>lede son architecture présente un mélange dordre gothique et toscan ; on remarque sur les chapiteaux des colonnes qui servent d'appui au plein cintre de Tarcade intérieure deux has-reliefs représentant deux héliers superpohfié^ et au-dessus de la colonne qui est du cùté du midi une image grossière du soleîL
C est-ce qui a fait penser à quelques savants bretons que le
temple de Lauleff pouvait être une construction romaine en l'honneur de cet astre. D'autres y ont vu un temple armoricain ; quelques-uns un lieu d'asile, une espèce d'hôpital pour les pèlerins ; enfin, plusieurs personnes ont pensé que cet édifice était peut-être un baptistaire des chrétiens primitifs.
La question, comme on voit, est difficile à résoudre, et nous ne nous hasardons pas à la décider.
Trévérec. — L'église, entourée d'une belle ceinture d'arbre& qui l'abritent, conserve de curieux débris de gothique, quelques vitraux peints et plusieurs œuvres du célèbre Corlay. Ce sont six figurines d'anges, une statue de la Sainte Vierge tenant l'enfant Sauveur dans ses bras, et une. statue de saint Yéran en grand costi^me épiscopal. Ce saint évêque est premier patron de la paroisse dont le nom signifie tribu de Véran. Le maîtreautel est jdî, mais il laisse toujours regretter son prédécesseur qui était de notre sculpteur immortel. Ce beau travail fut porté dans l'église de Gommenech, après la Révolution. Une indemnité a été payée à Trévérec redevenu paroisse. Dans cette localité, ainsi que dans le reste de la Bretagne, surtout dans la partie bretonnante, s'élèvent de belles croix de pierre, monuments à conservejp, tant pour nourrir la ferveur, que parce que ces calvaires sont propres à TArmorique.
Nous devons une visite de deuil aux ruines déplorables de Pont-Men, qui tire son nom d'un pont de pierre jeté sur iin ruisseau, à la limite de la commune. On y voit encore des fenêtres et les portes de la chapelle élevée dans un verdoyant bassin sur le bord des eaux, à la Rose-Mystique. Jadis on y accourait de toutes parts, poui^ témoigner sa reconnaissance à la mère de la grâce divine. Ce beau monument était dû a la piété des Penhoadic de Lez-Verec, dont le modeste berceau est assez près de la noble chaumière où sont des chevaliers dont la vaillance fit l'admiration de la terre. Si la famille des fondateurs
ne juge pas à propos de rebàlii' le Uniiple de Marie, ou devrait lui «leiiiaiider les matériaux pour l'église qu'oH se propose de réparer et qui s eu trouverait ornée.
Avant de quitter la commune , applaudissons aux progrès dans lesquels elle en devance tant d'autres : écoles primaires, chemins vicinaux, agriculture, industrie, tout montre le pouvoir de la tionne volonté. M. Ollivier, excellent maire de Trévérec, donne rexemplej et sa vaste exploitation occupe une foule de personnes qui par là se procurent une honnête exislefïce ; la belle propriété de Pendîonec couronne des merveilles de la végétation une colline naguère aride et stérile, en face des imposantes ruines du chatcao-fart de Coat-Men. Une seule création d'un industrieux villageois produit un revenu annuel de 1,500 fr* C'est le fruit de vergers plantés spécialement dans la vallée qu'arrose le Leff, en descendant à Saint- Jacques en Goéllo.
UN MOT Sim LES MUETS DE TRÊVÉREC.
