‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 44 sur 46 · CH.LEMAOUT · texte numérisé non relu

CH.LEMAOUT

Les Lutins.

loetarae Brefani.

Déjà l'ombre du soir sur la plaine s'épanche , La lune à l'horizon montre son front d'argent ; Voyez dans le Talion, comme une gaze blanche , La Tapeur du grand lac qui s'élèye et s'étend. Le troupeau mugissant Ters l'éiable s'afance. Tous les petits oiseaux rentrent au fond des bois, Le chant du rossignol trouble seul le silence : C'est l'heure des esprits qui dansent à sa Toix.

Allons, enfants, fuyons bien Tite, N'entendez-Tous pas les lutins Dont l'essaim folâtre s'agite Près de nous, sous ces noirs sapins ?

Malheur au voyageur objet de leurs malices.

Malheur à nos troupeaux dehors quand le jour fuit !

Ce sont eux qui le soir égarent les génisses ;

C'est contre eux que les chiens hurlent tonte la nuit.

Les épis renfersés attestent leur passage.

Ils égrènent les blés de nos riches guéréts :

Ce sont ces méchants nains qui, dans les nuits d'orage,

AUumeat des feux l^leus sur les eaux des marais.

Allons, enfants, fuyons bien vite, N'enlendei- vous pas les lutins Dont I*es5»aiin folâtre s*agite Vrv8 de nous, sous €C8 noirs sapins?

Quand le pâtre attardé regagne sa chaumière. Il prend soin d'évi 1er les carrefours en croix , Et les sentiers (racés sur l'aride bruyère, ' Et les dolmens ruinési cl le menhir du bois. Au moindre bruit douteux, ses terreurs éveillées Lui font Yoirles lutins gambadant tous en rond ; H rapi;)elle en son cœur les récits des veillées, S*arme du cliapeici et se signe le front.

Allons, enfants, fuyons bien vitâ, N'entendez-vous pas les lutins Dont l'essaim fol&tre s*agile Près de nous, sous ces noirs sapins f

Quand le fil au fuseau se noue et s'entortille;

Quand le trépied rougit ; quand la lampe s'éteint ;

Quand la porte s'entrouvre ou que le feu pétille,

C'est que dans le logis s'est glissé le lutin :

Vais pour chasser l'esprit là nous aurons une arme

Dans le rameau bénit qui le met aux abois ;

Et si, pour l'avenir, son retour nous alarme ,

Nous placerons au seuil deux brins de paille en croix.

Allons, enfants, fuyons bien vite, N'entendez-vous pas les lutins Dont l'essaim folftlre s'agite Près de nous, sous ces sapins ?

FOUauST, dovtour-médeciB

Les phares de la Bretagne.

Le pâtre aroioriciiî II foule cncor la brujère. Où l'approche du soir me ramenait souvent, En ces jours inquiets où mon cœur solitaiix* Clierchait au bord des mers un loisir décevant.

Il s'assied tout rêveur à ma place déserte, Regarde Thorison se couvrir de vapeurs, Et Toude s'assombrir sous la roche entr ouverte, Elles phares lointains luire sur les hauteurs*

« Phares disséminés au-dessus de labime,

» Rois du goulTre profond mugissant à vos pieds,

• Qui, toujours éveillés, avez, de cime en cime,

» Le firmament pour dais, les vagues pour trépieds ;

» Combien avez^vous vu d'espérances trahies, )i De projets avortés, d'efforls infructueux.

* Depuis ^ue vous brillez, étoiles des vigies,

ï) Muettes comme vous enli-e l'onde et les cieuxî

1 Parmi ceux que la mer a choisis pour sa proie, i> Combien, 1 ame égarée et les sens éperdus, lï Esclaves de la peur et maudissaut leur voie, » Ont accusé vos feux de les avoir perdus t,.»

1 Cependant, dès que l'ombre envahissant l'espace, » S'abat sur les écueils craints du navigateur, » Votre ardente auréole, au navire qui passe, » S'il est en fausse route, indique son erreur.

» Isolés comme vous sur l'océan des âges, )» Quelques hommes divins, salutaires flambeaux, » Gardent, inaltérable au Muffle des orages, » Un rayon sur leur front que respectent le^ eaux ;

D SitÀt qu'à l'horison une lueur bénie . . » Semble avoir vaincu Tombre et reconquis le ciel^ x> Ils ôtent leur couronne^ et le inonde les nie, » Toujours prompt à compter sur un jour étemel.

» Mais, vienne avec la nuit, en désastre fertile^ » Un peu de cette crainte au fébrile frisson, » Qui glace en un moment le sang le plus agile, » Et trouble du plus fort Timpassible raison ; ^ On voit soudain la foule à leurs pieds accourue, » Demander en tremblant grâce pour ses terreurs, » Tandis qu'illuminés et calmes sous la nue, B Ils prodiguent àlôus leurs feux conscflateurs. i»

Ainsi, lorsque j'errais au rivage celtique.

Sur vos caps de granit, phares mystérieux.

Vous m'êtes apparus comme un cortège antique

De ces hommes divins, rois des temps orageux. Cailleanx.

Promenade à Tile de Serk (1).

On trouve dans la chronique de Samuel de Carteret, parmi de grandes confusions de noms et de dates, que, vers le commencement du seizième siècle, le roi de France et le roi d'Angleterre étant, comme toujours, à se faire la guerre, un certain capitaine français, nommé Poulain, vint avec une douzaine de galères et quatre ou einq cents hommes, s'emparer de Ttle de Serk, inhabitée depuis deux cents ans. Ce Poulain était accompagné d'un autre capitaine Bruel, ou Breuil, ou Du Brueil, un homme de terre et non de mer, assez probablement. Os se

(1) La proximilé des îles de Serk et de Ghausey, situées è quelques lieues du littoral breloQ, nous a foit penser qu'on ne lirait inis sans intérêt les deux notices suivantes.

paiiagèreiit reinpire ei furent élever par leurs gens deux petites forteresses. Tune, auprès de l'Eperquerîe, dans le grand Serk, Tautre auprès de la Coupée, dans le petit Sert.

Ce fait, assez obscur, est le premier que rapporte riiisloire des îles. De sorte qu'il est assez mal établi qu a cette époque Serk ne fût inhabité que depuis deux siècles. Pourquoi pas depuis plus longtemps? Pourquoi pas depuis la conquête? Est-ce que le chroniqueur eût été fâché d'accorder à des français rhonneor d'avoir les premiers foulé la bruyère et laissé de leurs vêtements ou de leur peau sur les ronces dune île déserte? H n'y avait pas de quoi rendre un Carteret jaloux, en vérité.

Toujours est-il qu'à peine établis dans les deux Serk, Poulain et Dubreuil s'ennuyèrent horriblement de s*y voir. Poulain remit à la mer, et, le dernier jour ou plutôt la dernière nuit de juillet 1549, il essaya de surprendre une flotille anglaise, qui était à Tùncre devant Guernesey* Mais il fut repoussé avec de tels dégâts qu'il lui fallut aller se faire réparer à St-Malo. Or, en passant devant Jersey, il s'arrêta dans la baie du Bouley et voulu descendre à terre, on ne dit pas dans quelle intention ; ce que voyant, les habitants s'assemblèrent et repoussèrent rudement le malencontreux Poulain* Il y perdit plusieurs hommes qui ne purent haller leurs talons assez vite de la presse, et qui furent massacrés en pièces, dit la chronique. On avait, dans ce temps là, L'économie plus politique qu'humaine de ne point faire de prisonniers.

Kn bout de quinze jours, Poulain revint de Sl-Malo, eu leilleur état, et, comme il n'avait pas eu fort à se louer de "l'hospitalité Jersiaise, il trouva bon, en repassant, de s'emparer d'une barque de corsaire, appartenant à un assez mauvais sujet, nommé Cornisb, qui était alors lieutenant de Jersey, pour le duc de Somerset, Cornish, qui fit commencer la gran-

de tour du château de Mont-Orgeuil. La barque dont il s'agit revenait à Jersey , après trois mois de course, chaînée d'un butin considérable en marchandises, or et argent, et attendait paisiblement la marée dans la rade de Sainte-Catherine. Poulain le prit et l'emmena à Serk, puis en France, d'où l'histoire ne dit pas qu'il soit revenu depuis.

Breuil ou Breul, car rien ne prouve qu'il ne fût pas breton, était donc resté patiemment à Serk, avec la moitié environ des quatre ou cinq cents hommes que Poulain et lui avaient d'abord amenés. Au bout de cinq ou six ans, la petite population se fatigua d'une terre ingrate qui ne lui donnait pas de quoi manger, et presque tous s'en allèrent, les uns après les autres, si bien que des flamands qui étaient à Guemesey trouvèrent facile de venir une nuit réveiller, prendre et égorger le reste.

Fiers de leur conquête, nos flamands dépêchèrent quelquesuns des leurs à la reine. Marie Tudor, que les protestants ont si jusjtemevt surnommée la Sanglante, que Victor Hogo parait avoir déûgurée dans son théâtre ; et; par une gal^terie assec naturelle envers la femme de leur maître le roi d'Espagne, Philippe II, ils offrirent à Marie cette ile de Serk, glorieusement enlevée à ses premiers possesseurs.

Mais la reine d'Angleterre ne jugea pas, à ce qu'il parait, que le cadeau valût la peine d'être accepté: elle fit mettre les ambassadeurs à la porte, sans même leur payer le voyage.

Dans leur humeur, les flamands abandonnèrent l'Ile, qui re* devint déserte comme jadis. Alors, afin que les français n'y habitassent pas de rechef, le capitaine de Jersey, sirHugh Pawlet y envoya grand nombre de gens pour abattre et raser les forteresses. Le besogne faite, tous s'en revinrent : pas un n'eût voulu rester.

Or, malgré les sages mesures de sir Huj^li PaNvIcl^ il arriva qiruii certain seigneur iiomiaud, nommé de Glateny, ou Glati ny, avisant bientôt cette !le sans insulaires, pria le roi do Fiance, Henri il^ jesujiposc, de lui donner Serk, a lui et à ses hoirs, s^engageant à la peupler k ses propres coulages et dépens. Ce que le roi lui octroya de la meilleure grâce du moiiUe.

Les français étaient donc de nouveau dans Tîle, quand la guerre sunint entre T Angleterre et la France, à propos du Havre de trace, et Serk fut encore abandonné.

Enfin, un carlerel, lïélier, seigneur deSt-Ouen dans Tîle de Jersey, fut frappé du danger qu'il pouvait y avoir pour les deux grandes îles à laisser ainsi ce rocher inculte à la merci du premier vi^nu. Présumant sagement que, si les français ne s'en emparaient pas une troisième fois, les pirates, les écunïeurs de mer ne tarderaient pas du moins à en faire leur repaire et leur nid, il résolut, sur le conseil courageux et éclairé de madame sa femme, comme dit la chronique, de demander aux commissaires de la reine ElisabetH qu'ils lui donnassent l'île de Serk, ses appartenances et toutes les autres Iles adja • centesà icelle^ pour les réunir à jamais à sa seigneurie de Si- Ouen, s engageant à payer chaque année, en raison de celle acquisition, cinijuante sols tournois à la rocelte royale dé Guernesey. Ce dont il fut fait bon et loyal accord^ eii l'an

Serk eut donc un maître* Le rocher fut fertilisé.

