L'AGRICULTURE
poëme didactique par Rosset i. — 1745-1774.
Ce poëme, qui ne fut imprimé qu'en 1774, cinq ans après les Saisons de Saint-Lambert et la traduction des Géorgiques de Virgile par Delille, avait été commencé en 1745. Il a donc droit à la préséance réclamée par son auteur dans le Discours sur la poésie géorgique qui lui sert de préface. A sa première apparition il n'eut que six chants, dont le premier était consacré au labourage et aux moissons, le second à la culture de la vigne , le troisième aux forêts et aux arbres fruitiers des vergers et des jardins, le quatrième aux prairies, le cinquième aux bestiaux et le sixième enfin aux oiseaux domestiques dont la basse-cour des fermes est peuplée. Mais, huit ans après cette première édition de son œuvre, en 1782,1e poëte l'enrichit de trois nouveaux livres, où il traita des plantes et des jardins potagers, des viviers et des étangs, des jardins chinois et des jardins anglais.
Ce long enfantement des six premiers chants et cette addition des trois autres conçus après coup supposent plus de maturité et de combinaison logique que d'inspiration et de verve. Il y a, en effet, dans ce poëme beaucoup de raison et peu d'imagination. C'est un traité sagement conduit, sagement versifié, mais qui manque généralement de couleur et de vie. On y remarque cependant quelques passages pleins de poésie, entre autres les suivants :
LE ZÉPHYR AGITANT LES MOISSONS. (Chant I«.)
Le printemps règne encor quand Zéphire amoureux Vole sur les épis et se joue avec eux; Caressés de son aile , à son souffle dociles , Affermis et flottants sur leurs tuyaux mobiles, Je vois leurs rangs épais se presser et s'ouvrir, Se courber, se dresser : ils paraissent courir. Ainsi, jouets des vents, au gré de leurs haleines Roulent les flots légers sur les humides plaines.
1 Mort en 1788, plus qu'octogénaire.
rosset. — 1745-1 774. Gl
LES VERS A SOIE. (Chant III.)
Tout un peuple, à la fois éclos de toutes parts, Dès le huitième jour fourmille à vos regards. La feuille du mûrier, qui s'ouvre à leur naissance, Est un lait préparé pour nourrir leur enfance; Et pour tant de sujets sous vos lois réunis, Une boite est un inonde, une feuille un pays. Ils croissent, et déjà leurs familles nombreuses Exigent de vos soins des couches spacieuses, Où vous les transportez , en sortant des berceaux , Sur des tissus d'osier, sur des lits de roseaux L'un sur l'autre élevés. En sage politique, Par classes, par quartiers rangez leur république. Ainsi Rome autrefois dans ses murs étendus Vit son peuple nombreux divisé par tribus. Mais quel silence règne au milieu de leur ville ! Quel charme sur leurs lits tient les vers immobiles? Un repos léthargique , un jeûne de deux jours Aux douleurs de la mue opposent des secours. Vous voyez par degrés la chenille indolente Avec peine lever sa tête languissante; Bientôt elle s'agite , elle rompt son fourreau , Se dépouille et parait sous un habit nouveau. Son corps est augmenté, sa robe est plus brillante. Dans son cours inconstant quatre fois différente, La lune voit les vers quatre fois s'engourdir, Quitter leurs vêtements, s'éveiller et grandir... Il n'est plus maintenant de règle à leur prescrire. A leur faim votre ardeur peut à peine suffire : Environnés des mets que leur sert votre main, Leurs jours délicieux ne sont qu'un long festin.
62 l'agriculture.
Craignez de leur offrir la feuille trop aride;
Mais craignez plus encor qu'elle ne soit humide.
Ne la cueillez jamais que quand par ses chaleurs
Le soleil de l'Aurore a bu les tendres pleurs.
Aidez de tous vos soins un espoir qui vous flatte :
Dans leurs corps transparents l'or de la soie éclate.
Vous les voyez monter, offrez-leur des rameaux :
Qu'ils puissent y suspendre et filer leurs tombeaux.
