‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 45 sur 46 · DANIEL, VICAIRE · texte numérisé non relu

DANIEL, VICAIRE

Camp de Péraii^ jirès Saint-Brieue.

Oiiinion sur son origine.

Un monument d'une nature |>Eirtlculière, qui se rattache Il Tari de la guerre, existe dans les environs de St-Brieuc, plus complet qu'en aucun autre lieu du continent ; nous voulons parler de Tenceinte ou camp de Péran, Certes, si quelque monument de cette nature peut nous offrir un vif intérêt, c*est celui dont nous pailons, parce qu'il est le seul connu en France dans un ^ussi bon état de conservation, et parce qu'il se trouve a nos portes.

Il existe dans notre vieille province plusieurs enceintes attribuées aux romains, comme c'était de mode, il y a quelques années ; mais on nen connaît pas d'autre dont les murailles soient formées de scories ou de parties vitrifiées par l'action d'un feu violent et continu, de manière à ne former qu'une masse compacte: procédé barbare, mais ingénieux, d offrir une grande résistance à la faux du temps et aux efforts de l'ennemi.

Mais, ici encore, nous retombons dans l'obscur et le mystérieux ; à quelle époque et par qui cette enceinte a-tHjlle été formée? Rien ne le dit ; on est réduit aux conjectures et aux probabilités ; c'est encore une énigme.

Nous ne donnerons pas ici la description de ce camp vitrMé: elle a été faite avec tous les développements désirable» dans le mémoire de M, Geslîn de Boulogne, inséré aux annales de li société archéologique des Côtes-du-Nord (1846). Il en ressort qu'il domine la vallée de rUrne ; qu'il est de forme presque ovale, ayant 134 mètres à son grand axe, et 1 10 au petit. Ce camp a deux enceintes conœntriquas, formées dmcune par on parapevet un fossé ; le rempart intéiieur qui eel te fkï8 élevée

a seul subi i*action du feu, ce qui en établit le trait caractéristique.

Depuis longtemps Tenceinte de Péran était connue. MM. Rioust de 1* Argentaie et le Court de la Villethassez Tavaient signalé au monde savant, et M. Bachelot de la Pylaie, vingt ans plui^lard, en fit ressortir tout Tintérèt, enétablissant des points de comparaison avec les débris recueillis à Sainte-Suzanne (Itfayenne), qui indiquent une enceinte identique, aujourd'hui détruite.

Les.can)ps romains (-Castra Stati va), avaient Clément, on lésait, des remparts garnis de palissades et de larges fossés; souvent aussi établis sur des plateaux élevés ou à la jonction de deux rivières, ils n'avaient pas de forme invariable, car l'aire du terrain en était le régulateur, mais on ne voit nulle part, dans ces camps, l'action du feu pour consolider les remparts qui sont de simples gazonnages. Il faut donc voir dans l'enceinte de Péran, l'œuvre des indigènes. Ici cependant ae présente une difficulté. Comment se fait-il alors, qu'il ne se trouve pas d'enceintes d's^près le même système, sur d'autres points de la Bretagne? Il n'en existe pas de connues, quoique M. SauUay ait signalé deux camps en Plévin, ayant quelque analogie avec celui de Péran. H en existe encore, avons-nous entendu dire, deux autres, de forme également circulaire, l'im aux environs de Plémet (Côtes-du-Nord), et l'autre, aux environs de Huëlgoat (Finistère). Ce dernier, est connu sous le nom de camp d'Àrthus. Mais rien, jusqu'à ce jour, ne nous dit que, sous les terrassements de ces remparts, H e&istat, comme à Péran, une forte muraille en pierres unies par l'action du feu.

Deux camps, appartenant à ce genre de construction, existeraient à Strongberget à Lobau ( Allemagne), selon une communication faite à M. Barthélémy.

Quant à celui qui nous occupe^ et dont le syslcme est le môme que les châteaux de verre, en Ecosse, il nous parait de- Toir son origine à quelque tribu Picte, anciens habitants de l'Ecosse ^ éniigrée et fixée sur notre sol, où elle aura apporté ses usages et ses habitudes de Caslramétation.

