LE JOUR DES MORTS DANS UNE CAMPAGNE
poëme descriptif et religieux, par Fontanes '. — 1785.
Ce petit poëme, que le futur grand maître de l'Université lisait à ses amis dès \ 785, n'a guère plus de deux cents vers, et pourtant il vaut, pour le moins, non pas peut-être les Jardins de Delille, mais à coup sûr les Quatre Saisons de Saint-Lambert et les Douze Mois de Roucher. On y trouve ce qui n'avait plus apparu dans nos poésies descriptives ou didactiques depuis Louis Racine, une inspiration vraie, un ton naturel, une amplification mesurée, une expression lucide et précise. Avec la rhétorique de Saint-Lambert, les écarts dithyrambiques de Roucher et l'abondance souvent oiseuse de Delille, Fontanes aurait pu trouver dans son sujet de quoi faire un gros poëme, qu'on ne lirait probablement plus. Il a eu le bon esprit de suivre le précepte d'Horace, esto brevis ; et son œuvre a gagné en intérêt ce qu'elle perdait en étendue. Eh bien! il aurait dû être plus court encore : les quarante vers où il raconte l'histoire d'Humbert sont de trop. Cet épisode coupe mal à propos le récit de la procession faite autour des tombes, et il est d'ailleurs faiblement coloré. Nous le supprimerons.
Il est un autre retranchement à faire dans cette pièce. Le chantre du Jour des Morts, si solennel et si catholique quand il célèbre la pompe du sacrifice divin, joint le ton satirique de Voltaire à la philosophie de J.-J. Rousseau pour parler du presbytère et des prônes de son curé, condisciple du Vicaire savoyard. On ne peut s'empêcher de voir une faiblesse dans ce tribut payé, en passant, à l'irréligieuse légèreté du dix-huitième siècle. Le reste de ce petit poëme est digne d'un vrai poëte et d'un bon chrétien.
Déjà, du haut des deux, le cruel Sagittaire Avait, tendu son arc et ravageait la terre; Les coteaux et les champs et les prés délleuris N'offraient de toutes parts que de vastes débris : Novembre avait compté sa première journée. Seul alors et témoin du déclin de l'année,
1 Né en 1751, mort en 1821.