‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 40 sur 46 · LEC. F · texte numérisé non relu

LEC. F

Église dé La Roche-Derrîen.

L'église de la Roche-Derrien est un des plus anciens monuments de rarchitecture religieuse. Le mélange du style ogival à plein cintre, lessignes de vétusté imprimés a divers endroits de l'édifice et d'autres caractères d'antiquité en font remonter lorigine jusqu'au onzième siècle. Cependant une aile, ajoutée au côté droit, et qu'on appelle Chapelle du Cfaftleao, appartient au commencement du quatorzième, n'ayant été construite que vers l'an 1330, d'après Une inscription gravée sur une pierre, h l'angle extérieur du côté de l'est. Cette aile défigure singulièrement Téglise, qui sans cela ofl'rirait un édifice régulier, composé d'une nef d'environ quatre-vingt-dix pieds de long, dans œuvra, sur une largeur de seize, entre les colonnes ou piliers qui la séparent des bas-côtés. Ces piliers sont au nombre de douze, six octogones, entre lesquels quatre plus massifs, qui servent à former une espèce de transeps, trois arrondis et trois à colonncttes. Les bas-côtés ont la même longueur que la nef, et une largeur de huit pieds entre les piliers et la muraille, jusqu'à l'endroit où commence le transeps; car là; le bas-côté nord-ouest s'élargit de six pieds ; et il parait que

lautre avait la iiiéine dimension, jusqu'à l'époque où Tut construite la Chapelle du CbAleau, ainsi appelée sans doute, parce qu'elle était destinée à la famille des seigneurs de la Roebe-* Derrien.

Quant a celte chapelle, on peut lui donner vingt-huit pieds de long en dehors du bas-côté. Elle est éclairée par deux fenêtres un peu trop' rapprochées, mais daos le goût de la belle époque du règne ogival. Sauf cette partie qui n est que lambrissée en planches, toute Féglise est voûtée d'une manière solide et régulière. D'une colonnettc en saillie au-dessus de chaque pilier, et reposant généralement sur une figure de lèle humaine, partent trois nervures, dont celle du milieu va directement joindre celle du côté opposé. Les deux autres, en sens divers, se dirigent obliquement vers un centre commun à trois autres nervures, lesquelles se servent ainsi d'appui mutuel. Les arcades des piliers sont en pgive plus ou moins prononcées, si bien que quelques-unes approchent beaucoup du plein-cintre. Cette église est sous l'invocation de Sainte-Catherine. Le grand-autel est au milieu du chœur. Au côté de l'éirangile, presqu'à l'origine de la voûte, sont trois figures en relief. Celle du milieu est couronnée et surmontée d'une espèce decornetou baldaquin conique. On conjecture que c'estcelledu comte Derrien, seigneur de la Roche, vers l'an 1080; que celle à droite représente Amice, son épouse, et l'autre Ëudon, leur fils. Parmi les autels, le plus remarquable est celui du Rosaire. 11 est orné d'un magnifique rétable où brillent toutes les richesses de la sculpture. Les statues dans les entre-colonnes sont celles de la sainte Vierge et de l'ange Gabriel, figurant la salutation angélique.

Mais une des choses qui méritent le plus l'attention des antiquaires, est un grand bénitier de granit de forme octogone, avec des figures sur toutes les faces; il parait irès-an-

c'icn. Des restes de goupilles de fer scellées dans le bord annoncent qu'il avait une couverture autrefois. Il est placé à la porte intérieure du portique ou vestibule. Ce portique est lui- * iiième remarquable par deux galeries pratiquées dans les murailles latérales» et divisées en quatre compartiments terminés en ogives, et où se trouvent d'anciennes statues la plupart assez gothiques. Ce vestibule est voûté de la même manière que l'église. L'entrée offre une belle porte ogivale, dont les jambages sont ornés d'une sorte de péristyle et l'arcade eml)ellie de plusieurs cordons. Le portail au bas de la nef présente une ouverture irès-évaséc à l'extérieur. Les deux côtés en sont couverts de colonnettes, dont plusieurs ont été rongées parle temps. Le cintre est aussi revêtu de cordons qui forment chacun une arcade plus arrondie, à mesure qu'ils sont plus éloignés du centre. Au milieu de la porte, est un pilastre qui la partage en deux. Il est également orné de colonnettcs, dont la plupart ont ressenti la lime des siècles. Sur le devant, se trouve une statue de sainte Catherine, placée sous un baldaquin. Audessus du portail est une fenêtre qui éclaire le bas de Féglise, et, plus haut, trois petites ouvertures circulaires qu'on dit être un emblème du trisagian. Le clocher n'est pas sur le portail, mais du côté droit, à l'extrémité du bas-côté. C'est une tour carrée, couronnée d'un balustre et surmontée d'une flèche en pierres de forme octogone, avec des angles non prismatiques, mais bordés d'un cordon. La hauteur totale est d'environ cent cinquante pieds. Les fenêtres de la tour sont divisées en trois étages. Celles du bas sont de simples ogives. Celles du milieu sont fort longues, et, comme le portail, très évasées à l'extérieur. Les côtés en sont aussi revêtus de colonnettes, et l'arcade composée de quatre arceaux, tous plus ouverts et plus arix)ndis à mesure qu'ils sont plus excentriques. A l'étage supérieur, la forme s<.* raccourcil, mais les côtés sont également