Dès Tannée 296. puis en 359, coiîinieucërent des irruptions de Pietés et de Saxons, nonimcsSoixonges, dans la vieille chronique de Si-Denis. Les bretons civilisés de Tîle émigrèrent en foule, pour éviter les cruautés de ces barbares, et vinrent naturellement chercher un asile dans FArmorike, où ils trouvaient la même langue et les mêmes mœurs. Des tribus Pietés, plus tard, chassées à leur tour, par lesScolts, ont pu aborder sur les grèves de Million, reoionter la vallée et établir sur la hauteur on camp, d'après leur système, tout en laissant dans la partie basse, la population émigrée, encore payenne, à la Ville-Payan, nom que conserve une terre de la vallée.

Les châteaux de Verre, en Ecosse, ont, en effet, la plus grande n*ssembiance avec notre camp. D'après M, John Williams qui, en 1778, publia un mémoire a leur sujet, « toussont consn truitssur des hauteurs dominant les vallées, leur forme est » un ovale plus ou mofns allongé ; ils ont une ou deux encein- » tes et une enceinte additionnelle plus ou moins grande 8er- X» vaut a renfermer les troupeaux. On y trouve généralement 1» deux puits. On les reconnaît difficilement, parce que les rem- ^ parts sont recouverts d'une épaisse couche de terre et de » bruyères. Les murs sont formés d'un gros verre poir mêlé de » pierres calcinées. »

N'est-CvC point une description de notre campT et, en regardant attentivement, n'y trouve-t-oi pas dans la lande, au sud, la trace visible de rcnceinle réservée aux troupeaux?

Les plus remarquables des forts, cités par M. Williams, sont situés, un sur la montagne KnockfariU dans le Rosschire ; un

sur la moatagne de Graicbg-Phardrick k deux lieues dlnverness ( Ce dernier a deux enceintes vitrifiées ) , un à Castle-Finlay, à Dun-Evan et, dans le comté d'Ângus, celui de (ùastle Hill Qffînaven.

Gettç multiplicité de châteaux de scories, en Ecosse, indique assez une nature de fortification nationale dans le nord de

riie.

On a cherché, en décomposant le nom de Péran, a trouver quelques lumières sur l'origine du camp; mais les chercheurs d*étymol(^es forcées, on dû y renoncer, car il est probable que le nom de ce hameau, que plusieurs personnes portent en Bretagne, en est indépendant et ne date que de peu de siècles. Les Gallo Romains ont plus tard occupé cette enceinte qui était un point stratégique bien situé, on y a trouvé des traces incontestables de leur séjour. La pièce de fausse monnaie (Germanicus), trouvée àPéran, ne nous parait pas prouver qu'elle y ait été faite, mais simplement apportée et perdue par quelque soldat, comme cela est souvent arrivé pour d'autres objets qui ont inutilement mis à la torture l'esprit des savants.

Le chemin d'Erquy à Àhès, qui passe non loin de Péran, est encore nommé par corruption chemin d'Ohès. Il conduisait de la mer au point le plus important de la Basse-Bretagne ; mais il n'est pas commandé par le camp. On lui donne aussi le nom de chemin Nomi, qui pourrait bien être un souvenir de Noëmène ou Nominoe, qui en aurait été sinon let fondateur, du moins le restaurateur, ce qui ne devrait pas surprendre de ce grand roi si jaloux de son autorité et de l'unité bretonne.

Quoiqu'il en soit, notre pays doit se féliciter de posséder^ à 19 kilomètres de Saint-Brieuc, un des monuments les plus curieux qui soient en France. Et si, comme on le dit, M. le correspondant du ministre pour la conservation des monuments

il le faire classer, il a rend

pays el à la science.

Il véritable Olivier LE GALL

service aa

(Extrait d*uue notice sur l^ëran. )

Descripllon hisloriquc de quelques aulcls

Api^trtendnt m T, lU*. Xir\ X?r 011 XIX' siècles.

H l* Antel de Sainte fienefièn, à S&i&t*Bletkel*eji*Grè7e ;

^ 2* Antel de Saint Sanéy à Plouiané (dlocéjede Saint Fol- deléoo) ;

I a* Aatel da XIV' siècle à Plufiir.