L'année suivante, Hélierde Carlerel et madame sa feujjm; entreprirent bravement leur tiiche glorieuse. Ils furent déchirer cette terre que la charrue ne connaissait pas, que 1 insouciance ou rignorance de ses premiers possesseurs avait condamnée et maudite. Les laboureurs hochaient la tète : le i^ysaa ne croit au conmieucemeut de rien ; mais, quand te soleil d aoùl *

eut passé sur les défrichements du seigneor, ceux qui revîiirent trouvèrent Carteret bieH grand, car une moisson abon-fl danle, magnifique, couvrait tout de ses flots dorés. "

Ce premier triomphe décida F heureux et laborieux fondataire à venir, lui et sa femme, quittant la riche aisance de leur beau manoir de St-Ouen, habiter, pour un temps au moins, la pauvre ile qu'eux seuls pouvaient rendre habitable. Il fallut tout apporter : le pain, le bois, les plantes, les outils, les chevaux, les bœufs et le reste. Pas un pan des anciennes habitations n'était resté debout, à Texception d'une petite chapelle que la dévotion des démolisseurs avait respecté. Cette chapelle , fut la première demeure des nobles colons, H n'y avait ni che- M mins, ni routes, ni port, ni abordage possible sans des diflScultés immenses. On se frayait un passage par le fer et parle feu, mais la bruyère qu'on avait coupée repoussait plus abon* \ dan te ; les broussailles brûlées fécondaient le sol de leurs cen-f dres et renaissaient plus impraticables et plus hautes, A peine la culture avait elle fait sortir de terre quelques brins d'herbe potagères, qu'aussitôt les lapins, seuls hôtes restés fidèles, sortaient de leurs mille et mille terriers, et, de tout ce travail, dévoraient jusqu a l'espérance. Les terriers furent ruinés, les lapins furent tués et mangés : c'était le moins difficile. Les maisons furent apportées de Jersey pièce à pièce comme les habitants un à un, et jusqu'à ce qu'ils eussent vu assez de cabanes pour loger tout le monde, Hélier de Carteret et sa femme continuèrent sans se plaindre à n'avoir d'autre abri que la chapelle en ruines, défendue de la pluie et du vent par quelques brassées de fougère. Bientôt la chapelle elle-même se releva, décente et solide, et l'histoire a gardé le nom du premier ministre qui y enseigna la parole de Dieu ; il s'appelait Cosme Brevin»

Et^ comme il n'y avait nî chemin ni port, comme c était

toànaniclesse et l€ danger des abords qui faîsaienti ne innahilable^ Carleret sedil qu il fallait un port et une route. Mais où leporlîOùla route? A quel point se prendre autour d'un rocher tout debout dans la mer comme une tour sans porte? Cartcrct finit par découvrir une sorte de niche haute de cent pieds que la mer s était peut-être creusée quelques mille ans auparavant, et qu'elle battait et baignpit à toutes les marées. Il songea qu*en fermant en partie cette niche au moyen d'une chaussée de ferre et de pierres, il ferait de la niche un port, étrange sans doute, et non pareil, mais sûr et bien abrité. C'était bien : mais quel pai ti tirer ensuite de ce port, puits aux parois titaniques, sans issue que le ciel et la mer? Audacieux autant qu'infatigable, Carteret osa concevoir Tidée de percer la (alaise qui nuit le puits à la terre ; et c'est un travail si hardi que pour ma part, quand je lai vu, je n attribuais qu a la main toute puissante de la nature ce tunnel ouvert au seizième siècle par un gentilhomme illettré avec des pêcheurs pour architectes.

Cette voûte profonde est percée au-dessus du niveau des plus hautes marées, par une roule parfaitement viable et facile qui conduit jusqu'au petit Serk, c est-à-dire à Tautre extrémité. Cette route, comme le port qu elle dessert, est Fœuvre d'Hélier de Carteret.

Et, quand il eut donné à Ttle un port et une route, il lit combler ou rompre toutes les issues par ou les habitants grimpaient auparavant, de sorte qu'aujourd'hui la voûte du port est la clé du lieu, et que Serk, sans cette clé est imprenable.

En 1S72, Elisabeth confirma le traité fait par ses commissaires, et, pour recompenser Hélier de Carteret d'avoir rendu ainsi digne d elle et de lui ce nouveau fief de la couronne d'Axigleterre, elle lui donna des canons, conîme a un vice-roi- C est cette île de Serk^ sauvée du néant, fertilisée, utilisécj

I^euiiléede Carleret^ que depuis quelques années le haleauli Yapeur fait voir au Jersiais chaque élé. La charmante promenade vient d'avoir lieu , et la plupart de ceux qui Tont failc voudraient, je les juge par moi, la recommencer. Bien des soupirs de regret auront accueilli le soir Taccablant récit fait par les heureux voyageurs aux peureux qu'à l'heure du départ uu matinal brouillard avait effrayés. On ne se figure rien de fantastique et d'adorablement bizarre comme celte excursion si facile, si commode, si vite accomplie. Pour l'étranger des grandes villes, c'est la réalisation d'un rêve romancier ; pour l'habitant des îles lui-même, habitué aux magnifiques rochers de sa patrie, c'est quelque chose d'inattendu, d'incomparable comme serait la descente soudaine dans un parage perdu de Tarchipel grec ou indien. Quand le bateau a laissé l'ancre tomber et la vapeur fuir entre Serk et ce rocher qui sert d'avantgarde comme un autre château Elisabeth, ruiné depuis cinq ou six cents ans, le passager que la nacelle conduit cherche cri vain un port dans ce massif rouge aux draperies vertes, qui lui semble de toutes parts inaccessible. Il ne voit rien (fu'un pau m grossier de maçonnerie, Teritable défi jeté à son intelligence. " La nacelle s'approche et s'arrête bientôt, la quille mordue par les cailloux. Le batelier se met à la mer, prend le voyageur sor ses épaules et va le porter où l'eau ne vient plus. Alors tous montez, vous regardez et vous êtes confondu. Autour de vous, le puits élève ses murs indestructibles, hauteurs de fer et de velours que couronnent des femmes et des enfants qui vous attendent et vous saluent, A droite, c*est la porte, cette porte bravement trouée à travers quarante pieds de rodie, une petite porte que deux hommes garderaient seuls contre une flotte. Au-delà, un ciel et une mer d'azur, et la route qui s'élève len* tement, comme le lit sablé d'un torrent desséché, eBtre deux lignes tournantes de montagnes magnifiques où des bestiaux

alpins se cachent dans les grandes herbes aux fleurs d*or et de* rubis. Plus hauï, ia voie se couvre et devient fraîche : c>st un berceau parfumé de chevre-feuilIe et de troëne, sous lequel vous marchez jus([U*au plateau. Là, un cri d'admiration vous échappe. Adroite, à gauche, partout, le sol se creuse, en vallons enchantés, en riantes collines d'une végétation belle comme la votre, heureux Jersiais. Des maisons [»eu nombreuses, mais propres, blanches et fleuries comme celles qui semblent pousser dans vos campagnes. Rien d'une ville, au moins; rien d'un village même, on dirait qu*uu peintre s est fait tout cela pour lui, comme un paysage arcadîen* De grands troupeaux s étonnent et mugissent a votre aspect inconnu : des enfants roses sortent des maisons pour vous regarder dans leur audace timide. Les pères vous tendent la main, lesmèresvous sourient: votre arrivée est une fête dans l'île; votre visite est une solennité comme le serait le voyage annuel de la civilisation. Les drapeaux flottent, les fleurs jonchent le chemin ; et ia musique du bateau qui vous accompagne éveille au loin d'harmonieux échos. Vous allez toujours: toutes les portes sont ouvertes ; on vous attendait. Vous entrez où vous voulez: partout la table est mise, blanclie et luisante. On vous offre tout ce qu'on a, du pain, du vin, des œufs, des fruits, du lait surtout, du lait comme Jersey n'en a plus, maintenant que chaque année lui ôte des vaches en lui ajoutant des habitants. Et, quand vous i>arlez de payer^ on n'a pas de prixà vous dire; ce que vous donnez, beaucoup ou rien, est également bien reçu.

Le chemin se divise ; il va aux mines d'un côté, des mines de cuivre argentifère peu considérables, mais assez riches. De l'autre, 11 meneau petit Serk par les trois terribles ponts qu'on appelle la Coupée, eflrayatit pass;ige où le cœur bal, où le froni pàlitj où le vertige vous prend. Gucrnescy est devant vouSj \i-

sîble comme dans sa rade; Herm^ Jeton, vous envoient les^re- ♦lels de leur sable d'or ; Jersey s'efface derrière vous à l'horizon. Suspendu entre deux gouffres, vous ne gardez un tremblant équilibre que parce qu'ils vous attirent tous deux d'un« puissance égale. Vous frémissez, vous regardez si le chemin ne s'en va pas, vous avez peur... mais qne c'est beau ! comme on retournerait volontiers avoir encore de ces peurs-là I

Il est trois heures. Vous avez lu sur la cheminée du navire que le dîner serait prêt à quatre heures : il faut s'en retourner. Vous voyez le passage à rebours, et il vous parait plus riche encore ; vous descendez lentement à regret. Arrivé au port où vous attendent les canota, vous jetez un dernier regard d'amour et d'envie sur cet affreux rocher, âpre comme son nom, dans lequel, ainsi qu'en un vase horrible, la nature et Carteret, son ouvrier, ont amassé tant de trésors. Vous montez à bord : des fanfares éclatantes^ vous accueillent ; un dîner simple mais excellent est servi sur le pont. Babot en fait les honneurs, Babot, le bon capitaine de l'Atalanlay si actif, si poli. La cloche sonne pour appeler les retardataires, qui se ralfîent un à un^ péniblement, en se faisant prier. Enfin, tout le monde est à bord, on lève l'ancre^ on vire, on part ; la musique envoie nos adieux à terre, et les habitants de Pile, émus, tristes de nous voir partir, comme tout à l'heure reconnaissants de nous voir arriver, nous regardent du haut de leur Eden et nous souhaitent un bon voyage.

Mais bientôt une joie bruyante monte des chambres sur le pont. Les chants et le vin circulent : chants un peu rauques, vin un peu aigre pour du vin de cinq chelins; mais qu'importe, l'élan est donné, tout s'unit, tout fraternise, il n'y a pas de malades, et quand l'AtalaDta vient faire expirer sa flamme entre les deux chaussées, à voir les passagers si heureux sur ce

navire qui chante et qui rit, on dirait du trioiiiphaut retour des Argonautes, revenant de eoiiqui^'ir la Toison.

Sainl-Malo, le 2o juillet 1845. S.

Iles de Chauscy.

11 n^est pas de petit rocher qui n'ait aujourd'hui son histoi- ; esquissons donc rapidemenl celle des iles de Cliausey, stérile archi|)el à 2 lieues et demie de Granville.

Les druides^ refoules par Tinvasion romaine, cherchèrent au fond des bois et sur les îles voisines du littoral un asile propice à la célébration de leurs mystères: Jersey, Guernesey, Bouillon, près de Granville, conserve encore des monuments de leur séjour; et Ton a découvert h Chausey, il y a peu d'années, des coins, des haches de granit, et d'autres objets dont l'origine celtique n'est pas douteuse.

Après rétablissement du christianisme, le goût de la solitude etdela vie contemplative conduisit au désert de Chausey un si grand nombre d anachorètes qu*ils y fondèrent un monastère où habita saint Scubilion, vers le milieu du sixième siècle.

En Tannée 1027, cet établissement fut mis sous la dépendance de 1 abbé du Mont-Saint-Michel par le duc Richard 111, du temps de Néel de Saint-Sa!iveur-le-Vicomte et révèquede CoutancesRodbert, dont les signatures figurent au cartulaire de celte donation.

G était sur le petit Ilot de la Meule^ ainsi nommé de sa forme onde, que les bons f>t'res avaient élevé leur modeste mou lier. Il existe encore un excellent puits et quelques débris de cet aniiuue bâtiment) et lesouvriei's employés à rexj>loitaiiuu des

rociiers de granit appuient aujourd'hui leurs frêles baraques contre les fondations solides du vieux cloître.

Voyez-vous, dans ces siècles reculés, quelques pauvres moines errant et priant sur le sommet des rocs arides de Chauseyî Quelle intime harmonie entre ces vieux débris des joies et des misères du monde, et les ruines solitaires d'un vaste pays à jamais détruit!

Comment une aggrégation d'hommes pouvait-elle exister sur ces pauvres rochers? Le produit des animaux élevés sur les lies de cet archipel devait être insuffisant pour leurs besoins» et Ton est fortement porté a croire qu'ils étaient redevables à la foi et à la charité des habitants du littoral des secours nécessaires à leur subsistanœ.

Dans ces anciens temps, une action assez active existait donc déjà entre larchipel de Chausey et les ports de Granville et de Régneville, seuls points de la côte où les bateaux pussent facilement aborder et trouver un abri.

Les religieux de Chausey avaient adopté la règle sévère de saint Benoit, et leur cloître obscur servit d'asile à quelques hommes remarquables, au milieu des siècles de barbarie.

Bernard d'Abbeville, le Bridaine de son temps, se réfugia près d'eux, en 1089, pour fuir les distinctions que l'on offrait de toutes parts à son mérite. Devenu malgré lui, en 1105, abbé de Saint-Cyprien de Poitiers, il fut une des lumières du concile de cette ville, et alla fonder, deux ans plus tard, la célèbre abbaye de Tiron, au diocèse de Chartres.