Voyez-vous sur un plateau solitaire cette demeure couverte de chaume? Elle attirait, il y a queltjues années, les regards de tout le monde. Il s'y passait quelque chose d'étrange. Une famillequi comptait des enfans el des femmes cessa tout-a-coup de parler aux autres, La famine visita les omets; des voleurs les pillèrent; la mort vint enlever une des filles ; la justice envoya ses agents et montra ses fers; les parents eurent recours aux prières et aux larmes ; les amis tirent mille instances ; le clergé l»arla au nom du Toul-l*uissant : toutes les tentalives échouèrt»nt. Je les ai vus pendant qu'ils gardaient ce silence mystérieux. Ils s'occupaient avec calme, s'entre appelaient, priaient lesoirà haute voix, agenouillés dans leur champ, tandis que le père le parcourait en prononçant des formules extraordinaires, A l'église, ils avaient choisi une place dont ils chas-
salent de force[totts ceux qu'ils y trouvaient. Ils^allaient à leurs affaires et au marché, traitant toute chose par signes et donnant sans mot dire tout ce qu'on leur demandait. Enfin, le maître de la maison mourut : aussitôt le charme cessa. La politique des mendiants a tiré parti de ce singulier événement. Ils ont dit que, rebuté par le vieillard, un pauvre^ avait jeté un sort sur lui et sur ceux qui l'entouraient, et que pour montrer que c'était l'effet d'un anathème, ils parlaient bien entre eux, mais que leurs langues seraient enchaînées pour les autres jusqu'au dernier soupir du coupable. Cette calomnie tombe devant la réputation <le bienfaisance de ces honnêtes agriculteurs. Il paraît que le secret est à jamais enseveli avec le chef de famille. De Garaby.
Notice sur Bégard.
A trois lifeues^de poste de Guingamp, en se dirigeant vers Lannion, sur une colline qui s'élève comme une corbeille du milieu d'une immense et riche vallée, vivifiée par une intelligente culture, vous apercevez, du côté de la route, tourné vers la mer, un lieu qui appellefet fixe votre attention.
La beauté du site, les proportions élégantes et grandioses de ces vastes édifices, l'étendue des murs de cerne aujourd'hui demi-ruinés, ces chênes majestueux et séculaires restés près des bâtiments, ces avenues d'une largeur peu commune, aujourd'hui dépouillées de leurj ornement et réduites aux quelques arbres que la hache a dédaignés, tout y parle de grandeur . et de puissance, mais d'une grandeur qui finit, d'un éclat qui . s'éteint.
TA
C*esl Bej;ard, tia^nicre belle et
pui
lie aljbuji% dont lu
iss;itH ï%e Jie a 1 histoire de Bretagne, aujoiirdliui simple chef-lieu de canton, à [mne nirlé par de petites tracasseries inlérieures aux Taits qui s accoaiplissent dans le dëparteaient, et qui, dans peu sans doute, sera presque aussi obscur que la cabane de rermite Raymond, dit liégard ou le Mendiant, dont il prit la place et le nom.
Déjà Ton oublie à Bégard même que l'on y foule au\ pieds la cendre d'AIlaîu Le ^oîr, comte de liichemondj lils d'Elienne^ comte de Penlhièvre^ fondateur de Fabbaye, et celle de Coiiaii IV, duc passiiger de Bretagne, son fds, qui repose près de lui.
Appelés tous d^ux, par la seule volonté de Conan III, a ré* jgner sur la Bretagne, le premier no vit pas l^s calamités que •cet acte illégal a(»pela sur son pays.
L* autre eut le malheur d'y prendre une part trop active. Son ambition et celle de son beau-père, qui luttèrent ensemble et avec Iloël, le duc légitime, Unirent par livrer le sceptre breton àrusurpalion de F Anglais Geoffroy, (ils de rinceslueux Henri, roi dAngleterre.
Déjà, depuis deux siècles, ils y dormaient tous deux, lorsque, sur la tond)e de ces fauteurs et chefs d'une guerre civile, le satellile d'une autre de ces guerres impies donna, vei^s minuit. Tordre barbare qui fit une épouvantable boucherie du 'oinbit engagé, trois Iteures après, sous les murs de l^a Roche- Derrien.
(7étail pendant cette triste lutte entre Charles de Bbis et Jean de Hlonlforlf dont l'ambition rivale couvrit, [tendant vingt-deux ans, la Bretagne deruines et de deuil.
1/Anglais Thomas dMgeworle, général de Monfort, arrivaiude Carhaix jiar une marche forcée, à travers des sentiers crus impraticables, i>our délivrer La Roche que Charles assio-
gçait, fit à Bégard une halte de quelques heures, et alla ensuite surprendre, au milieu de la nuit, larmée assiégeante.
Au moment du départ, donnant aux siens un mot pour se reconnaître, il leur ordonna de tuer sans merci quiconque n*y répondrait pas. L'armée de Charles étant répartie sur les deux rives du Jaudy, une partie put seule combatre. On se battit aux flambeaux; Je carnage fut affreux, et presque la moitié des troupes engagées de part et d'autre y périt.