ornés de colonnetles. L'arcade n'a en dehors que Irois arceaux, dont le plus extérieur est à plein-cintre, quoique le premier surtout ait la forme ogivale. La flèche élait surmontée d'une croix de fer, qui, depuis quelques années, a succombé p l'effort des tempêtes et est tombée avec la pierre qui lui servait de base.

L'abbé URVOY.

OlîvîîîP Peppîn, peintre.

Perrin, Olivier, né à Rostrenen en 1761 , montra dès son enfance, les plus grandes dispositions pour le dessin. Sa famille l'envoya a Rennes étudier à l'académie qu'on devait a la munificence des Etats de cette province. 11 eût bientôt surpassé tous ses rivaux.

Malheureusement son père vint à mourir ; et, sa mère ne pouvant lui continuer sa pension, il revint dans sa ville natale. Il continuait à se livrer à son goût pour les arts, lorsqu'il apprit l'arrivée de la duchesse d'Elbeuf, qui avait la seigneurie de Rostrenen et venait par fois y passer la belle saison. 11 alla lui rendre visite, comme fils de son ancien procureur fiscal, et sollicita d'elle les moyens de continuer ses études près de quelque peintre célèbre. La princesse lui donna une lettre de recommandation pour M. Millin, en l'invitant a venir la voir , lors de son retour à Paris.

Son nouveau protecteur, après lui avoir fait subir 1 épreuve d'un examen, l'adressa au duc de Charost. Ce seigneur, désirant essayer les talents du jeune arrivant, choisit un sujet assez difficile et le pria de l'exécuter sous ses yeux.

Notre jeune homme timide et modeste, mais brûlant du désir

(le se faire conna! Ire, exécuta cette composition, avec tant de bonheur^ de promptitude, de facilité, que le duc se déclara son protecteur et lui lit une pension suffisante pour acbeTer ses études a Paris et le lancer dans la belle carrière des arts.

Mais le momtnt arriva où cet avenir brillant devait dispa-* raitre. Le plaisir de ses études chez le peintre Doyen, l'espoir d'un voyage en Italie, de ses succèsjprochains, s'évanouirent, à la révolution de 1789.

Il se faisait pourtant encore quelques entreprises où le talent des dessinateurs était indispensable. De ce nombre était l'entreprise du célèbre graveur Massard, qui voulut donner la collection des portraits des 1200 membres de l'assemblée nationale.

Il choisit les élèves les plus distingués et les plaça dans le bâtiment des Feuillants, au nombre de 7 ou 8. Massard y amenait les députés et l'on y faisait leur portrait à 6 francs pièce, pour les dessinateurs. Quatre de ces artistes ont honore h France, Ce sont MM. Gérard, Gros, Isabey et Perrin. J'ai cité notre Olivier parmi ces illustrations ; car, s'il n'a pas joui, de son vivant, d'une réputation méritée, il a dû éprouver, en voyant ses deux grands ouvrages terminés, une douce satisfac«< tion et le pressentiment secret qu'il trouverait le gloire auprès de son tombeau.

Perrin dessina le grand orateur de la révolution, le célèbre Mirabeau, et le représenta au moment où il prenait un bain.

L'entreprise de Massard ayant été interrompue, Duval imagina de faire signaler les grands événements de l'époque sons des formes historiques et allégoriques, en supposant un empereur romain, inconnu jusqu'à lors et dont toute l'histoire, en bas-reliefs découverts à Herculanum, était celle de Louis XYI, moins l'horrible dénouement qu'on ne prévoyait pas encore. Ce travail convenait à la riche imagination et à la sévérité du

goiîl de l*crrii). Daval, qui l'aida, déclare sa propro infëriorîli* et relève lliabiletéde son ami.

L ouvrage achevé fut répandu dans le publie et procura quelques avantages aux deux jeunes collaborateui's. Mais la [>erUirbation sociale suspendit leurs travaux* I/ennemi envahit le territoire Irançais; et, se rendant a Tappel de la patrie, les artistes formèrent une compagnie où Perrin entra des premiers. Nos bravos ne revinrent à Paris, que lorsque Pélranger eut quilté les frontières.

