SUR LE MANUSCRIT INTITULÉ
VIE DE BERTRAIVD DU GUESCXJN.
Le catalogue de la bîbliollièquc royale ne donne aucune indicatioa ni sur l'auteur ni sur Tépoquc de ce manuscrit. Nous avons Toala noat fixer à cet égard, et nous nous sommes liyrcs à quelques reclierclies doat le résultat n'est pas encore complètement satisfaisant^ mais que noas allons cependant faire connaître.
Dans une espèce de dictionnaire bio(]^raphiquC| qui se trouve & la fia du glossaire de Roquefort, (1) on lit ce qui suit: c Curalier, morlea ÎZBk, est auteur d'un ouvrage manuscrit qui a pour titre : Vie de Bertrand Duguesclin, cl dont deux exemplaires se trouvent à la bibliothèque nationale, sous les numéros 7224 et 8418. »
Cette note nous apprend assurément bien peu de cbose. No«s cou* naissons le nom de l'auleur, c'est bien : mais en quelle année a*t-il composé cet ouvrage et à quelle province appartenait ce poète? était*il coropatriolc de celui qu'il appelle au commencement de son livre, U Nobile Brctont Celte dernière question est malheureusement la seule i laquelle nous puissions répondre et malheureusement encore il parait que Cuvelicr était né en Picardie et non en Bretagne. C'est du moins ce que nous apprend M. Poignet (2) qui ne jiige pas' ii propoi de nous
(l)Glassairedc la langue Romane, par Roqueforl, deux volumes in-octavo. -* Paris, 1805.
(2) Tome i)rcmier, pngc 752 du Dictionnaire historique et bibliographique, par M. reigiiot, (J<;ux gros volumes iiho«tavo. — Paris, 1825.
flonncr Aocunc autre indicaUciu. Quant à Hiircri el à I« UîofrrAjitiîc oiii* Tcrtellû, l]s ne nous parle même j»as de cet aulciir. (1)
Tout cela ne nous aalisfaisaut pas encore, nous avon» pi>ui»!ié nos rc* ehercbca plus loin ; mais la flifTicullé n'a fait i|u 'augmenter au lîcu île diminncr. Voici on effet une nolîec aasex <!urieuae (ju*on lit tlana ta Bi^ ùlioihèifue hittorique de France de Lc1nti|^, tome Iroiiième^ pa(rea ikh^
ffoUce des principaux oavrages gor Dngiie^cUii.
« Roman de Itcrtrand Du^oesclînf par Jehan Le Cavélîcra» manuscrit en vers*
La TÎe de Berlraud Duguesclin. eo vers, îii*r(»|io« par CuTilUert» bi- Mîolbèqucdu roi. 733fi.
La TIC et noidct faiU d^armcs de Dertrand Du|rueBcUn, mise en rime française par N. Cunèlicrs, sur véliu en lettres {rotliti|ues avec minia* liircSi in-foHu, »
Arrêtons noua ici : loot de suite uons croyions que Tautcur se noni> niait Cuvélicr et nous avions pour nous Roquefort, Peî^oot el même Ducan[fet Maintenant Toîtà trois ouvrages sur le même perionna(]^e, écrits il la m^me époque par trois auteurs dont les noms semblent différcnts. Le père Lelong ajoute que ces trois personoes n'en faut qa'onc seule et qu*ilen est de même des trois ouvra(]^c8. (^) Noua sommes as* tes portés b le croire ; mais alors de ces trois noms, quel est le véritable nom du poète ? cVst ce qu*en vérité, nous ne pouvons décider.
l'neebot'C cependant nous paraît prouvée par cette citation: c*cst îe g'rand nombre d'ouvrages qu'inspira Du^uesclin. Il y en a nne foule d*aalres à la suite de cenx-ci citée par Lclon^. Un des plus importants et! celui qui a pour titre :
Leroumant de Bertrand du Glaicqnin jadis cbevalier et connétable de France, en vers, in-quarto.
Cet ouvrage âcrity suivant Ducange, en 1S87, est de TrueUer 0oiit
(I) Cuvèlier ( Jehan) poète français de Picardie, mort en 13S4, a mis en vers la vie de Bnrtrand Duguesclin.
[Bîograpbie claasique. *^ Paris Cb. Gosselin, IRt9. l
^ N'eut-il pas du dire la même chose de Truellcr ou Triicllier et de son ouvrage, «Ion t ou parie un peu pbss loin f
Lobioeau (histoire île Bretagne, fom. 2, pa{f. S6) ayait pronls de le donner parmi les pièces qui devaient composer le troisième rolaiac de son histoire. Mais il y renonça ; en effet, dit-il« t malg^ré la naîTcté de » cet oavraçe qui le rendrait dij^ne d'être imprimé, il est d'une lon- » gfueur si exhorbitante qu'il faudrait au moins quarante feuilles d'im- > pression. >
Nous rcgrreltons de n'avoir pu nous procurer cet ouyrafre qui ne se trouve plus à la UhKotbèqne royale.
