DANS U FORÊT DE LA HUNAUDAIE
<x Comment la très-chrestienne Amie, royne de France et » duchesse de Bretaigne se délibéra par le congé et liceiice da » roy Loys aller veoir, visiter et consoler son pays et dacbé de » Bretaigne auquel lieu luy fut faict ung honneur triumphant » et magnifique. »
Tel est le titre d'un chapitre plein d'intéressants et naife détails dans lequel un vieil historien raconte comment réponse de Louis XII voulut revoir son pays et comment elle put se convaincre que son absence n'avait pas altérée les sentiments de ses fidèles bretons. Un pieux dessein se mêlait aux motifs de ce voyage, l'accomplissement d'un vœu que la princesse avait fait à Notre-Dame du Folgoët. L'itinéraire tracé jusqu'aux confins de notre province offrit à l'enthousiasme le moyen de se produire en cent endroits divers et l'illustre voyageuse ne manqua pas d'occasions pour satisfaire son cœur en répandant des bienfaits.
Après avoir visité successivement les villes de Nantes, Vannes et Quimper, son château de Brest et son port où elle fut émerveillée d'une grande et belle nef nommée la Cordelière qu'elle voulut voir deux fois, elle vint à Morlaix où les « ha- » bitants s'efforcèrent de faire encore mieulx qu'ailleurs, car » ils ne sont point de failly courage, dit la chronique ; de tou- » tes fainctes, jeux et esbattements y avoit à chacun endroit de » la dicte ville et entre les autres y estoit ung arbre assis au » meilleu de la dicte ville, en laquelle la généalogie de la ncble
P dame Amie, royne et duchesse de Bretagne estoit dénions- » trée de branche en branche, comme elle étoit procédée di- • reclement de vraie souche et succédée à la duché, qui estoit » une chose singulière et de grand esprit comprînse et où la » dite dame printung grant plaisir à teoir et regarder et quasi
1» ploroit de joie à veoir le dict arbre, car à chascune branche » estoient grans personnages abillezcbascun selon son estât et Il au plus hault une belle pucelle représentant la dicte dame i décorée de plusieurs beaulx et triumphants abinements. » De iVorlaix, après une séparation touchante, Anne se dirigea vers Lantriguîer pour honorer les reliques de Saint-Yves, puis elle traversa Guingamp où de grandes réjouissances saluèrent son passage, et vint à St-Brieuc auquel lieu luy fut la ville tendue honorablement de beau linge blanc de la faczon du pays. La elle reçut un message du roi qui hâta sou départ. Elle HKissa à Lamballe, toujours accoifipagnée des grands seigneurs qui lui faisait escorte et vint dîner chez le sire de la ilunaudaye, l'un de ses barons. « Elle y fut bien festoyée et fut » prinse prisonnière par les gardes des boys du dit baron, car » il dit avoir ce privilège que quelque personne passant par 1 les dicts boys sans son congé ou licence est a sa volonté de le Bi confisquer corps et biens; mais toutefois le dict baron fut ^î» gracieux à la dicte dame et lui donna sa ransonou confisca- B tioii. 9
^EIt^ail do Journal d'Otllrler La Roche» chapelain da sire de La nnnsodaye.
t Ce fust le jeudy d après la feste de TApostre Saint-Jacque^i • Tan de rincarnation mil cinq cenz cinq, le sire de la Hunau- » daye estant à chevaucher par les environs, voilà qu'ung es- > cuyer richement accoustré, requist lenlrée duchâleau. Puis, jÊ ledit sire estant i^venu au soyr, présenta a luy ledit écuyer
» lettre fort bien scellée. Et la dite lettre estoit de la très cres- » tienne royne Anne duchesse de Bretaigne, et à luy disait » qu'icelle voulant visiter son très chier cousin, elle avoit voulu » advertir luy en l'avance.
