LE JOUR DES MORTS
Sur le fatal enclos erra confusément.
Bientôt les vœux, les cris, les sanglots retentissent :
Tous les yeux sont en pleurs, toutes les voix gémissent.
Une veuve, non loin de ce tronc sans verdure, Regrettait un époux, tandis qu'à ses côtés Un enfant qui n'a vu qu'à peine trois étés, Ignorant son malheur, pleurait aussi comme elle. Là d'un fils qui mourut en suçant la mamelle Quelque Rachel en deuil ne se consolait pas, Et sur la pierre étroite elle attachait ses bras. Ici des laboureurs au front chargé de rides, Tremblants, agenouillés sur des feuilles arides, Venaient encor prier, s'attendrir dans ces lieux Où les redemandait la voix de leurs aïeux. Quelques vieillards surtout, d'une main languissante, Embrassaient tour à tour une tombe récente. C'était celle d'Humbert, d'un mortel respecté, Qui depuis neuf soleils en ce lieu fut porté. Il a vécu cent ans, il fut cent ans utile. Des fermes d'alentour le sol rendu fertile, Les arbres qu'il planta, les heureux qu'il a faits A ses derniers neveux conteront ses bienfaits : Souvent on les vanta dans nos longues soirées.
Tu méritais, sans doute, ô vieillard généreux, Les honneurs de ce jour, nos regrets et nos vœux ! Aussi le prêtre saint, guidant la pompe auguste, S'arrêta tout à coup près des cendres du juste : Là retentit le chant qui délivre les morts.
C'en est fait ! et trois fois, dans ses pieux transports, Le peuple a parcouru l'enceinte sépulcrale ! L'homme sacré trois fois y jeta l'eau lustrale, Et l'écho de la tombe aux mânes satisfaits