LES LUTTES DE BÉGARD
Connaissez-vous les luttes bretonnes, ces jeux homériques qui, chez nous, peut-être, datent de plus loin encore que chez les Grecs, ces frères cadets des Celtes, mais qui y ont manqué de poëtes et d'historiens pour y constater leur antique origine î Ce qu'on sait, c'est que, de temps immémorial, les Bretons furent deslutteurs renommés ; et, loi-squ'aux réjouissances du Champdu-Drap-d*Or, sous François 1er, laFrancedûtcéderlapalmede la lutte à l'Angleterre, on regretta vivement de n'avoir pas eu a lui opposer des fils de l'Armorique, qui, dit l'histoire contemporaine, ne connaissent pas de rivaux dans la gymnastique. Nos ducs l'encourageaient, et les comptes de leurs trésoriers mentionnent sans cesse des sommes données à des lutteurs. Nos cultivateurs, de leur côté, n'ont jamais négligé ce moyen national d'entretenir et d'augmenter leur force corporelle. Peu leur importa toujours de s'éclairer: à quoi bon vos lumières, disaientils? Ce sont des muscles et des reins qu'il nous faut ! voilà notre capital !
Mais, hélas ! cesouvenir des jeux olympiques dont il ne restait de vestiges qu'en Bretagne, va également y disparaître , les lultesy deviennent chaque jour plus rares. Ilàtons-nous donc d'y assister pendant qu'on en voit encore.
Un roulement de tiimbour s'est fait entendre, notre factotum rommunal, s'élançant au milieu de Tarène, a crié lout-h-coup liç ! Uç ! (place ! place ! ) et s'est mis à brandir son fouci avec for-
ce pour écarter la foule, courant, jurant, frappant, meurtrissant une joue à celui-ci, arrachant presque un œil à celui-là> sans que personne ait rien à dire ; car c'est un droit reconna aux constables des luttes bretonnes . Le nôtre a choisi^ comme aide, un joyeux tailleur qui se sert d'une arme également consacrée par l'usage et non moins efficace que la sienne pour forcer les spectateurs à former régulièrement le cercle : c'est une po^e à fri-c re qu'il frotte, aux éclats de rire de l'assemblée, contre tout curieux qui rtmpt l'alignement et veut empiéter sur l'arène» ayant soin, pour noircir son monde avec plus d'impartialité, de rabattre son chapeausur ses yeux ; c'est unegrotesque variété du bandeau grec de<ïliémis^ Vous voyez ici les lutteurs dans quatre situations principale3>> Xprsque l'enceinjtea été libre et que la curiosité publique, suffisamment irritée par l'ombre de combatsque se sontlivréscesenfants, placés maintenant, comme h un amphithéâtre, surles arbres voisins, les véritables lutteurs, les héros de la fête ont commencé à paraître. Plus pudiques que les Grecs qui luttaient entièrement i^tus, ils sont vêtus de leur bragou et d'une chemise qui doit les serrer assez pour que leur adversaire y trouve le moins de prise possible. Leur longue et gênante chevelure s'attache en faiscçi^ sur le derrière de ta tête avec une grossière tresse de paille : l'un dçs athlètes, déjà sansjFu- , penetles pieds nus, reçoitàgenouxce complément de sa toilette. Il est entouré des juges du camp, lutteurs émérites, que l'âge a mis hors de combat, mais qui, reconnus comme dépositaires des bonnes traditions, donnent à leurs successeurs des conseils respectueusement écoutés, et décident, sans appel, dans quel cas la lutte est loyale et la victoire non équivoque. Cespt*cparatifs terminés, un champion s'approche de l'arbre qui, "suivant l'annonce de' la fête, porte -des prix, comme un pommier des pommes. Cet arbre S'abaisse devant lui et il choisit un gage; puis, avec cette audace du regard, du geste et de la' voix, qui distingue l'aristocratie musculaire, il fait lentement le tour de
renceinte^ appelant, défiant un rival. S'il ne s en trouve pas dont le bras se sente assez vigoureux el les genoux assez fermes pour accepter le déû, après le troisième tour, le gage est acquis àcelatteur redoutable qui, sans combat, remporte ainsi la victoire. S'il s'en trouve un, au contraire, cesecondchampionsort des rangs, et, touchant le premier à 1 épaule, lau'ête dans sa marche présomptueuse, ou bien, agitant de loin son chapeau y lui apprend, dans les termes d'usage, que le prix lui sera dispaté4*Âujoard*hui, que les lutteurs sont plus rares, ils s'associent quelquefois pour se partager lesgages, sans se les disputer; alors le vainqueur n'a pas même couru la chance de combattre etn*aété quelle fondé de pouvoir d'une association fraudulçuseraent commerciale : ce sont là des lutteurs et des Bretons dégénérés.
