‹ Bibliothèque conchyliologique (volume 3)Chapitre 3 sur 16 · PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION

Nora. Cette traduction a été faite en Angleterre, et publiée par Thomas Martyn.

En présentant cette nouvelle édition de l'ouvrage sur les coquilles de la mer du Sud, l’auteur croit devoir rendre compte au public de la nature et des principes d'un établissement particulier qu'il a formé pour instruire la jeunesse dans l’art d'expliquer et de peindre des sujets d'histoire naturelle, puisque c’est dans cette école que cet ouvrage, et divers autres du même genre, ont été exécutés. Il se flatte que, sous peu de temps, il en sortira encore d’autres également intéressants et capables d'honorer une institution dont l'objet est de faire des élèves qui puissent devenir d’une utilité réelle pour différentes branches des beaux-arts.

Il y a aujourd'hui plus de sept ans que l’auteur eut d’abord l'idée d'entreprendre un nouvel ouvrage sur les coquilles; et il en donne les raisons dans l'introduction qui est à la tête de l'ouvrage mème. Cependant un des principaux motifs qui l'y déterminèrent, c’est qu'alors il se vit en possession d’un nombre considérable de nouvelles espèces de coquilles, qui se trouvèrent parmi différentes collections qu'il venait d'acheter de plusieurs officiers revenus depuis peu de la mer Pacifique.

Pour venir à bout de son dessein, il avait nécessairement bien des difficultés à vaincre. L'exécution d'un ouvrage parfaitement original dans son genre, qui, pour être présenté d'une manière convenable, ne demandait pas moins que le pinceau d’un

peintre consommé, devenait une entreprise hardie par la nature des obstacles qu'on devait rencontrer; car, en suivant la méthode ordinaire, et en employant des artistes capables d'exécuter l'ouvrage selon les idées de l'auteur, on se serait jeté dans une dépense exorbitante, et il aurait fallu plus que tripler le prix actuel de chaque volume.

Une des principales causes de ce surcroît de dépense, c'est qu'il n'y a que très-peu d'artistes vraiment capables, pas un peut-être, qui consacrent leurs talents à cette branche particulière de l’histoire naturelle. Parmi les peintres en miniature, ceux qui excellent ne seront jamais disposés, sans une large rétribution, à quitter leurs occupations, et à employer leur temps et leur talent à d’autres travaux qu'ils sont dans l'habitude de regarder comme étant d'un ordre inférieur, sans Mérite à leurs yeux, et sur lesquels ils seraient peu tentés de hasarder leur réputation, d'autant mieux qu'ils n'y sont pas exercés. Si l’on se fût adressé à des artistes moins célèbres, on aurait vu que ceux qui se font le plus valoir ne sont pas toujours ceux qui ont le plus de droit à la renommée; et que si, dans le grand nombre, il s'en trouve qui cèdent de leurs prétentions, à cause de leur peu d'aisance, le mérite n'est pas si souvent que quelques gens de lettres s'en plaignent le compagnon de l'obscurité, et que les demandes de ces artistes, toutes modérées qu'elles peuvent être, sont encore trop fortes pour la médiocrité des ouvrages qui sortent de leurs mains.

Dans un tel embarras, et pour lâcher néanmoins d'exécuter son entreprise, l'auteur eut l'idée de recourir à des moyens aussi simples que nouveaux. Il lui fallait pour cela trouver des mains dans lesquelles il y eùt d’ailleurs l'habileté nécessaire, mais auxquelles une condition peu relevée empèchàt de confier d’autres occupations plus lucratives. Il n'ignorait pas que le travail des enfants est toujours moins cher que celui des hommes; et il en conclut que là où la nature a répandu en abondance le germe du génie, il ne fallait qu'un peu d'aide de l'art et un peu de culture pour faire venir la plante à maturité. 11 y eut encore une autre considération qui agit fortement sur son esprit; il lui parut probable que, dans les productions de jeunes gens qui auraient reçu d'un commun maître les premiers principes du bon goût, et qui exécuteraient tous leurs ouvrages d’après ses ordres et sous son inspection immédiate, il se trouverait généralement cette égalité d'exécution qu'on aurait vainement attendue d'une multitude d’artistes accoutumés à l'indépendance, élevés pour la plupart dans des écoles très-differentes, et sur qui on ne pourrait avoir que très-peu d'antorité.

Plein de cette idée, il porta alors toute son attention à découvrir et à instruire un nombre de jeunes gens, qui nés de parents honnêtes, mais pauvres, n'eussent point par eux-mêmes les moyens d'aspirer à cultiver aucun des arts libéraux, en même temps qu'ils annonceraient de la disposition et des talents naturels pour le dessin, avec un goùt décidé pour des sciences si belles et si agréables.

Il se présenta bientôt un jeune homme, tel qu'on vient de le dépeindre, qui ne tarda pas à faire espérer qu'il serait un jour un sujet supérieur ; el tandis que, de la manière la plus flatteuse , il encourageait ainsi l’auteur à poursuivre son plan, il devint luimème, par ses progrès rapides, un instrument essentiel pour la formation de cette académie naissante, À différentes époques, neuf autres jeunes gens doués de la même apütude furent admis dans l'école; et tous ont jusqu'ici reçu leur instruction de l'auteur seul, qui s’est fait un devoir de diriger leur conduite et leurs études. Mais peut-être le lecteur ne regardera-t-il pas comme inutile, peut-être même trouvera-t-il intéressant, de connaître plus en détail l'origine et les progrès de cet établissement.