» Et le mardy ensuî\^nt, à l'heure des vespres, hommes » d'armes estant au haut des tours, tout d'ung coup fiist veu » par eux grande troupe venant vers le château; et le susdit es- » cuyer ayant recogrieu la royne cheminant vénérablement o » la dite troupe, en advertit en grande haste le sire de la Ha- » naudaye et sitôt ledit seigneur assemblant ses gens d'armes, » baisser 6t le pont-levis, ets'estant rendu sur icelui, il attendit » sa souveraine dame. Et la dite dame montée sur une blan-
* ché haquenée, estoit accompagnée du sire de Roban et de es- » saims de damoiselles convenablement estoffées. Et par après
• marchoient foule de gros seigneurs, varlets et gens darmes D vestus de hoquetons rouges* Et estant descendu sur ledit » pont, le sire de la Ilunaudaye faisant humble salutation: » ma souveraine dame, vous plaist sçavoirque suis confus de » l'honneur que vous me faictes, car jà m'avez tant comblé , » que vois avec grand déplaisir de pouvoir acquitter ma dette; » vous suppliant humblement de croire que je vouloir tou- » jours obéir à vous, h mon pouvoir, et suppliant le ciel de » vous donner vie longue, et ce, pour le bonheur de la Bretai- » gne et du roy Loys. Et la royne gracieusement respondil: » mon cousin say bien quo vous estez ung dévoué et ûdèlesub- > ject, aussy viens visiter vous, qui avez toujours bataillé pour » moi quand estois cmbesoigiiée. Lors la dite Anne s'avançant
* avec le dit seigneur, sonnèrent hautement les trompettes, et » sonna aussi Thorloge en manière de réjoyssance : ainsi se » rendit la royne en son logis, et chascun Tadmiroit à part-soi,
• car estoit belle, estant dans sa vingt-neuvième année, et » pour lors espousedu bon roy très crestien Loys le douzième. »
ici Tanteur dit que le lendemain la reine parcourut tout le pays d'alentour : puis, après avoir décrit tout ce qui lui arriva ea visitant bourçs et monastères, il ajoute :
« Le §oyr estant proche et cbevaucfaant la royne à travers la » forêt, voilà que deux hommes ayant peaux de loups sur eux, » à ses pieds amenèrent biche enchaînée à son grand déplaisir » et malheur. Puis, estant arrivée au chasteau, trouva la dite » royne tables dressées en la cour, et varlets tout à Tentour » tenant flambeaux pour éclairer. Lors la royne richement ac- » coustrée fut mise sur ung siège élevé, ayant eschansons et es- » cuyers à cheval la servant avec grande révérence. Et la sus- » dite table cstoit couverte de vases, coupes d'or et argent, » ayant vin fort bon jusqu'aux bords. Et en plus fust couverte h par rV. fois de XXXVI plats contenant viandes en abondance; » entr autres à la quatrième fois fut apporté en grande véné- » ration par VIII escuyers, veau entier tenant luy sur ses jam- » bes par artifice, bien assaisonné dans le dedans, et ayant » pommes d'orange dans la bouche. Et quant parent ledit plat, > trompettes sonnèrent si hautement que semblaient vouloyr » les tours en branler. En voyant ledit veau, la compagnie fut » toute esjouye, et un chascun voulut en avoir sa part. Et mon » redoubté seigneur le sire de la Hunaudaye voulut bien par » deux fois en envoyer à moy très-indigne, et j'asseure à tous » icyque faisoit bon mangier. A la fin dudit repas,- la royne » ayant fait des présents a tous ceulx qui estoîent là, lors chas- » cun estant bien respcu, but à la santé d'icellc et du roy Loys » son époux. Puis grâces furent dites par Taumosnier de ladite 1 royne.
t Et partit du chasteau le jeudy ensuivant, et vîsitoit villes » et forteresses de son biau duché de Bretaigne en grande ce- ^ rcmonie et magnificence. »
Vient ensuite un chapitre ayant pour titre : t L'entrée khis* » nan par Madame Anne. »
En voici le contenu : De la Hunauldaye madame Anne alla Teoir sa bonne ville de Disnan forte et puissante ville et de grande deffenoe: auquel lieu vint au^levant d'elle environ demie lieue une bergerie fort joyeuse à la collaudatton de la dicte dame, faicte de hault stille et jouée à Tadvenant par gens de sorte et fut recepue la dicte dame conmie maitresse et princi* pale de sa d. duché, et lui fût faicte joyeuse chère de ses bcms vins d'Anjou dont ils en ont quantité et des meilleurs qu'ils peulrent avoir.
Guébriantr
Le ■MféelMil de OvArillit (Jean-Baptiste Bades)r, d<ml on fies! dt retrouver on portrait original à Quintin, fut nn des plus fimsds &•■• mes de guerre de son^emps.