' Une cëWmonie touchante précède le combat : les deux adversaires^'s'avançant l'un contre l'autre d'un air religieux, font le signe de la croix, se frappent dans la main, s'embrassent et se jurent Qu'ils resteront amis après comme avant le combat ; qu'ils sont chrétiens et n'ont eu recours à aucune herbe enchantée (louzou) ni à ces pactes avec le diable, grâce auxquels la force d'un cheval ou d'un taureau l'abandonne tout-à-coup pour passer dans te corps d'un lutteur.
Certains, alors, qu'ils combattront à conditions égales, ils prennent une attitude académique, se saisissent lentement et s'enlacent en se passant réciproquement la main droite sur l'épaule gauche et la main gauche sur le flanc droit ; puis, les jambes écartées, et, tels que deux béliers, le front collé l'un contre l'autre, tantôt ils se poussent avec une force qui se neut^ise et les rends immobiles ; tantôt ils s'allongent ou se rapetissent, se replient en avant ou en arrière, tournoient ou bondissent toutà-coup ccHmne un seul homme.
Mais par dégrésils s'animent, s'étreignent vigoureusement el
font craquer leurs chemises en lambeaux : à la ruse, à Tadeesse, ont succédé la violence et la colère , et le plus faible , étourdi , haletant, épuise, n*a plus qu'une ressource pour éviter une défaite certaine, celle de tomber sur le côté. BU kéilamm t4ivient soudainles gars de $on village. — Lamm éo\ horlentde leur^eôte les partisans de'son adversaire. EolEol — nan ! non ! Et le tumulte devient effroyable. Les spectateurs se précipitent, tous les rangs se confondent, le cercle n existe plu&r mais le fouet et la poêleà frire viennent rétablir l'ordre : on seheurte, on se cul-^ bute, on se remet en place, et les juges du camp déclarent,r qu'en effet, il y a eiu eoêtinn^ c'est-àHiire^ que le vaincu n'élaiit pas tombé à plat sur le dos, le saut n'a pas été franc, comme l'exige la charte des lutteurs^ et que l'épreuve doit donc recommencer. .
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LES POVLPIQVM'S.
Il existe à Questembert , dans le département du Morbihan , une antiquité celtique curieuse et peut-être unique par sa disposition; c'est un groupe de quatre énormes tombçUes, élevées chacune d'environ dix-huit à vingt pieds. Ces tumulus , liés en" tr'eux jusqu'à la moitié de leur hauteur , sont probablement le^ pyramides funéraires de quelques amis ou des membres d'un^ même famille , puisque chez nos vieux aïeux le montissel étai^ la tombe des personnages dont on voulait honorer la mémoire. Ge quadruple monument porte; dans la contrée, le ûom de Château des Poulpiquets, par la raison, disent les habitants du pays , qu'on voit ces gnomes en sortir tous les soiris à la nuit et y rentrer le lendemain à l'aurore.
Le8 Poulpiquels, les Boléguéans ^ les Corîghets , tous èlres de* la mâme forme, et de la même faroille sont des génies champe- *r«^, amateurs des terriers et des lieux solitaires, des pygmëcs ou farilidets malicieux , des drusii qui tracassent les hommes et Bt^ i-^iinplaiseut à leur faire des farces. La taille de ces petits ciyens est haute de quelques pouces; leur letea la^TOSseur d'une Orange. Les uns sont tout velus, les autres n'ont de poils que les c'bea»tix, ceux-ci naissent enlièrement chauves, ceux-là vienit au monde avec le menton gai-ni d'une l>arlje de Ijouc ; c'est ne v:mété d'espèces extraordinaire, inlînie. Si i*on s en raprie à la tradition , ces nabots voient les générations se renoueler, l^s empires Unir , les siècles se succéder , et eux sont immuatdement toujours les mêmes, puisqu'on alïirme qu'ils ne meurent point. Ce n'est pourtant pas le goût exquis des aliments, la recherche des mets, leur cuisine, enfm, qui leur doime cette ODgcvité devant laquelle nous passons comme des ombres : ils lie se nourrissent que de racines H de charbons ; et, certes, c^ n'est pas de la friandise. Mais, s'ils n'ont pas la i)assion de la taUe* un autre penchant lef gouverne : ont les ditoutrément voluptueux. Les satyres de la mythologie païenne ne poussaient plus loin rimpudicité. Semblables aux hibous, lespoulpiiÇuets ne se montrent que pendant les ténèbres ; alors ils s'astablent, rôdent dans les campagnes, dansent autour des monuments druidiques, folâtrent, se roulent, jouent à toutes sortes de jetix. A l'approche de l'aurore, ces esprits follets s'éclipsenl et rentrent sous terre avec le gnome du cabaliste et la
tanpe.
