ENTRÉE SOLENNELLE
des évêques de St-Pol-de-Léon (1 )•
L'm 142a, Philippe de Coêtquis, évèque de Léon, fit son entrée solennelle en la ville de St-Pol en la forme acxx>utumée pendant plusieurs siècles* (Dans les derniers temps du XYIU* la plupart de ces cérémonies étaient tombées en désuétude 09 avaient été remplacées par des redevances pécuniaires.) L*évèque arriva en belle compagnie au faubourg qui conduit de la Madeleine à St-Pol^ et s'arrêta près du cimetière. La^ se présenta bien monté Tanguy, seigneur de Kermavan, lequel obéissant à la sommation que lui fit le seigneur évèque, mit pied à terre, et saisissant la bride du cheval du prélat, il le conduisit la tète découverte jusqu'au portail de l'église St-Pierre* L'évêque étant descendu en ce lieu, le sieur de Kermavan lui tint rétrier droit, et dès-lors le cheval avec son équipage devint sa propriété.
Sous le porche à droite de la porte était une chaise où le prélat s'assit. Le même seigneur s'étant approché, lui ôta ses bottes, ses éperons, le débarrassa de son manteau et de son chapeau, et garda le tout. Les chapelains le revêtirent alors de ses iHnements pontificaux et l'évèque, précédé de son clergé, entra dans l'église. Quant il eut terminé sa prière, il appela Tanguy de Kermavan, Alain de CoëtîvyetGuyomarc'h deKervem: à vous, dit-il, comme vassaux de notre église et nobles chevaliers, appartient l'honneur de porter trois des pieds de notr? chaise à notre entrée solennelle dans notre ville épiscopale.
(1) Extrait de la notice sur St-Pol-de-Léon par M. Paul de Courcy. Annuaire du Finistère, 1841.
Il les somma ensuite, au nom de ses droits légitimes, de le dé* fendis lui et son église de toutes injures, violences et oppi'essions, et raider de tout leur pouvoir à administrer la justice. Ils répondirent qu*ils étaient prêts à obéir.
Prigent de Coëtnienec'h, chevalier porteur de procuration de sou |>ere3 et Henri, seigneur de Penmarc'h, âgé de 8 ans environ , se présentaient pour poiier le quatrième pied de la chaise. Yves de Kermelec prit la parole au nom de celui-ci et représenta que le privilège de porter le quatrième pied et de percevoir le quart des ustensiles de la cuisine épiscopale, au jour de l'entrée de 1 évoque de Léon, avait fait autrefois le sujet d'un procès entre les sieurs de Coetmenec'h et Guillemette Le Veli dont les droits so trouvaient dévolus au sieur de Penmarc'b ; que, par suite d'un accommodement entre les parties, il avait été convenu qu'ils porteraient Tévèque à tour de rôle, et que les ustensiles de cuisine seraient partagés également.
Il termina on suppliant le prélat de leur accorder cet honneur. Celui-ci répondit qu'il ignorait quel pouvait être le foadement de leurs prétentions respectives ; que le procès était encore pendant, que d'ailleurs le sieur de Coëtmenec'h n'avait pas procuration suffisante et que le sieur de Penraarc*h était trop jeune. En conséquence il leur refusa leur demande et réserva ce droit jusqu'à plus amples informations. Henri, seigneur du Chatel et le seigneur de Keraëret furent désignés pour lexercer, mais pour cette fois seulement, sans préjudice des droits des suppliants*
Cet article du cérémonial réglé, la procession se mît en marche vers la ville, les chanoines revêtus de leurs plus beaux ornements précédaient le prélat qui s'arrêta, avant de Iranchir le seuil de réglise St-Pierrc, et mettant la main sur sa poitrine jura aux seigneurs de Kermavan, de Coëtivy, de Kervern, du Chatel, de Keraéret, représentant les chevaliers et nobles du
diocèse dé Léon, « de conserver, deffendre et maintenir les » droicls, franchises et libériez de Téglise Léonnoise; n'allie- »ner les biens immeubles d'icelle (fors es cas permis par le » droit) et réduire les biens aliénez (s'il y en a) à la propriété D et possession de son église, en tant que possible luy sera... de 1» conserver deffendre et maintenir les seigneurs nobles et gec-* » tils-hommes de son diocèse en leurs droicts, privilèges, fran- » chises, libertez et anciennes et louables coutumes. »
Après quoi il monta dans sa chaise, dont le seigneur de Ker- 'niavan prit le pied droit de devant, le seigneur de Coëtivy, le gauche, le seigneur de Kervern, le droit de derrière, et les seigneurs du Chàtel et de Keraëret, alternativement le gauche, et le prélat fui porté le long de la rue Verzerel jusqu'à la porte de laville qui joint l'église Notre-Dame de Creïsker. Les habitants qui avaient fermé leur porte firent sortir par le guichet Ecuyer Guillaume Henry, leur procureur syndic et miseur, et par son organe ils requirent le seigneur évêque de prêter le serment accoutumé avant d'entrer dans la ville, ce qu'il £ten promettant audit Henry, stipulant et acceptant pour et au nom desdits bourgeois a de conserver les bourgeois, manans et ha- » bitants de la ville de St-Pol-de-Léon et leur dicte ville, en » leurs franchises, libertez et immunitez anciennes.