Alors commencèrent les jours si fertiles en crimes et en belles actions, mais qui forcèrent les arts à chercher des ix^traites. Perrin rentra dans son pays, riche d'un talent mûri par de longues études, et vint accomplir Fœuvre admirable dont son fds a doté le public.

A son retour» Perrin, d'abord employé comme dessinateur dans les ponts-et-chausséeSj resta lîdèle à son amour de la peinture.

11 épousa la belle-sœur de Yalentia, autre grand peintre , qui devait l'avantage d'avoir TÎsité Rome aa grand f^rix de Paris. Le tableau qui lui mérita cet honneur, représente le martyre de St-Etienne et se voit «i St-Etienne-du-Mont. Valentin s'était fixé en Bretagne, comme professeur de dessin au collège de Qu imper.

A la désolation que causait à Perrin l'agitation de la patrie se joignirent des peines domestiques. Il eut la douleur de perdre sa fille, âgée de 16 ans ; il nourit sa douleur, en composant pour Péglise une descente de croix où il donna à im ange tous les traits de son enfant. Il eut le chagrin de succéder à son beau-frère dans la place de professeur. Déjà connu en Bretagne par les tableaux dont il avait décoré tant d'églises, il fut entièrement lendu à son art par son nouvel emploi et composa SCS deux grands ouvrages.

Ces deux principaux titres de Perrin à rimmortalité sont la Ga'erie bretonne qui^ pi*enant le paysan armoricain au moment de sa naissance, le montre dans les situations les plu^ intéressantes de sa vie ; et la Galerie chronologique et pittoresque de l'histoire ancienne. La première forme 3 volumes in-octavo; la seconde, 1 volume grand-infolio ; les deux sont gravées par Réveil, publiées par Perrin fils, avec texte d'Alexandre Bouet, qui s'est aidé du travail que M. L. Mareschal, membre de l'académie celtique, avait fait pour la galerie bretonne, dont douze livraisons parurent en 1808, publiées et gravées par Perrin père.

Ces ouvrages méritent un grand succès, par leur composition et la pureté du dessin« Ces sujets, traités avec tant de finesse, offrent une réunion de tableaux qui, par leur ordoih nance et leur variété, peuvent aider nos peintres dans les grandes compositions d'histoire.

Alexandre Duval, membre de l'acudémie française et que la mort vient de frapper, a donné une notice sur Perrin.

M. Le Pivain, fonctionnaire retraité à Brest, se propose de publier ses recherches sur Valentin ; il me semble qu'il ferait bien d'y joindre ce qui concerne Perrin. Les deux illustres beaux-frères seraient heureux de voir leurs gloires réunies dans le même livre, et notre département, fier d'avoir donné le jour à ces grands artistes, bénirait la main qui les montrerait assis à côté l'un de l'autre au temple de mémoire.

DEGARABY.

Un plaidoyer de Saiul-Yvcs.

<ï J'ay leu aussi qu^àunc autre fois le bon Sainct-Yves

riva à Tours pour une cause de mariage quy avait esté poursuyvie par devant luy entre ung gentil homme et une jeune daitioyselle, et esloit la damoyselle appelante par dev^mt rofficial de Tours do certaine sentence donnée en ce procès par Saincl Yves ollicial de Treguer, et en ce voyage fut sa sainteté manifestée par ce que le bon sainct homme quand il fut arrivé à Tours il se logea chez une notable femme veufve où autrelfois il avoit logé et trouva à son arrivée son hôtesse moult es[>lorée et dolente. Il Tinterrogea de la cause de ses douleurs, et elle luy dist. Mon trcs-cher seigneur et hoste Je suis femme perdue et destruicte sans nul remède par ung mauvais garson qui a plaidé contre moy . Et demain seray condamnée à luy payer douze cens escus d*or à tort et sans cause ce que je ne scauroye faire sans vendre ce que j'aye de biens meubles et partie de mes héritages. Dame dist-il ayez en Dieu votre espérance et ne vous descouforlez pas ainsi. Si vous avez bon droit et vous veuillez avoir vostre confidence en Dieu il vous gardera vostre bon droit: car par tout il y a remède si non à la mort. Racomptez-moi s'il vous plaist que! est vostre procès et bien voluntiors m'employcray en vostre aifaîre en ce que je pourra y.