Le comle de Guékriant naquit le 2 février 1602 au cbàteav de ncisif Bndes non Inïn Je Saint •Brieuc. Il était probablement descendant de Sylvestre Bndes qui, appelé par Grégoire XI9 conquit une partie de 11* talie et y fit maintes prouesses i la tête de 6»000 cayaliers et hfiM fantassins bretons (I).
(i) L'expédiUon commandée par Sylvestre Budes, conquit ritalie, ayant été ap* pdûe pur Grégoire XI. pape eaiZlO.Sex milHaeguUum, quatuor milUa pedUum Briionnum Jerocissimarum gerUium per galiiam scripta in iiaUam destmavit {9f arienne T. III, /' 1458.)
Budes combatlil et vainquit dans les passages de la Lombardie, et s'empan parla force de Cezennes, Ascoli, Faênza, Bologne, Sienne, Viterbe, Perouse, Orvieite, etc., rien ne pouvait résister à la furie de ses troupes .
Guillaume de la Perenne, qui en fit partie, du diocèse de Quimper, écrivit on poème sur cette guerre à Avignon, vers l'an 1390, il y parle d'un combat singulier, moins connu que celui ties trente, et où dix Bretons vainquirent tiix Ailenfands.
ir«|»rtft le Laboureur, bîslorion du mAréctiJil M. dû Guébrianf » étiidu avec suecèi à la Flècbc, anus U dlrectian des Jésaîte^, il le At r e marquer par soo aptihitic et aoa vif amour de la science. Ayant prît le parti des arines, oature ardeate et pasaionuéc. il paya un large tribut aux erreurs de ion siècle, cVst à*dîre (|u'il aima beaucoup le jeu^ et i|u'j| eompta au nombre des duclOstea raflioés que RlcbcUeu proscrivit AJCC tant de sévérité.
M. deOuébriant fit ses prcmii.res armes en Hollande, comme simple volontaire, sous les ordres du mestre de cauip du Plessis-Buat^ A la suite d*un duel malbeurcux, il fui obli(ré de se réfu{fîer en Italie» mais il ne larda pas à en reveuir et à rentrer dans les ran^js de Tarmée.
M* de Guébrîant s'était signalé en plusieurs oscasions; devenu maréchal de camp, il fut eharifé de conduire Tarmée de la Valteline dans la Francbe-Gomté^ mission délicate qu*il accomplit beureusement ; on le vit successivement en 1641, vainqueur des impériaux à Wolfenbuiel et 1 Clopenstal ; Tannée suivante, il g^a]jna, près de Cologne» la balaillo d*Ordin{][en où les g^énérauJt Laniboi et Merci, impérianx, furent faits
Érifonniers 4 de Guébriant assijéa ensuite et prît Nuits et Quimpcn ; il k di8tin|}ua encore dans un grand nombre d'occasions, et sa gloire eut nèquis sans doute un nouveau lustrCi s'il n*eut clé mortellement blessé au siégfe de liolvrelU
c II moota sur une pierre» dit son biographe, pour regarder par un » gabion qui n'était point rempli. Il y demeura si longtemps* que les a ennemis, tirant incessamment de deux pelites pièces, campées sur a une eminence de la ville* contre celte batterie, il fut frappé comme il pe retirait, par la noix du coude du bras droit* Sa hongruline fut fra-
ie vous dis bien par Saint-Denis Je ne conniiis nul si hardi Qui là ne fust bien esbabi
BA regarder les coups férîr El eux Irestout cntrelcntr n bons poingit ! 6 bonnes dagues !
Et por avant 6 bontieN bacbe&t Les Breton.^ qui rombâtlircnl dans celle afTaire furent : Trémagon, chef.» liaimon deTrelMi. — lx>christ. -- l^ecarias, — iacqu^s Lenoir. — Caltarîc. — Tiilê- ■^Cbicqtiet, — Keraérooaré. — Tréfdi-
Tous leurs hernoinet bacinets KNlotenl tresloul rompus de fait.