Le procureur-syndic requit acte du serment et sur-le-champ la porte s'étant ouverte , la procession entra dans la ville et le prélat fut honorablement reçu des bourgeois qui l'accompagnèrent jusqu'au portail de la cathédrale.
Vénérable et circonspect, M. Jean de Vigeris, archidiacre d'Âkh et chanoine de Léon, le vint alors trouver et lui demanda le serment dû par les évèques au chapitre à leur entrée solennelle ; ce qui se fit de cette manière par demandes et réponses : — Etes-vous le seigneur de Coëtquis que notre St-Pèrele Pape envoie pour pasteur et évêque de ce diocèse de Léon ? —
OuK — lVoiiielW;i-vcms doue coniaie buii pasieur et evtViueile I.éon, de ne point aliéner les rentes, possessions et auti^fijî liieus innaeuliles de votre église, hors les eus permis parle droit, mais les garder lidèlenient? — Nous le promettons.*. — Vous promettez doue de leuir, garder el lidelenient accomplir toutes et efiacune des clioses dessus dites. Ainsi Dieu vous aide t ses saiuts évangiles ! Amen*
Alors toutes les portes de l^églisc Curent ouvertes et Tévèque fut porlé jusqu'à l'entrée du eliueur^ ou rarchidiaere lui fit réitérer le même sennent et ensuite devant le grand autel où le prélat fit sa prière el enira au chapitre qui exigea im Uoisième seruieut, toujours par le ministère de rarehidiacre, puis baisa et salua tous les chanoines, et. ai>rès la messe qui lut céléhrée solennelleinent, l'évèque se rendit a 1 évéché où il se mita ta* ble pour diner.
A l'issue du l'estin, les seigneui*s qui avaient porte le prélat se siiisireot de toute la vaisselle et de tout le linge qu'on y avait employé, et qui leur appartenaient, a raison des s«}r vices par eux rendus audit seigneur évéquc eu sa solennelle réception.
Philippe de Coétquis lut transféré à Tours en 1427 et l'année d'après il eut à interroger Jeanne-dArCj lorsqu'elle se présenta devant le roi Charles VU en arrivant de son village à rarmée. En 1440 il lut fait cardinal par le pape Félix V, el ourul il Tours Tannée suivante.
Noie
[mm servir à riùsloire de IHmn.