Ilelas dist la dame, Monseigneur il y a deux mois passez que deux gallans vestuz en habit de maixhans se vindrent loger céans et de plaine arrivée tlz me baillèrent en garde une gibc^ ctère ou bougccte de cuir fermée à clef, moult pesante et me* disrent assembléement que je ne la baillasse i)oint à lung d eulx si 1 autre n*y estoit. Ce que je leur promis faire et si ne le scauroye nyer ^ue il ne fust plainemeat prouvé. Puis après

cinq ou six jours de là, ainsi que j esloye à lapôrîe de céans ces deux compaignons avec cinq ou six autres marchands passèrent par devant ma porte. Et me disrent, adieu, adieu hostesse, habillez-nous bien à soupper. Ce que je leur promis faire, et tirèrent oultre aval la rue. Et rungdesdils deux compaignons retourna ef me dist. Mon hostesse baillez-moy s'il vous plaist noslre bougecte, car nous allons faire ung payement avec ces autres marchands que là voyez. Et je qui n'y pensoye que à la bonne foy luy bailly la bougecte laquelle il emporta et onques puis ne le vy. Et Fautre marchand retourna le soir céans et me demanda si j avoye point veu son compaignon. Je luy dis que non, et que oncquespuis je ne le vy que je luy baiN lay la bougecte. Alors il s escria à haull cry. Ha disl-il !oy avez vous baillé ma bougecte. Je suis destruit et povre à jamais! Ce ne sont pas les termes que je vous dis quand nous veinsmes loger céans. C'est que vous ne l'eussiez pas a bailler à l'ung que Tautre n'y fust, et vous avez faici le contraire, sans nulle faulle je m en plaindray à justice. Finablement il m'a fait adjourner par devant le lieutenant du baillif de Touraine, et a affermé par serment que en sa bougecte il y avoit douze Icens pièces d*or et quelques lettres et cédulles de conséquence [alors que elle me fut baillée, et est le procès en telz termes que [la sentence doit demain estre prononcée. Ha dist le glorieux amyde Dieu Monseigneur Sainct-Yves, Mon hostesse faictes I venir voslre advocat et que je parle à luy,

L'hostesse manda son advocat qui récita à monseigneur St- I Yves Testât du procès que la povre veufve tout ainsi que elle Tavoit rapporté, et luy dist Monseigneur Saînct-Yves que il Touloit estre le lendemain présent à l'audience de la cause et qu'il plaideroit pour elle. Quand le jour du lendemain fut venu Monseigneur Sainct-Yves se rendit avecques son hostesse enlauditoire. Et après que la cause eut esté par ordonnance

ilu juge appelée, Monseigneur Saint-Yves pour la veufve doffendercsse requist à veoir eu la face le demandeur sa partie

.dverse, lequel luy fut monsiré, et quant il l'eust vcu et que restât auquel le procès estoit récite : car plus ne restoit sinon à prononcer ta sentence. Le glorieux Monseigneur Saiut-Yves

arlanl pour son liostesse dist au juge. Monseigneur le juge. Vous avons à vous remostrer ung nouveau faict qui est pérempu toire et la décision du présent procès, c'est que grâces à Dieu la delTendresse a faict si bonne poursuj te depuis le dernier appoincteinent prîns en la cause que la dessus dicte bougecte dont est (luestion a esté trouvée. Et la exhibera quand par justice sera ordonné et déterminé. A quoy Tadvocatdu demandeur requist que elle exhibast la dicte bougecte en jugement présentemeal autrement ne faisoit à recevoir de alléguer ce nouveau faict pour em|>eseher la pronuncîation de la sentence. Monseigneur Saiuct-Yves respondît. Seigneur juge le fait positif du demandeur est que luy et son compaignonen baillant la bougecle à la defiendresse leur hostesse la chargèrent de ne la bailler à Tung d eulx si l'autre n'y estoit, et par ce face le demandeur venir son compaîgnon, et bien voulentiers la deffenderesse#exhibera tous deux présens. Sur quoy le juge appoincta et déclaira que Thostesse ne seroit tenue exhiber la boujecte si les deux corapaignons u estoient présens. Et après tte sentence donnée le demandeur se print à trembler et la face luy pallit, tellement que tous ceulx qui présents estoient furent elTroyéz, Et par suspicion le juge le fist mettreen prisoD,* fist son procès et trouva que c'estoient ung pipeur qui avoit apporté une bougecte plaine de doux de fer pour tromper l'hostesse. Et fut le procès contre le dit demandeur qui confessa le cas tellement poursuivy que par sentence du juge il fut à trois jours de là [>endu et estranglé au gibet de Tours. Et fut r liostesse absoulte par le moyen du glorieux Sainct-Yves, »

Abbaye de Lanfeiiac,

prèsLa Chèze.