La victoire, longtemps incertaine, se déclarait pqur le parti que secondait la France, lorsqu'une sortie des assiégés vint donner la victoire au général anglais ; mais cette victoire , d'Ageworte faillit la flétrir par un lâche et froid assassinat sur la personne du prince vaincu, dont le sang coulait de dix-huit blessures, parce que celui-ci ne voulait pas abaisser son amôurpropre national devant l'orgueil de l'Anglais.
Mais laissons là ces faits odieux : Bégard en rappelle d'autres d'un genre heureusement bien divers.
Ces riches campagnes qui l'entourent étaient, en liSO, épo-que de la fondation de l'abbaye, une immense forêt joignant aux domaines du seigneur de Belle-Isle-en-Terre.
Le lieu où est située l'abbaye portait le nom de Plus-Coat (pure forêt). C'était une clairière où un pauvre ermite mendiant s'était bâti de ses mains une misérable hutte qui le contenait à peine, lorsque quatre religieux cisterciens choisirent ce lieu, d'une beauté sauvage encore, pour y fonder une colonie de leur ordre.
Dans ces temps malheureux où les hommes, témoins et victimes des dissensions intestines qui déchiraient si fréquemment notre glorieuse, mais infortunée patrie, ne voyaient de calme et de sécurité qu'à l'ombre des autels, Bégard fut bientôt peuplé d'une foule qui fuyait lés troubles sans cesse renais^ sants, apportant aux cénobites biens et personnes.
Le pays enlier aida d'uiUeurs à couslruire l'abbaye par s^ dons et ses travaux. Telles furent les mains qui défrieliërent ces forêts et les clianj^èrent en de riches cultures. Ces hommes utiles et laborieux depuis longtemps ne sonl plus; tout d'eux, jusqu'à leur nom, ]us(ju à leur souvenir, s'efface chaque jour, et va bieulôt dispai'aître aux lieux niènie dont la prosfït'rité actuelle est un de leui-s bicnfails. Donnons-leur auparavant un témoignage de reconnaissance, et jetons quelques tleurs sur leur tombe oubliée.
Honneur à ceux (|ui procurèrent à leur pays ces avantages matériels! Mais honneur surtout, honneur et gloire à ceux qui i ullïvorent et développèrent son intelligence, soutinreot sa faîhlesse contre la tyrannie, et le conduisirent par la civilisation à la liberté ! et cette gloire appartient a Bégard, comme aux autres^ et [>eul-ètre plus qu*aux autres établissemenls religieux.
Dans ces tetnps de Tenfauce des peuples modernes, temps J ignorance et de barbarie, que l'on appelle le moyen âge, la magistrature et les lois, proleclrices du faible, n'existaient pas ^ûcorc; nous étions serfs. Le droit du plus fort, et sous lui <|uel(}ue^ coutumes non écrites, douteuses, interprétées d'ailleurs parle plus fort, régnaient sans conlre-|joids. Une seule puissance s'opposa aux abus de ce pouvoir irresponsable : c éîail le clergé. Au nom de Dieu et par la crainte de ses jugements, il imposa la paix ; il soutint ropprimé, il éleva son ame ^n lui prêchant la liberté du Christ, l*€*galîté des hommes dev:int Dieu, source et modèle de l'égalité devant la loi. Et quatid nos fiers barons gardaient un trop prudent silence, on vit un simple moiue partir du château de La lluoaudaye, qu'un meurtre venait d'ensanglanter, et aller demander compte à un assassin couronné du sang du prince, son frère; et celui qui avait foulé aux pieds les lois divines et humaines trembla devant lui.
Il sort des bornes d'une simple notice de dire par quelle suite d'efforts heureux ou inutiles, mais persévérants, le clergé, dont Bégard formait une partie alors active et puissante , atteignit son noble but ; mais la part glorieuse qu'il prit à la civilisation, dont il fut l'apôtre et l'agent le plus actif, est un fait historiquement incontestable et incontesté.
