‹ Bibliothèque critique des poëtes français (volume 2)Chapitre 18 sur 76 · FONTANES · texte numérisé non relu

FONTANES

Heureux de mon repos, je vivais dans les champs.

Eh ! quel poëte épris de leurs tableaux touchants ,

Quel sensible mortel des scènes de l'automne

N'a chéri quelquefois la beauté monotone?

Oh ! comme avec plaisir la rêveuse douleur,

Le soir, foule à pas lents ces vallons sans couleur,

Cherche les bois jaunis et se plaît au murmure

Du vent qui fait tomber leur dernière verdure !

Ce bruit sourd a pour moi je ne sais quel attrait.

Tout à coup, si j'entends s'agiter la forêt ,

D'un ami qui n'est pîus la voix longtemps chérie

Me semble murmurer dans la feuille flétrie.

Aussi c'est dans ce temps, où tout marche au cercueil,

Que la Religion prend un habit de deuil :

Elle en est plus auguste, et sa grandeur divine

Croît encore à l'aspect de ce monde en ruine.

Aujourd'hui, ramenant un usage pieux,

Sa voix rouvrait l'asile où dorment nos aïeux.

Hélas ! ce souvenir frappe encor ma pensée.

L'aurore paraissait : la cloche balancée, Mêlant un son lugubre aux sifflements du nord, Annonçait dans les airs la fête de la mort. Vieillards, femmes, enfants accouraient vers le temple.

0 moment solennel! Ce peuple prosterné,

Ce temple dont la mousse a couvert les portiques,

Ses vieux murs, son jour sombre et ses vitraux gothiques,

Cette lampe d'airain, qui , dans l'antiquité

Symbole du soleil et de l'éternité,

Luit devant le Très-Haut, jour et nuit suspendue;

La majesté d'un Dieu parmi nous descendue;

Les pleurs, les vœux, l'encens qui montent vers l'autel,

Et de jeunes beautés, qui, sous l'œil maternel,

Adoucissent encor par leur voix innocente

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