En 1343, Philippe de Valois, cédant aux instances de l'abbé du Mont-Saint-Michel, ôta ce monastère aux bénédictins pour le donner aux cordeliers, dont la communauté devint si nombreuse, dit Tabbé Manet, que, jusqu'en 1 535, d'après les registres de révêché de Coutances, ils envoyaient à chaque ordination trois ou quatre sujets pour les ordres sacrés.

Les auglais ayaiU pillé deux fois ce monasière, las religieux furent contraiulsde rabandonner en 1543, et vinrem s'établir en terre fenue.

Un bourgeois de Granvillc, nomme Le Pigeon^ les reçut et les logea pendant trois ans* Enfin, en Tan 1516, ils obtinrent, de la gënerositu de Jacqueline et d'Adrienne d'Eslouville, un terrain sur lequel ils se construisirent une habîtation» qui fui consacrée en 1 S47 par le sufTragrant de Coulances.

Telle fut l'origine du couvent de Saint-Nicolas-prës-Granville, dont les moines vécurent en singulière véuéralion parmi le peuple, jusqu'à l'ouragan social de 1789.

En 1772j un abbé Nolin, chanoine honoraire deMâcon, sollicila, par requête au conseil du roi, la concession en toute propriélé des îles formant Farchipel de Chausey ; les conseillers do Louis XV, qui, peu de temps auparavant, avaient abandonné à vil prix au duc de PenthièvTe et autres les lais et relais de la mer et les terres vaines et vague$, qui auraient dû appartenir de plein-droit aux communes, octroyèrent sans dilïjculté la concession demandée, moyennant un cens annuel de trois livres de rentes, avec réserves des droits seigneuriaux! Cet arrêt du conseil, à la date du 28 juillet 1772, fut rendu sous le rapport de Tabbé Terray, contrôleur-général des finances.

Deux aliénations successives des Iles concédées ont eu lieu depuis lors, en 1775 et 1788. Chausey lait administrativement partie de la commune de Granville.

A l'époque de la révolution, il existait encore sur la Grande- Ile de Chausey, une petite chapelle, aujourd'hui détruite, et dont les ornements ont été transférés à Tëglise de HudimesnîL Près de cette chapelle on a trouvé de nombreuses sépultures. Km sud-est de la même île, le promeneur aperçoit les mines d'un petit fort, abandoané vers la fin du dix-septième siècle :

c'était le boulevard des îlots de TarchipeU dont le gouverneinent honoraire était attribué aux membres de la maison de Matignon.

Chausey expédie pour le commerce environ 300 tomieaux de soude de varech par chaque année. (Test le produit de sept fourneaux dirigés par trente ouvriers. Plus de cent autres ouvriers ont établi là leurs baraques, et travaillent, pour le compte de divers entrepreneurs, à Textraction des blocs de granit.

Le produit annuel de Chausey né sélève pas aujourd'hui à moins de 12 à 1 5,000 francs.

Notice sur rincendie de la yille de St-Malo^

en 1661.

Df U mtriUled'eBoriits et deriatèrioirAi Uplice^ à rèpoqw da dèfiitn.

Avant d'entrer dans les détails du terrible événement que nous avons à raconter, il nous a paru indispensable de redire ici quelques mots de nos anciens remparts, qui, en 1661, n'avaient encore presque rien perdu de la magnificence de leurs quatre accroissements en 1708, 1715, 1721, et 1736.

Cette clôture, commencée vers le milieu du XII* siècle, sous notre bienheureux Jean-de-La-Grille (voyez la page 67 de sa vie, publiée par nous en 1840) et continuée à différentes reprises par quelques-uns de ses successeurs évèques, ne conte-

liait guère alors que trente-4rois journaux sur le tentai ii haut (chariue journal de 480 pieds de long sur 96 de large) , et étail assise sur le contour du rocher dont elle suivait exactement les divei*s zigs-zags et les diverses pentes et contre-pentes. Sa forme, par conséquent j était trés-bizarre ; son élévation très inégale, et sa construction, en simple moellon piqué grossièrement, trop faible en certains endroits. — Des encorbellemenls en pierres, saillants en dehors, et soutenant, de distance en distance, des latrines publiques, ajoutaient néanmoinsqoelque chose à sa mince épaisseur, au niveau du chemin des Rondes; et de mauvaises tourelles, dans le goût antique, étaient à peu près nulles pour sa défense.

Sa ligne partait de la tour septentrionale de la Grand-Porte, rebâtie ainsi que sa voisine, en 1583, pardeux MM. Besnos, qui s'y ruinèrent entièrement, et filait par notre vieille BenrreriC;, notre Poissonnerie actuelle et notre Croix- du-Fief, appelée improprement par le peuple la Croix*du-Fiel, jusqu'au canal de Merbonne, dit ainsi de ce que c/était là le meilleur abri du port, et que la mer y était communément fort tranquille.

De cette première station, elle se coudait brusquement dans Test, pour aller, par notre rue de Garengeau actuelle, se lier, derrière la Tour du Château qualifiée de la Générale, à la vieille Courtine, au milieu de laquelle se voit encore la porte Saint- Thomas, première de ce nom, qui, dans son principe, débouchait immédiatement sur une nielle, remplacée depuis par une chaussée artificielle nommée vulgairement de nos jours le Sillon ; au lieu qu*elle n'a plus accès que dans la cour du Château même, bâtie en Tan 1 SOO.

Depuis l'extrémité nord de cette vieille Courtine, précitée, ou plutôt depuis la tour Quic-en-Grognc, qui Tinterceptait déjà plusieurs annéest la muraille que nous décrivons allait

former Tados des maisons de la rue des Juiis, du côté de la mer, où se montlrent encore ses restes assez bien conservés ; puis, par les hauteurs du Fort-la-Reine actuel, s avançait par diverses sinuosités, jusqu'au bas des grands escaliers du bastillon de la Hollande, long espace dans lequel ses pans, presque caducs, sont ordinairement appelés l^s vieux murs où les pe« tits murs.

Enfin, de ce nouveau jalon, elle couvrait toute notre rue d'Estrées, passait au midi du couvent de Saint-François ou des Recollets, qui, durant notre première révolution, a été remplacé par notre caserne, de même nom, et allait définitivement, par notre rue des Cordeliers et notre Poids Public, butter, près de la Pompe, à la tour méridionale de la Grand- Porte ci dessus, dernier développement dans lequel on .n'en aperçoit plus la moindre trace...

Quant à l'espace contenu dans toute cette ceinture, il n* offrait guère d'édifices remarquables que la cathédrale, non encore achevée. — Le surplus n'était presque qu'un amas confus de maisons et de maisonnettes formant des rues ou mettes d'une ascension difiicile et d'une descente périlleuse, depuis le sommet jusqu'au bas de la montagne. — Dans le quartier delà Grand-Porte principalement, qui était le plus marchand, qudques-unes de ces habitations modestes étaient même couvertes en chaume et en bédoue, sorte de roseaux des marais de Dol et de Châteauneuf, jusqu'à présent fort en usage dans les paroisses adjacentes. — La plupart étaient à deux ou trois étages, en bois du Nord peint h l'huile. — Elles étaient en outre sans dégagements suffisants, liées les unes aux autres, de distance en distance, par des arcades aussi en sapin, et par des voûtes souterraines poussées jusqu'aux ruisseaux, vers lesquels chaque étage faisait saillie. — En un mot, pour comble dé malheurs,

leurs magasins se trouvaient an ce temps-lù remplie de hrm , de goudron, de suif, de graisses^ etc., et, qui plus est, de pondre h canon, destinés au service des vaisseaux....

^^ Oommencement tt progrèt 4t Tmcffidie.

* Les choses étaient daus cette position critique, fruit d'une police insouciante et mal faite, lorsque, le 27 octobre 1661^ veille de saint Simon et saint Jude, sur les cinq heures du soir, et par un temps serein, la brûlerie commença au haut de la Grand-Rue (si mal à propos appelée de la sorte, puisqu'elle

L n'avait guère de largeur que la voie d'une charrette ), chez une

" ïiommée Marie de Bordeaux, veuve de Sébastien Charnassé.

■ dit Ville^David, apothicaire.

f Cette femme avait mis de la térébcnlinc a bouillir dans une petite cour au derrière de sa lK>utique. — La matière s étant enflammée, la surveillante ne perdit pas la tête, elle coiffa au plus vite la bassine d'un eu veau qu'elle avait préparé en cas

I d'accident, et jeta par dessus, pour plus grande sûreté, une lourde couverture de laine mouillée. — Cette opération n'aurait probablement pas manqué d avoir un effet salutaire, si un zèle trop précipité ne fût venu la rendre vainc. — La fumée puante et épaisse qui s échappait par Tallée fit à Tinstant les voisins crier au feu, et tous, accourus en tumulte, s'eraprcs^ sèrent d agir en désoixlre. — Un individu, principalémenii appelé Pierre Chenu, croyant mieux faire que les autres, alla tout droit à la source du mal ; il leva imprudemment l'appa^ reil qu avait établi la misérable veuve. — Pour surcroit de maladresse, il renversa d'un coup de pied le vase par terre. -^ Aussitôt le liquide, en combustion, coula dans le magasin, qui, en quelques minules, fut changé en une foturuuse affreuse. -^ A six heures, l'incendie avait déjà dévoré presque eutièremnit quatre maisons.

. T^lus Talarme fut universelle, plus la confusion. ^eTiot extrême : — la populace n'obéissait plus et n'était occupée qu'à mettre en lieu de sûreté lesmeuÛeset les marchandises; — plusieurs demandaient que l'on fit ouvrir la poterne ou porte secrète de la ville, proche Brevet, laquelle élait murée depuis quelque mois ; — d'autres, plus hardis, commencèrent de leur chef cette démolition ; — des troisièmes, enGn, après beaucoup de bruit, réussirent à enfoncer la petite porte de la Blâterie ou de la Groix-du-Fief, qui, dans cet instant, se trouvait eHemême bouchée.

L'exécution de cette dernière entreprise facilita, en effet, beaucoup le sauvetage ; mais, en retour, elle occupa un grand nombre de bras dont les services auraient été très utiles ailleurs.

En vain on appliqua à quelques maisons les crochets, pour /aire la part aux flammes ; le défaut de force, et plus encore d'espace pour agir, contraignirent d*y renoncer, après quelques tirades sans aucun heureux résultat.

, Cependant les deux côtés de la Grand-Rue ne formaient plus qu'une arcade de feu. — L'élément dévastateur, partageant ensuite ses deux pyramides effroyables, jetait dans toute la ville une grêle d'étincelles, et les barils de poudre enlevaient, par leur explosion, des poutres et. des solives brûlantes, qui portaient en tous sens la terreur et le danger ; par deux fois le feu prit au clocher' de la cathédrale, mais ces deux fois, il fiit éteint par un couvreur hardi, auquel le chapitre donna en récompense de son intrépidité, à sa vie durant, un logement sur la Grande-Boucherie. — Il est vraiment à regretter que le iiom de ce brave citoyen ait échappé à l'histoire, qui a recueilli soigneusement ceux de tant de bourreaux de leur pays.

Lie grand Jeu de Peaume, situé à peu de distance vers le sud

du couvciil de la Vicloire ou des BcuiHliclînes (aujourdlmi ca-seruc du même nom ) , fut luî-mcme, ainsi que ce monastère, tbrlement endommagé, malgré son éloigncmeot du principal byer de Tafireuse catastrophe, et quelques autres endroits non

oins n»culés en furent quittes pour d'assez grands dégâts; — plusieui*s personnes des deux sexes reçurent dansccltre triste mêlée de grièves blessures, mais une seule périt dans les flammes, et la chute des pignons en écrasa beaucoup d*autres.

Enfin, Ton se reconnut à la pointe du Jour, et le (eu fut arrêté quelque lemps après, dans la rue Sainl-Buc, ii une maison qui était en face de la place Royale. — Presque toute celte lucnie rue, une grande portion de celle de la Poissonnerie et du Puiis-au-Bret, en un mot, la Grand-Rue entière et celle de la Vieille-Boulangerie jus<iu'au marché Marfray, actuellement le Pilori, étaient devenues la proie des tlammes.