jfoiei un docunu*ni propre a faiir partie de Ihistoire dc' l>i^
iian. Il esl copie lexluelleiïicnt, iraprès un vieil imprimé du temps :
ti De rordoniiance de messieurs les commissaires du roy » pour la levée des gens de guerre en cette province, eslans u parties d*iceux assemblé en cette ville de Dinan, suivant l'or- 1 drede Sa Majesté, le requérant Monsieur le procureur d'iï celle audit Dînan. Il est expressément enjoioct, aux Ireso- » riers des paroisses qui sont en cette dite ville, à la suite de M » celle commission se tenir oùTun dechacunne paroisse à icel- " » les des portes de cette ditte ville qui sera ouverte^ pour don- » ner advis au corps de garde dliabitants de cette dîtie Tille, » des soldats qui se presenteroient, déguisés ou autrement, î> pour sortir et déserter, afin de les arrêter et les faire punir )) du dernier supplice suivant la rigueur des ordonnances : lésai quels trésoriers seront outre obligez, pour le moins Tuu de » chagque desdittes paroisses d'estre en sentinelle tant de jour 3 que de nuict sur les murs de cette ditte ville, pour pareille- > ment empescher lesd ils soldats de se sauver: ausquelssolî> dats sont faictes très expresi=es prohibitions et deffences d al- 3* 1er sur lesdits murs^ n'y se mettre en devoir de s'évader à » peine d'estre penduz et estranglez, sans autres formes ni fi- » gures de procès. Comme aussi est très expressément com- » mandé à tous et chacunsles habitants et hosteliers de cette » ditte ville, chez lesquels il y a des soldats logez par étiquette » ou autrement de donner advis à messieurs les officiers de la » justice ordinaire, de ceux desdits soldats qui manqueroieat » de se rendre a leursdits logements, dans les sept heures du » soir le plus tart, ou qui en sortiraient avant les six heures du » matin, afin de parvenir aux chastimcnts portez par lespre- » cedentes ordonnances. Comme aussi sont deffences faictes 3» aux hosteliers et cabarestiers de souffrir lesdits soldats en f leurs maisons, sous quelque prétexte que ce soit, puis ladite
» henre de sept heures du soir, cl autant les si\ du iiiatiu^ à » |x^iuc auxdîts hosteliers et cabaret iers de tenl livres d'à* » maiidej pour la première lois et sans dispensa lion, El à ce >? <iue personne n'en prétende cause d'ignorance, sera la pré- 7» sente publiée a son de tambour, aux places publiques, ca- » rouers et lieux accoustumez de cette ville et Ibrs-bourgs. Ar- >» reslëe a Dinan, ce douzième jour d apvril mil six cens qua* i> rante deux.
f Signé Monsieur le sénéchal, I, I*épin. Monsieur le juocu- » reur du roy, de Taillefer. Les signes apposez eu la minute du » présent demeurée vers moy greflier, soussigné Uloudeau, a»
Relation
(l'un duel rpii cul lieu à Sainl-Brieiic co l^anoée 1750 Entre M. DE SABIlANetM, DE RERATHY.
M. le maréchal duc d'Estimes, commandant pour lejoi delà province de Bretagne, allait y ouvrir la tenue des étalsde 1730, fixée à St-Brieuc par Tordounance royale. Il était accompagné de la duchesse sou épouse et du chevalier de Sabran, neveu de la commandante. En présence de ce dernier, très bel homme, cotmu déjà par des succès de cour et descrime, on parla, dans lessalons de Versailles, de i^lmu'cur rétive des bretons et des embarras qu elle pourrait susciter au maréchal. M, de Sabran répliqua quil suivait sa tante pour les mettre a la raison; et, déployant un mouchoir de batiste, il promit galanunent aiix^ dames de leur apporter, à son retour, dans ce mouchoir, mm demî-douzaine d'oreilles des plus récalcitrants.
Cepix)pos, pour le moins imprudent, ne iK>uvait manquer
d'arriver à son adresse, avant même l'ouverture des états ; on juge de l'effet produit sur des gens d'honneur des trois ordres qui, se croyant le droit de. réclamer^ au prolit de leur province, les libertés et les franchises reconnues par François 1er, dans son édit daté de Nantes en 1632, ne virent, dans les paroles de M. de Sabran, qu'un outrage accompagné de menaces dont, les cas, échéant, on se réservait de le faire repentir.