Sous les anneaux mouvants qu'à vos yeux ils présentent
Dans leur sein deux vaisseaux à longs replis serpentent :
La soie en se formant, brute et liquide encor,
Dans ces riches canaux coule ses ondes d'or.
La liqueur s'épaissit dans sa route dernière,
Se transforme en un fil et sort par la filière.
Quand la chenille enfin voit ce temps arrivé,
Elle prodigue un suc jusqu'alors réservé.
En longs cercles d'abord des fils qu'elle ménage
Elle forme un duvet, appui de son ouvrage ;
Bientôt elle décrit des mouvements plus courts,
Et ses fils plus serrés, unis par mille tours,
D'un tissu merveilleux composant la structure,
D'un œuf d'or ou d'argent présentent la figure.
Venez les admirer : ce ver dans sa prison
Ne commence qu'à peine à former sa cloison;
Celui-ci, que déjà cache un épais nuage,
Laisse encor de ses fils entrevoir l'assemblage.
D'autres, se renfermant dans les mêmes réseaux,
Unis pendant leur vie, unissent leurs tombeaux.
Mais dans ces jours, hélas! si du bruit du tonnerre
Le Ciel, dans son courroux, épouvante la terre,
Ils frissonnent d'horreur, tombent et pour jamais
Laissent en expirant leurs tissus imparfaits.
Cependant sous son toit La chenille mouvante
Change en habit de deuil sa robe transparente;
Un corps sans pieds, sans tête, immobile et ridé
rosset. — 4745-177-4. G3
Au corps qu'elle animait semble avoir succédé.
Dans ses filets captive, en nymphe transformée,
N'est-elle qu'endormie? es-elle inanimée?
Sous un voile léger qui trahit ses attraits
Un papillon brillant laisse mtrevoir ses traits...
Dépouillez les rameaux; qi'une chaleur puissante
Étouffe sous son toit la nynphe languissante.
Alors de ses tissus, que l'eai tiède amollit,
Le fil est détaché, roule et ious obéit :
Votre main le gouverne; ei ordre il se déploie,
Se forme en écheveaux et v>us donne la soie.
Mais pour avoir un jour descitoyens nouveaux
Gardez-leur des aïeux vivan dans leurs tombeaux.
Bientôt du papillon que la nmphe renferme
Le corps se développe , il et solide et ferme.
De ses langes alors il brise I< lien;
La chenille est détruite et soi corps n'est plus rien.
Elle ne fut qu'un masque , u.e robe éclatante ,
Du papillon vivant envelopp vivante.
Il va rompre les murs de soi riche palais;
Le papillon détruit ceux quele ver a faits.
ïl suffit au succès de sa noble entreprise :
Sa tète est un bélier; elle fra>pe, elle brise;
Le mur cède et se rompt ; redoublant son effort ,
L'insecte ailé parait , s'ouvre in passage et sort.
LE COQ. ('hant VI.)
En fierté le coq n'tpoint d'égal.
Une crête de pourpre orne soi front royal; Son œil noir lance au loin de ives étincelles; Un plumage éclatant peint soicorps et ses ailes , Dore son cou superbe et flotte o longs cheveux ; De sanglants éperons arment se pieds nerveux;
64 VES SAISOIfe.
Sa queue, en se jouant du dos jusqu'à la crête, S'avance et se recourbe en ombjageant sa tête *.
poëme descriptif en quatre chants, parpAiNT-LAMBERT^. —1769-1771.
Virgile dans ses Géorgiques, Rosse dans son Agriculture donnent des leçons aux laboureurs : ils enseiaent un art. Saint-Lambert s'adresse aux habitants des villes, et, ad lieu de leur apprendre à cultiver les champs, il étale à leurs yeusie riant spectacle de la campagne, afin de leur inspirer du goûtpour la vie champêtre et de la bienveillance pour les cultivateurs, ères nourriciers de l'Etat.