Sciuvent ces manuousets tendent à Ihonnne des embûches -ji'îl paie de sa vie. Leur piège favl^ri était jadis de beaux écus i^ ufs, qu'ils exposaient en *les lieux apparentes, m\i^ prétexte «le U*s faille sécher au soleil. Le malheureux qui osait y loucher élaitsur-le-chami» frappt'^ de mort. Mais le hasard, qui a fait
HLpas
découvrir tant de secrets , apprit aux campagnards à maîtriser ce piège diabolique. Un paysan , le rusé du village , vit un jour dans son champ un de ces trésors étalé sur le chaume : connaissant le danger qu'on courait en s' approchant de cet appas, il lui vint à l'idée d'essayer sur un chat la force du péril, et saisie-' sant un vieux matou , il le jeta de loin sur le tas de monnaie: l'animal tomba raide à la minute; mais le laboureur vit au même instant les écuSi perdre leur éblouissante lumière éfefreprendredl^clat ordinaire de l'argent. Ce brusque changement, qui dénotait la destruction du charme, enhardit notre homme, et lui fit pousser la témérité jusqu'à prendre du bout des doigts quelques-unes de ces. belles pièces blanches; n'en ressentant nulle douleur, il lès emporta toutes, et fit^nsi sa fortune et celle de. ses enfants. On recc^nut alors que Fargent.ijips poulpiquçts ne^faisait expirer que le premier être qui le touchait, et qu'ensiji^te il perdait son influence morte^e, ppur në^.plus q.u'un métal bienfaisant. Dès-lors, quand on trouvait dïes écus de poulpiquets, on s'en saisissait sansda^er , après leur avoir sacrifié un chien^un chat ou toui^ autre animal^omestiqne ; mais les n^bo^ s'aperçurent quefle spcretdjç leur piège étai^ connu ; et, depuis ce moment, ils n'ont .plus exposé leur argent à la cupidité de l'homme^ , .
On raconte, dans les campagnes des environs de Vannes, une foule d'anecdotes traditionnelles sur ^oes fameux marmousets.
Un médecin, allant au milieu de la nuit donner ses soins à un malade, trouva sur son chemin une bande de pôtilpiqudts dansant autour d'un men-hir ; les grions se saisirent de lui , et le firent tourner avec une telle rapidité, que bientôt le disciple d'Esculape , perdant la respiration, tomba sur la place, où les nabots l'abandonnèrent en poussant de longs éclats de rire.
Un poulpi(iuet , employé comme domestique chez un laboureur de Saint-Nolf , rentrait à toutes les heui'es de la nuit, ce
qui obligeait laiservante à se lever àchaque instant pour lui ouvrir la porte ; C0ll0-ci €mt par s'impati6nter.d&ce train de vie qui dérangeait son sommeil^et jeta uqsoir l'importun dans une marmîte d*eaa bouillante. Le lendemain , dès Taurore le pygméel'étrangla.i , .;v .:. >• • *
Un autre cultivateur avait un boléguéan pour tacher : ce pâtre, en revenant des champs, ne manquait jamais d*aller s'asseoir srfr les cendrès^de Fâtre de iStfti maître pour s'y chauffer ; mais un jour que ciB» «cendres Couvraient dés ckarbonsardents, le malheureux nain se brûla'ie derfière,et, dans sa colère, cassaia vaisselle, étouffa lacnisinière et fit crouler la cheminée.
Enfiif; onraébnte Fanecdote d'une boléguéanne, qui substitua un jour son propre enfant à céliït d'une paj^nne de Saint" Nolf. La superdierie se fit si adroitement que tout le m6nde s'y méprit; la mère elle-mêmd*n6' se douta point 'de l'échange. CcpeiidâLÎit, au bout de qu^quëè années,* cette paîivre femme se prit à se "désoler de voir '(jiië son bambin restait toujours le méme'c^ ne griSdissait point. Le petit boléguéan, qui savait font, jôtrait' fort bieâ^on rôle pour qu'on ne pût le reconnaître; maisuïisfe^ir* fraude quelque ob|€it, 11 s'écfîa, se croyant seul : J'ai cent ans, et jeVai jamais 'Vu pareille choSe! Cette exclamation fut entendue et le trahit; On allait le livrer à la mort, lorsque la boléguéanne sa mère, instruitede cette affaire, vint réclamer sen' marmot/ s'offrant de rendre celui qu'elle avait dérobé. L'échange se fit à l'instant même. La paysanne reipifSÔn véritableenfant , qui n'avait mangé que des racines et du charbon pendant quatre années d'absence, et qui; pourtant était gros et gras comme un moine euvherbe.