Ce fut à l'abri de ces asiles respectés, et surtout des cloîtres de cet ordre des Bénédictins, si cher aux savants, et auquel appartenait Bégard, que se conserva le dépôt sacré des lettres et des sciences, auxquelles nous dûmes surtout d'échapper à la barbarie de ces temps de tristes souvenirs. Les heures que laissaient libres le travail manuel et les exercices claustraux étaient employées à reproduire ces restes précieux de Rome et d'Athènes, qui, après tant de siècles, régnent encore sans égaux.
A cet ordre éclairé et patriote appartiennent ces savants consciencieux qui fouillèrent les trésors de nos chartes, et lièrent le présent au passé par leurs longs et pénibles travaux ; entre autres, Lobineau, Morice et Taillandier, dont la vie entière fut, consacrée à recueillir les souvenirs épars des générations qui, avant nous, foulèrent ce sol et nous le léguèrent.
Bégard prit, dans les temps anciens, une part active à tout ce qui se passa en Bretagne. Le seing de ses abbés fut apposé sur une foule de nos pièces historiques. Hs siégeaient au conseil national, et leur présence à ce conseil est constatée par de nombreuses preuves. Souvent ce monastère fournit au pays des agens de salut et de paix. Plus d'une trêve, plus d'une conciliation furent opérées par des ambassadeurs pris dans cette maison.
Avec la barbarie qu'il avait combattue déclina la gloire de Bégard. Dans des temps plus calmes, où le règne des lois était assuré, à mesure que croissaient les libertés publiques, dans une proportion égale décroissait l'importance politique et le nombre des fils de Bégard.
Il est iino réflexion qui fi a|ipe : c'est que, qiiaiï^mTÎW-^ ilurtioii do leur nombre ils dcviiireat riches, la proportion décroissante devint encore plus sensible. Accumulant les ti*avaux de plusieurs générations^ et ayant à chacun d'eux ce qui avait suffi à plusieurs de leurs prédécesseurs ^ ils étaient h peine quelques-uns, quand la loi atteignit leur élablissenient, que déjà le clergé avait rejeté ; car ils n'étaient plus, ainsi qu'ils se (lisaient encore, d'humbles et pauvres religieux, mais des seigneurs de fiefs, s eutouranit des jouissances du monde, et peu lidelesà leurs vœux.
Aussi, quand les ordres qui mendiaient leur subsistance journalière, quand le clergé inférieur, réduit an plus strict nécessaire, abondaient de sujets, Bégard, le ricfie Bégard n'avait que ceux qu'ils avaient refusés. On préférait la pauvreté h sou opulence. Ne serail-ca pas parce que notre Dieu est le Dieu , du jftauvre et de celui qui soufire, et qu'il veut, pour le servir, des cœurs purs unis à des ntains vides? Ainsi la richesse futelle lonjoui^ recueil des institutions religieuses qu'une honnête aisance^ fruit du travail, fit toujours prosjiérer et Oenrir. Le cosluine des religieux de Bégard se composait d'une soutane bUinche avec un camail noir. Leur nom était religieux hénédiclins de IVotre-Dame de Bégard, de la congt*égation de Clteauii.
lis étaient gouvernés par un abbi', et sous lui par un prieur; DjaisTabbé, par un abus introduit dans ces derniers siècles, . D était plus qu*un sinécuriste, qui consommait, sans fonctions, Une partie des revenus de l'abbaye» sur laquelle il exerçait un pouvoir purement nominal. Le véritable chef était le prieur.
Voilà r histoire de la grandeur et de la décadence de Bégard, qui, mûr pour la coignée, tomba satis laisser un regret. Voyons maintenant la suite de celle histoire jusqu'à nos jours, suite, " hélas! bien pide, à partir du jour de la chute de labbaye.
A Tepoque de la Révolulion, Tabbaye fui supprimée . et ses édifices, vendus par l'état, reçurent d autres Jiabitants.
Bégard devint le chef-lieu d'un canlou et d'une commune du même nom.
LV%lise abbatiale, Fun des plus anciens édifices religieux du pays, et portant d'incontestables indices de sa vétusté dans la forme et la distribution de ses colonnes, de la paitie qui a résisté à l'injure du temps, devint, à l'époque du concordat, régi i se curiale.
L'ancîeime niense abbatiale sert anjourdlrnî, pour une partie, de presbytère, pour Taulre, de maison de ferme, et le corps de l'abbaye loge toutes les autorités canlonnales et une très grande partie de la populaliou du clief-lieu de canton,
La nouvelle conmiune de Bégard fut formée des cinq petites
Êaroisscs voisines de l*abbaye, savoir : Guénézani Saint-Norva, ottesan, Lanneven et Trézellan.
