LA MANIÈRE «DE LIRE LES VERS
Il faut avoir appris cet art mélodieux De parler dignement le langage des dieux; Cet art qui par les tons des phrases cadencées Donne de l'harmonie et du nombre aux pensées; Cet art de déclamer, dont le charme vainqueur Assujettit l'oreille et subjugue le cœur.
D'où vient, me diras-tu, cette brusque apostrophe ? Lisant pour m'éclairer, je lis en philosophe. Plus un écrit est beau, moins il a besoin d'art, Et le teint de Vénus peut se passer de fard. L'harmonieux débit que ta Muse me vante Ne séduisit jamais une oreille savante.
De cette illusion qu'un autre soit épris; Mais la vérité nue a pour moi plus de prix.
Hé quoi ! d'une lecture insipide et glacée
Tu prétends attrister mon oreille lassée !
Quoi, traître, à tes côtés tu prétends m'enchaîner !
A loisir, en détail tu veux m'assassiner !
Dans les longs bâillements et les vapeurs mortelles
Ensevelir l'honneur des œuvres les plus belles!
Et, toujours méthodique et toujours concerté,
Des élans d'un auteur abaisser la fierté !
Tomber quand il s'élève, et ramper quand il vole.
Ah ! garde pour toi seul ton scrupule frivole;
Sois captif dans le cercle obscur et limité
Qui fut tracé des mains de l'uniformité.
Aux lois de ton compas asservis Melpomène
Et la douleur de Phèdre et l'amour de Chirnène;
Ravale à ton niveau l'essor audacieux
De l'oiseau du tonnerre, égaré dans dans les cieux;
Meurs d'ennui, j'y consens; sois barbare à ton aise;
Mais ne m'accable pas sous un joug qui me pèse;
N'exige pas du moins, insensible lecteur,