LES TYPOGRAPHES BRETONS
Pendant les Xy% XVP et XVII* Siècles.
Livres noQTeanx, Livres vida et anticques. . ^ (Etienne Dolet).
Lorsque Guttembcrg eut inventé rimprimerie, et dit, après pieu : que la lumière Mi ! cette admirable invention se répandit graduellement dans le reste de TBurope. Le roi Louis \I lui-même, U qui une des premières bibles imprimées fut offerte, encouragea oetle découverte qui devait plus tard, avoir de si féconds résultats , et fivorisa haatemoot son introduction, et ses progrès en France.
Tout nous porte U croire que las premiers imprimeurs étaient nomades ; ils voyageaient .jYCc leur attirail de presse ^ bras , de fleurons , de vignettes et de lettres mobiles en bois
Koits Dédierons, 3l l'uppui do eene opinion , d'autre argument qiiu celui- ci : à ùea\ ou trcvis \ Û9 disUQC45^ OQ *oil ka noms des mt**nios jmprimimrs lîgwer sur des livrai diUTé- 9, imprimés au nord et au nudi* Apr^s avoir séjourna quelque lomps dans une ville i ) tluispûrtaiânt leurs pt^Daics dans une autre.
, fuî put décourager sur leur route, ces apôtres lerveats du progrès ; uî les clameurs I écriviins-enlaïuiueur^rubricateurs f que cette uouvcl le industrie reiidajt inutiles; I persécutions inévitables et syslématiques des ennemis jurés des innovations et de 'l^dlAulOQ des lumières. Funeste engeance pour plus dun génie dont elle a comprimé él qui se recrutait alors, comme aujourd'hui, parmi (es esprits étroits et
Ile» I
'fist aUnsi que 1 iiii[»rimerie , comme la liberté » a fait le tour de TEurope !
Strasbourg, oii Ciultembergdemeuni,ïes élèves, en Vcurt d'impressiont seiépandiitdans IVstet dans l'ouest <ïe ta France. L'Armorique, si remariuable par ses gloiitalrei,a'M iTrcpreuantctflcr, accneîïlit avec enthousiasme les i»reinicr.
ftllciii i ce qui eiplîque la quantité dlmprimerieâ que Ton vit surgir
,ue en même temps de dilTérens points de la Bretagne, dans de grajidcs et petites et même dans de chétives bourgades. L.c clergé lui-même suivit Fimpulston gêné' kct s«ooiida le« courageut elforts des novateurs» Uienl^l le grincement des pressas t»oK fît retentir les voûtes silencieuses des vieux cloîtres de Bréhanl-Loudéac, do Unifègutt^, de Saint-François de Morlaiv» etc.
Ud b6«u travail li faire, aérait d*écrire lliistoire dtrintraduction de llmprimerie en
îiMM»; de raconter les teuUitives parfoii infrucltieuscs, b persévérance de ses coura-i Cmuteptes; hommes sobres .t;t infatigables, doués de la patience caractéristique des indf,dc la foi naïvedu moyen-Âge, dont Térudition polif^hUe doit causer de Téton^ t h plus d*uo professeur de Chinoig ou de Tartarc-Mantckou^ grassement payé au oiQ^ de France.
INMir ûous, nous n'avttns pas la prétention dYdevcr ce monument : celte tâche, auteusdâitos forces, exigerait le savoir d'uu bénédictin, la plume élégante et spiri* Mle^lo ce bon et regretté Ch. ffodler, les connaissances bibliographiques de Gustave fcwif T<»fiouâ «omaies occupés depuis longtemps de réunir, dans chacune de«
ûtti. vioee* qui composaient Taneienne France, des notions sur les diverses
pklMidelllft typographique et lœ premiers Imprimeurs de chaque localité. C'est le *^ni6deees notes que nous livrons ît la publicité. Peut-être le lecteur îlra-l-li a?ec f^<h|iB iatérûl des faits peu connus ou disséminés dans des bîhlîoihéques, dont le prix ■*Wptsioeessîb1e à toutes les fortunes*
taioommeDoefORS par la province de Bretagne.
ALoDdéac (CÔtes-du-Nord), florissaienl en 1484, deux niaiêtrea m l'art dHmpres-
'^eooime on disait alors : Ils se nommaient Jehan Crez et Kohio Foucquet. lis publiè-
>m CDlenibJe : les loys deë Trépassée , par Alain Chartier « poète bayeusain et favori
4«Chaii(« VII. — Le Bréviaire des NobieB, — l'Oraison dêFierre ffesson^ — /a PaUencu
é^GHnlidii^ — U Songe de la Puceitet — la supplication à N.-i)., faite par >H, Pierre
, officier du duc d^ Bourqognf, Jean 1er , — le Tràpasêcmcnt de N.-D.