C'est avec :ces histoires^;de poulpiquants , de corighets , de l)olbiguAiidets,-que les Bas-Bretons alimentent leurs conversa^ tions et charment les soirées d'hiver.
VÉRUSMOR.
ROSCOFF. — Ses cultures iQaraie^è);j2$«
La ville de Roscoff, arrondissement de Morlaix (Finistère), de3,SttO à 3,600 habitants, n'était autrefois connue que par son commerce interlope de salaisons , bois du Nord , eau5:-devie, genièvre, tabac, céréales, etc. Son port, avan&geusement situé, servait d'entrepôt spécial pour les relations et left^ échanges de la contrée avec TAngleterre, la Suède, la Russie, le Danemark, etc., etc. i
Aujourd'hui, la grande industrie déà habitants de Roscoff est dans la culture mai^ichère, qui y est pratiquée avec un admirable succès. Primitivement (il y a deux siècfes), les Roscovites ne cultivaient que des oignons, mais des oignons qui jouissaient d'une tâlë réputation, qu'ils s'expoi;taient en Hollande, en Allemagne, en Suède et en Russie. Aujourd'hui, les Roscovites embrassent toutes les cultures maraîchères avec le môme suœès.
Les terres à céréales sont peu abondantes ; les terres maraîchères sont généralement des terres artificielles, ou, comme on dit à Roscoff, des terres faites de pierre, au moyen de goémon-varech, de sable de râlais de mer et de fumier.
Le goémon y est employé avec le plus grand succès comme amendement et stimulant; il maintient dans les terres une humidité avantageuse, h raison des matières salines 1|ue renferment les débris do mollusques et de vers marins qui s'y Irouvenl mêlés.
Le sable de mer sert d agent mécanique de division pour les terres deyenues trop compactes^ trop denses et trop dures.
Les fumiers sont très recherchés, mais peu abondants et suffisants, ce qui oblige les Roscovites à employer une plus grande Gpanti^ de goëibon et de sable de nîér dont leurs terres se trouvent très-bien, mais qu'ils ne se procurent souvent qu'au péril de leur vie.
Les terres de Roscoff sont labourées à la bêche et sarclées aTecleplus grand soin. Elles sont très, divisées; léS' plus forts maraîchers cultiTent de 3 à 4 hectares^ mais la plupart n^ont que 50 aires. En général, dans les petites et moyennes cultures^la famftlèf travaille seule; mais, danâ les^randes cultures maraichères, <:^lles de 4 à 5 hectares^ la famille, suivant les saisons et les trdvaux, prend un, deux, trois, quatre journaliers, et plus s'il est nécessaire.
On cultive et récolte!, sur le même terrain, troià 'à quatre espèces de légumes dans la mênie année : ainsi i ' des oignohs; 2- des carottes; 3- des? fanais, et 4* des chouXjfleiirS'brocolis gui se vendent pendaèîf le carême et durenît quatre mois. On les distingue deéf'^Mioux-fleurs propretneilt ctits qui viennent en mai et durent jus4u**n juillet, et ceux d'automne qui commencent en septembre et durent jusqu'à Noël.
Pour obtenir ces quatre récoltes, on sème en février des oignons, qu'on repique en avril, pour les récolter à la fin d'août; dans l'intervalle, on sème les panais qu'on arrache en octobre et qu'on remplace par du plan de brocolis qui a été semé en mars ; ce sont ces brocolis qui fleurissent en janvier et qu'on •mécolle les premiers en février.
Outre ces légumes, les jardiniers de RpscofT cultivent encore, avec le même succès, les échalottes, les poireaux, les asperges, les aulx, les carottes, les choux de toute espèce, les artichauts,
les pommes de terre, etc. Les artiphants y réussissent à merveille, et l'on voit souvent des pieds donner 2$ et 30 artichauts de là plus grande beauté.