Tous ces poèmes ont étéjoçés fort sévèrement par H. llichelct. Ayant eu occasion de parler de Doguesclin dans son cours de cette année» ce pruTcsscur a ajouté à peu près ce qui suit: c Duopuesclin, comme Ho- B land, inspira un g^rand nombre de poëmcs qui n'ont pas grande va- 1 leur historique. Ces poëmcs, en général mal écrits, peu soignés, fa- » rent composés principalement pour amuser la royale folie de Charles » VI. » \oiis ne nous pcrmcllrons pas de discuter le fait avec M. Micbelet, un de nos meilleurs historiens actuels, professeur élriquenf , si ^^crsé dans réliide des vieux monuments de notre pays. Nous ferons re* marquer cependant que d'Argentré ( Ilist. de Bretagne, png« 410 et 411) a donné une description du combat de Dogucselin copiée presque mot pour mot du récit que nous donnons aujourd'hui.
Après cette discussion peut-être nu peu longue, mais f|i«î ne nous pa* rait pas déplacée, nous allons dire un mot du manuscrit lui-même.
Comme nous l'avons dit en commençant, il existe à la bibliotbèqae royale deux exemplaires de ce poëmc. Le numéro Sfti8 est fort peu remarquable ; récriture en est . peu soignée et il n'est pas bien conservé. Nous le passerons donc sous silence et ce que nous dirons me doit fl*eBtendre que du numéro 7224 que nous avons sous les yeux.
MM. Champollion-Figeac et Paulin Paris, conservateurs des manuserits, si connus par leur science archéologique» nous ont donné quelques détails avec une obligeante bonté dont nous ne pouvons assex les remercier. Ils nous ont dit que ce poëme n'avait jamais été imprimé et que la copie que possède la bibliothèque royale date des premières an* nées du quinxième siècle ; ils la font remonter à l'année i&iO, ce q«i nous apprend qu'elle n'est pas de la main de l'auteur mort, conmemMS l'avons dit, en 1584. Du reste, nous a dit M. Paris, quiconque a lu
f|Urli{iics miifiuâcriU dt celle ifpii«jui> $(jtît i|iie {trosquo jniutiîg ils iip simt «criU delà main de l'auteur; c'est |>reî«f}ue ttJiijoiirs rwitvrc Aëf^ cci|)îstes qui en faUftient leur état avant la découverte de Hmprhncric. Cctlc: copie e«t aHsc2 bien soignée* mais peu remarquable erpendunL On n'y iroit aucun portrait, aucune de ces vig^neltc? ni suij^neusemcnt dessînces, si artistcment peintes qui ornent ta plup^trt des manuscrits des duiixièmcct Ircijiièine siècles^ C'est qu'aux cjuatarileme et quinj^ieme lièelet Pari commcuçaîl à déehoîri comme le prouvent tons les monuments de cette dernière époque, compares avec ceuit des siècles précédents. Les lettres maj u seules , une des merveilles ordinaire» deseoptstes du moyen «aj^Ci n*ont ici rien de rcniarquable. La première sirute du poème qui est une S se distingue un peu des autres. Elle fiiyurc un arlirc dont les branches supérieures couvrent te baut de la pa{^c, le tronc le eoté, et les racines le bas : Tenluminure, du reste Irès-vive, en est bleue et ron{fe. Le poëmeest écrit sans repos de livres, de ebants
Éebapîlres, La seule chose qui rompe un peu cette itniforrailé, c'est le ng^ement ilo rîmes, A chaque fois que la rîme change» ce qui arrive eu près tous les quinze ou vin{}t vers, la première lettre change de rooleur ; de sorte qu'elle est alternatîvemenl hleue cl rouge« Du reste il n*y a ni points ni virf^ulcs, ni accents ; il u*y aurait même pas eu de titres ni de pa^j^ination ni antre, ^l on nC s'était avise d*en mettre iltDt le dix*8eptième slèelet à peu près. Les abréviations y sont nombreuses et en rendent la lecture un peu difficile, Il est écrit sur parchemin. Chaque pa^e est divisée en dcu^ colonnes dont les li|fnes sont ren* dues parallèles au moyen de petits tracés noir»* Chaque colonne con<
kdt quarante vers, ce qui en donne quatre-vingts par p^^e. Or le manus- I contient cent quarante feuilles ou deux cent quatre- vin^jt-buit pages, ce qui porte le nombre des vers à vin^rt-trois mille quarante ; nombre prodtjrieux et qui paraît d'abord incroyable. Le manuscrit a été relié sous Tempire, en maroquin rouge* Le dos est orné d'aigles et d'IV dorés .