Les logis de M. Nicolas Chevalier, sieur delà Bertaudière^ faisant le coin dudil Pilori, avec la jjotite rue qui conduit a notre ci-devant catheVlrale, fut le dernier qui servit de pâture au feu dans cette partie-là. — Ceux de MM. du Vaugarny, de la Chesnaie-Trublel, de Porcon, de Desprès-Arson et de quelques autres notables citoyens furent, par leur construction en pierres et par leur interposition, un heureux obstacle a lenibrasement, qui niena^*ait de devenir général. — Isolés par deg am^s monstrueux de charbons et de cendres, et noircis parla fumée, ces tristes débris d'une ville moderne ne présentaient plus que l'aspect lugubre de quelques fragments d'antiquité, et les riches, aussi dégarnis que les pauvres, ae furent plus, après ce désastre, distingués que par les habits dont ils étaient couverts ; car personne, dans cette nuit désolante, ne s'était dépouillé de ses vêtements.

Suivant le dénombrement le plug exact qui en fut fait à cette époque, il y eut 287 maisons, grandes et petites, brûlées dans

Vcspàcè de liK à 13 kéures ; et, si l'air n'eut pas été aussi calmé qu'il se trouva dans ce moment, aucune n'en aurait peut-être échappé.

On estime que ce fléau ne causa pas au:!^ malouins une perte moindre de srix ou sept millions, sans compter une multitude étcmnante de papiers et d'autres objets appartenant à l'étranger.

Trois jours après ce fatal événement, c'est-à-dire le 30 octobre, attendu l'absence de M. Louis, marquis de Coëtquen, gouverneur de la place, monseigneur François de Yillemontée, alors évèque de Saint-Malo, prit sur lui de faire ouvrir la poterne de Brevet, comme on avait fait celle delà Croix-du-Fief; mais sous la condition expresse qu'elles seraient foutes les deux refermées et murées^ lorsque les rues seraient débarrassées de leurs décombres.

, De leur c6té, messieurs les juges, de concert avec Pierre Boolain, sieur de la Fontaine, syndic en cette déplorable circonstance, publièrent, le 1er de novembre, une ordonnance en ^rtu de laquelle très exprès conmiandement fut fait à toutes personnes de conduire au Talard ou dans d'autres lieux lointains et sûrs toutes les poutres, soufres et marchandises grasses contenues dans leurs magasins, à peine, aux contrevenants, de confiscation desdits effets^ et mille livres d'amende, applicables aux nécessités présentes.

Le 2 du même mois, l'as^mblée municipale, séante dans l'une des salles du Palais-finiscopal, nomma douze commissaires pour faire abattre les pans des murailles restés debout et faire déblayer les rues.

Le 16 suivant, la même assemblée, siégeant au grand Jeu de Peaume, à cause de Tétat d'indigence ou était réduite l'abbaye Saint-Jean, ancien lieu de ses séances, élut des arbitres, pour empêcher les |)rocè$ qui pouvaient résulter des désordres de

T*îu«:emliej reconiallro le terrain et régler les iudenmil^s* — Elle arrêta eiilin, ce lueiiie jour, des mesures provisoires de police propres à empêcher le retour d'accidents pareils à celui dont ou venait d'élre viclime, mesures que le parlement de Reunes sanclionnu par deux arrêts des 7 et 23 novembre.

« Yeue par la cour^ disait la première de ces pièces, la re- » queste des nobles bourgeois et habitants de la ville et comn niunautëde Sl-Malo, par laquelle ils remonslroient qu*aiant » esté affligés par un end)rasemenl de feu qui a brûlé plus de » 200 njaisons d*icelle, ils croyt'iit eslre de leur debvoîr de • prévenir une semblable désolation à ladvenir, en éloignant » toutes causes qui peuvent y contribuer : deux des principales *» qui y avaient donné facilité, estant que les matériaux dont la » plupart desdictes maisons estaient consfruites, n'estait que » de bois, et élevées en saillie et advancées h chaque estaige, de î) sorte qu'elles se touchoieut presque par le hault ; ce quy a » donné Hiciliié à la communication du dict feu, sans le pou- » voir secourir, à quoy, pour obvier à Fadvenirj les dicts bourn geois et habitants de St-Malo réquemient qu'il pleust a la w dicte cour, conformément à Tusance de Rennes, ordonner » que tous ceulx qui bastiront doi-ennavanl en la dicte ville dé » Saint-Malo, soyenl ter.us de construire^ entre toute* les mai- ^ sons, des pignons de murailles mitoyens, de bon massoiinail, >» de largeur accoutumée eu ladite ville; que le tour desdîtes h maisons sera construicl en pierres de taille ou massonnail^ » et élevé a direct plomb, sans aulcune saillie ni ad^itncée sur » les rues ; qu*il ne sera advancé sur iceHes rues aukiinés tra- » jH?s ni ouvertures pour enca^'W ; sauff aux dits ptt^pWélÉîrfes 1 d^advancer chascuu endroict soy, des deux (Aî^f jusqu*au n milieu de la rue, des voûtes soubs le pave, po«ir servir de » descharges, dans lesquelles voûtes ils auront entrée par leurs 1» caves : faisant conslmire les dictes décharges et voûtes bien

» et deubmeat capables d^ supporter les chaixoys et pavés des 9 dictes rues ; et pour la construction des dictes maisons, que P le Grand-Bée, qui est proche la ville de Saint-Halo, com- ]» posé de rochers, sera ouvert, afin d'y prendre la pierre né^ » cessaire pour la construction des dictes maisons, en cas qu'el- » le se trouve propre pour ce faire ; et ce suivant la délibéra- » tion de la dicte communauté, qui sortira son effet sans qu'il ;i y puisse estre contrevenu en aulcune manière, soubs telles » peines qu'il plaira à la dicte Cour, etc.... tout considéré, la ]ft Cour faisant droict sur la requeste et conclusion du procu- » reur général du roy, enjoinct à toutes personnes, de quelques » rang et condition qu'elles soyent, de bastir à l'advenir en la 1 dicte ville de Saint-Malo, de pierres de taille ou en masson-^ » nail ; d élever les dicts pignons deux pieds au-de^us de la » couverture ; de faire aussi en pierres le devant d'icelleâ mai- » sons, jusqu'au premier estaige ; et le surplus de ce devant, » s'ils le veulent, de bois ou aultres matières; mais à droict » plomb, sans aulcune advancée ni saillie sur la rue, à peine » d'estre démolies à leurs frais, et de cinq cents livres d'amende )» contre chascundes contrevenants... Permet néanmoins la » dicte Cour aux dicts habitants de Saint-Malo, d'advancer, » chascun endroict soy, jusqu'au milieu de la rue, des caves » ayant des voûtes capables de soubstenir les pavés et charret- » tes, en sorte que le public n'en puisse souffrir aulcun préju- » dice ; et de tirer et prendre de la pierre pour leurs basti- I» ments, sur le Grand-Bée, près la dicte ville de St-Malo, en

>»cas qu'elle se trouve propre à bastir, etc Enjoinct aux

» juges et officiers de tenir la main à l'exécution du présent ar- » rest à ce qu'il n'y soit contrevenu...

» Faict au parlement de Rennes, le 7 décembre 1661 .

p Signé MàLESCOT. t

Comiae, par ce premier arrêt de régleiiieiit, facufté était

laissée aux propriéiaires de faire bâtir au-dessus du premier

'diage, soit en bois soit en autre matière, celui du 23 décembre

y ajouiant* ordonna que le devant des maisons qui seraient à

'avenir bâties en ladite ville, « sérail en tout construit de pier*

res de taille ou de massoimîiil, tout ainsy que lescosiés, pi- *> gnons et derrières desdils baslinienls, soubs les j^ines por- 3i tées par Farrest précédent, »

Comme il aurait été imprudcnl de laisser chaque particulier tirer à discrétion de la pierre du Grand-Bay, pour bâtir, la police eut constamment Tceil ii ce quonne fit jouer la mine qu'au pied môme de cet îlot, auquel on voulait conserver toute

n élévation, tant pour garantir la rade de certains mauvais Vents que pour rendre, par son escarpement, ce monticule inaccessible aux ennemiSj si jamais ils projetaient de s'en emparer.

Comme, enfin, ie Vieux-Quai, entrepris depuis longtemps au pied niôme des murailles de la ville, dans le lieu nommé le Fief, était resté jusqu'alors imparftiit, parce qu'on avait toujours craint la déi>ense, après raffreusc catastrophe dont nous parlons, il n'y eut plus moyen de se refuser à 1 achèvement de cette utile entreprise ; la nécessité où l'on était de se débarrasser des vastes décombres que rincendie avait faits fit trouver des fonds. Chaque ménage fut de plus astreint à porter dans cet endroit les débris et plâtras de ses magasins* A laide de toutes ces vidauges, le (juai dont il s'agit fut délinitivenient terminé à peu de frais, — Cependant il resta encore a y faire, jusqu'aux mois de marS; avril el mai 1676. (Voyez nos Grandes Recherches sous cette date et sous celle du 23 janvier t67i.)

Pendant longtemps nos gouverneurs et autr<?s autorités locales, tinrent fortement la main â la prohibition qui éloignait ?inle de nos murs loules les malières corabuslibles- —

•On eut grand soin de n'y laisser entrer que ce qui était absoto-inent nécessaii^ pour le débit journalier et pour la consomma-

Irtion, selon qu*il se voit par les ordonnances de police des 18 mai 1665 et 23 janvier 1738^ etc. ; maïs, au mois d'avril 16^, les juges delà juridiction seigneuriale furent les premiers à faire brèche à ces règlements, en permettant au sieur de Juttignay, l'un des commissaires de police, de faire entrer en ville ces sortes d'objets par charretées. — Depuis cette époque, Tintérét particulier a malheureusement trop repris, par fois, son ascendant sur Tinlérèt commun. ....

ErecUon de U st4tiio de li très Sainte-Vierife as demis de Ii Crind-Perte.

C'est au zèle du père Vincent Huby. célèbre jésuitei neàl Hemiebon, et premier directeur de la maison de retraites de Vannes, mort en odeur de sainteté le 22 mars 1693, que la statue de la vierge placée au-dessus de la Grand-Porte de notre ville doi t son origine * ^^^

Entr'autï^s méthodes de dévotion que ce pieux missioimai^^ re avait coutume d'introduire dansions les lieux où il prêcbail, il en était une à laquelle il ne manquait guères : c'était d'exhorter tous les auditeurs, les chefs de familles surtout, à avoir, chacun dans son domicile, quelque image de la reine des anges et des saints, où devaient, autant que possible, se faire toutes les prières particulières et communes de tous les maîtres et domestiques, et où devait spécialement se renouveler chaque année tm acte de consécration à ce vase insigne de bonté, qui a eu , tant de part à notre rédemption par son adorable fils* ■

Cet excellent religieux désirait en outre qu*il fût élevé, dans l'endroit le plus apparent des bourgs, et spécialement à rentrée des places closes, une représentation de cette admirable mère du Dieu qui s'est fait homme, aux pieds de laquelle on se réunissait à certaines époque, pour chanter ses litanies ou des

caulîqueS; afin de deiuaiiiler au ciel, par sou etitremise^ la paix daus les luéuages et eiiti*e tous les citoyeus.

Ce prêtre, vraiment apostolique, étant venu à Sainl-Mnlo donner une retraite, deux ans après la trop fameuse brûlerie de 166!, qui avait fait du tici'S environ de celle cité presque un désert, tira de cet aflreux accident même un motif pour mettre cette place sous la sauvegarde particulière de la patronc des ailligés.

D'après cette résolution, une figure de Marie de six pieds un pouce de haut, et tenant lenfant Jésus assis sur son bras gauche, fut tirée d*un seul bloc de tufeau, et non de granit de Quérinan-eii-Mégrit comme quelques-uns l'ont cru, et logé sur le derrière Ju châssis vitré pratiqué eu-dedans de la casemate qui servait a la manœuvre de la bei'se ou grillage en fer, destinée dans Toccasion à repousser Tennemî.

Elle fut tournée de façon à aspecter d*enfllade toute la Grand*-Rue, et Ton y arrivait par un corridor voûté solidement, à la première volée de Tescalier en pierre de taille, conduisant sur le rempart du mur d*euceinte et sur la tour méridionale où était l'horloge du Port.