Le jeune seigneur en fournit bientôt l'occasion. Le 26 novembre 1730, M. de Sabran, après un dtner dé cérémonie auquel il avait assisté, et où il s'était enquis du nom des gentilshommes jouissant de quelque réputation dans le maniement des armes (il faut lui rendre cette justice, qu'il ne voulait pas s'adresser à des enfants), s'approcha d'une table de jeu trèsentourée, et à laquelle mon père était assis. Debout, dans sa haute stature, allongeant le bras pour ponter et déposer son enjeu sur le tapis vert, le neveu de la maréchale effleura, de sa manche brodée d'or, la joue de M. de Keratry, qui, le regardant avec une noble assurance, le pria d'y faire un peu plus d'attention. Pour réponse, le coup fini, même maladresse du chevalier de Sabran. Mon père se lève, lui marche sur le pied, et ne prononce que ces seuls mots: « Je vous comprends, Mon- » sieur I » Ils sortent ensemble, suivis de tous les gentilshommes et bourgeois répandus dans les salons de la présidence. Soixante domestiques les accompagnent, munis de longs flambeaux qui servaient à l'escorte des carrosses ou des chaises à porteurs, à défaut de réverbères dont les carrefours étaient alors dépourvus.
Le cortège se dirigea vers une rue assez large, mais peu habitée, située derrière le couvent des Cordeliers à Saint-Brieuc. Là, les spectateurs se partagent de manière à former un champ clos, autour duquel s'espacent les flambeaux, dont les reflets rouges convergent vers le centre du terrain occupé par les
j:t mesuré leurs é|^'<?s et
cteux conibaiiouts* Ceux-ci avaieiU dépouillé leurs h:ibils,
(lerles, celte scène avait uu aspect iuiposant. Si ces lorclies résiueuscs, daus un seul point, avaient dissipé les ténëbrus d'une nuit de novembre, des ombres plus épaisses réguaienl à lentour et semblaient enfermer, dans uu cadre de deuil, le combat de deux hommes prêts à se donner la mort. Les conversations animées, les murmures d*un patriotisme irrité avaient cessé. Tous les regards étaient (ixés sur le milieu de Tarène, et ce silence tenait les spectateurs dans un étal de frissonnement. Nous n'avons pas besoin de dire de quel cùté s*accunudail l'intérêt. Pour tous, dans le noble provençal se personnifiait Torgueil d'un homme de cour, jaloux d'humilier toute une province ; dans mou père, on voyait le pays lui-memcj combattant pour son honneur et son caractère outragés.
Les deux rivaux, après s'être donné courtoisement le salut d'usage, s'abordèrent l'épée à la main. M. de Keratry se laissa porter deux bottes, commo pour savoir a <|ui il avuit allairc. A la troisième, il prit roiïênsive, el, d'un revers de lamcsécliement appuyée, écartant le fer de Tennemi. il lui passa son éjiée au Iravei's de la poitrine» L'arme de i\L de Sabran lui échappa de la main : le corps tléchit également, cl, au bout de dix minules, on ne releva qu'un cadavre.
En prenant son habit, mon père <lis:iit : «< J'étais tenté de la » ménager, mais je me suissouvenu de l'insolenl mouchoir dé- » ployé à Versailles, et j'ai pensé que notre Bretagne voulait M quchiue chose de mieux qu'une égratignure. » Le triomptie du vainqueur fut modeste, comme il devait l'être ; conti'O ses désirs, celui de ses amis fui plus bruyant* A celle occasion, ou composa des vers que je m'abstiendrai de ciler. Mais, counno après tout duel, suivi de mort, les édits de nos rois, con.iacrés par le sermenl de leur sacre, innigeaieut au survivant la (loine
capitale, les témoins nombreux de Tévénement insistèrent pour que mon père cherchât un asile : il n'eut queTembarras du choix.
Son innocence était notoire. Provoqué dans son honneur, dans celui de sa province, qu'il n'en séparait pas, il avait répondu dignement au choix de l'ennemi de tous les deux, on pourrait ajouter au choix de son pays même, puisque c'était sur la notoriété de sa vigilance que M. de Sabran avait voulu commencer par lui son attaque multiple.
Seize mois s'écoulèrent, avant que fussent accordées à mon père ses lettres de grâce, que j'ai sous les yeux, signées de la main du jeune roi Louis XY, et contresignées par Phelippean et Chauvelin, ministres <ie l'époque. Elles avaient été sollicitées par la duchesse d'Estrées elle-même, tante de M. de Sabran, dont .elle avait hautement improuvé la conduite ; et si l'octroi en fut différé, c'est que la famille du défunt était trèspuissante en cour.