H Daiii» la restauration d'une église ou de tout autre liatinieul B religieux, il n'est pas rare de voir répudier, mutiler, détruire même un inomunent en pierre ou en bois, sous le seul prétexte qu'il alîecte une forme antique et peu en analogie avec les capricieuses et souvent ridicules modes du temps. En vain ce monument, couvert de moulures et de sculptures séculaires ou d*auties insignes religieux ou profanes, oppose i maints vandales restaurateurs ses richesses archilectoniques et historiques, dès le moment qu'il est de notoriété publique que son origine se perd dans la nuit des temps, il ne saurait échapper à la destruction; son procès est fait d'avance, jugé contre lui et jugé sans appel. Celte sorte de vandalisme est à nos yeux d'autant plus coupable, quelle a une parfaite analogie avec une autî*e qui, ne jiouvant s attaquer aux monuments eux-mêmes, fM>ur les détruire, travestit et altère si bien l'histoire du culte auquel ceux-ci sont alFectés, qu elle ne laisse souvent aux annales de notre foi, ni forme ni fond de vérité, (kii, la solidarité entre ces deux adversaires de la vérité reUgieuse, est iucontestable, et la seule différence, eu toute circonslaïue, q»il soit jK)ssible de trouver entreux, c'est cell^qni existe eiUrr*

celui qui dénature la vérité et celui qui détruit les monuments ^r lesquels cette vérité s'appuie ou qui pourraient être utiles pour la rétablir. Et, en effet, en présence d'un scepticisme historique et philosophique, qui voudrait tout ébranler dans les croyances religieuses et qui demande bien haut qu'on lui justifie ces croyances par des preuves analc^es à celle dont onse sert pour démontrer une vérité mathématique , n'est-il pas vrai qu'une antiquité monumentale et historique puisse par* fois être utile pour concilier au principe catholique l'adhésion de certains esprits? Oui, disons-le sans détour, il y a des esprits qui demandent, à tort sans doute, mais qui n'en demandent pas moins à voir, à palper même la vérité, pour y adhérer. Eh ! bien, ne serait-ce qu'en faveur de ces hommes, il nous semble qu'il faudrait sauver, recueillir avec respect, grouper en faisceaux ou lier conmie les divers anneaux d'une longue chalnCt dans um ordre chronolc^que, quand il est possible, les monun^ents innombrables, qui, dans la longue succession des fiièdes, témoignent si unanimement comme autant de témoins irrécusables de l'origine et de l'autorité divines de notre foi. Enfin» pour laisser encore à l'artiste intelligent et habile et à Tarcbitecte maçon ou picquoteurde pierres qui voudront marcher ensemble dans la voie de régénération où viennent d'entrer les arts, pour laisser à ceux- ci, dis-je, quelques types antiques, seuls dignes de leur servir de modèles, qu'on nous permette de mettre une sorte d'insistance à demander grâce pour les derniers débris des anciennes antiquités monumentales qui couvraient jadis notre sol .

Certes, ce préambule est un peu long, mais, on l'avouera sans difficulté, nous en avions un peu besoin, pour aller, à propos d'une description historique d'autels, exhumer des cimetières et des fondations de nos églises, des pierres que le mépris le plus dédaigneux y avait enterrées et dont tous les efforts seront

^^lupiiissantâ sans Joute pour i^habililerla mémoire. QuoHiu*il

^■^1 soit, nous en feroQS toujoui-s l'essai.

^P^ Au fond de cette anse que bordent les cotes un peu nues et arides, de Trédrez, de Saint-Efflaiii, et de Loquirec, un i>eu au-dessus de cette baie sablonneuse (]ue baignent tour h tour une mer tantôt d'azur tantôt bouleuse et nombre de ruisseaux aux eaux bleues et limpides, h environ deux kilomètres de Roc'h-Allaz, sur ce sol où le barde Gwenchian ( I ) mau<lit tant de fois jadis les progrès du Christianisme naissant dans noscon* trées, là même où ce faux prophète^ lutlant contre la prédication évangëlique, avec autant de violencequedeprésompïueuse confiance, promettait aux plus féroces doctrines du druidisme rëlernelle possession de Tavenir, là, dans une ancienne et modeste chapelle, isolée au milieu d*un champ (2) se trouve le plus ancien autel que nous connaissions dans nos contrées (3 ). Celte chapelle c'est celle de Sainte Geneviève, dans la pa*roisse de Saint-Michcl-en-Grève, L'autel, adossé au pignon oriental^ se compose d'une table en granité grossièrement œuvrëey supportée, en face, par deux colonuettes a piédestaux et chapiteaux romains et reposant par derrière sur deux pierres brutes affectant la forme et faisant lofTice de modilions ou cor* belets. Le vandalisme restaurateur ou autre qui a détruit ail-

(1) Gwenchtan vrvail entre RocVt]atta7.« le Pors-Guen et Mt^nez-Itrû» et c*êxl <fe ce pays qu'il enfoyaît à nos pères ses tiaineuses menaces el aies saoglanU» mêlédicijons; ces menaces et ces malédiclîons étaient en irers!>rcton«, GnVgoire dcHo»treneti dit les avoir f uescn 1701. à t'abbayede l^ndévenec» entre les main!» de dum Louis Le Pelletier.