Le nom du Phidias qui fut chargé de sculpter ce monument ne nous est malheureusement pas connu; mais, à en juger par son œuvre, si son talent n'égalait pas celui de Tancien artiste qui a laissé au monde d'éternels souvenirs, il nVlait pas du moins sans mérite. — La mère et Tenfant divin re^*urent de son ciseau un air céleste; les tûtes, principalement, en furent d'une bonne exécution. — La vierge était représentée debout, la couronne en tête, le manteau royal fleurdelisé, d'un bleuciel, avec une robe aussi blanche que la tige du lis qu'elle le-» nait dans sa maia droite, abaissé près de sa cuisse. — Sonat-^ [ iitude était un peu inclinée du côté de son cher fardeau^ qu elle

regardait aiïectueusenient . — De son côté^ le petit Jésus, assis gracûeusement sur le bras gauche de sa mère, comme nousla- Yons déjà dit, et le bras droit levé comme pour baiir la ville, semblait, par passe-temps, flatter de sa main gauche une jeune colombe qui i)araissait sentir tout le prix, des caresses de son jeune maître, en frétillant des ailes et en pinçant doucement avec son bec l'index qui la retenait en position*

Enfin, ce beau groupe, beaucoup plus précieux encore aux yeux de la piété qu'à ceux de Tart, fut solennellement inauguré, je ne sais quel jour, et Ton mit au-dessous, sur un grand panneau de bois, Finvocation qui suit, écrite en lettres d or majuscules, avec la date de Tincendie qui avait donné occasion à cet acte honorable pour nos aïeux :

Fille du saint enfant dont vous êtes la mère Sans avoir altéré votre virginité.

Conjurez instamment votre adorable père De bénir à janiais cette pieuse cité.

Et qu'il ne souffre pas qu'une flamme seconde Vienne la désoler avant la fin du monde !

L'exemple des femmes et des enfants, qui furent les premiers à adopter cette nouvelle institution, fut bientôt suivi par les hommes même, et notamment par les marins, qui se firent un devoir d'aller, soir et matin, implorer le secours de celle que l'église catholique appelle avec raison, dans un style figuré, l'étoile de la mer, par allusion aux services immenses que, durant les ténèbres de la nuit, l'étoile du nord rend aux navigateurs, pour reconnaître le lieu précis où ils sont au milieu de l'océan.

Ce louable usage fut de plus autorisé par un mandement exprès de monseigneur de Villemontée, alors notre évêque, e^ assez constamment suivi jusqu'à l'époque de nos troubles de

1789j ou [ilulùt de 1793 et 1794, où nos citoyens révoluiioiiiiaii^efi se firent uii liomble amusement de détruire ou du moins de mutilel tous les signes religieux qu'ils purent i\mcontrer sous leurs mains* — Une multitude d*images, d'oraements sacrés, de livres de religion, de croix et d'autres objets de piété, étaient déjà tombes sous le marteau, la hache et le feu de ces désolateurs de la France, et continuèrent encore longtemps depuis d'aller, sous leurs coups sacrilèges, chauffer leurs cuisines. — Les lois les plus atroces, les plus tyrauniques ei les plus ridicules, venant de Paris, pressaient chaque jour davanliige la besogne. EnOu, approcha le jour où devait succomber devant les idoles de Dagon et de la Raison la vénérable statue de lexcellente créature auprès de laquelle, durant deux Siècles, toutes les classes, les misérables entr autres, étaient aU lées chercher quelques moments rapides d*es(>oir, de ronsol'ition, de joie même.

l MA^ET, Ihélre.

f Le

Documents inédits sur la Li^ui^

dansTàucleQ diocèse de Tréguier.

Les détails que nous allons publier, sur riiisloire de la Ligue dans nos contrées, révèlent nombre de faits d'armes, de pillages et d'incendies dont les théâtres se trouvent ou h Lan^ nion ou dans les comnmnesdu voisinage.

Ou y trouvera aussi de curieux renseignements sur les derniers débris de la puissance féodale dans nos contrées et notamment sur les j>laces fortes possédées et armées iiendanl celte crise

Anosyeux, tous ces documents méritent d'autant plus de confiance qu'ils ont été tons écrits par des aut^irs contemporains et pour la plupart témoins ocalaîres des ëTénemanls qu'ils racontent. Du rapprochement.de ces diverses oolices il résulte clairement que, depuis 1590 jusqu'à 1597, toat le pays qui se trouve entra la rivière de Moriaix ei celle de Laânion^ n'a cessé d'être rançonné, pillé, brtàé et ensangbnté par les Royaulx et les Ligueurs, déchirant et décimant à la fois toute la population de ce pays par la plus afireuse guerre civile. Les deuxpuissances rivales avaient chacune ses troupes, ses cha«* teaux, ses villes : d'un côté, le roi avait pour lui Lannion, Tréguier et les châteaux de Coatfrec ( l)et de Tonquédec; de l'antre, les villes de Guingamp, de Moriaix et le château de Primai, en Plougaznou, avaient épousé le parti du duc de Mercœur ou de la Ligue. Quant au château du Plesseisr-Eon ou du Quenquis, en Plufur, jadis Tune des plus redoutables placés fortes de nos contrées, nous avons cherché en vain à savoir par quels corps dé troupes il a été occupé pendant la Ligue ; nous savons seulement qu'un seigneur de Guezbriant était capitaine de la garnison en 1593 (2)

Comnie on le voit par ces explications préliminaires, la Ligue avait pour elle les deux seules villes fortes de nos contrées ( 3); mais, en revanche, le roi avait aussi pour lui d'inexpugnables forteresses dans les châteaux. La partie était donc à peu

(1) Nous ne voulons pas ici lenir comple du court séjour que Fonlenelle ftt or ce cliâieau.

(2) Ce Guezbriant était frère de la dame douairière de Kerprfgenl et de Piesseis- Ëon, dans les temps de la Ligue.

(5) En effet, on sait que Lannion avait son château et ses murs d*enceinle eO' ruine longtemps avant le commencement de la Ligue.

près€^â!e el c esl sans doute ce qui rendit la luile sî longue el si acliarnée.

I! va sans dire que, dans ce travail, pour nous garder de loule allusion politique qui puisse nous èli^ propre, aussi bien que pour laissera Thistorieu primitif loule son aulorilé, nous copierons lilléralenient les nioninnenls hisloriques que nous avons pu recueillir ça et là dans les cartulaires du temps, sans nous pernietlre, sous aurnn prétexte, d*en altérer en rien ni la forme ni le fond. Delà il n'y aura souvent enti*e ces monuments ni liaison ni cohérence aucune, mais qu'importe après tout la forme, pourvu que lexactitude historique soit sauvée?

Deoz comb&ts à la Uene d« grève, entre St-Ilchel et Plestln ( 1590)

Entre la lande de Trédrez et le bourg de Plestiii lurent tués et massacrés par les souldarz de Coatfrec et de Tonquédec, le mardy troisiesme jour de juillet Tan mil cin([ cent quatrevingt-dix, les dénommés cy-après, sçavoir:

Noble escuier Jean Adam, seigneur de Kermalvezen, Kerninec ( 1 ) ; — Jean Ollivier Ix» Grand et ung de ses (ils ; — Jeao Koal-Karit et Marc son frère; — Brian! Kerninon ; — Le Jonquour ; — Henry Le Boubennec ; — \von Cabon ; — \von el Guillaume Gargan : — Henry et autres les Boubennec ; — Nicolas et Guillaume Bras ; — Jan Bras et Françoise Guillou ; ^ Allain Manis fds ; — Yvon Rerbrisillic ; — Yvon Quemper (2) • — François Morvan ; — Herno Bras tils ; — Yvon Kervellaud, par corruption aujourd'hui Guerveno.

Et pour les âmes cy-dessus nommées supplye notre sew gneur Dieu par sa sainte miséricorde qui lui playsse les receiw

(1) Vert les mômes temps, il y arait aussi au baurg de Piufur une dame Adam qui a|outait à son nom le litre seigoeurial âuivaDt; Dom' * ^ du B<»urg el de domo dirac au groas.

{%j U Queoiper éUûl protmblemcnl de Uiiascol-

— IZU —

voir en son paradis elmoy auxi suppiye notre seigneur Dieu qu'il luy playsse donner pardon aux pères mères et enfants parants et amis et bienveillants des dicts déœbdés à celle fin qu'ils puissent librement et dévotement prier Dieu pour Iw-dits décebdés et pardonner à ceulx qui ont fait la faulte pour qu'ils puissent vérifier la parole de Dieu estant ainsy : Mihi vindicta et ego retribuam. Et pour avoir mémoire de ce que dessus a esté la présente sij;né par moy soussignant recteur de Piestin les dicts jour et an que devant.

JBAN-EUFFLiM PICHIC-

Leseptiesme du dict moy que furent tués par les sus dicts nommés ( 2 ) sçavoir :

fi Richard Tréman, Yvon Toudic, H. Person, Allain Laye, Pierre Le Maréchal et Yvon Le Droharz.

let troiyes ta ni krtlcftt wrtnm soinit» ailMur ta neiHi M m TMmI il plvdein BiaoinetBilsott ians les yiroliieid'tltiliir.

Lorsque sur la fin du XYI* siècle, Ton traversait les rues de Lannion et ces riches campagnes qui bordent la Manche, depuis le Yaudet jusqu'au château du Taureau, et que Tony voyait encore toutes fumantes les traces qu'y avait partout laissées la guerre civile, une tristesse inexprimable devait saisir l'âme et, à coup sûr, à la vue de tant de décombres et de tant de ruines, l'on devait se demander si les hordes de barbares n'avaient pas passé et repassé par là. En effet, dans la ville, deux cents maisons réduites en cendre sont désertes, les échanges du commerce sont dans une stagnation absolue et nul espoir de voir celui-ci recouvrer son ancienne prospérité. Et pourquoi désormais des commandes, puisque soudainement les charrîots des châteaux où des villes fortes arrivent pom*

(1) A savoir : les seigneurs ei soldats de Coalfrec el Tooquédec.

dévaslcr les magasins? Pourquoi encore reslaurer les rues incendiées, puisque le lendemain de la restauration, celles-ci doivent subir le même sort? Dans les campagnes, le laboureur, fuyant devant le Ter et le feu, arrivant à la fois el périodiquement, infester son village, s était retiré dans les forteresses des villes et des châteaux, parce qu'il croyait par là mettre au moins sa vie en sûreté. Enfin, ça et là, au milieu des cliamps en fiiche api>araîssaient, dans les airs, à travers les futaies qui couvraient alors nos eûtes (1), les hideux et horribles squelettes des manoirs et des villages noircis par la fumée des incendies et attestant que, si la providence ne suscitait un remède contre tant de maux, le pays allait tomber dans la barbarie, Aiais, pour jusii lier ce tableau, dont la teinte paraîtra peut-être tout d'abord un peu asson^brie, halons-nous d'arriver aux citations.

« Le dict tierce jour et au que dessus (1590) tirent les dicts seigneurs et souldars brusler plusieurs maisons en la paroisse de Plestin et ailleurs, que les gens de bien (c'est-à-dire les grands et petits seigneurs du temps) sont contraints d'aller quester Tauniosne et ne sçavent où y aller par la pautTettéd*icelies guerres dont supplye à Dieu qu'il hiy playsse nous dondonner ungne paix généralle, sçavoir: la maison de Rolland I^ Bourmès et Anne Le Gentil, la maison de Anne Le Coz, au bourg de Plestin, la maison de Yvou Gabon Kerilis, item deux maisons appartenant à Rolland Le Botgazou estant au dict bourg, la maison de Lazare el Parceval Brigant, les maisons de Jean Le Maoult, près Kerbourdon, la maison de Yvon Guennec, à Kergadou, la maison de OUive L'Aurégan, veuffe feu Yvôn Moriou, la maison de AUain LentaiT, à Kerscaufti la maison de

(i) Nous avons vu ptusieurjv compte;» de fabriques du quinzième et seîiièrae Mèoles, qui atlestent que les côtes de Trédrei et de Ptesttn ont fourni desTulaici pour la restauration ou la construction des charpentes des églises voisines.

I^ïjat, la maison de Rolland Le Boubeûnec et consmrte, b^ maison de Corderie, la maison de Françoise Keromar, veuffe feu OUivier Hamon et la maison de Rolland Perrot*

Le vendredy septiesme jour du dict mois de juillet et an que dessus furent brûslées par les dicts nommés, les maisons cjaprès nommées, sçavoir.