Robin Foucqufl et JchuD Crcz se sépartTeni on 1-ftti, et eeliti-ci s*établitnon loin de lîi, U Lantenac, uu il imprima lo Docitinal iksnoiweUes wuLriées. On voit sar.le dcr* nier feuillet son écusson allégorique et cette tubrique : Cy finist le Doctrinal des nouvetrles mariées, mprimé à Lantenacle Y octobre MCCCC quatre-vingt-onze; Jehan Çrez,
En 1484 a le 26e jour de mars devaut Pasqucs, » Pierre Belle EsGulée et Jwse, Imprimaient ^ RENNES les Cou8lmM$du4uché<UBreUû(fne, (l'Alain Boucbart ((onnat lalà). Elles furent réimprimées en 14^ par Robin. Eoiicquel, et Jeban Grès, li JUradéac. Le livre n'a ni ponctuation, jri virgules, ni folios,'Oomme les incunables allomp^
En 1485, un imprimeur de Rennes, dont nous avons oublié le nom, imprimiJrle PÙhrc« en /rancsoj^ (formai in-4*, petits caractères gothiques). -
II existe, au nombre des ouvrages déposés h Thôtel-de-vllle de Moriaix, un volume recueilli par les soins de M. le secrétaire de la mairie, au milieu de quelques bouquins délaissés.
Le titre manque ^ c% volume, de format fn-16, imprimé en caractères gDtbiijots, portant majuscules et lettrines au vermillon, faites ou retouchées li la main après llmpression ; il c'est pas folioté. Des ais de chénè, recouverts en veau, portant gaufhire, garantissent les plats : le dos est )i nervures. On voit sur la eouverture, la place oh se trouvait Tagraphe ciselée. • , .t . / . , -.
Une note imprimée au bas d'une des dernières page#et dont ogpa donnons copicu^l. foi que Touvrage a paru h Tréguier, en 1485 (environ 4$ ans aprèt Tinvention de Im- , primerie) : Timprîmeur n'y a mis que les initiales de son nom.
Ici finissent les costuines o les constitucions establissemens de Bretaingne corrigées et adiustees deucrs plusieurs leaulx et ' bons exemplaires. Imprimées en ta cité de
LantreguerparJo. P^LelIIIelOrdeiung. '• t,.*
LandegruGemilIIlIcIIIIxxefV. «
Deo gracias. . -. . - .
On peut voir, k la bibliothèque de QUIMPER, le Çatholicon fhmçaiSyi^rcitpo <9f, lalio, de maître Auffret Quoatquevran, chanoine de Trégi^er. Il a été imprimé, h TRÉGUIER, en 1499, le 5 novembre, par Jehan, Galvez.^ll comnience par une préface latine, finit par un avis en /ran(;at<, suivi de trois vers bretons. G'est un volume in-folio, petit papier, de 210 pages d'impression, avec des signatures depuis A jusquli RIIII.
N'oublions pas de mentionner un imprimeur breton qui {a fait preuve de talent et d«. goût dans sa profession. Son amour, pour l'art typographique et son perfectionnement^ lui fit abandonner son pays pour s'établir à Paris, rue de la Bucherie. Son nom est Yves Quillevère; il naquit auprès de Saint-Pol-de-Léon. Il publia ^ Paris, en 1530, une espèce de mystère tragique, en vers bretons, sur la Passion et Résurrection Hc J.~C., !e Trépas de la Ste-Yierge, la Vie de VHomme, etc.
Dans la seconde moitié du 15e siècle, uaqnit dans le petit^bourg de GoIlinée~(arrondis-
sèment dé Loudéac, (G6tC8-du-Nord), iiii enfant qui devait plus lard immortaliser son nom, en publiant les œuvres impérissables des plus grands génies de Tantiquité. Nous avons nommé Simon dit de Coltnée ifude Cotines,
Aprèt avoir travaillé k Brehanl-Loudéac, chez' Robin f oucquet et Jehan Crez, il s*acbemina vers Paris. Il travailla cbet la veuve de Henri Estienne, premier de ce nom, et imprimeur ikvori dehançois 1er. Sa douceur et son talent plurent k la veuve Estienne, et bieolM après ils se marièrent. GoUnée adopta pour poinfon eette devise emblématiqaeiVirtuê htmcadem rHundiL Quelquefois, on voit sur ces ftentispieea, trois lapins ou eontft. Cost ranagrame de son nom et en quelque sorte ses armdries parlantes.