Vayei aussi : Chanti populaires de la Brftngnc, tome I, |Kiges iOO-l(^.

(3) Ce champ est une dépendance d'une ferme voisine, appartenant à M. fluon, maire à tannion.

(3) M , pour Unir de prendre possession, au nom du ChriM, de (oui ce terrain, a fait dernicremcnl ériger une croix sur ta pointe de Hoc h- Al la/. C^sX encore un démenti de plus donne aux prédictions de Owencldun.

leurs tant d'autres monuments religieux^ s est d*abord borné à recouvrir celui-ci de force couches de peintures et de marbrures, puis a fini plus tard par le voiler derrière une caisse en bois sculptée dans le style de la plupart de celles que la renaissance a introduiies dans nos sanctuaires. En vain donc Ton chercherait aujourd'hui dans cette chapelle la trace d'un monument roman, en vain franchirait^'On mênie là grille si grotesque et si intéressante du cancel pour voir de plus près tous les meubles du sanctuaire, si Ton ne soulève la boiserie dont nous venons de parler, on ne verra, que le plus banal des autels.

II resterait maintenant à discuter Tâge de ce mcmament. Certes, la discussion à cet égard n'a pas besoui d'être longue, car il nous semble qu'il serait bien difficile de nous prouver que nous ne serons pas dans le vrai, quand nous rapporterons à ta un du XII^ siècle la construction primitive de cet autd.Et cependant, peut-être voudra-t-on lui contester celte antiquité; mais quelque concluante que puisse être en apparence l'argumentation qu'on nous opposerait à cet égard, cela nenousempèchera pas de continuer à affirmer, qu'à moins de tirer à notre monument son caractère roman de transition ou autre, h précision de l'époque à laquelle nous rapportons son origine se trouvera toujours justiliée. On nous dira peut-être que les chapiteaux ne sont pas engorgés; nous répondrons que ceux du rond-point de la nef de Brélévenez ne le sont pas davantage. On nous répliquera qu'il n'y a ni feuilles retournées en volutes ni autre ; mais à Brélévenez les chapiteaux nus et les chapiteaux ornés se trouvent côte a côte dans un rond-poiut bâti d'un seul jet; évidemment donc, ou l'autel de Sainte Geneviève appartient à la période romane de notre architecture, ou l'église de Brélévenez n'a, elle non plus, aucune parenté avec cette même architecture.

Mais, quand nousOxons au XII^ siècle l'origine de ce monu-

ment, est-ce à dire qu'il Jaille pour c^la resiroiudre dans les iiuiites Gxes de ce temps ce ty[ïe d*autcl? Certes nous n eu croyons rien : bien au conlraii'e, nous pensons (juece monument que Qous venons de décrire^ à part ses formes un j)eu plus correctes et uu peu plus gracieuses, nest (]u'une copie de ces premiers autels, sur lesquels nos premiers missionnaires célébrèrent jadis le saint sacrilice, quand le Cbristianisme encore au l>erceau venait de prendre |»ossc?sion de nos contrées. Mais, de peur que certains esprits qui ont la prélentioti d'être plus fortsque Icsaulrcs, parce qu'ils nient beaucoup devérîliîs, ne prennent pour une simple conjecture notre allirmation àcei égard, nous allons donner ici^ d'après le bréviaire de Léon, la description de Fautcl sur lequel Saint Saué, premier apôtre et patron de la paroisse de IMousané, y célébra vers Tan 450 sa première messe. « En une extrémité du cimetière de Plousané se voit une grande croix en pierre, toute d'une pièce et au-devant d'ieelle une pierre d*autel sur quatre pilastres île gj'aiii et Ton tient par tradition que c'est Faulei sur le<|uel Saint Sané célébra sa première messe après la conversion de ce peuple, *

Nous ne disons rien du réiable de lautelde Sainte Gem^viève, parce que nous n en avons trouvé aucune trace et surtout parce que nous ne devions pas en trouver, attendu que les autels de ces tenq^ élaient simplement surmontés d*une croix en pierre, sans aucune autre sorte de décoration.

