LA MANIERE DE LIRE LES VERS
poëme didactique, par François de Neuechateau 1. — 1775 et 179©.
Arrête, sot lecteur, dont la triste manie Détruit de nos accords la savante harmonie; Arrête, par pitié ! Quel funeste travers, En dépit d'Apollon, te fait lire des vers? Ah ! si ta voix ingrate ou languit, ou détonne, Ou traîne avec lenteur son fausset monotone ; Si des feux du génie, en nos vers allumés, N'étincellent jamais tes yeux inanimés; Si ta lecture enfin, dolente psalmodie, Ne dit rien, ne peint rien à mon âme engourdie. Cesse, ou laisse-moi fuir. Ton regard abattu Du regard de Méduse a l'affreuse vertu. L'auditeur, qu'ont glacé tes sons et ta présence, Croit subir le supplice inventé par Mézence : Tu l'attaches vivant au cadavre d'un mort. Attentif à ta voix, Phébus même s'endort; Sa défaillante main laisse tomber sa lyre.
C'est peu d'aimer les vers, il faut les savoir lire;
1 Né en 1750, mort en 18*28. Ce petit poëme, publié en 1775, fut retouche et édité par son auteur pour la dernière fois en 1799. Nous retrancherons çà et là quelques \ers et même quelques passages faibles.