Hélas ! le malheureux qui ren nos chants fertiles Est immolé sans cesse aux battants des villes. En dédaignant ses soins, son jat, ses vertus, Nous honorons ici les talents taperflus, Un vain faste, des noms, un fivole art de plaire. 0 toi par qui fleurit l'art le pis nécessaire, Ami de l'innocence, honnête çriculteur, Qu'il est facile et doux de faii ton bonheur 3 !
Cette peinture des richesses et d doyers en faveur de la campagne partiennent point à la poésie didai poésie descriptive et morale. Ce g ciens, qui, bien qu'ils sussent pe mieux que nous, n'avaient pas so tableaux. Il a été créé par les A Lambert se vante dans sa préface
Ce poëme a subi trois jugemen
joies de la vie rustique, ces plait de ses pauvres habitants n'apque proprement dite : c'est de la re de poëme fut inconnu aux anre en vers et .souvent beaucoup é à versifier ainsi des galeries de ;lais et les Allemands, et Saintl'avoir transporté en France.
: le jugement de Voltaire et de
i La Harpe rabaisse tant qu'il peut losset pour relever Saint-Lambert, l'ami de Voltaire et des philosophes du tmps. Cependant, après avoir cité cette description du coq, il ajoute : « C'estieindre en vers comme Buffon peint en prose. » [Cours de littérature, t. VU, page 323. Paris, au VIL)—2 Né un 1717, mort en 1803. Son poëme, ublié en 1769, reparut en 1771 avec de nombreuses corrections qui ne furenjpas toujours heureuses. Tout en suivant la seconde édition, nous reviendrons cet là aux vers delà première. — 3 Chant deuxième.
son école , qui en ont fait un chef-d'œuvre , parce que son auteur, esprit fort et libertin, avait bien mérité de la philosophie; le jugement de Gilbert *, de Clément 2 et des autres censeurs contemporains de la secte encyclopédiste, qui en firent une œuvre à dormir debout; enfin le jugement de la postérité , qui le blâme dans son ensemble et le loue dans quelques-unes de ses pages. Il manque en effet d'invention, de chaleur véritable et continue, malgré son luxe d'apostrophes et d'exclamations; il est monotone, tout varié qu'il est dans les sujets de ses tableaux, parce qu'il change de sujet sans changer de couleur et que dans ses peintures la perspective est toujours la même; il est donc enfin sans intérêt. On ne le lit plus en entier, mais on le connaît encore par extraits. Choisissons et abrégeons : c'est le plus grand service que nous puissions rendre à Saint- Lambert 3.
LE RETOUR DU PRINTEMPS, DES OISEAUX, DU FEUILLAGE ET DES FLEURS. (Chant I".)
Déjà Progné revient et cherche à reconnaître Le toit qu'il habita, les murs qui Font vu naître : Le peuple ailé des bois, s'essayant dans les airs, D'un vol timide encor rasant les champs déserts,
1 Le chantre des Saisons , dans son quatrième chant, avait mis l'auteur de Zaïre au-dessus de Corneille et de Racine; l'auteur de Zaïre a mis le chantre des Saisons à côté de Virgile et de Tibulle; et deux mots de Gilbert ont fait justice de ces coups d'encensoir ridiculement échangés :
Saint-Lambert, noble auteur dont la muse pédante Fait des vers trop vantés par Voltaire, qu'il vante.
- Saint-Lambert se vengea des critiques de Clément en le faisaut emprisonner, et Clément, du fond de sa prison, lui adressa cette épigramme :
Pour avoir dit que tes vers sans génie M'assoupissaient par leur monotonie, Froid Saint-Lambert, je me vois séquestré. Si tu voulais me punir k ton gré, Point ne fallait me laisser ton poème : Lui seul me rend mes chagrins moins amers. Car de nos maux le remède suprême, C'est le sommeil Je le dois à tes vers.
s Voyez le jugement déjà porte sur Saint-Lambert, ci-dessus, p. 11 et suiv. III. b*
Se ranime, s'égaye et d'une aile hardie
Il s'élance en chantant vers l'astre de la vie...
Déjà le rossignol fait retentir les bois :
Il sait précipiter ou ralentir sa voix;
Ses accents variés sont suivis d'un silence
Qu'interrompt avec grâce une juste cadence.