Durant le XIÏI^ siècle ou peut-<Mro seulement au commencement du XiV«, apparait un autre type d*autel |4us riche et se ressentant un peu de Timagerie des derniers temjisdu moyenâge. Le coffre est un massif cubique en granité^ au centre duquel, en face, se trouve Técusson du fondateur, encadré dans un trèlle à quatre feuilles. La table de pierre a sa tranche décorée d'élégantes moulures et est surmontée u'un bas-relief ea granité, l'eprésenlant des scènes de la bible ou de rhistoîre ec-

clésiaslique. Ces bâs-reliefs, qui vinrent alors donner une sainte animation à nos autels, étaient souvent peints et parfois enrichis d'éclatantes dorures. Nous en avons visité un à Plufur, qui, bien que depuis longtemps enfoui dans les fondations de l'église, porte encore les traces de cette sorte de bariolage.

Mais rétrange et la bizarre conlradiction ! Eh quoi ! les modernes plufuriens renient assez les plus respectables traditions de leurs ancêtres, renient assez le sens commun, pour aller enterrer dans les fondations d'une sorte de grange qu'ils appellent leur église, un monument religieux que leurs pères couvraient d'or et élevaient à si juste titre sur leur maltre-autel ! Certes, si cette irrévérence est blessante pour les arts, elle l'est encore davantage pour la mémoire des anciens bienfaiteurs de réglisedePlufur.

Mais pour familiariser davantage le lecteur avec cette sorte de rétables et surtout pour en justifier l'antiquité, nous allons entrer à ce sujet dans quelques détails. Le rétable de Plafur a environ deux mètres quarante centimètres de longueur sur quarante centimètres de hauteur. Au centre on voyait jadis une croix dont il ne reste aujourd'hui que quelques traces que l'œil nu a de la peine à reconnaître. L'acte de vandalisme qui détruisit la plus respectable scène de ce bas-relief trouve son explication dans les archives de la fabrique, car celles-ci attestent que ce sujet avait été mutilé dans le dix-septième siècle pour donner une plus ample place au premier tabernacle en bois que la renaissance vint adosser, sur Tautel, à l'antique et vénérable rétable en pierre. Mais cette mutilation, toute coupable qu'elle pût être, n'était que le prélude d'une irrévérence plus coupable encore, à savoir: celle que nous avons déjà signalée et qui plus tard relégua le rétable dans les fondations de la nouvelle église.

La, du côté droit de la place de l'ancienne croix se voit en-

coreayjourd'Ilui radoration des mages dans un narfaiiélalde conservaliou et d'un assez heureux effet» L'aiiiste, il est vrai, a fort peu tenu compte des anciennes modes orientales pour habiller ses monarques, mais la naïve et convenante liberté que se donne l'un de ces rois, en venant par derrière, prendre l'enfatu Ji^sus dans ses bras de dessus les genoux delà sainte viei^e, nous semble pleine Ue foi et de bonheur. Du colé gauche se trouve la résurrection, scène qui va nous caractériser répoque de l'origine du monument. Notre seigneur pai'att sor- 4ir d'un tombeau garni d*une grille en pierre percée d*ogives trilobées. Le sauveurmontreles douloureux stigmates du mystère des cinq plaies à deux pei*sonnages dont Tun à genoux et les mains jointes semble Tadorer et implorer sa divine miséricorde. Quant à lautre, nous avons été tenté, à la vue de son froc, d'y reconnaître un religieux du Paraclet, venu là, lui aussi^ payer au saint rédempteur le juste tribut d'hommages qu'il lui devait pour les riches biens que possédait son ordre dans la paroisse de Plufur. Les moulures qui encadraient jadis ces sujets ont souffert nombre de mutilations ; mais, à en juger par les vestiges qui en restent encore, cet encadrement n a jamais eu la moindre parenté avec les ornements prismatiques de la période flamboyante. Que si maintenant nous rapprochons ces moulures des arcatures trilobées que nous avons déjà décrites, il nous semble que par ce rapprochement nous aurons assez justifié l'antiquité que nous avons tout d'abord attribuée au rétable de Flufur aussi bien que nous croirons avoir démontré, un peu peut-être contre les données précédentes de la science, que non-seulement la renaissance, mais encore les deux dernières périodes de Farchitecture gothique ont eu, elles aussi, leurs retables historiés, pour la décoration des autels, dans nos contrées. Après cet exemple de rétable de la période rayonnante, qu est-il besoin que nous décrivions ici

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