Cette dernière a toujoui's vivement regretté son ancienne indépendance, et fait tous ses efforts pour la reconquérir; mars Bégard, de son côté, lutte pour conserver la plus riche partie de son nouveau territoire*
Cependant Trézellan a obtenu qu*àson ancien chef-lieu résidât un vicaire, et à cet effet un riche cultivateur a réparé par ses dons l'ancien presbytère. Sa générosité et celle des habitants sont venues suppléer à Tinsuffisance du traitement de cet ecdésiaslique.
Mais, pour se détacher le plus possible de Bégard, en s'attachant par des liens plus étroits à la résurrection si désirée de leur commune, les habitants ont voulu y rester, morts comme vivants, afin que leur exemple et la [uésence de leurs restes mortels fussent une incitation perpétuelle à ceux qui vivraient après eux de continuer leurs efforts, et une protestation incessante contre la dépendance où ils sont de B^ard.
Un cimetière a été ïnuré, et le propriétaire du sol en vend à chaque famille pour une somme que, dit-on, il ne reçoit pas toujours, quoiqu'il en donne quittance, trois mètres carrés, à charge de ne s'en ser\ir que pour sépulture. Ce cimetière a pris le nom de la Éamille qui le créa, et dont le chef y repose. Il s'appelle cimetière des Le Tiec. Jolv.
CAMP DE PÉRAN,
A reniparl vitrîlîé j près de Saiiit-Brieuc.
Ijes forteresses à remparts vitrifiés, dont FEcosse nous présente divers exemples, n'étaient pas encore connues qn France, lorscju'en 18M j'en découvris une dans le département de la Mayenne, à Sainte-Suzanne : mais je n'avais pu observer que deux blocs allongés encore en place, et de nombreux débris plus ou moins concassés, qui avaient roulé au pied de la monlagoe. Plus heureux aujourd'hui, le département des Cùtesdu-Nord vient de m'olîrir une enceinte pareille, dans son entier, sur une position stratégique parfaitement choisie, oij elle fonne un camp à peu prés circulaire de neuf cents pas, ou peut-t*tre plus, de circonférence. Cette forteresse se trouve au TÎllage de Péran, à deux lieues environ au midi de Saint- Brieuc, dans la commune de Plédran ; elle couronne un mamelon qu! domine la vallée de !a petite rivière de fUrne, et se trouve au levant du rocher du Goelan, sur la route de Quintin ; elle est considérée, d*après la tradition locale, comme un fort des Romains. Cette opinion populaire ne manque pas, en effet, de vraisemblance, lorsqu'on voit cette enceinte à côté de la voie romaine qui se rend do Corseul par Itïiniac vers Carhaix ; elle n'en est éloignée que de trois cents à quatre cents pas du côté de lest.
Comme on a bâti quelques chaumières sur remplacement du rempart avec les matériaux dont il était formé, je n'ai pu mesurer au pas toute sa circonférence avec exactitude ; mais, en évdluant à un tiers les trois cents pas où je Tai suivie sans
obstacle, sa totalité aurait été de neuf cents pas, et le diamètre de la forteresse de trois cents, ce qui lui donnerait sept cent cinquante pieds de largeur, mon pas étant de deux pieds et demi. Son gros rempaçt offre ici la particularité d'être précédé d'un second, beaucoup moins considérable, qui ne s'élève environ qu'au tiers de sa hauteur, c'est-à-dire un peu au-dessus du niveau du sol extérieur : il est séparé de celui-ci par le fossé ; et comme la largeur de ce dernier n'est que de vingtquatre pieds sur douze de profondeur au-dessous du terrain qui forme la contrescarpe, il m'a paru médiocre en raison de l'importance de la forteresse : il est rempli d'eau dans toute sa partie septentrionale.