De Âllain et Gilles Le Saux, de Guillaume Prat, de Yvon Le ' Boedou, le prespitoire et celle de Fricgnaru, le tout au. boui^ de Trémel. Itenl la maison de Jan Le Scruignec, la maison de feu Le Lay, celles de Rolland Gillard (1), Pensmguer(2)t celle de Françoise de La Haye, Toulanroch, celle de Richard Rivoallan, la maison des héritiers feu Eufflam et Julianne Le Goaz, celle de Fiacre Merzer et consorts, celle de Jan Le Bourdiec, celle de messire Richard Kermarec, prêtre, celles de Marc et Jan Gabon, L'Hospital, celles de Rolland Lespeugnoll, de Pierres Le Taldu, Françoise Kerengant, Yvon Pleigan, Ke^ inabuczon (3), Kervizio (4), la maison de Âllain Le Bras, Keranbrignou, la maison de Jan Parier Kerallic (5), lamai*sonde Jean Laurégan, à Kerbrésillic, celles de Jean Morvanet d'Yvon Le Boubennec, celles de Guillaume et Catherine Rol^ land, les maisons de Faignou, la maison de Allain Le BoubeiH nec et consorts, du Launay, la maison des héritiers de Ytod Menou, auxi du Launay, la maison delà veuve Yvon. .., à te^

(1) ces maisons ce sool celles de Porspoden, qui étaient alors habitées pir des Çillard. Plus tard ce manoir a appartenu aux Toalcoat, sieurs deQuillidien.

(2) Ce manoir était alors habité par YvesdeKermellec, sieur de Peoanquar.

(3) Ecuyer Pierre Menguy, seigneur de Pen?ern, etc., habitail alors ce maMÎr.

(4) En idée» Ftançoise de Hemerj, dame dudit lieu y mounn.

(5) Jean Parler ou Lesparler éUit seigneur de Kerallic, Roch-Honran, etc. Il mourut à Plestin, le 10 février 1603. Sa famille habitait, pendant la Ligue» les wof noirs de Keijan, Kerallic et d'autres maisons en Plufur ou Ploynérin. Cette diqper^ sion ds la famille était le résultat de diverses alliaaces.

guillenii (1% la maison de Rollaiid CillarJ et ronsoilg k Kei'scau,

)* Et pour avoir mémoire de ce que contient ce feuillet de papier tant de ce côtés qne'de Taultre part a esté la présente signé par uioy soussîgnant et recteur de Plestin.

eufflamPICIHC. »

Une nolCy eu quelques mots, que nous avons trouvée dans des archives étrangères à celles de Plestin, vient encore confirmer admirablement tout ce que nous venons de dire du sac de celle paroisse par les troupes du roi.

« Le troisiesme et le septiesme jourde juillet 1 590 ( nous copions litléralement ) futbruslée et ravagée la paroisse de Plesliii parceulx du party du roy. Signé Lectori : Tu dominum obsecres pro Luca, candide lector et de profundis exeat de ore iuo.»

Cbef& du p&rU du roi dans ce diocèM.

Avant de parler de Tinvasion de Lannion par les troupes du duc de Mercœur, nous ferons tout d*abord remarquer que les archives de la comiimnauté de ville ayant été, à plusieurs reprises, détniites pendant la Ligue, et n'ayant du reste rencontré ailleurs que des documents assez sommaires sur Thistoire de cette localité, durant cette crise politique, nous ne pourrons guère qu esquiss4?r, en gros traits et rapidement, la partie de noire travail qui aurait dti être la plus curieuse d*épisodes et de détails. En effet, ici la curiosité et Fintérêt augmentent en raison de rimf>orlance du théâtre de la guerre, mais^ nous tenons à le répéter, les documents allant au contraire en diminuant, cest tout au plus si nous pourrons révéler ensol)^ tança les principaux événements qui ont dû marquer cette tn-

gique période de Thistoire de I^annion. C'est ainsi, par exomple, qu'en constatant Tincendie de deux cents maisons dans la ville, à peine pourrons-nous désigner par son nom une seule des rues incendiées. Toutefois, quelque brefs que puissent être ces détails, peut-être, à raison de leur nouveauté, offriront-ils quelqu'intérét et, à ce titre, au moins, peut-être encore les croira-t-on dignes de quelque publicité.

Pendant la Ligue, le parti du roi avait, dans l'ancien diocèse de Tréguier, ou simultanément ou successivement, trois chefs principaux, à savoir : les seigneurs de Coatrédez, de Kergomar et de Kergrist.

Trois chartes différentes et toutes trois aussi bien sobres de détails, sont venues nous révéler les noms de ces trois seigneurs, avec leurs dignités. La première -concerne M. de Coatrédez et atteste que le roi ou la communauté de ville fournissait des munitions de guerre aux troupes de ce seigneur, durant la Ligue. Cette chaii.e étant, à plusieurs égards, importante, nous allons la copier textuellement.

« Michel Geay marchand demeurant en ceste ville de Lannyon cognoit avoir resçu de sieur Jan de (nom illisible) procureur ( maire ) esté l'an dernier des bourgeois et habitants du dict Lannyon la somme de neuf escus et tiers d'escu pour vingt et ouict livres de pouldre à raison de quatre réaies la livre que le dit Le Geay fournist aux gens de guerre des trouppes de Monseigneur de Coatrédez du commandement de M. le lieutenant de la court royale de Tréguier ( 1 ) et ce qu'il affirme ne sçavoir cscrire et prie P. Toudic de signer pour luy. »

La seconde charte regarde M. Claude de Kerguésay, haut et

[1] La cour royale de Tréguier avait été transférée à Lannion en 1576, i condition que cette cour gardât, après sa translation, son nom primitif. L'une des salles des Augustins, au Porchou, lui servit de premier auiiioire.

puissant seigneur de Kergoniar ( 1 ) Querniorvan (2), ïraoïi don (3), Cojlisac ( i) Kerfoufs (S), etc., et atteste que celui-ci commandait des iroupesà Lannion et ailleurs, durant b Ligue, (-elle même piëee [jrëcisé» aussi Tepoque a laquelle ce seigneur fut pourvu, au nom du roi, du gouvernement de Guingamp, après la prise de cette ville (juin 1791 ) par le prince de Bombes, fils du duc de Monlpensier.

Ënfm, une troisième charte, qui nous a été communiquée par M. Joseph Raison du Cleuziou, de Lannion, fait connaître le nom du troisième chef du parti du roi dans le pays de Lannion. Celte charte se composant de quelques lignes seulement, nous allons la copier intégralement :

« Sous le règne de Henri IV, Jonathas »'e Kergariou (6) qui épousa Marie de Kergrist, rendit des services signalés au roi, contre la Ligue ; il commandait des trou[>es dans le quartier de Lannion et avait le commandement du château de Coalfrech, en Ploubezre, où il avait bonne garnison et le roi sachant combien il était utile à son service, lui donna un brevet signé llenrL »

Mais entre ces trois principaux chefs des Royaulx^ dans nos contrées, nul doule que, pour prévenir les conflits depouvoii's et surtout pour donner de Funité aux oj^éi-ations militaires du parti, le roi n'eût désigné un généralissime, concentrant en sa personne l'autorité suprême à laquelle toutes les autres de-

tl] En Tré^éoy, à H. Bastion.

[3] A M. H.Allam*

[3] Aux BouloigD.

[A\ A li.Tanqueray,

[5j Eik Loguivy-le2-Laonioa.

[9] àTantde s'allier 4 ta maison cle Kergrial, oe Kergtriou était déjà seigneur da Kcreven ti Porsanparcp en Plounévet* Il est donc probtbic qu'il êlail originaire de celle paroisse.

Valent èlre siibordoimées. Pour noire compte, au aioîu&, ne voulons |uis croire que cette précaution si élémentaire stratégie ait échappé au génie et a 1 expérience niilitair^^ Henri IV. Bien «jue nous n'ayons doue pu recueillir à cet égard aucun renseignement certain, qu on nous |»ermette de pixidirirv ici en détail, au moins s*ous forme de conjectures, les pièces qui semblent adjuger une sorUï de préémîneac<» au seigneor de Kergomar.

Depuis la déchéance et la dissolution de la maison de Ijxu nion, celle de Kergomar était sans contredit la plus illoslreet la plus puissante de la ville et des alentoui^. C est ainsi qoadèi le milieu du seizième siècle, François de Lannion n était plM qu*un petit seigneur, habitant son petit manoir du G (en Brélé venez), payant des rentes féodales au seigneur (te b' Roche-Jagu et ayant simplement un tout modeste enfeu, dam une petite chapelle latérale de l'église de Brélévenez^ quand te Kergomar avaient, en fiermaneDcc, la capitainerie ( I ) ou le commandement de la ville de Lannion et faisaient, en retk qualité, encadrer leurs atomes et iniersignes de noblesse dans la maire vislre de leglise du Baly, au-dessus du grand^autd H un f*eu au-dessous des armes du roi.

Mais ponrf|uoi nous arrêter plus longtcmjtô à analyser i» charte que nous ne pouvons nous dispenser de copier iitlar»lement, tant la forme et Tobjet en sont remplis d'intérêt?

« s IDA| 1S82.

» Devant nous Jehan Kerivoal et Jacques GuiUouuotaireici tabelyons royaulx jurés reçues en la court royale de Tféfjéfft au siège de Lannyou sont comparues en leurs personnes k< nobles et aultres manants et habitants de cette ville cy^mprès

(I^L0 eb«riiiiltt«rQot (H>Uttque d'une tille s'«ppe(i 14 alors tutfil pllilne, gouverneur ou lieutcuaiu du roi.

lâi

nommés congréges et assemblés en la manière accoustmnée en la chapelle de M, Saincl-Nicolas{ ! ) en resglise du Baly au dîrt Lannyoïi [mnv teoîr leur congrégation et disposer des aflaîres communes de la dicte ville et ce ([uy concerne le faict politii|ue de la dicte ville sçavoir : M, Anîboine Le Bihan gou*verneur et administrateur des revenus d'icelle église du Baly, Pierres Jehu, iMichel Jorand et Lorant Calennec, marguilleurs et fabriques d'iscelle, et nobles gens Jehan LeDantec, sieur de Tromorgaiit, le sieur de Runabeler, Guillaume Le Deuf, sieur de Kernechyusiu, Guiliaunie de Kernechriou, sieur de Coictgelart, Jacques de Kersaliou, sieur de Kerarhant, Jehan Droniou (2), sieur de KeiToux, Yves Prigent, Cuille Fallégan , sieur de Kerdu, Jehan Lesormel, sieur de Chef du Pont, Jehan l*oul!arl, Holland Kerivoal, Jehan Le Foll, Charles Henry, Yves Carluer, AUaiu Terry, Louis do la Boessière et autres habilanïs. (3).

Lesqueulx et chacun deulx d'ugnc mesme voix et volonté sans contradiction de nulle représentalanl la plus saine êl

(1) Celle chapelle £tpji^rlenait alorf^ aui frér«s niiirchaiiils et mariniers de Liiii^ nion et ne Cfjnmiunic|uaU avec l'oglise du lîaly que par une jircjide, donnant sur \a grande nef. encore celle arcade 6Iail-elle Termée par une grille qui, elle aussM^ con- Iribuaîl 4 ifolerdu lieu saint les assemblées de la communauté de title.

[i| Ce Jean Dr^niou prit, le 18 mars 1600» Tadjudica lion des travatit de cuniM truciiuQ du quai aux attires, à Umnton.