Cea détails, auxquels je me complaîsi ne paraîtront peut-être pas niuai âotéreasants aux lecteurs ; je les terminerai dune ieî, en priant cepcodaut qu*on me permette d'ajouter encore un mot.
La copie du récit suivant^ extraite du M. S. numéro 78^4, faite avec itUPl le toin que j'ai pu y mettre, que j'ai «lue et comparée plasieurt
foif , a élé collationncc par MM. ChampolUon-Fîgeac ci Paulin Paris. C'est aises dire qu'elle est aussi exacte que possible.
AUTOHIlllIACÉ;
Élikve de VÉcoU Normale. Paris, le 85 octobre I8S4.
Nota. Les persoBues qui voudront avoir sur les bistoriens de Dugucsclin, de plus grands détails* que cctiz auxquels Tespace nous a forcé de nous borner, peuvent consulter la précieuse coUection des mémoires re^ Utifi à V Histoire de Franee^ par PcUlot, première série, tome qua» trième.
Récit
Du combat singulier que Duguesclin soutint, on 1359, sur la place il Champ de Dinan, contre un c^ivalier anglais, nommé Thanas le Cantorbenr*
Tout droit dedens Dinant, celle ville de pris , Font le champ ordener 11 bourjoisSeignoris^ (1) Qui furent moult lié et au cuer rejois, Que le champ se fera en la ville gentilz. Diray de Tescuier qui ot non Âmauriz, a SireBertran, dist-il, or, oiez mon advis. » n y a une dame qui moult est de haut pris^ » Celle deRanguenel, une dame au cler-vis ; (2) i> Mais elle dit, pour vrai, aux grans et aux petits, » Que par vous sera hui (3) li angloiz desconfis, » Et que vous remaindrez tout sain et sauf et vifs ;
( 1^ Bourjois seignoris — nobles bourgeois. (2) Cler vis -* hean^ ou mieux hlanc visage. (S) Sera hui — sera aujourcTIinî.
» Sire^ ne me veilliez haïr ne bkstengier, (52)
» Si je me suis péné d'ocir cest murtrier,
» Ne fust pour votre amour, occis fu par Tacier. »
€ 11 ne vault gaires mieux, dit li duc au corps fier,
» De tant quen avez fait on vous doit bien prisier.
» Hors de prison arez votre frère Olivier,
» Et sara mille livres pour lui ahamacher ;
» Et vous arez les armes du félon chevalier,
» Et son cheval aussi qui Vault mieux que destrier.
» Ne jamais à ma court ne pourra repairier,
» Cure nai de traitres ne de nul meurtrier,
» Ni qui a traision se sachent appliquer,
» Point ne lavons appris dedens notre héritier.
Ainsi jugea li ducs bien et souifisamment. Bertran et Olivier furent em parlement; Au duc ont pris congié moult gracieusement ; Et lor donna a boire a dont moult lignent Vers les trez (53) s'en revont moult honnourablement ; Et Bertran demeura en Dinant proprement, Où il futfestiez honnorez grandement.
Le cappitaine Gst un souper noblement.
Et toutes les bourjoises vindrent généralement,
. (52) BksUngier — Màaicr.
Aniense* je te blasteni Qae tu responssi bêtement.
(Fabliau de sire Haius et de dame Auicusc). (53) TrcE — tentes.
Dans les cctmbats singolicrS) deux tentes étaient ordinairement dressées dans le champ -clos et destinées a Vusaj^e partienlier de chaque combattant.
Pour bi^n garder le champ a fait gens ordener^ Et tantost pour la feste a fait bientofit crier : Qu'il ne soit homs vivans qui tant face a low, (t2) Qui se merle du champ lun ne lautre grever, (13) Sur a perdre s*onnour et la teste copper : Et li ducs de Lencloistre Yolt ce cy accorder. Et quant chascun oy ainsi ce cri crier, Il ni a si hardi qui s'en osât merler • Le chevalier Engloiz qui tant fist a doubler, (14) Se commença en lui forment espoanter, Car au besoing on doit de ses amis trouver. Or se voit en Dinant, enclore et enfermer. Bien voulist que Bertran ce poist accorder^ Etson frère Olivier li deust délivrer^
Li chevaliers Engloiz qui Thomas aiFoit non; Vosist bien faire paix à Bertrand le Baron ; Parlementer en fist sans venir de son. (1 S) Robert, con dit Canole, et chevaliers foisoa Sen vindrent à Bertrand qui cuer ot de lyon : Et dist Robert Canole par molt douce raison : € Sire Bertran, dit-il, oyez m'entencion. (16) ]» Resgardé ont au fait chevalier et baron ; » Et ne voldroient pas par nulle entencion » Que mal vous avenist pour iceste achoispn. (17) T» Car combien que soiez en votre noureçon, (18)
(18) Qai tant face a loer — - qui ail asses d'audace pour coBieilkr. (13) Greyer — - inquiéter — incommoder* (lA) Doubter — donter» craindre.