Le gros rempart qui fait la force principale du camp domine la contrée d'une hauteur de dix-huit à vingt pieds, et son aire intérieure de neuf à dix : il est dans un état peu mutilé, sim*plement arrondi en dessus, et sans exhaussements ou buttes notables sur ce qui nous reste de sa circonférence ; sa base a douze pas de largeur. Comme il est revêtu d'une terre argileuse jaune-clair, fort compacte, remplie de graviers mêlés de pierrailles, je ne dois qu'aux brèches qu'on y a pratiquées, et à la destruction d'une certaine étendue de sa circonférence dn côté nord et de l'orient , la connaissance des blocs vitrifiés qu'il renferme et qui composent toute sa masse centrale : ces blocs sont identiques, sous tous les rapports, avec ceux de la ville de Sainte-Suzanne. On y reconnaît des granits, du grès, des roches ferrugineuses qui se sont fondues, et dont la matière, coulant en pâte noirâtre parmi toutes ces roches, s'est relevée, tantôt en ondulations et en plis sinueux, tantôt en petites masses agglomérées irrégulièrement, comme sur certaines laves des volcans. Dans cet amas ou blocage informe, le grès se reconnaît à sa blancheur et à son aspect terne, les quai*zites à l'état vitceux àds graviers siliceux qui les composent, et les granits à
leur masst? devenue poreuse de loules pails, en môme temps que criblée de petites concavités, par la disparition du mica, de l'amphibole et du feldsdalli : mais peut-être ce dernier, en se combinant au cjuarlz pendant la fusion, forme la scorie vitreuse, d'un blanc gris-bleuutre, qui remplace la roche primitive et dans laquelle toute forme ciistalline a disparu,
1^ souvenir de la longue opération qu*à exigée cette vitrilication d'un tel amas de pierres est resté dans la contrée, quoique en se dénaturant : on rapporte, k ce sujetj que ce camp, cet établisstMnent, fut incendié par rennemi, et que le feu y dura sept ans.
En parcourant sa circonlërence , j'espérais y rencontrer quatre entrées ou jxirtes opposées, mais je n'en ai reconnu que trois bien£;ertaines : Tune au midi et qui m'a semblé la principale, hi seconde au levant, la troisième au nord. La porte au midi fait face à un chemin vicinal dune largeur remarquable, qui doit se rendre au bourg de Plcdran et de là à la ville de Moncontour : c^ chemin tourne le camp qui nous occupe par son côté, pour rejoindre au nord, à cinq cents pas environ plus loin, la voie romaine dlfiiniac Vers Carhaix; il est aussi large que celle-ci, et après Tavoir traversée, il se dirige en ligue droite vers Saint-Brieuc, On reconnaît facilement que cette route, aujourd'hui peu suivie dans la partie qui porte le nom de chemin de Lamauduu, aurait eu jadis de Timportance : elle passe auprès du manoir de la Ville-Grohau.
Si nous examinons la forme et le mode de construction d^ Ce camp, sa distance de la voie romaine, sou établiss^'ment au iniliuu d'une contrée jadis toute couvert* de b(»L^, el la Ibrca qa il retirait surtout comme poste militaire du bas-fond spacieux que traverse la rivière de l'Urne { * ), et qu'il dominait du
{*) LtJrne, Urna. Bl. Habasque a découvert dans un ancien titre le
haut de son mamelon, nous ne pourrons reconnaître ici qu'un ouvrage gaulois. D'abord, au lieu d'être carrée , son enceinte est ronde et nous offre surtout un double rempart, ce dont je ne connais pas encore d'exemple dans les camps romains. En second lieu, je n'y ai point vu de ces briques, ni cette multitude de tessons diversifiés, dont se trouvent remplis tous les endroits où ils ont séjourné : jamais encore que je sache ils n'ont songé à vitrifier le blocage de pierres renfermées dans la masse d'une circonvallation. Ainsi donc il n'y a rien de romain dans rétablissement de cette forteresse.