L'abbaye de Lantenac ne fut pas toujours, comme celle de Beauport^ puissante et bien rentée : cette pauvreté se comprendra, lorsque l'on saura quelle fut, pendant un grand nombre d'années, possédée et pillée par des partisans, hommes d'armes de la pire espèce, qui, pendant les guerres civiles, s'emparaient volontiers du bien d'autrui, ami ou ennemi.

L'église était en face de l'entrée principale : à sa droite on voyait le cloître bâti en 1642. Il était entouré par le logis abbatial, la chambre des hôtes, le bûcher, la cuisine, la dépense, le.réfectoire, le chapitre, le cellier, la boulangerie, un bûcher, et puis )a sacristie qui joignait l'église à son chevet.

L'inventaire fait en 1663 montre une grande pauvreté; on n'y voit flgurer que des objets en étain, bois et fer, excepté une image deSt-Firmin,pesiant deux marcs deux onces et 5 gros, contenant une relique; trois calices; un ciboire; un soleil; un encensoir et une lampe. %

Mais, plus on s'éloigna des temps de trouble, plus l'abbaye put accroitre son mobilier.

En 1674, l'abbé fit faire un tableau de St-Firmin par Maurice de Gourlay, moyennant la somme de 43 livres 10 sols, et Qn autre tableau qui coûta 35 livres, pour le maitre-autel.

En 1686, on acheta à St-Malo trois devant-d'autel en cuir doré, qui coûtèrent 40 livres.

En 1747, la maison de Lantenac, soit qu'elle eut eu le temps de foire des économies, soit qu'elle fut aidée par quelque géaéreux donateur, se monta en argenterie : Elle acheta :

Un calice de vermeil, 8i0 lirres.

Douze couverts d'argent, 450

Deux cuillers à potage, 120 Deux cuillers à ragoût , 96

Douze cuillei^s à café, 86

Une custade d'argent, 40

Des burettes, 60

Une paix, 24

Une gravure, 26

Dorure et réparation du soleil, 1 8 Racommodage de la croix , 18

En 1746, on acheta à Rennes; chez H. LetaiUeur, orfèvre, rue Royale, un calice qui coûta 200 livres.

En 1749, l'abbaye fit faire au Bon Pasteur à Rennes beaucoup d'ornements, entr'autres, unétendart de St-Firmin avec les armes de. la maison qui étaient : d'azur à un croissant d'argent, surmonté d'une vierge d'o? debout, tenant un enfant aussi d'or, sur le bras gauche ; écusson entouré d'une couronne (l'épine de si nople surmontée d'une couronne dûcale, uûe mitre à droite, une crosse à gauche, crossou tournée en dedans. L'étendart était composé d'une litre taffetas cramoisi, une blanche et une bleue ; entre chaque, un ruban couleur de chair brodé d'argent ; aux deux extrémités de l'étendart, une litre ruban jonquille brodé soie et argent ; et, dans le h^^ de la gaze brodée.

En 1759, l'abbaye acheta un timbre d'horloge et une sonnerie qui fut fondue parloiaitre Michel, demeurant à Brevannes, près de Langres, qui passa le marché avec le prieur Dom Philippe Lanquier et vint établir un fourreau à La Triiïhé.

Cloche pesant 900 livres, idem 632; idem 446 ; idem 2£Sl ; idem 162; timbre 120.

Cette abbaye (est il dit dans les AnnaUi Armafk(tine$^ page

437), sise en la paroisse de LaChèze, près Loudéac, fiitfondée, en 1144, par Eudon II, comte de Penthiëvre, qui donna aux moines son terrain de Donio, sur lequel est aujourd'hui ce monastère. Les révérends pères de Tabbaye reconnaissaient devoir sur cette tenue une paire de gants blancs, au premier de Tan, avec 60 livres, en cas de défaut. Cette terre, sise non loin de la rivière du Lié, consistait en landes et en bois, que les moines défrichèrent et transformèrent en partie en vergers et en jardins, dont ils abandonnèrent plus tard le soin à des cultivateurs tirés de Saint-Brieuc, Million et Yffiniac, pays, disaient-ils, où Ton sait manier la pelle. Outre des champs et des fermes, ils obtinrent bientôt des seigneurs voisins des privilèges, moyennant la faveur d'être enterrés dans l'église d^ Tabbaye. Eléonore de Porboët, Eléonore de Roban(130S)et Eléonore de La Ghèze, dame de La Ghèze (1530) reposent dans le chœur de cette modeste chapelle.