Ces lettres, dites de rémission, devaient être intérinées dans trois mois au parlement de Bretagne, à peine de nullité, en présence de l'impétrant. Quinze cents gentilshommes, l'épée au côté, accourus à Rennes de tous les points de la province, accompagnèrent mon père au palais, où il alla s'asseoir sur la selette des condamnés, pour y entendre la lecture de ses lettres de grâce.
KERATRY.
Aucîens bains de Porl-Aiirèle,
en Plmu, près Saiot-Bricur.
Les fouilles pratiquées à Saint-Laurent, au lieu dit Port-Au- , en Plërin» y alUrent, depuis quelque lemps un certain nouibre de curieux qui, la plupart, s'en l'etournent un peu desappoinlés de n*avoir vu que deux fosses carrées, d'assez petite dimension et quelques piles de briques rouges, rangées symétriquement au fond.
Mais pour rantitiuaire ces restes ont une plus grande valeur. Outre le cachet d'antiquité qu'ils présentent et qui ne sera contesté par personne, ils permettent encore d'étudier la naluœ et la forme des matériaux employés dans les temps anciens et la singulière distribution des constructions auxquelles ils étaient employés.
Les constructions mises à découvert par ces fouilles se composent de deux cliambres à pci* près carrées, d'inégales dimensions, profondes d'environ un mètre, et dont la partie basse servait d'àtre à deux fourneaux, bien que quelques rares morceaux de charbon et quelques indices de suie, trouvés dans une des trois cheminées latérales, attestent qu'il y a été fait du feu,
A la [)remière vue, cette double construction semblait avoir servi de four a briques, et cette opinion qui est ccHe de la pluralité des visiteurs est corroborée par la présence, dans le voisinage, de terre à tuiles ; mais, après un examen moins superficiel, on reste à peu près convaincu que c'est un ancien établissement de bains. Ce qui milite en faveur de cette opinion c'est le soin avec lequel ont été faits les enduits dont on a trouvé de nombreux débris, et hi disjiositiun intérieure de cet» fourneaux; etj ce qui n'est pas le moins reman|uable, cest
que ces deux construclions d'iuégale grandeur, alTectent entr elles une très-notable différence.
Ainsi, selon nous, la plus grande de ces deux pièces a dû servir de lieu de bain ; Tautre, avec laquelle elle communiquait nécessairement, de chambre chaude. Aussi, dans la première, la flamme, après avoir circulé enti*e les soixante et quelques piliers en tuiles qui soutenaient le réservoir deau, s'échappait-elle par trois issues ou cheminées latérales, pratiquées dans le nmr opposé à lenlrée du fourneau qui n'avait guère que 90 centimètres de haut. — Dans la chambre continue, au contraire, la chaleur, après avoir circulé entre un moias grand nombre de piliers, s'échappait par cinq tuyaux de forme carrée, de 10 à 12 centimètres de coté, sur 2 centimètres seulement d'épaisseur. Ces cinq tuyaux sont juxta-posés et appliqués contre le mur et non noyés dedans. On en a retrouvé encore sept, dont deux près de l'ouverture du fourneau, et l'on peut supposer, à la vue des crampons de fer oxidé qui se trouvent encore dans le mur, que deux des côtés de la chambre en étaient en partie tapissés. Ces tuyaux se communiquaient entr'eux par de légères ouvertures. Evidemment, à leur nombre, à leur position, et surtout au peu d'épaisseur de leur limbe, on est forcé de reconnaître en eux des tuyaux calorifèreSj^destinés h chauffer l'appartement qu'ils traversaient dans le sens vertical.
Il y]avait donc, dans cet édifice, salle de bain, et à coté et communiquant avec elle, un petit appartement destiné a recevoir les baigneurs][au sortir du bain et à les maintenir dans une température chaude mais sèche.
Voilà l'opinion que nous nous sommes formée de cette double construction. Existait-il au-dessus d'élégants appartements comme le ferait supposer quelques fragments d'enduits peints à la terre de Sienne? C'est une question que nous laissons à ré-
Mfedre a d'autres. Nous avons remarqué quecesemluils, go ncraleiueul ivH bons et formés d'une couclie calcaire, mèléo de salile ei de coiiuillage et coloriée en rose, étaient recouverts de belon assez poli exlérieurement et qui a encore conservé toule sa dureté.