La Caille, dans son Histoire as Vlmprimerie (page 92), cite un quatrain qui prouve reiithoasiasaequ*escital*imprimeur breton dans Tunlversi té de Paris: -
c ' hiter tôt nôrunt libres qui ettdere très sunt Insignes; languet coetera turba famé :« Castigat Slqkhauus, sculpsit Colinsus ; utrumque ^
Gryphiuf edoçta n^te manu que fedt,
Nous avons entesda des bibliophiles distingués, tels que feu Charles Nodier, faire réloge des éditions sorties des presses de cet imprimeur. Rien n*y manque : pureté; typograpUi|ae, force et soaptésse du papier, beauté des caractères. Les livres de théologie eldeJvrispnideDcèqu^iirpiibba ad uaum ênholanm soni inierligtiés, c*est-2i-<lire qu'il i on eqace vide entre chaque ligné, de manière que les escholiirsûè eette époque l j intercaler les commentaires du docte professeur.
Ce Bode dimprimer avec du Uane, fipiitavec le XVI siècle. On y renonça, soit que les étudiants moine laborieux que oeux de 1.184 eussent perdu le goût de Tannotation, soit qie Ton eût préféré séparer le texte du commentaire.
On croit que Simon de Golinée a^ le premier, iAtroduit en Franche Timpression en candèies iîaliquftt, iMilée depuis longtemps ^ Venise et dans toute Tltalie. Les incuna- Ueg antérieurs h GoUnée, ^nt effectivement imprimés en caractères de forme bâtarde qni se rapprochent plus ou moins du gothique angulaire.
Le premier ibéoédaire illustré est dùli Simon de Gélinée. Cest le Grammatographia, an voinmed^Bne Jolie exécution typogtephlque, qui présente U Tceil d'énormes majuscules. On emploie encore dans les écoles 'mutuelles, des cartes U peu près semblables hcelles-ci, qui parurent en 1533 pour la première fois, et furent souvent réimprimées depuis.
Soii travail le plus important et le* plus remarquable, est le Nouveau Testament Grec (i5S»,fn-«-)
Il mourut en 1547, rue Saint-Jacques U Paris, et fût enterré dans l'église Sainl-Benott.
Plusieurs imprimeurs bretons ont composé des ouvrages. On peut citer Yves Quillevhe de Léon, Guimar de Nantes, et Julien Vatarde Rennes. Celui-ci a laissé un livre dans Ur gpnre des DtMerlations lithurgiques de l'abbé Thiers. Il est curieux U consulter sous le rapport de la lithurgic ; c'est une notice sur le? ProceMion» de régUse et de leur anti-
— sa —
quité (Paris 1725, in-12). Casi ce même Vatar qui a publié le Dictionnaire Français Celtique, d'un capucin breton, Grégoire de Roatrencn (Remes 1732^ in-4*). Ce glossaire, peu recherché aujourd'hui, n'offre guère d'intéresssant que la nomeaclalure curieuse de tous les ouvrages bretons queèe bon père a consultés pour le composer. Il serait bien difficile pour ne pas dire impossible» de réunir aujourd*buî tpus ces précieux monuments, tant ^s sont devenus rares.
Un^u avant la fin du 15e siède, VANNES avait un imprimeur. Il se nommait François Rennes de Biilbnm, et y imprima, en 1480, un Breûiarium ^ l'usage du clergé de Bretagne. (Voyes les ArmaUs NatUaises^ par Guimar. imprimeur-auteur, vol. in-8*, aa 111 de la Rép.)
Ce fut en 1403, le XV avril, qu'Estienne Larofaer, demauramt ^ MNIES^m laruêdet Carmes prè» les C^onges^publia, sous un titre baroque, un livre fort rare que nous avons vu en 1841 chez M. Duverger à Nantes : les iuneUes des princes de JéhoA MesehinoU Un exemplaire sur vélin a été vendu lUD francs b la vente da duc de La Vallière. Le 1er feuillet de la 2e partie porte à son recto une vignette sur bois et sur son verso le titre solvant :
SensuyverU XXV ballades composées par un gentilhomme^ nommé J^ian ITescMM (né à Nantes et mort en 1509).