[3] iM communauté de ville d'alors se compomit do la noblesse, des bourgeois et en, général de (eus les hat>itanU i|ui ii étaient pas cIassiss dans la catégorie des Tilams. On entendait par personnes viles tes hommes qui gagnaient leur vie itec iài Iravud de leurs bras» c'esl-à-dire ceumiut» nous nppeiuiu» aujourd'hui gOM é% bras ou mercenaires. A en juger («ar ces apparences, les libertés monicipales dV lors étaient fort larges, mais en réalité il n'en était rien, car tout était contrôlé oa réglé d'oltlce par le» parlements ou par le roi. En somme donc, li communauté de «ilAe n*avail guère d'autre poutoirque celui de donner dm atia É rauiûrltà iupériGure^ r|ui poutalt a loisir en tenir compte ou |iasser outre.

maire voix des dicts habitants tant pour eulx et leurs hoirs successeurs manants et habitants de la dicte ville donne et octroyé par ces présentes à noble et puissant Claude de Korguésay, seigneur de Kergomar, Quermorvan, Kerduhel du Traoudon, Coictisac, Kerfoues, etc., présant, stipulant et acceptant lui et les siens à perpétuité pour et en contemplai ion des plaisirs que reconnaissent avoir reçus eulx et leurs prédécesseurs et espèrent encore recepvoir du dict seigneur par avoir été de tout temps commandés de Tung des seigneurs de la maison de Kergomar comme capitaine de la ville et entendent encore estre en Tadvenir es affaires qui se présenteront, permission et pouvoir au dict seigneur de Kergomar d'apposer ses armes écussQns de ses armoiryes et intersignes de noblesse à sa volonté et discrétion en la maire vistre (1 ) d'icelle esglise et; laquelle vistre est à présant nue de tout écusson et armoyries fors d'un écusson du roy notre syre estant au hault d'iscelle vistre lequel demeurera en sa place de la forme qu'il est à présant pour représenter le fondateur sans toutefois préjfidicier aux écussons particuliers des dicts habitants en la dicte esglise et pour l'entretenement d'iscelle vistre en l'advenir le dict seigneur de Kergomar a baillé aux dicts procureurs d'iscelle esglise de vingt sols monnoisde perpétuelle rente dessus l'hypothèque exprès de la maison où demeure Nouel Cabatoux dans la rue menant du couvent du Porchou au four à ban du roy appelée la grande maison de Kergomar. (Cette maison était en face de la maison du Paraclet.)

De la prééminence dn Seigneur de Kergomar.

Les forces militaires dont disposait le seigneur de Kergomar, à l'époque de la Ligue, n'étaient pas, comme celles des autres

[1] On sait que ce pri?ilé^e était toujours réservé au seigneur souverain de la ocalité, lequel était aussi ordinairement haut justicier et fondateur de l'église.

Jigneui'5, ses coiti[uigaoi)s d'armes, reslreintes par drs limites ^terriloriales de seigneurie. La pubsaiiœde sa maisoUy née de la |)opularilé des Kergomar dans le pays et des iutiiiieset uucieuiies iiilelligeiicesde ceux-ci avec le roi, u'avait guère de limites fixes el bormk^s par des juridictions féodales* Aussi voyons-nous ce seigneur alimenter ses troupes avec les éléments les plus divei'sel parfois un peu bizarreë. Toutelois, «le toutes les recrues i|ni arrivaient de toutes parts pour fortifier les soldais (ju'il avait déjà sur pied la plus étrange mais aussi la plus puissante, ce fut celle que lui envoya la confrérie des texiers (tisserands) deBréléveuez. Certes, de prime-ahtu'd, l'on ^rail tenlé de croire que tous les frères de cette confrérie durent, dés le comtneneeruent de la IJgue, se croiser comme un seul liomme, pour sauvegarder la foi de Clovis sur le trône de France, mais il n'en fut rien. Celte confrérie, qui dès-lors luttait de puissance et de richesse avec les hauts et puissants seigneurs du temps, laissa aux Ligueurs le soin de défendre son ancienne fui el ses autels, et épousa, sous les ordres du seigneur de Kergomar, le parti du roi. L'abbé delà confrérie était alors un sieur Ville-Chupin, (jui, de texier, devint un vaillant capitaine. Le vingt-huitiètue jour d'octobre 1597, cet artisan qui avait quitté la navette, pour prendre 1 epée, trouva la mort au bourg de Plouuiilliau, avec douze ou treize de ses soldats, A uos yeux cette mort fut à la fois honorable et malheureuse, honorable ( 1 ) parce qu'avec une poignée de piétous( 150 hommes) ce brave texier ne craignait pas d'en venir aux mains avec le brigand de La Fontenelle, qui avait avec lui 300 cavaliers; malheureuse, parce que, s'il avait encore vécu quelques uiois, il aurait vu le rétablissement de la paix eten outre le roi l'aurait fait gentilhomme.

(1^ I/iibjyruUofi «Jc lirnri fV n\m\ tlannc à ta cau^ de OG cnpUaitif uti cumctèrc de IcgtUiuilc qu'on iioin^iit lui cotitc2»ku aui^tiid^anL

— 7ftft —

Mais pour justifier cette puissance presque fabuleuse d'une confrérie de tisserands, entrons ici dans quelques détaik.

La puissance militaire et Topulence de cette confrérie, qui donnèrent, dans ces temps, de Tombrage à plus d'un seigneur breveté par le roi, provenaient un peu de sa riche industrie et surtout d'un privilège plus riche encore qui lui avait été octroyé par la bonne duchesse Anne. En vertu de ce privilège, la confrérie prélevait un droit fixe sur toutes les toiles qui se vendaient à Lannion, pour le produit en être affecté aux besoins divers de la corporation. Entr'autres vestiges de cette faveur fiscale de la duchesse, nous avons encore la magnifique chapelle de la Trinité, en Téglise de Brélévenez. Certes, les chapelles de Cruguil, de la Ville-Neuve et du Launay, sont modestes, pauvres, et un peu même au-dessous de leurs sceaux et intersignes de noblesse, quand on les compare à cette chanpelle dont les fondateurs avaient pour armes la navette ( 1 ).

Mais, de peur qu'on nous accuse de prôner ici à l'excès le seigneur de Kergomar et ses texiers^ et de foire par contre-coup une sourde chasse contre d'autres seigneurs contemporains, hâtons-nous d'apporter encore ici avec nous nos preuves. Nous copions textuellement : « Confrairiede texiers (tisserands) par commission octroyée par la duchesse Anne avoit été fondé en la dicte esglise de Brélévenez la confrairie de la sainte Trinité et a icelle octroyé le droict de police sur toutes les totlles qui se vandaient dans là ville de Lannion pour estre les dites amandes qui proviendroient de la tarre des teilles converties et tournées au profilt de la dicte confrairie dans lesquels privilaiges elle a été maintenue par les roys successeurs de la dicte dame Reine mais conmie les paroyssiens du dict Brélé-

(1) L'on peutenoore voir aujourd'hui ces armes sur l'autel do la Trimlé> qui fc trouve dans ceUechapeUe.

— IkS —

venez auroîent été portés d'ambition et de jalousye de voir un si beau privilagge dans unêconfrairye si considérable ( 1 ) entre les mains des dictstexiers, etc.; et ailleurs » : « Le mardi vingt et ouictième jour d'octobre 1597 le sieur de la Fontenelle assisté d'environ 300 cavaliers vinst de Douar-an-enez au bourg de Ploemiliau pour defl'aire le capitaine dict Villè-Chupin (lequel Ton disoit est un texier) ests^nt des troupes du seigneur de Kergomar lequel Yille-^hupin estoit au dict boui^ assiste d'environ cent cinquante «hommes de pied qui y estoient venus pour contraindre les paroyssiens de paier ce qu'ils resrestoient debvoir pour les fortifications de Guingamp lequel capitaine de toile avec douze ou treize de ses soldats lurent tués et les aultres mis en route et fuicle légère qu'ils gagnèrent à grands pas, ut canis et nilo, comme un chien qui sort de l'eau....»

Mais ce qui surtout démontre que le seigneur de Kergomar fut véritablement le héros des Royaulx, dans nos contrées , c'est la conGance particulière que le roi lui témoigna en lui confiant en 1691 le commandement de Guingamp, après la prise de cette ville par le prince de Bombes. Pour faire capituler cette place forte, il ne fallut rien moins qu'une longue et désastreuse canonnade et toutes les forces concentrées du parti du roi dans le Léon, la Cornouaille etTréguier. La plupart des capitaines Royaulx qui commandaient des troupes dans ces contrées avaient pris part à ce siège. Le prince les avait tous

(1) La plupart de ces tisserands habitaient la banlieue de Lannîon, Crechianetel le quartier de Crecqueliicn, en Brélévenez. Au commencement du XVIIle siècle, cette confrérie était encore florissante, car ce fut à cette époque qu'elle dota T^lite de Brélévenez du magnifique autel que Ton toit encore aujourd'hui dans la chapelle de la Trioiié. Le tableau du rétable nous a paru d'un mérite assez rare dans nos contrées et le reste de l'autel est aussi à coup sûr d'une ornemedtation remarquable.

\usà l'œuvre; il put; par conséquent^ balancer et comparer en connaissance de cause les mérites et c est; sans doute, ce qui le déier mina adonner sa pi*éférence d'estime au seigneur de Kergomar, en le nommant gouverneur de la yille. Au moins, en cette circonstance, avo'uera-t-on avec nous, que la prééminence fut au seigneur Lannionnais ( 1 ).

EnOn, en 1597, les habitants de Lannion, mus sans doute parmi sentiment de reconnaissance et aussi par des sympathies dont nous avons déjà parlé» ionj, épuisés qu'ils fussent par les incendieS; les pillages et le Gsc exhorbitant de la crise qu'ils venaient de traverser, font encore dans leur détresse de riches présents au seigneur de Kergomar.

Ils laissent dans l'oubli tous les autres seigneui^ qui avaient avec lui défendu les intérêts du roi et de la ville et viennent offrir à leur généralissime de superbes étoffes, sans doute pour remplacer celles que les Ligueurs avaient enlevées, lorsqu'ils dévastèrentet incendièrent le manoir des Kergomar. Une délibération de la communauté de ville énumëre avec des détails assez curieux les dons que la ville offrit, en cette circocstance h son puissant protecteur et seigneur. Nous allons en copier le passage intéressant. « Sire Guillaume Saliou, procureur (maire) l'an présant des habitants de ceste ville de Lannyon sur certaines propositions à lui faites par partie des dicls habitants d'âbvoir resçu beaucoup de faveurs et courtoisies de Monsieur de Kergomar sans que jamais ils se soient mis en dèbvoir de

[1] La charte qui nous a fourni ces détails ajoute : La ville de Guîngamp fut prise par composition avec le prince de Domliesau mois de juin en Fan 1591» après plusieurs et terribles canonnades qu^eilc endura auparavant sa randilion et pour ol>vierau ravasge et pîllerie de la dicte ville les bourgeois et aultres habitantset réfu- ^ giés descelle paîèrent pour leur rançon quararante mille escussçavoir les bourgeois vingt et cinq et les resfogids quinze mille chacun escu valant 60 sols tournois montant ensemble â la bomme de six vingt mille livres tournois (ce qui représente environ 500,000 fr. de notre monnaie.)

7fi7

[jcognoisli'e pîiraukuii présaut ni aultreiuenl, Touloloisau- "roienl donné advisau dirt Saliou de s'infornior do tjueli[uo donioslique du dirt soigiiour ce i\nïl aurnit pour agréable <iu*oii Ini lu i>résanl que le dirt Saliou ayant dérouvert que Madame de Kergoaiar auroît donné en charge ;i quelque sien domestique de faire venir de Rouan la garuilurc de deux lilsh sravoir rideaux courlines et tappis avec le tappis de table bien beaux et lïonestes il conféra an dicl partie d^iceulx habilanLsqut furent d'abvisde faire venir les dictes garnitures h leurs coûts et clé{iens comme pour en faire don et présant aux dicts seigneur et dame avec les garnitures mesme genre de demie douzaine de taboureaux et quelques bel élolTes pour faire des habits aux deux petits fds des dicts seigneur et dame pour n'estre recoguues ingrats de recognoilre en partie riioimeurque iceulx habitants reçojpvent journellement de leur pari et |Kiur faire micu!x cognoitre le désir que les dicts habitants ont de toujours se maintenir en leurs bonnes grasces de fasçon que des lors le dicl Saliou au dicl nom prie Nouel Guiomarcli de cesle ville qui avait entrepris faire le voyage de Kouan de lui ajqiorîer la garnitt-re complelte d*uue chambre avec reslofié pour faire des habits aux dicts petits enfants et pour le remliourser du dernier déboui^à !*amplette au dicl Rouan etouUrecii faveur de porter les risques d'aller et de tetourner du dict pais vingt pour chacun cent comme il est fait mention par l'acte passe entre [Kl nies le dix-imitiëme juillet lIiU7, au moyen de quoi icelluy Guiomarcb auroit apporté les dictes étoffes et garnitures avec deux cbaj)caux blancs jH>ur les deux petits qui ont été pareillement vues et visités [>ar tes soussiguanls bourgeois,!»