(IB) De son — secrètement.
(16) M*entention — mon intention,
(17) Achoison — occasion*
(18) Nonreeon -— pays, patrie.
>» Et avec vos amis de voslrc estracioa, (10)
* Savez- vous pris eslour{20} conlre un fier champion ? » Mieux vauldroit boue pais que mauvaise tençou. (2t)
' » Se croire nous volez et accorderno bon, (22) » Nous mettcrons à paix celle discension,
• Et ferons votre frère quiuer de sa raençon* » (23) ^ « Comment^ ce dit Bertran, il ne doit un bouton,
» Et il est, ce m*estvis, (24) coustume et bien raison j m Que s uns homs (2B) est à tort mis en une prison, ulII en doit purement avoir délivraison. » ^P« Seigneur, ce dit Bertran, volez que je vous die : B 0 bon duc de Lencloistre a tant de seignorîc, 1» En JehandeChando, plaint de grantvaillandîe, I t Ou quens (26) de Pennebrot qui tant a seîgnorîe, m Et SI tien tant de bien de l'autre baronnie. » Et du bon cappitain de Dinant la garnie, » Et en ses homes tous, et en la bourjoîsie, » Qu'ils ne me feront jade mon droit vilenie; 1 Et jay Dieu en couvent (27) et la Vierge Marie ;
ÎQue li faulx chevalier qui m'a fait tricherie, N eschappera jamais, je vous acertefie, 1 Si li arai monstre ma force et ma maistrieJ » Ou je le destruiray ou gi lairai la vie,
(19) Eitracion — race» famille* (tO) Estour — combat, joute.
(9i)TouçoEL — ' diapntet querelle.
(33) No bon — notre volonté.
(23) Qaîtter àe sa raesçon— être quitte de aa rançon*
(34) Ce m'est vis — e^est «on avii.
(3îS/ S*UQS boms ^— si un bomme« (510) Qneni -— comte.
) Courent *<- garde, secoun.
1 Se rendre ne me véuU deuant la compsdgnie, » Son espe en ma main, parla pointe aiguisie, » En disant : Je me rends à votre oommandie. b Et dist Robert Ganole. « Il ne le fera Hiie. « Certes^ se dist Bertran, si fera grand folie ; » Car il doit plus doubler la mort que TiUenie. i
Quand li engloiz oirent ce que.dil ot Bertransi ^ Chascun se merveiUa comme il fil penaans, Li uns à l'autre dit : « dl chrestien est bien grana. 9 Par foi, ce dist li autres» c'est aœsi cum Rolana, » Â l'autre champion qui moolt ce fu doublans Sont venus chevaliers et Engloiz ne sai quans^ Et puis ce li ont dit ; c Sire, soiez pensans : 9 De votre vie sauver je croi qu'il en soit tamps* 9 Nul accort ne respft ne parole plaisaos, • Nous ne poons trouver que ne soit faix li champs » S'a déshonneur nestiez à Bertran accordans. » Et li Engloiz respont : c or me soit Dieux aidans. » Oncques mais ne vis homme qui fu si désirans » De faire la bataille ; toujours en est engrans ; » Il me convient aler ; or me soit Dieux aidans I » Mais se puis esploitier, il en sera dolans* » Or vous pri, beaux Seigneurs; que soiez regardans: » Que sans desseuremens ne soiez défendâns ; » Rar coi tuer le puisse^ car j'en suis désirans ; » Et si je suis au pis, soiez moi secourans. 9 Poursavoir s'a la paix voldroit estre acoordans Et cilz ont repondu : Jà nen soiez doubtans. Après ce parlement, chascun se départi Et li dui champion se sont bien agrami. (28)
(88) Af^rami — approchés.
Li uns regarde Tautre, si com son anemL Les glaives en lor main se sont fort aâti (29) Sans dire nés un mot que nulz ne les o)% Brochèrent (30) les chenaux comme preux et hardi. Ensamble sont venus acourant par estri. (31) Les glaives ont baissiés dont l'acier fu fourbi ; Si sont entraprochiez di vassal agenci, (82) Les glaives sont froissées et li feu est sailli ; Mais li uns ne li autre ne chua^ ne cheî (33) Onques s^en sont passe print ne sont endwmi Chascun a son retour k trait lespoy fourbi, Puis ce sont assamblé de euer felet hardi.