A quelques mètres de celte double constrikcûon, on a mis a découvert uo mur maçonné seulement h l'argile, tandis que les autres sont à la chaux.
Enfin, on y a trouvé divers objets propres à lixer Tattention. Ainsiy on a rencontré une petite médaille en cuivre du diamètre d'un centime^ qui serait celle d'un empereur romain^ pareille à une de celles trouvées à la tour de Cesson. Ou a encore rencontré un anneau en cuivre, semblable à une boucle de rideau. Des ossements de chevaux, sans doute, et la boîte osseuse dune tête d'homme ont été extraits des déblais.
Mais ce qui intrigue le plus nos archéologues, c'est la découverte faîte en dernier lieu, contre le mur extérieur du plus petit appartement^ d'une grande quantité d'une matière pulvérulente, ressemblant assez, par son reflet nacré et chatoyant (quoique terne et fumé) a des fragments de gypse (ou miroir d'àae.) Il s'en est trouvé un assez gros volume; le tout était réuni et ramasse en un espace circonscrit, qui annonçait assez que le vase qui avait contenu cette matière (et qui était probablement en bois) avait disparu avec le temps.
En examinant avec quelque attention cette matière, nous n'avons pas fardé à reconnaître qu'elle appartient au règno animal et qu'elle est entièrement formée d'écaillés, d'arrêtés, de fragments de la colonne vertébrale et de nageoires de très petits poissons, et nous avons fini par nous assurer, parla comparaison, que ces détritus proviennent d'une grande quantité de sardines renfermées dans un même vase et dont la matière charnue s'est entièrement consommée, pour ne laisser subsis-
ter que les parties les plus dures et les plus, susceptibles de conservation. En première ligne, sous ce rapport, se trouve la matière nacrée des écailles. En examinant celle&-ci avec soin, il est impossible de ne pas reconnaître celles que porte la sar-^ dine.
Un mot maintenant sur la situation de ces bains.
Comment expliquer qu'ils se trouvent ainsi isolés sur une pentière, et séparés des flots, pendant la pleine mer, seules ment d'un mètre ou deux?
Pour s'en faire une idée, il faut savoir qu'ils sont placés à l'entrée du chemin qui, de Plérin, conduit à la grève, et non loin du coude formé par la baie de St-Laurent, désigné sur toutes les anciennes cartes sous le nom de Pari^Awrèle; que la tradition du pays est que de nombreuses habitations ont existé sur ce point et qu'elles n'ont été détruites avec le port, que par la mer qui chaque jour encore empiète sur le champ qui borde la grève. Une circonstance qui contribue à accréditer cette opinion, c'est qu'entre ce point et le havre de Cesson, existe un rocher que l'on désigne sous le nom de Rocher-d'entre-les-Ports.
Enfin, ce qui tendrait à faire penser qu'il a existé là de nombreuses habitations, c'est que, dans un champ voisin, se trouve, assure-t-on, un puits en pierres de taille, qui aurait dépendu d'une communauté nommée Sainte-Idole. C'est m fait à reconnaître et à constater.
L'existence du Port- Aurèle ( mot évidemment romain), où venait aboutir le chemin de Plérin, ne laisse aucun doute dans notre esprit. U a dû exister, du temps des romains, antérieurement au cataclysme de 709, qui a causé sans doute sa destruction. Un fait non moins curieux, c'est qu'avant cette époque, il a existé un chemin partant de ce port et traversant la baie , à l'aide duquel on se rendait à pied sec à St-Malo (la rivière La
Rance, au dire de Tabbé Manet, était alors guéable) ; et ce qai donne à cette opinion le plus haut degré de probabilité, c'est que le chemin conduisant du bourg de Plérin au Porl-Âurèle, porte le nom de chemin de Josse-Pinet, et qu'en face, à deux lieues plus loin, dans la baie de Morieux, ce chemin qui sort de la mer et s'enfonce dans les terres, pour aller rejoindre la voie romaine, porte encore le nom de Josse-Pinet. Tout se réunit pour faire penser que ces deux chemins n'en formaient qu'un qui a été diyisé par l'invasion des eaux dans la baie de Saint-Laurent.