Sa position isolée au milieu des bois et dont l'acbès devait être fermé du côté de Test, par l'état marécageux de la vallée de l'Urne, vient en outre nous confirmer que le camp de Péran ne pouvait être qu'un lieu de retraite ou de refuge, un de ces OPPIDUM, sylvis atque paludibas praeinuniluni, où nos ancêtres venaient se réfugier avec ce qu'ils avaient de plus précieux, quand l'ennemi envahissait leur pays. Et pour rendre cet asile indestructible, ils auraient vitrifié la pierre qui formait le centre du rempart, afin que l'humidité ni les efforts de l'homme^ ne pussent rien contre cette masse cyclopéenne. Comme elle se trouvait recouverte par une couche d'argile compacte, d'un mètre de hauteur, laquelle formait la crête ou le parapet du rempart; et qu'elle était masquée en avant par le revêtement en terre qui constitue le glacis, l'eûnemi, voulant battre en brèche, se serait épuisé en efforts inutiles, une fois qu'il serait parvenu jusqu'à cet obstacle, ou^du moins aurait chèrement payé son triomphe.
nom de ceUe petite rivière ; il nous rappelle les Romains, ainsi que les quinze villages de la commune de Plédran, qui commencent par le mot viMtf, traduction de celui de vitia qu'ils donnaient à leurs maisons de campagne.
D'après les Iradilîons^ celte place forle aurait été jadis en guerre avec le seigneur de la Ville-llélio et se serait battue 'Contre son cliàteau, quoi qu'il y eût un intervalle de plus d'une denii-lieue de Vun h Taulre. Cette marque sufiit pour nous en faire connaître toute la puérilité. Eu y faisant des fouilles, il y a une trentaine d'années, dans la partie du nord-est, pour de nouvelles couslructious, on y a trouvé des piques et divers instruments de fer inc<umus.
En creusant les fondements d'une autre bâtisse, on a découvert quatre petites meules de moulins a l>f*as, de cinquante ceutiniètres environ de largeur, des instruments regardés d après leur forme connue des outils de sabotier, des marteaux, quantités de pots cassés, des tuiles analogues à celles qu'on emploie pour la construction des fours, etc. C'est a François Gauvin, de la Ville-Poyan, village voisin, que je dois ces rtmseignements. J'ai su encore par lui qu'en 1809, en fouillant la terre, vis-à-vis la maison de Cotillard, située en dehors du camp, mais tout près de celui-ci, du roté du levant, ou y avait reucontré du seigle et de l'avoine brûlés : il se trouvait parmi des pierres cimentées, selon lex|>ression des habitants.
Les bâtiments qui occupaient intérieur de la forteresse auraient été incendiés, et, selon ceux-ci, rincendie aurait duré sept ans, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus. Comme les moines rouges avaient habité, selon leur ra[q)orl, le fort de l*mn, il serait possible qu'on eût mis le feu à leur manoir, ♦luand Tc^xterminalion de cet ordre fut ordonnée par le gouvernement et mise de toutes parts à exéculioUt Nous devons faire observer, au sujet du nom de moines rouges, que les Templiers auxquels on rapplitjue étaient vctus de blanc ; mais que le peuple, ne se souvenant plus que du costume rouge des nouveaux chevaliers du Temple ou de Saint-Jean-de-Jérusa- Ier0, qui succédèrent aux Templiers et furejit dotés de la plu-
part de leurs biens, a commis et répète cette méprise de tout l'occident de la France.
Je terminerai cet article en faisant remarquer que la présence du rempart vitrifié de Péran est un fait d'autant plus important pour l'archéologie française, que le peu d'étendue de la portion visible du rempart de Sainte-Suzanne avait laissé des doutes assez légitimes dans l'esprit des personnes qui ne connaissaient pas les châteaux à remparts vitrifiés de l'Ecosse. Les hommes instruits du pays, dont j'étais le condisciple à l'école centrale de Laval, n'osaient eux-mêmes adopter mes opinions, tant la chose leur paraissait extraordinaire ; ett^s messieurs regardaient plutôt ces deux grandes masses comme une agglomération des scories d'une foi^e à bras qui aurait existé jadis sur l'emplacement du château-fort dont nous voyons encore quelques restes aujourd'hui ; mais l'identité de composition des blocs de Péran et de Sainte-Suzanne, leur continuité dans toute la circonférence d'une si grande enceinte, et surtout leur application à un système de fortifications parfaitement déterminé, ne doivent plus laisser la moindre incertitude dans l'esprit de qui que ce soit.
MM. Le Maout et Thierry m'avaient indiqué le village de Péran comme méritant une attention particulière. Il serait à désirer, dans l'intérêt de la science et du pays, que le gouvernement fît exécuter des fouilles dans cette curieuse localité par la société archéologique du département. B. De la Pylaie.