Vêts la fin de la Ligue, M, Le tlualès, seigneur de Kerivon, obtint subrepticement des fabrices et du syndic de la ville, Tautorisation de faire encadrer ses armes dans la verrière la- 4juelle débouta le seigneur de ses prétentions bonoririqucs; ce-

lui-ci en appela au siège présidial de Rennes qui conGrma le* jugement et, enfin, de malveillants gentilsbommes exécutèrent ' le jugement, d'une manière un peu brutale. Dans une seule nuit, les armes du. seigneur furent brisées, son enfeu, situé dans le cancel ou grand cbœur, fut mutilé et son banc incendié dansTéglise même. D*où nous concluons qu'il n était pas si facile qu'on voudrait le faire croire^ d'usurper des prééminences honorifiques dans nos églises, durant le seizième siècle. Le tableau que nous faisons de la Ligue dans nos contrées est un peu noir et parfois même taché du sang innocent. Hais, nous le demandons à tout homme de bonne foi, qu'y pouvonsnous ajouter, qu'en pouvons-nous retrancher, quand nous ne faisons que copier les monuments contemporains les plus graves, les plus dignes de créance, quand, enfin, nous n^avons fait que reproduire des actes publics, restés sans démenti et rédigés dans les temps par le clergé ou par les communautés de ville et de paroisse (c'est-à-dire les conseils municipaux d'alors)?

Du reste, nous voulons bien croire que certains massacres, certains pillages pouvaient souvent faire horreur aux chefs; mais aussi nous permettra-t-on de penser que, plus d'une fois, ceux-ci étant à la merci d'une populace qu'ils ne pouvaient diriger, il leur fallait laisser celle-ci faire. D'autre part, n'est-il pas vrai que les excès et les violences d'un parti pouvait devenir, de la part de l'autre, le sujet de réactions horribles? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il nous reste encore plus d'un acte de férocité, plus d'un crime à publier sur la Ligue dans nos contrées. Les faits que nous allons raconter diront encore mieux que tout ce que nous avons déjà pu dire, si ces temps laissaient à nos ancêtres, de quelque parti qu'ils fussent, une seule consolation, au milieu de leurs maux. La misère, la dépopulation étaient au comble, la cruauté du soldat fabuleuse et, ce qui était plus

triste encore, s il est possible, c'ëlaient les déplorables syaipUj *

mes de langueur morale, d*épuisemeut et dedécoumgement

• que présenloit partoul lasociélé. Mais, pour juslifier ces alar-

riîianlcs peintures par des autorités plus graves que la nôtre,

liàlons-nous d'arriver aux cilalions.

b « Le Iroisièuie et le septième jours de juillet i 590 fut brûlée et ravagée la paroisse de l*leslin par ceulx du pariy du royet au réciproque le vingt et nn du dict mesme mois de juillet 1590 fust pareillemeut bruslée et ravagée la paroisse de Plouaret, Ploebezre et la ville de Lannyon par ceulx qui tenoient le parti du duc de Mercœur et de la Sainte-Union* ' » Le vingt-quatrième jour d'apvrtl 1396 sur lavesprée logea une compagnie de gens de guerre au Vieulx Marché Plouaret Lanvellec et Ploefurqui firent un très grand donunage et ruine es dites paroisses combien qu'ils n'y demeurèrent qu'une unit etalloicnt à Léon et Ton disoit qu'ils étoient plus de quatre ou cinq mille hommes de guerre estant sous l'autorité de M. de Sainl-Luc lieutenant général pour le roy en Bretagne (gouverneur) et le septième jour de may du dict an 1 396 ils retournèrent et logèrent au F'ontou, Ploeigneau et Ploegat Moysan et y restèrent quatre jours, faisant très-grands dommages, cruautés et tyrannies tant aux hommes que aux femmes et s'en allèrent à la Roche-Derrien et y séjournèrent jusqu'au 12 juin en suivant. Esta noter combien que la trêve dura entièrement pendant Tan i o96 néanmoins le plact pays et pauvres couimu* nés étoient si alUigés comme de para vaut fors seulement que |K)ur le regard de rançon de laquelle un chacun éloil exempt durant la trêve.

» Le jeudy 16 may 1596 auquel jour était la foire de raay au dict Lannyon arriva en la dicte ville environ 70 chevaux armés de la garnison du sieur de Fontenelle tenant pour lors son fort à Douar an énès qui tirent grand dommage et ruine uut

<n\ la ville que parloui où ils passaient combien que la Irèvc générale étoit en toute la France durant ce temps là.

c/ Le jour de T Ascension de notre seigneur 23 may 1 596 les espaignols reiournanls de Lanmeur et Château de Prîmel situé en Plougaznou étant venus de Blavet pour lever le siège du dîct Prîmel, assiégé par les Royaulx couroient les paroisses cîrconvoisinessçavoir Lanvellec Plœfur Plouaret Plouzelembre TreduderPlœnevez Loguivi Plœcroix et aultres et mesme ravagèrent les noblesses des dictes paroisses et prenoient tous les bestiaulxtant cavalines que bestes à cornes qu'ils pouvoient trouver. Le jeudy onzième jour de juillet 1596 ceulx de la garnison de Tonquédec vinrent courir les paroisse de Plœfur, fautte de leur fournir une taille qu'ils leur avoient demandé et à leur retour à Sainct Drien sétoit amassé grand nombre de paysans qui étoient pour lors sous les armes de peur de Tespaignol qui estoit à Primel tellement que les dicts soldats de Tonquédec furent dévalysés et deux d'iceulx tués. Aussi furent incontinant et sur le lieu tués trois hommes de Treduder près Pont ar Saoson en Goerdenoux en la paroisse de Lanvellec. »

Fisc de?ena exorbitant soos la Lis;ve.

«Durant les neuf ans que la guerre ci ville et troubles derniers ont duré et continué en France et en Bretagne on a paie

en cette paroisse de entailles, fouages et subsides la somme

de vingt et neuf mille livres monnoîes (ce que représente environ 80,000 francs de notre monnaie) rendus enîre les mains des procureurs syndics de la paroisse pour les randre et paier es villes, châteaux et places où se logeaient les gens de guerre pandant lesdit neuf ans sans comprendre les ranczons particulières, perte de biens, ravages ordinaires de bestail, bruslement de maisons fournissement de foing, paille, bled et

autres bien infinis IcUement que suivant ce compte on leuvoît au dieu., (paroisse aujourd'hui de 1,600 iunes)par chacun nioj s durant les dicts 9 ans près de cent escus ( chacun escu a 60 sols) l'un en portant l'autre. Or supplions tous en général Dieu omnipotant qu'il lui plaise chasser loin de nous une telle guerre et calamité si cruelle par sa très grande miséricorde a laquelle je me soubmetsle 24 apvril 1 597.»

Détails fv le sac de Lanaion en..* . par les espa8;nols.

« Supplique adressée au parlement par Guillaume Saliou procureur (maire) des habitants de Lannyon, le vingt-quatrième jour de juillet 1598.

» A nos seigneurs nos seigneurs de parlement.

» Supplient humblement les habitants de la ville de Lannyon remonstrant qu!au mespris et contemnement de la sauvegarde et exemption de tout logement de gens de guerre qu'il auroit plue au roy leur ociroyer en considération des grandes et insupportables pertes qu'ils auroient souflert en haine de leur persévérance en leur Gdélitté au service de Sa Majesté les capitaines Teanys, La Broustière, La Guiette Cambrigo et aultres conduisants bien ouict à neuf cents hommes auroient le lundy quatorzième jour d'apvril dernier avant la dizner entré forciblement par toutes les advenues en la dicte ville y logé leurs trouppes et séjourné jusques au vendredy en suyvant dixouictième du dict mois après la dizner vivant non seulement a discrétion mais y exerchant toutes les bostilittés et indignittés et insolances que jamais gens de guerre firent en ville ennemie emportée d'assault et exposée en leur mercy meurdrissant et tuant les personnes voire malades en leurs licts entre aultres feu le sieur de Tertrebaron les renchonnant et puis chassant de leurs maisons violant certaines filles, rompant les celliers et greniers pour en tirer les vins bleds et aultres mar--

rbandiscs et l)icns donl ils éloient pleins mesme d^aultaut que presque toute la noblesse de 1 evesché y avait randu la plus grande partie de leuj's commodités sous l'espoir qu'on eut fait estât delà dicte sauvegarde et qu'elle n'eut pas été violée brisant et bruslant les boisages voire les maisons bref réduit les dicts pauvres habitants en telle désolation que pour toute la guerre ils n'auroient pas esté en plus grande extrémité tellement qu'ils sont contraincts d'abandonner la dicte ville à leur totalle ruyne ei au très-grand préjudice perte et interest de Sa Majesté et de ses subjets d'aultant que c'est l'un des bons havres de tous pays ce considéré vous plaise a nos seigneurs appoincter enquette d'office de ce que dessus et a cest effect décerner commission au premier de vous trouvé sur les lieux juges des juridictions de Tréguier Morlaix Lammeur etSt-Brieuc pour la dicte enquette faicteet rapportée devant vous pourvoir aux dicts pauvres suppliants et ils prieront Dieu pour votre prospérité et considération. G. Salliou procureur des habitants de Lannyon. »

En 1607, écuyer Michel de I^ Vallée, sieur du dit lien, lieutenant-général de Monseigneur le duc de Sully et grand voyer de Bretagne, excepté pour la voirie de l'évêché de Rennes, vint à Lannion pour dresser les plans et devis d'une restauration que réclamait l'état d'imminente ruinedu pont de Sainte-Anne. En cette circonstance, le syndic voulant décharger la ville des frais de cette réparation sur le roi, produisit au grand voyer de Bretagne un budget qui tout en constatant que dès lors le boni était impitoyablement proscrit de la comptabilité municipale de cette cité, donne aussi quelques particularités sur le passage et le séjour des espagnols à Lannion. Après un préambule un peu moins fastidieux et plus court que ceux de la plupart des rapports et procès-verbaux d'alors , nous y lisons les passages qui suivent : « A l'occasion que la ville auroit été brûlée jusques

au nombre de deux cents maisons par tes espaignols qui fai soit plus du tiers de la dicte ville et a ce moyen leurs tiltres perdus lors du dîct brusiement tellement qu'ils auroient discontinué de lever de certains deniers qui se prenoient sur certaines marchandises et ailleurs : lesquels deniers ils auraient employés partie pour leur conservation ayant fait quelques deffances à leur port du dict havre pour le service du roy pendant les guerres Tautre partie pour la réfection d'une partie du dict quay (aux arbres.)

D« t'iUt ûu étidei et4«t Ittirtf, dans TâAOlai dio^t» de Tréfiler, dQ ten|>i

de II Ugie*

Un modeste prêtre de village, dans une cpîgramme bien aiguisée, aussi vive que juste et à coup sûr d'une élégante versification, vient à la fin du seizième siècle nous offrir en substance rhisloire de la Ligue, dans nos contrées-

Iflpftiiiai il» Miio Lacai , presbytero in torfOi mlMtes edltu hoc luo IIH.

Impius his annis ad se trahit omnia miles, Sed nisi quod reperit non tameri ille rapiL Non lupus est hodierno tempore milite pejor Non lupus atque leo nec férus ullus aper. Corpora dilanrat multorum christicolarum Hic quoque divitias cripit omnigenas.

Carcere nunc flammis, tormentîs flagîtiis que Britones omnes belliger excructat.

Sed Deus omnipotens à nobis pelleret ista Crimina si vellet plangere quisque sua.

Horrida cùm fuerint (ut fertur ) magnaque bella Proxima tune nobis pax sine lile foret. Tu Dominum obsecres pro Luca, candide lectar^ Et de profundis exeat ore tuo.

— 75ft —

BplgrMUBe filte 6A 1594, par AlUIn Lbdu, prttré, nr lat fèneit loliatiiasM

temps.

« Dans ces temps malheureux, tout devient la proie d'une soldatesque impitoyable; elle n epai^ne que ce que ses mains avides ne peuvent découvrir. Le stfidat d'aujourd'hui ne le cède en^cruauté ni au loup, ni au lion, ni au sanglier altéré de sang. Il déchire, comme une proie, les corps de mille chrétiens, après les avoir dépouillés de toutes leurs richesses. La prison, les flammes, les tortures, le déshonneur, l'homme de guerre n'oublie rien pour tourmenter nos bretons.

3 La main du Tout-Puissant éloignerait de nous ces fléaux, si chacun voulait pleurer ses crimes. Aux horreurs d'une guerre désastreuse nous verrions bientôt succéder les douceurs d'une profonde paix.

3 Lucas (auteur de ces vers) vous demande une prière, ô bon lecteur 1 que vos lèvres, pour lui, murmurent un De Pro-

Page 1