Or sont li champion armé dedens IMnant. Bourjoises et bourjois, chevalier et sergent Estoient aux créneaux et aux bailles* (34) dôvant. Entour les champions il avoit des gens tant Que tous estoient enclos et derrier et devant. Hais assez orent place li champion vaillans . Car il avoit esté ordené paravant.
Bertran tenoit Tespoi que Tacier ot tranchant^ Et s'envint à Tenglois fermement estoquant, Au haubert (35) li bouta fièrement en poussant,
(89) Aatî — hâtés, pressée.
(SO) Brochèrent — piquèrent leurs eheranz. — Voici un exemple de PcBiploi de ce mot :
c D'antre part, Héliadus, eommeprteox chevalier et hardi, ne le tou* Int refuser* il éroeJU le deatriap^èe espérons» ait vint à r«eneonire de Gérard, a [Roman de Gérard de Nerers].
(31) Estri — hrnit de itrepUms.
(12) Ayeuci — rangés es ordre»
(35) Ne cbna, ne chei — ne chancelai ne tomha.
(34) Bailles — ouvertures.
(3tf) Haubert — cotte de maille qui couvrait juif n'anz genou*
Et furent longuement ensamble pcztilant. (36) Mais Bertrand du Guesclîn li va si encaucfaant (37) Que par le bacinet le va forment traîant : (38)
Et aussi fist Tenglois qui le cort et poissant, Et par les hastreaux (30) se Tont fort pestilant. Bien estoit armé de fer dé jazerant ; (40) On fust trop bien aie une liene courant, Amçois que de leurs corps issit goutte de sang, Puis sen vont aux espoys lun lautre entracoutant ; (41) A force et à vertu sen vont esperonnant. Li Engloiz fu moult fort, bien se tint à Bertran, Et tant que li engloiz qui le corps ot poissant Lessa cheoir lespoi sur le pré verdoiant ; Et quand Bertran le vit, sen ot le cuer joiant.
Quand Bertran vit kspoi qui li estoit cheuz, Il brocha le cheval des espérons agnz, Et sambloit qu'il fuist et se rendit vaincus. ' Mais quand fu de Lengloiz un poi detres en sus, Le pié a mis à terre et si discendi jus, Tost et isnellement (42) est à Tespoi venus ; lUuec prist à sa main lespoi qui estoit nus , Tout en lair le geta qu'il ne sen aida plus. Et entre les gens est li bons espois cheus.
(50) Pestilaut — piétinant, frappant des pieds — Aepisiillum, piloa d«3 mortier.
JeTons pe9tiIrai,seiirsoïcs{RomandeIa Rose). (57) Eneaachant — poursuivant*
(38) Traîant — trainani, tirant.
(39) Hastreaux — la nuque — le derrière de la tète.
(40) Jazerant — jacque de maille — cotte de maille*
(41) Ëntracontant — s'entre frappant.
(^2) Isnellement — promptemcnt.
Or est li chevalier dolans et irascus, (43)
A son coustel de plates est en Teure venus,
Et Bertran li a dit à dolans malostru :
« Se vous ne descendez !. ... vos chevaux est vendus. >
Bertran tenoît Tespoi qui bien fu afilez ; n a dit à l'englois : traître, descendezi Du vo cheval sera tout en Teure tu». Maisli englois li fuit qui nest point arestez, Sans aj^rochier Bertran, estoit entour alez. Bertran ne pot courir ; les genoilz ot armez ; A terre sest assis, et si cest délassez. Ses chausses avala (44) ses genoulz a monstrez, A dont fu plus legiers, en estant cest levez. Car cilz li revenoit de combattre aprestez^ Si peust, son cheval fust dessus lui passez* Mais Bertran li bouta lespoi par lescostez* Quand le cheval senti qu'il estoit formenez^(46) Dessous le chevalier a si fort regibé, (46) Que li chevalier esta la terre versez ; Et Bertrand saut à lui come lyon iritez. Dessus le chevalier s'est fièrement getez. Le bacinet saisit qui estoit fort assez, Et puis de son espoi le feri sur le nez^ Tellement que li sang li est fort découlez ; De sabroche (47) de fer li a III cops donnes, Parmi le hasterel li est le sans filez.
(43) Irascan — irrité.
(44) Ayala — - abaissa.
(4«i) FormcDei "^ maltraité.
(46) Rcgibé — regimbé.
(47) Brocbe ^ dard.