Des Allemands quicotnhatlircnt Cn mi te cbamp cinq en mourirenl Les au lires cinq qu*ùiaicnt en vie K'eslorent pas sains, je fousaûtc*
— 6da —
» eaisée jusqa'à quatre doigU du poigoel et la fosrure mise ea norf ceaax dans la plaie. Il se retourna aussitôt vers le sieur de Beaulieu»
• gentilhomme du marquis de Bec, et lui demanda ; Qu^est^ce ? il lui » répondit qu'il le croyait blessé : je le scays bien, dit le maréekal» » mais je vou$ demande de quoi'! il lui répondit qu'il croyait que e'é- » tait d'un coup de canon. »
En le voyant passer, soutenu par le marquis du Bec, son beau-frère» les soldats parurent émus, ce qui lui fit craindre quelque indécisio n S'adressant à son capitaine des gardes, qui cherchait un chim^en, il lui dit avec calme: — AUezpius doucement^ Gauville; t7 ne faut jamais effrayer le soldat: — Plus loin, il dit à des groupes de soldats: — Compagnons^ ma blessure est peu de chose; mais /appréhende quéUene m*empêche de me trouver à l'assaut que vous allez livrer. Je ne doute pas que vous ne fassiez vaillamment comme je vous ai toujours vu faire Je me ferai rendre compte de ceux qui se seront distingués ^ et jerecon* noitrai le service qu'ils auront rendu à la patrie^ dans une atcasien si brillante,
La place ayant été emportée, le maréchal y entra et y mourut* le Si novembre 1045, le huitième jour de sa blessure.
Le maréchal de Guébriant ne fut pas seulement un homme de guerre distingué, mais son cœur était animé des sentiments les plus généreix et les plus chevaleresques, nobles qualités qu'il partagea, avec Dogaesclin, de La IVouc, Dueouédic, La Tonr-d'Auvergne et quelques antres bretons illustres dans les armes. On cite plusieurs traits qui honoreat son caractère, nous nous bornerons à en reproduire un, tel qu'il se trouve dans une de ses biographies, i II fut envoyé en Allemagne, au- » près du duc de Wcimar, et il contribua beaucoup à la victoire rem- > portée sur les impériaux en 1638. Le due de Weimar ayant été toé^ » la fortune sembla avoir abandonné les suédois et les français, com- » mandés par Bannier. Les hauteurs de ce général envers Guébriant, » rendirent le commenccmont de la campagne de IGUi si malheureux' » qu'on fut obligé de se séparer quelque temps après. Le général fran* . • eais fit des marches forcées à travers des pays très-difliciles, pour to- » 1er à son secours. — jé Dieu ne plaise y dit-il à ceux qui voulaient » le détourner d'une résolution si généreuse; que je me venge d'un pitT' » tictdÛT aux dépens de la cause commune ! quand même il ne s'agirait
* que de sauver Vhonneur que Bannier a si justement acquis^ je setuis » prêt à tout entreprendre. L'indignation que m* a causée son injuste pro*
> cédé, sera pleinement satisfaite, si je puis lui donner une preuve con» » vaincante de ma générosité. — Bcnnier ne voulut pas céder à son en-
> nemi, en grandeur d'&me ; en monrant» peu de mois après, il légaa a aes armes à Guéhriant, qui avait déjà reçu le même honneur du duc de » tVeimar. a
Le roi regretta vivement le brave maréchal, qui soutenait si glorieusement rhonneur de nos armes, il voulut qu'il fut loyalement inhumé à Notre-Dame de Paris, à ses frais et par les soins de son maître des cérémonies. Son oraison funèbre fut prononcée à IVotrc-Dame, le 8 juin 1664» par Nicolas Grille, évéque d'Usés. V. de Guébriant était, à sa mort gouverneur d'Auxone. Il mourut sans postérité.
Son tombeau, en marbre* placé au cèté gauche du chœur de Notre- Dame, représente la statue couchée du maréchal, accompagnée de denx génies dont un tient une victoire. Des bas reliefs représentent plusieurs combats, et ses armes.
M** de Guébriant, Kenée du Bcc-Crcspin , fille du marquis de Varies, fut une femme du caractère le plus élevé, et digne en tout de son illttstre époux ; elle avait à la fois l'esprit le plus délié et le plus ferme, ce qui lui valut Thonneur d'être envoyée en Po1o{;ne, vomme ambassa* drice, pour y conduire au roi, la princesse MaHe de Gonzague, qu'il avait épousée à Paris, par procuration. Elle mourut à Périgucux en 1659, avec le titre de première femme d'honneur de la reine.