Vers 1540, l'abbaye fut mise en commande ; les moines contestèrent à l'abbé le droit d'avoir un logis abbatial. Ces religieux étaient très-processifs et soutinrent plusieurs procès qui firent du bruit dans le temps. De 1640 à 1652, dom Aubin, prieur, rebâtit le monastère, mais en 1653, il mourut de mort subite dans un bois de l'abbaye. Vers cette époque, commença la décadence de l'église. Elle fut dépouillée de ses titres et perdit ses actes mémorables et son mobilier. Ses malheurs eurent pour cause principale l'hérésie du prince de Rohan qui, en 1665, du temps de l'abbé Fabri, envoya au monastère un sieur de Villaudrain, précepteur de ses enfants. Cet homme obligea l'abbé à faire une résignation de cette abbaye sur la croupe de son cheval, au profit de Claude de Kercangor, son fils ; puis , il chassa les religieux, dans la maison desquels il alla s'installer avec sa femme et ses enfants, « coupant les arbres et faisant des lieux réguliers, des étables et des écuries, ?. Plus tard, Vil-

~ est —

ïaudraiii fust canduit dans les prisons de Rennes, où il mourut. Sa femme eut la léle Irancbée pour volerie et autres mëfaif s.

Pendant les guerres de la Ligue, Tabbé et les moines de Laiiteoac se virent coati^aints de déserter encore une lois leur maison. A la pacificationj le roi mit l'abbaye en économat et y appela deux abbés qui la trouvèrent dépourvue de tout. En 1613, les pèresde la société reprirent possession du monastère^ où, en 1680, se trouvaient Iniit religieux, bien fju'il nesVn soit plus trouvé que deux à Lantenac, quand éclata la révolution de 1789. En 1646, ces moines avaient adopté la rélormede St- Maur.

L'abbaye de Lanlenac est aujourd'hui la propriété de M. Cbardel, médecin. (Voir pour plus de détails, TAnnuaire do 1838, abbaye de Lantenac, par M. Ilabasque).

Il nous reste peu de choses à ajouter à la notice extraite des Annales-Armoricaines (1), si ce nest que le nouvel usurpateur de Lantenac ne fut autre que le rival en cruautés du célèbre Guyeder de la Fontenelle, Anne de Sauzay, comte de la Magnaue, lequel fut institué le 5 juillet 1585, ce au nom et » comme procureur du vénérable et scient ificque personne » Mathurin Denescheau, humble abbé de l'abbaye commemlau taire du dict Lantenac. • La Magnane posséda cette commande jusqu'à la fin de mai 1602- 11 demeura a LaChèzc de 1582 à 1585 et il cascrna ses soldats dans l'abbaye, qu'ils deastèrent, ayant même transformé l'église en écurie. Les habitants des environs eurent plus à souffrir de ces prétendus défenseurs que des prolestants dont ifs prétendaient les délivrer.

(1) Annaies Armoricaines Cl Histoire Ph^si^ue Civile et Ecclésiastique du départcmenl desCôies-du-Nord, (anciens diocèscade SAint-Uneiic et deTréguier) d«puî5 la coDquéie de l'Armonque par Iules César, ju«qti'en Tan 1800. Par Cb. LE lUOUTi imprimeiir* ^

« Madame deLaMaguane, Marie de ThuorneHoy veuve du ba- » ron de Penmarc h et de dame du Bourouguel en Plouigneau t mourut àLantenac^ en 1587, pendant l'absence de son mari, » et aussitôt queiques-uns de ses parents, les sieurs Pibout, • Goidic, d*Àutresme et de Kercado, vinrent à la tète d'une Y centaine d'hommes pour s'emparer de son mobilier sur le- » quel les scellés avaient été mis: ils pillèrent ce qui restait » dans le monastère et le roi fut obligé d'intervenir pour les » faire déguerpir. » (A.- Barthélémy. — Anne de SaoMj. ~ St*Brieuc, Guyon frères. )

Les religieux de Lantenac étaient de l'ordre de St-Benoit.

Il ne reste plus dans cet abbaye que trois mauvaises statues en bois et des tableaux qui ne valent pas mieux; mais si des révolutions successives ont dépouillé l'abbaye de quelques richesses, elles n'ont pas pu lui ravir le site admirable où elle est située.

Olivier LE GALL.

Forêt sous marine de Trévou-Tréguignec.