Du San qui li couloit fust si fort avuglez,
Qu*il ne seust où il fu, en estant cest levez ;
Il ne vit point Bertran , mais il le sent assez.
Et vous X chevaliers tous dengleterre nez^
Et X autres qui sont en Dînant ;amassefz^
Et de Dinant y fu li cappitains Loez :
Ils ont dit en ce point : < Bertran, ne ;VOus mouvez, .
» Vous en avez Tonnour .; fait en avez assez. » »
Venu sont à Bertran li noble chevalier. Entre II se sont mis pour le champ délaissier t Mais lor a dit Bertrand sans point de la targier. (48) « Beaux Seigneurs, laissiez moi ma bataille apuintier; (49) » Car par la foi qu'il doit à Dieu le droiturier, » Ou il se rendera comme mon prisonnier ; » Ensement qu'il a fait à mon frère Olivier, » Ou il sera tout mors en mi ce Bablonnier ; » (50) Et dit Robert Canole : « Bertran^ je vous requier • 9 Que vous veillez au Duc^o chs^mpion bailUer. » Bon gré vous en sara, faites le sans targier, 9 Geste chose sarons moult très-bien apointiçr ; 1» Fait en avez assez ; il est en no dangier. » (51) « Je Totroi, dit Bertran, tout à vodésirier, » Lengloiz font méciner et bien appareillier. Bertran devant le Duc s'ala agenoillier,
Et li dit : « noble duc, je vous pri et reqnîer,
(48) Targier— Tarder, différer.
^ (69) A pointier — terminer — finir.
^tSO) Sablonnîer — lieu où l'on trouve du sable.
(31 j No dangier— notre garde.
Chascnn si Tappelait sa dame.
Tous se mettent eu soit dan ff ter, (Romau de la Rose)*
» Sire^ ne me veilliez haïr ne bkstengier, (52)
» Si je me suis péné d*ocircest murtrier,
» Ne fust pour votre amour, occis fu par Tacier. »
« U ne vault gaires mieux, dit li duc au corps fier,
» De tant quen avez fait on vous doit bien prisier.
» Hors de prison arez votre frère Olivier,
» Et sara mille livres pour lui ahamacher ;
i> Et vous arez les armes du félon chevalier,
» Et son cheval aussi qui Vault mieux que destrier.
» Ne jamais à ma court ne pourra repairier,
» Cure nai de traitres ne de nul meurtrier,
» Ni qui a traison se sachent appliquer,
» Point ne lavons appris dedens notre héritier.
Ainsi jugea li ducs bien et souflfisàmment. . Bertran et Olivier furent em parlement ; Au duc ont pris congié moult gracieusement ; Et lor donna a boire a dont moult liement Vers les trez (53) s'en revont moult honnourablement ; Et Bertran demeura en Dinant proprement, Où il futfestiez honnorez grandement.
Le cappitaine Gst un souper noblement.
Et toutes les bourjoises vindrent généralement.
. (52) BksUngier — Màaicr.
Aniense* je te blasteni Que tu rcspon'ssi bêtement.
(Fabliau de sire Haios et de dame Auieusc). (53) TrcE — tentes.
Dans lescctmbats singalicrS) deaz tentes étaient ordinairement dressées dans le cbamp -clos et destinées a Yusmgt particulier de chaque combattant.
Et ks bourjois aussi y furent à|présent, Carolent (54) main à main et chantent hautement. Joie y fut ; liesbas si dura longuement. Pour tanct on ne siet pas le tamps certainement^
FOSDATIOBf PIEVSE
Par le Connétable Bertrand Da GuescUn.
Eétàblie, ma partie, à Mnan, en 18S9.
Le ôonnétable Bertrand Duguesclin avait fondé dans Téglise Saint-Sauveur de la ville de Dinan, un obit. On trouve, à ce sujet, les détails et renseignements précieux qui vont suivre , dans le vieux PouUier de la paroisse de St-Sauveur, k Dinan. Ce poullier est dressé à la requête de Jehan Chevalier, sieur de Camays, procureur de l'église et de la fabrique; il contient les obits, fondations et dotations de chapelleines, depuis 1309, et est écrit, en 1527, par Louis Lydec, notaire apostolique. ( Â la page 10, caractères gothiques.)
c La chapellenie missire Bertram de Glesquin, conestablede ^ France, de 3 messes la sepmaine à Taultier de St-Saubrrar.