Nous avons vu, chez M. Victor Aubry, bibliophile Dina'nnais,un fort prédeox Manwdè ad usum ecdesiœ Briocensis, Ce volume, en caractères gothiques noirs et rougee, doit avoir été imprimé en 1505. Voici, en effet^ ee qu*onUt dans une note explicative do ta* bleau des fêles mobiles, placé ^]àùu du.^lendrier : St est assavoir q potar ran, pÊ^4!inq cents six cent pour le tiom^ d^or mXp etc. Ce qui nona porte h croire quHai été imprimé en Bretagne, c'est que dans les bouts de lignes on voit plosieurs bermhies alternées «veo des flenrs de lys.
Le frontispice porte la marque distinctive d*nn imprimeur ou d'un libraire. Il ealgni- \é sur bois et représente un aigle tenant dans ses serres un blason sur leqod se détache \v. monogramme M. R.
Au-dessous de Técusson sont trois personnages : le principal, veto d'une robe semée d hermines, la tète coiffée d'un chaperon, entourée d'une auréole, nous paraît être le bienheureux Saint Yves, né comme on sait auprès de Tréguier :
Sanctus Yvo Advocatus scdnon latro
Erat Brito. Rcs miranda populo.
A gauche, un homme agenouillé lui présente un manuscrit. Ne serait-ce pas le libraire, mettant son ouvrage sous fa protection vénérée de Tavocat canonisé? Adroite, un homme du peuple, portant les cheveux longs des anciens bretons, fouille )i son escar. celle et en tire une pièce d'argent.
A la partie supérieure de la vignette, on lit dans un cartouche : Spes nostra in Domttio, et à la partie inférieure les noms du libraire ou imprimeur : Uichel Auger -* Richart Eogerie. •
Ao-deiBoas se troa¥6 rindicatioD suivaute : . . *
Qui en vaudra avoir an en trouoera était Brieuau portail de la grani église dudit liêv.
Vu la difficulté des routes et des communicatioiis de lu* Bretagne, à cette époque, avec les autres provinces, ne doit-ôn pas penser que oe livre, qui se vendait un prix minime, a été imprimé dans eette province, soit k Tréguler, soit )i Loudéac?
Une imprimerie s'établit li Morlaix, pent-étré avaàt 1500^ mais bien certainement dans les premières années du XVIe siècle. V . Hiorcec de Kerdanet, qui a exercé avee distinction remploi de bibliothécaire de la ville de Reiines, nous a montré un curieux exemplaire imprimé dans le couvent des capucins de Saint-François, près Morlaix, en IMO. Cest un livre de dévotion ascétique sur la Vie et la mort, écrit en langue bretonne. Puisque uous parlons delà langue bretonne, bouj devops faire mention du Cathéchismedê Bellarminy m brefon (format in-li), publié en 1628, à Morlaix, par le célèbre Gcsoi^ Alliènne,aui avait aussi une boutique à Qoimper-Cîorentin et une à Rouen. Il mM pris pour ewigne : Au palmier couronné»
Guillaume Quicquer on Quiqnler, lexicographe habile, né h Roseoff près SaintrPol-delioavftt Imprimer cbea lui son Dietiatmaire et CoUoquee français breton divises en 3 fartiez augmenles de moiUé de douxê traiter non encore imprimer et du laUn carresponàoM m français H brelan par kfHjMsme.
n teA appliqué )t conserver rateieone ortographa celtique dans cet ouvrage, dont M. tliiani, imprimenr h Morlaix, possède iw JoU «xamplaire.
'" Uteèdltioii de c^ouvrage Ait mise en vent» à Itelaix, le XI septembre 1632, et ^émli rapidement. 11 en parât une )i Ladres .l*année suivante. Y«ici la date des rélm- PMhImis subséquentes : Saint-Briènc, iMO diez Guillaume Deoblet (format in-24) ; — Qilaper, Guillaume Leblanc, 1671 ; — Romain Malassis, 1679, ibid ; — et enfin Quim- W^keà Penier, 1722 (format In-li). Cette demièrejé|^tion n^est pas aussi estimée q» les précédentes. y
n ne but pas confondre cet ouvrage flfenc un autre qui porte un titre ideutique et dont Tiaiear est incouin; On n*en IU.<{u^tfa tirage, chex de Ploesquellec, à Moriaix (1717, 1 vol. ia-l^ '^' , . ^ Ch. Grouel.