Sur la côte septentrionale de la commune de Trévou-Tré- ^ignec, dont les limites du côté de la mer sont hérissées de rochers, sur lesquels l'action incessante d'une mer agitée a imprimé le caractère de sa fureur par la teinte rougeâtre qui signale ses récifs, se trouve une plage ou baie qui présente en ce moment à l'œil observateur un spectacle vraiment curieux. Vous y découvririez un grand nombre de familles indigentes, honunes, femmes et enfants, vrais types de l'incivilisation qui semble s'attacher encore à cette classe d'individus dans c«tte

partie de la cùle, qui, h hèche ou la pioche à la main, seinblenl chercher dans un sable, apparemment iofécond, un frdsor que depuis dr longues nuïiëes, eux et leurs ancêtres foulaieutaux pieds. Vous vous attendez peut-<^lre, Eecleur, que je vais vous parler d'une mine d'or, d'argent ou de quelque minerai précieux? Il n'en est rien, Mais, quoiqu'il ne soit question ni d or, ni d'argent, ni de minéral précieux, la chose, à mes yeux, ne mérirepas moins deflxerles regards de l'observateur, surtout dans ce siècle, où la plus petite découverte n'est pas sans intérêt. A la place des lingots de précieux métaux que vous vous représentez déjà soulevés par les efforts de ces courageux bretons, vous verriez d'énormes cadavres d'arbres séculaires sortant de ces sables, les uns entiers, d'autres mutilés, non tant par les coups des travailleurs que par Tact ion du temps qui jointe à l'humidité, a pulvérisé, pour ainsi dire, ces restes d'une foret dont le souvenir s'est perdu dans la nuit des temps. Le lecteur curieux s*attend peut-être à ce que je lui fasse connaître les circonstances de celte découverte et tout ce qui s'y rattache. Ce serait trop exiger de mon peu de connaissance dans ces sortes de matières. Cependant qu'il veuille bien me suivre dans mes conjectures et il jugera si elles présentent un certain caractère de vraisemblance.

Quant a la découverte de cette forêt sous marine, rien de plus naturel. Les flots qui baignent cette plage, en partie couverte d'un sable très délié, ont laissé paraître, en se retirant, à Vœil d'un des habitants de celte côte, toujours attentifs à obsener les conséquences des marées, on point noir et assez saillant pour être découvert d'une certaine distance. L obsenation < du curieux a amené la découverte d'un bout d'arbre, dont ' rextraction exigeant un certain travail, a conduit à ceUe de , plusieurs autres arbres. Il n'en a pas fallu davantage |K)ur ame- I ner à la côte des centaines de personnes intéresséess ou atli-

rees par la curiosité, qui, s*étant mises k l'œuvre, ont eTidemment prouvé par les efforts de leurs investigations que cette grève, remplace non une forêt, mais un bois d'une certaine étendue, la baie ayant en longueur un fort kilomètre. Prouver que cette plage a été autrefois un bois n'est pas chose difficile. La chose reste évidemment prouvée tant par l'immense quantité d'arbres qui jondient cet espace, n'y ayant pas un endroit qui, percé à une très petite profondeur, à 70 ou 80 centimètres, n'amène la découverte de quelques pièces de bois, que par les produits de certaines plantes qu'un observateur a pris sur le théâtre même des perquisitions et qu'il conserve avecle plus grand soin. La qualité du bois est facile à déterminer; l'aune y domine. Mais le bois le mieux conservé, c'est le chêne, et l'on voit en ce moment sur la grève un pied de chêne de 4 mètres de longueur parfaitement conservé ; et ce qui prouve encore jusqu'à l'évidence que cette grève est un empiétement de la mer et que cette partie était autrefois couverte de bois, c'est que les prairies qui l'avoisinent et qui n'en sont séparées que par des monceaux de sable que la tempête y a poussés, s'appellent encore aujourd'hui Pen-ar-guern, c'est-à-dire tète ou commencement de bois d'aune.

Quant à l'époque de l'invasion de cette plage par la mer, il me paraît qu'il est impossible de la déterminer, même approximativement. Il est certain qu'elle remonte à une époque déjà fort éloignée de nous. Comment supposer, en effet, que les habitants de cette côte si stérile en bois aient abandonné à la merci des flots une quantité si prodigieuse d'arbres énormes, ayant toute facilité de s'en emparer^ eux qui les exploitent aujourd'hui avec tant de courage, quoiqu'ils n'aient plus la même valeur? La difficulté de solution attachée à cette question, m'amène ici à faire deux hypothèses qui ne paraîtront peut-être pas dénuées de fondement. Ou l'invasion de cette plage re-

monte a une époque où celte partie de la cote u était pas lialiitëe, ou il faut aiJmettrequUl fut un teuips où le bois sui-iboubail dans le pays. Du reste, je laisse a plus savant que moi à déterniïûer l*agc de ces fossiles dont je conserve quelques ëcluuUiUons.