» Missire Bertram de Glesquin, conestable de France, fonda K) en réglise St*Saulveur de Dinam (sic) pour le salut de son » axme, ses prédécesseurs, troys messes à estre dictes par troys » jours de la sepmaine c'est assavoir le lundi, le mardi, le van- D dredi, à Taultier St-Saulveur par ung chapelain y douer fere » les prières au bout de l'aultier, pour ledit fondeur comme il » appartient, et en cas deffault de chaiscune messe des d. troys » jours ledit chapelain est tenu poyer à la main des tessoriers
(o4) Carolent — * dansent.
»» lû numbitï de doze deniers pour réparation comme dict est et p reoouprer la messe lendemain. Et celle chapeluinie est en la » donayson du seigneur de Bron, el fut donée en Tan de grâce » mit troys centz cinquante ouict. ^
— Au-dessous, d*unc moins vieille écriture : « II y a uns traict de dixme en la paroisse de Aucalcux qui » vault plus de deux cenlz cinquante livres de rente et aultre î» traict de dixme en la paroisse de Sainl-Mandë qui peut vaf loir trante livres par an dont le chapelain jouicl. i^
Ce vieux pouUier ou obitîer mentionne encore, page 290, que par un acte de 1461, Tabbé Macé Pellouaye, recteur de la cbapelainiedu Lou et qui desservait la chaïudainie fondée par le connétable Berlran Du Guesclin, donna a la fabricque de Sl-Sauveur de Dinan à jamais par hers le numbre de quarante-cinq soulz de renie* •,.... — « alîcctés sur une maysou
» estant au bout du champ a Dinan - • • ,
et a cause de laquelle donayson les thésau-
» riers s'obligèrent fere dire ung obit de quinze messes dont y » aura troys o note dyacre et sub diacre, les prières au bout n de l'aultieret seront ditesà Taultier du crucereix où est fondé » la chapelenie de maystre Bertrain Glesquin dont y aura une » de Notre-Dame, l'aultre du Saint-Esprit, 1 aultre de requiem » la recommandation sur la sépulture laquelle possède maîslre » Robert Alix, recteur de St-Sauvcur donc en Tan mil quatre
i> centz soixante et ung...*.. »
La chapelenie de Du Guesclin était desservie en 1665 par messire Laurent Aubry, qui mourut — w r|ias|ielain Guesclin » — le 25 mai de celte année, (Kegislres des décès de la paroisse de St-Sauveur de Dinan, à Tannée 1665.)
Depuis longtemps rien n'indiquait à Dinan qu'on s y rappelât celte fondation ; la donation n'était plus servie. Des prières pu* Lliques n'étaient plus adressées au dieu des armées pour le re-
pos (le la grande âme du héros, dans la ville à laquelle il avait légué son, cœur;
Mais le hasard devait contribuer à faire revire, aa moins en partie, cette pieuse fondation dn i4us grand capitaine que la France ait eu.
Il était réservé à Tun des alliées à-rillustre famille de Bèr* trand de Saint-Pem Thonneur dé provoquer, puis d*obtenir, pour sa bien large part, le rétablissement d'nne cérémonie commémorative, qu*on n'eût jamais dû cesser de eélâ>rer i Dinan.
Ce fut donc en 1838, que M. le chevalier Lecourt de la Yillethassetz, ancien procureur du roi, membre de plusieurs sociétés savantes, eut le bonheur de découvrir dads les papiers appartenant a M. d'Hermans, ex-procureur du roi à Dinan, et qui se trouvaient dans le château duFonmét, Tèxtrait dé Vacte fondational de Tobit qu'avait créé le connétable Du Guësâin, en 1358.
Informé de cette découverte d'un bien haut intérêt, monseigneur levêque de Saint-Brieuc conçut Tcspoir de faire rétablir et de faire rétribuer sur les fonds de la légion-d'honneur, de la liste civile ou du ministère de la guerre, la fondation du — a vainqueur postume de Châteauneuf-Randon)» — et — « qui fut comme enseveli dans la gloire, » Mais la demande de S. G. Mgr révêque étant restée sans réponse. M, de la Villethassetz a pris l'initiative en faisant revivre la fondation de Du Gues-
clin.
La lettre que ce savant archéologue écrivit, à cet égard, le 25 juin 1839, à M. Brajeul, curé de St-Sauveur de Dinan, est empreinte de trop nobles sentiments pour que nous résistions au plaisir de la produire ici. Nous nous faisons même un devoir de transcrire, en entier, cotte pièce, monument de piété, de
gënérosilc, de patriolisrae, qui est déposée, aujourd'hui, aux archives de 1 evéché de Saint-Brîeuc.