Immobile sous l'arbre où l'oiseau s'est placé,
Souvent j'écoute encor quand le chant a cessé.
Enfin, dans les forêts la chaleur plus active Redonne un libre cours à la sève captive; Ce rapide torrent, gêné dans ses canaux, Ouvrant, pour s'échapper, l'écorce des rameaux , Du bouton déployé fait sortir le feuillage, L'élève et le répand sur l'arbre qu'il ombrage...
Mais les moments sont chers ; les beautés du printemps
Succèdent l'une à l'autre et brillent peu d'instants...
Déjà sur le rempart qui défend la prairie
La rose est en bouton, l'aubépine est fleurie;
Déjà la marguerite étale ses beautés ,
Son cercle émaillé d'or, ses rayons argentés.
L'odorant primevère élève sur la plaine
Ses grappes d'un or pâle et sa tige incertaine.
Heureux, cent fois heureux l'habitant des hameaux,
Qui dort, s'éveilie, chante à l'ombre des berceaux!...
Arrêtons-nous, Doris, au bord de ce bocage ; Et du tertre émaillé que ce beau chêne ombrage Regarde ces coteaux l'un à l'autre enchaînés Et ces riches vallons de pampres couronnés. Vois dans ces champs, ces bois, la nature affranchie Se livrer librement à sa noble énergie, Répandre autour de toi ses bienfaits au hasard Et son luxe échapper aux entraves de l'art.
Contemple cette plaine et riante et féconde
Qui semble un autre Éden et le jardin du monde.
Là Bacchus a cédé la campagne à Gérés;
Vertumne avec Pomone ombragent ces guérets.
Vois ces arbres en fleurs de leur cime agitée
Verser sur leurs sillons une pluie argentée ,
Les rubis du pavot qu'emportent les Zéphyrs
Et le bluet flottant qui sème ses saphirs.
Ici les églantiers ont dessiné la route
D'un ruisseau qui serpente égaré sous leur voûte ;
Plus loin l'astre du jour, les champs et les coteaux
Ont pris du mouvement et tremblent dans ces eaux.
UNE PLUIE DE PRINTEMPS. (Chant I«r.)
Les vieillards, les enfants,
Pour voir tomber des cieux la vapeur printanière ,
Sont déjà rassemblés au seuil de la chaumière.
Hélas ! ils ont tremblé que l'excès des chaleurs
Ne consumât les fruits desséchés sous les fleurs ,
Ne flétrit dans les prés l'herbe qui vient de naître
Et ne retînt caché l'épi qui va paraître.
Mais ils ont vu pâlir le disque du soleil.
Cet astre, en se levant de l'Orient vermeil,
Paraît environné d'une vapeur légère,
Qui monte dans les cieux, s'étend sur l'hémisphère
Et, sans troubler les airs, répand l'obscurité.
Le feuillage du saule est à peine agité,
Et les faibles roseaux ne courbent point leurs têtes.
On n'entend point ces bruits précurseurs des tempêîes
Les troupeaux sans effroi s'écartent des hameaux ,
L'oiseau dans les vergers chante sous les rameaux.
La nue enfin s'abaisse , et sur les champs paisibles
Distille sa rosée en gouttes insensibles...
Jusqu'à la fin du jour la tranquille vapeur
Sur les champs ranimés dépose la fraîcheur.
Le soleil au couchant dore enfin nos rivages;
Il sème de rubis le contour des nuages ;
La campagne étincelle ; un cercle radieux,
Tracé dans l'air humide , unit la terre aux deux.
Les nuages légers où brillait la lumière
Suivent le globe ardent qui finit sa carrière.
La nuit, qui sur son char s'élève au firmament,
Amène le repos, suspend le mouvement,
Et le bruit faible et doux du zéphyr et de l'onde
Se fait entendre seul dans ce calme du monde.
Ce murmure assoupit les sens du laboureur.
Les spectacles du jour ont réjoui son cœur :
Il a vu sur ses champs descendre l'abondance,
Et des songes flatteurs, enfants de l'espérance,
Lui rendent les plaisirs qu'interrompt son sommeil.