Archéologie Bretonne.

r Par suite de fouilles exécutées, le 20 septembre 1843, dans les sables de Locmarc'b, commuue de Crozon, et dont M. le chevalier de Frémi u ville, secrétaire de la commission scientilîque nommée à ce sujet par M. le sous-préfet deChateauHu, vient de faire connaître le rapport, on a découvert à 6 décime- Ires de profondeur environ, un grand nombre de squelettes humains, rangés sur des lignes parallèles et serrées. Ces corps ne se trouvaient pourtant pas posés précisément a la fdle de Tun et de l'autre ; ils étaient disposés un peu obliquement et de manière que la tète de chacun d'eux se trouvait placée à la hauteur des genoux de celui qui le précédait, disposition prise évidemment dans le but de placer le plus grand nombre de cadavres possible dans un espace de peu d'étendue.

Tous ces squelettes, parfaitement conservés, malgré la grande légèreté et la siccilé de leur os, étaient étendus sur le dos cl dans toute leur longueur^ les bras allongés de chaque cùté du tronc et les mains se réunissant sur la partie inférieure du ventre. Afin de leur maintenir la tète, le visage en haut et comme dirigé vers le ciel, on Tavait assujettie entre deux grosses pierres plates, placées de chaque côté contre les tempes. Les pieds étaient aussi assujef tis entre deux pierres, mais de dimensions

moindres. Un seul de ces 80 ou 100 squelettes était couché sur le ventre^ le visage tourné en bas, humiliation dont les peuples d'oi'igine celtique flétrissaient la mémoire des lâches.

Ces squelettes, d'après l'examen des os, des dents, de la compression des crânes, de l'évasement du bassin, ont été reconnus avoir appartenu , en général, à des hommes de l'âge de 20 à 30 ans ; quelques-uns à des enfants, à des vieillards ; d'autres enfin à des individus du sexe féminin.

En mettant à découvert tous ces antiques cadavres dont la tête, fait digne de remarque, était constamment dirigée vers l'occident, on a trouvé une seule petite médaille romaine, à l'effigie de l'empereur Tétricus, médaille du reste fort commune. Tout a l'entour du point où reposaient tant de débris humains, on a déterré une sorte de muraille grossière formant uneenceinte de figure parallélogramme. Dans cette enceinte, s'est trouvé un instrument en pierre très-dure, plate et travaillée évidemment de main d'homme, ayant la figure d'une sorte de hache dont le tranchant était encore affilé. A 60 mètres des sépultures^ on a trouvé une grande quantité de poterie, de vases, et quelques briques plates, objets qne l'on a reconnus être les uns de fabrication romaine, les autres d'indue trie celtique. A cent mètres au sud, on a remarqué aussi un alignement de très gros blocs de pierre qui ont semblé les restes d'un retranchement.

Tous ces résultats ont porté M. de Fréminville à conclure qu'il avait anciennement existé sur ce lieu (dont le nom breton signifie lui-même lieux des chevaux ou des cavaliers) un poste militaire, un oppidum ou place fortifiée, destinée principalement à défendre, contre une nation ennemie ou maritime, l'accès de lanse de Locmarc'h où le débarquement est facile; et qu'enfin les squelettes exhumés dans l'enceinte de* cet oppi-

ilui» ékiienl ceux de ses habilaiits. Mais ;i quelle nation appartenaient les défenseurs de cet oppidum? Quelques considéra* tiens font penser au savant antiquaire qu'ils appartenaient à la nation indigène.

Château de La Roclie-JagiK

Situé entre Pontrieux et Hengoat, vis-a-ViS renibouchurede rinest, le château de la Roclie-Jagu dont on voit encore les restes, est un des monuments les plus curieux de i ancienne Bretagne.

Il s'élevait dans toute sa bizarre magnificencCj au sommet d'une colline dont la rivière venait l)aigner la base. Un grand bois aux chênes séculaires rentourail d'un océan de feuillage» dont la brise de mer agitait les flots verdoyants. Au-dessus de cette futaie gigantesque, s élançait la tourelle féodale, bâtie , suivant Tusage, à l'angle du midi, armée de machecoulis, de parapets et surmontée d'un toit en flèche, couvrant un belfroi d'alarme. Au nord et sur toute retendue des combles, se dressaient 14 cheminées, autres élégantes tourelles en pierres de taille, chargées d'ornements gothiques, le plus singulier caprice d'architecture qu'on rencontre en Bretagne,

A voir de loin, quand la nuit tombe, ces 14 cheminées trancher également sur la toiture sombre et sur la riante verdure des arbres, le mendiant nomade se signe encore avec tremblement, croyant voir une ronde de fantômes, prêts à danser le i sabbat sur le vieux manoir.

L ensemble de TédiCce répondait à cet étrange détail. Il n offrait qu'un seul corps, tourné vers leTrieux et donlla façad« i un angle obtus de l'effet le plus original. Le nmr de

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