<« Monsieur le curé. — ^ On a appris avec intérêt la découla verte que j*ai faite, Tannée dernîèrej au château du Fournet, » de la ehapelenie ou fonda ci on créée par le connétable Ber- » trand Du Guesclin, et on semble regreller que cet acte ne re* I» çoiveplus aucune exécution. Cest pour Dinan un noble et j^ glorieux souveuir ; c'est un mononieot de piété qui prouve » que le plus grand homme du moyen-àge regarda tous les » triomphes qu'il avait remportés sur la terre, et par lesquels » il avait étonné le monde, comme des succès stériles et inutiles, $*il n^obtenait pas la palme sainte pour laquelle combat- » tentles catholiques, la couronne des cieux. II y a encore par* » mi nous plusieurs bretons dont les ancêtres étaient alliés à la » famille Du Guesclin ; j'étais bien sur qu'en m'adressant aux p MM. de Chateaubriand, de St-Gilles, de St-Pern et Du Breil » de Pontbriand, j'exciterais leui'S pieuses sympathies et inté-» î» resseraisleur patriotisme; tous les membres de ces familles, » à qui j'ai parlé, m'ont exprimé le désir de voir rétablir au 1 moins en partie, Tobit fondé par le héros Dinannais, de voir • prier publiquement, ciiaque aunée, pour celui qui agit si B puissamment sur les destinées de l'Europe, qui conduisit si souvent nos compatriotes à la victoire, et qui fut comme en- » seveli dans la gloire. Mais la fabrique deSt-Sauveur n'est pas obligée, je le conçois, de supporter aujourd'hui les frais de celle commémoration funèbre; en conséquence, Monsieur » l'abbé, je viens vous déclarer que je paierai annuellement , » pendant ma vie, à M, le curé de St-Sauveur de Dinan, une » somme de 25 francs, pour qu'une messe de requiem soit cé- » lébrée, chaque année, près du cénotaphe de la chapelle iNo* I» tre-Dame, pour le repos de la grande âme de Du Guesclin, le >» dimanche qui suivra le 13 juillet ou qui sera le plus rappro-
» ché du jour où succomba rillustre gneitier. i*ai déjà faiteoih » nattre iron dessein à Mgr Tévèque, et sa grandeur a daigné y » donner approbation; mais touh jugerez probablement conve» » nable de lui communiquer ma lettre, afin d'aToir à cetégard 1 son autorisation expresse*
» Agréez le témoignage dessentimetit^ respectueux; aTeéles- » quels je suis, -^ Monsieur le Ctaré, — votre trës-bumble et » très obéissant serviteur. — Le procureur du rot, démisrîon- » naire de Fougères. — Signé, F. Lecourt de la Villethasselz.
MM. de Chateaubriand et de St-Gilles se sont associés d'une manière toute particulière à l'œuvre de leur compatriote : — Us ont voulu payer leur part de la fondation — reconnue et approuvée par Faulorité épiscopale, dans les termes suivants:
Orlouiiiic0 épiscofile.
Nous, Mathias Le Groing de. la Roma'gère, évèque de Saint- Brieuc, vu la lettre d-contre adressée à M. le curé de St Sauveur de Dinan, le 25 juin 1839, après avoir examiné Pextrait certifié par Louis Lydec, notaire apostolique» d'une fondation établie par le connétable Duguesclin en 1368, lequel acte en parchemin et portant tous les caractères d'authencité, nous avait été présenté par M. Tabbé Guérin, procureur de notre séminaire de Dinan.
Avons ordonné ce qui suit :
Irt. 1
La detnànde formée le 2S juin 1839» par H. Lecourt de It Villethassetz, en son nom et au nom des personnes pour lesquelles il agit, est approuvée et acceptée ; en conséquence, une messe de requiem sera célébrée, chaque année, dans Yé^^ St-Sauveur de Dinan, pour le repos de Tâme dudit messire Bertrand Du Guesclin, le dimanche qui suivra le 13 juillet.
Art. 2.
Cette cérémonie sera annoncée le dimanche précédent, et le
curé deSl-Sauveur invitera le clergé, lant de sa i>aroisscque des autres paroisses de la ville, à y assister.
Art. 3.
Monsieur le curé de St-Malo fera couduire h la messe les étu diants du séminaire et ceux des élèves de 1 école ecclésiastique I ^i auront obtenu des empires dans le cours de Tannée* b Art 4.
I Notre présente ordonnance sera transcrite sur les registres des fabriques de Dinan, à la diligence de notre grand- vicaire ^ et expédition en sera délivrée à M. Lecourt, s il le requiert.
Donné à Dinan, le 12 du mois de juillet 1839^ pour l'un des doubles de la présente ordonnance être remis à notre secrétariat. Signé avec le sceau des armes de Monseigneur*
f MATHIAS, évèque de Saint-Brieuc,
Par Monseigneur, LE BRETON, chanoine secrétaire.
TiphaÎEC de Raguenel,