Mais quels brillants tableaux étonnent son réveil !
Quel éclat ! quels parfums 1 quels changements rapides !
L'épi s'est élancé de ses tuyaux humides :
Les arbustes des champs , tous les arbres féconds •
Opposent leurs couleurs aux couleurs des gazons ,
Et leur tige , à travers la blancheur la plus pure ,
Laisse de son feuillage échapper la verdure.
LES CHALEURS DE L'ÉTÉ. (Chant II.)
Mais voici le moment où l'astre des saisons Fait gémir nos climats brûlés de ses rayons.
i Féconds est mis là pour la rime, el la rime n'est pas riche.
Il descend du Cancer au monstre de Némée ,
Il revêt de splendeur la nature enflammée.
Son orbe étincelant roule sous un ciel pur;
Des campagnes de l'air il argenté l'azur,
Et sur le vaste champ de sa longue carrière
Il verse de son sein des torrents de lumière.
Le fleuve se resserre ; et le peuple des eaux
Cherche l'abri d'un antre ou l'ombre des roseaux.
Du sommet des rochers sur les arides plaines
Déjà n'arrive plus le tribut des fontaines :
Le ruisseau qui languit implorait leur secours;
Son onde a suspendu son murmure et son cours...
Le coursier, sans vigueur et la tête penchée ,
Jette un triste regard sur l'herbe desséchée.
Le pasteur écarté sous des arbres touffus,
La tête sur la mousse et les bras étendus ,
S'endort environné de ses brebis fidèles
Et des chiens haletants, qui veillent autour d'elles...
La chaleur, qui s'étend sur un monde en repos,
A suspendu les jeux, les chants et les travaux.
Tout est morne, brûlant, tranquille; et la lumière
Est seule en mouvement dans la nature entière...
Oh ! que ne puis-je errer dans ces sentiers profonds
Où j'ai vu des torrents tomber du haut des monts
Et se précipiter dans la vallée obscure
A travers les rochers et la sombre verdure !
Que ne suis-je ombragé du voile nébuleux
Qu'élève jusqu'au ciel ce fleuve impétueux
Qui des monts abyssins dans d'immenses vallées
Épanche en rougissant ses ondes rassemblées !
Que j'aimerais à voir ces flots d'un cristal pur
Étendre dans leur chute une nappe d'azur...
Et vous, forêt immense , espaces frais et sombres.
Séjour majestueux du silence et des ombres,
Temples où le druide égarait nos aïeux ,
Sanctuaire où Dodone allait chercher ses dieux, Qu'il m'est doux d'échapper sous vos vastes ombrages A la zone de feu qui brûle ces rivages !
LA TONDAISON. (Chant II.)
Si je veux habiter de plus riants asiles,
J'irai dans ces vergers peuplés d'arbres fertiles;
Le long de ce coteau qui dérobe un vallon
Au souffle de Borée, au vol de l'aquilon.
Une eau calme et limpide y descend des collines
Et des plants de Pomone abreuve les racines...
La groseille, pendant en grappes d'incarnat,
S'y présente à mes yeux charmés de son éclat :
Ces rubis émaillés qu'arrondit la nature
Sur ces arbres touffus sortent de la verdure.
La fraîcheur de ces fruits, la douce humidité
Tempèrent par degrés mon sang trop agité.
Là le bélier, docile à la voix qui le guide,
Se plonge en frissonnant dans le cristal liquide.
Au signal du berger le dogue menaçant
Ramène sur le bord le troupeau frémissant.
Cependant le fermier, les filles du village,
En riant, en chantant, s'assemblent sous l'ombrage.
Le groupe, en demi-cercle assis sur le gazon,
Bientôt à la brebis va ravir sa toison :
Elle arrive auprès d'eux et semble être alarmée
A l'aspect des ciseaux dont la troupe est armée.
La bergère en flattant l'animal simple et doux
Dissipe sa frayeur, le prend sur ses genoux ;
Et la brebis, rendue à sa douceur timide,