La culture des choux a pris le plus grand développement de- Jpuis^'quel^es aimées. Il s'en exporte plus" de 3,000 Vbitores par an dans le département des Côtes-du-Nord, du Finistère, du Morbihan, et l'on cite même à ce"^ujet une culture de 25 ares de choux-pommes faite par M. Craignons en 1836, qu*il vendit 1,400'fp. au marché kfe Saint-Renan. • ^
Il y a vm^àhs, les jardiriieft'de Roscoff allaient eux-mêmes à Morlaix, et quelquefois à Brest, avec 4ine charge, ^ quelquefois^* mais rarement, dent charges de cheval ; màfaitenant chacun a une ou plusieurs Voitures : aussi les Roscovites ne se bornent plus à Morlaix ou à Brest ; ils vont, fls envoient au loin ; ils expédient ou portent eux-mêmes leurs légumes à Nantes, à Angers, à Rennes^, à Saint-Malo, à Paris, etc., etc. ; enfin, en Angleterre et jusqu'en Russie.
Le cosmopolitisme des Roscovites est tel aujourd'hui, qu'on voit des enfants de jardihiers de douze à quatorze ans partil^ seuls avec ieur voiture de légumels de première saiton pour Rennes otfpour Anger, où ils réalîâent de très beaux bénéfices, malgré les frais qu'entraîne la longueur, tandis que d'autres vont à Paris soutenir -avec avantage la concurrence avec nos premiers maraîchers, et que quelques-uns, plus hardis, plus entreprenants encore, ne craignent pas de noliser et de charger des barques de pêcheurs sur lesquels ils se hasardent par les plus sombres nuits de l'hiver à traverser la Manche» pour porter à Plymouth, à Douvres, à Londres et jusqu'en Hollande, des produits trop abondants chez eux, qui leur sont achetés, à leur arrivée, avec une rapidité et un succès tout-à-fait encourageants.
Une culture aussi habile, aussi bien dirigée et aussi produc-
liTeque edie des marais de Roscoil'a dû nëcossairemenl faire clever la valeur des terres ; en effet, ces terres, qui, il y a vingt ans, lie pouvaient se vendre plus de 1 ,200 à 1 ,500 fr. riiectare depremièrequaiiléj valent aujourdlnii de 3000 a 3, 500 f. Quant *• ï' vileurlocative, elle est de 200 a 250 Ii% Hiectare, landiii est à peine de moitié pour les terres à céréales, qui ne pourraient jamais supporter et payer une rente aussi élevée» • Cette valeur, qu'on élève à raison des produits que rendent leslerres, est beaucoup trop forte pour h| plupart des jardiniers, qui sont généralement peu aisés, se donnent beaucoup de mal et ont bien de la peine a élever leur famille. II est cepenil^t remarqual>le que les maraîchers Roscovi tes tiennent us à leur pays, malgré la vie péiiiblc qu'ils y mènent et malgré le succès de ceux qui ont porté leur industrie ailleurs.
On compte à Roscoff de 900 à i ,000 maraîchers dont environ 50 maîtres mai aîchers.
Dans tottte bonne culture, on estime qu il faut un homme par heiUire pour que la terre à légumes soit bien travaillée ; car c'est rhonime qui fait la terre^ dit avec raison le Roscovite, eltel n'a que 4 hectares de terre aux(juels il fait annuellement pliisqué ne produiraient 10 hectares qu'il ne pourrait travailler .S4!uld*une manière convenable et avantageuse.
Les principaux jardiniers de RoscofT^ ceux qui cultivent le mieux el qui sont considères comme les plus habiles, sont M5I, Olivier Séité, François-Marie Tanguy, les frères Allain, îphCraignon, Henri Olivier, les Daniélou, les Créach, OlirierPéron, François Jacob, Yves Quémène, Postée, Quéo, Jean
lapalain.
Quelques-uns de ces jardiniers, tout en cultivant leurs terres par eux et leur famille, font le commerce des légumes qu'ils achètent de leurs confrères el qu*ils portent au Hàvi^e,
à Rouen et à Paris : c'est ainsi que nous avons vu Henri Olivier lui-même, maraîcher auquel la Société rtfyald d'horticulture a décerné une médaille, apporte^* sur le carreau des halles, en février, mars et avril, des choux-fleurs et des artidbauts nouveaux, quand nos maraîchers les plus habiles n'en ponvaient fournir que de Tarrière-saison. •
L'horticulture, ainsi que je l'ai dit en commençant, est pra-^ tiquée à Roscoff depuis longtemps, de père en fils. Aujour^ d'hui, les jeuiles Roscovites, rentrés dans leur famille afprès avoir fait leur temps de service militaire, se remettent avec empressement au travail de la culture maraiahère, etMivmat ils y apportent des améliorations, fruit de leurs obserràtions dans les pays qu'ils ont parcourus.
HÉRICART DE TURY.