Près d'un an s'était écouié avant que le premier élève, quelque grande que fût sa capacité, eût fait assez de progrès pour qu'on lui confit le soin et l'inspection des autres. Le nombre des élèves était alors de trois, et, avec leurs efforts réunis, l'ouvrage se trouva tellement avancé dans l'espace de deux ans, que l’auteur fut en état d'en

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montrer différents essais à plusieurs personnes de distinction, et à des juges capables de les apprécier. Les éloges flatteurs qu'il en reçut, et, ce qui est la preuve la plus convaincante de leur sincérité, le grand nombre d'exemplaires qu'ils retinrent de l'ouvrage, font clairement voir la supériorité du plan et le succès qu'on en doit attendre.

Satisfait de ses premières tentatives, l'auteur s'enhardit à engager deux élèves de plus dans son académie; et au moyen de ce nouveau secours et d'une application constante et suivie, au bout d'un an et demi, c'est-à-dire dans l’espace de trois ans et demi depuis le commencement de l’entreprise, plus de soixante-dix exemplaires de deux volumes de l'ouvrage se trouvèrent achevés, ce qui forme près de 12,00) figures de coquilles dessinées et pentes.

Par les diverses expériences qu'il avait fallu faire pour compléter ce nombre d'exemplaires, les élèves avaient fait des progrès considérables dans leur manière d'en peindre les diverses parties ; et tous les jours ils acquéraient de nouvelles lumières, ils comprenaient mieux les principes de l’art en lui-même, ils exécutaient plus parfaitement les différentes branches qui en dépendent. Ce fut alors que l'on vit l'ouvrage s'avancer à grands pas vers ce degré de prééminence que l’auteur avait continuellement souhaité d'atteindre ; car, en comparant tout ce qu'il y avait d’achevé avec les derniers essais qu'on venait de produire, les premières planches parurent si inférieures aux dernières, que l'auteur se détermina tout d'un coup à supprimer entièrement tout ce qu'il y avait de fait, et les planches d'après lesquelles les différents sujets avaient été peints, et mème les dessins d'après lesquels les planches avaient été gravées. Ainsi on recommenca le tout, et on le refit complétement, suivant ce dernier genre qu'on venait d'adopter, plus parfait que le premier, et qui devait finalement décider du sort et de la réputation de l'ouvrage. Ces sacrifices, si lourds par eux-mêmes, et cependant si nécessaires pour donner à notre collection toute la perfection dont elle est susceptible, furent encore augmentés par d'autres circonstances aussi fâcheuses; car, dans bien des cas, on jugea uécessaire de refaire jusqu'à six et dix fois quelques-uns des sujets les plus difficiles qui se rencontrèrent, avant d'en avoir un que l'auteur püt trouver assez correct pour le regarder comme un modèle original.

Plusieurs difficultés de la mème nature, accompagnées de pertes considérables, ont encore empêché constamment l’auteur de compléter tous les ouvrages sur l'histoire naturelle qu'il se dispose à donner au public.

Celui, entre autres, sur les insectes anglais, après lui avoir occasionné bien de la dépense, n'a pas répondu à son attente, par l'obstination et la négligence du graveur qu'il avait chargé des eaux-fortes. Cet artiste, plein d'une trop bonne opinion de lui-même, où trop paresseux, n'ayant pas, comme il l'aurait dù, suivi exactement les dessins qu'on lui avait donnés, tout son ouvrage, dont il avait essayé deux fois de venir à bout, n'a pas pu servir; ce qui à donné heu à l’auteur d'introduire dans son académie cette nouvelle branche de travail. En effet, depuis cet accident, quelques-uns de ses élèves se sont adonnés à l’art de graver à l’eau-forte, et leurs soins assidus lui ont fait présumer que l'Entomologiste anglais, l'ouvrage sur les Araïgnées et les eaux-fortes de plusieurs vues de différentes îles de la mer du Sud, ainsi que divers autres travaux qui ont déja été publiés ou le seront bientôt, fourniront des preuves satisfaisantes de leur talent dans cet art.

Après avoir poursuivi si longtemps cette pénible entreprise avec patience et persévérance, après y avoir absorbé une portion considérable de son patrimoine, l’auteur a enfin la douce satisfaction de voir ses plus chères espérances se réaliser et une perspective brillante s'offrir maintenant à sa vue. Il espère que son académie méritera de plus en plus l'estime du public, en produisant des ouvrages plus importants encore, qui tendront à répandre un nouveau jour sur les différents règnes de la nature, à agrandir le

cercle des connaissances, et à faciliter la culture des beaux-arts, de manière à faire honneur à la nation chez laquelle cet établissement a été formé.

En faisant ainsi mention des pertes qu'il a essuyées dans sa fortune, pour concourir au bien général des sciences, l’auteur n'a été poussé par aucun motif d'ostentation. Pleinement convaincu que, dans un pays comme la Grande-Bretagne, dont les habitants se distinguent par leur esprit éclairé et entreprenant, le capital qu'il a risqué est une misère, il ne rapporte le fait qu'à cause de ce qu'il se doit à lui-même, et pour fournir à tous les esprits non prévenus une preuve incontestable qu'aucune considération quelconque n'a pu l'arrêter, ni l'empècher de mettre en action tous les ressorts, pour rendre la présente collection et les autres ouvrages qu'il a entrepris aussi dignes de lui-même, de sa patrie et du monde savant, que l’art et les procédés connus ont pu le lui permettre.

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