LA MANIÈRE DE LTBE LES VERS
Un geste pittoresque et des regards parlants : Que dis-je ! ce n'est rien si le Ciel inflexible, Pour le rendre éloquent, ne l'a créé sensible. Ah 1 comme en prononçant des vers mélodieux La flamme du génie animera ses yeux !
Comme il captivera nos âmes entraînées ! Gomme il fera couler les heures enchaînées ! Comme on se souviendra des vers qu'il aura lus ! Imprimés dans le cœur, ils n'en sortiront plus.
0 d'une voix fidèle accord juste et suprême !
C'est mieux qu'un instrument; c'est la musique môme
Qui note chaque mot, lui donne son accent
Et prête à la pensée un charme plus puissant.
Tout poëte le sait, tout poëte cultive
L'art de tenir l'oreille enchantée et captive.
N'est-ce pas à cet art que tant d'auteurs fêtés
Ont dû tous leurs succès dans nos sociétés ?
Qui compose avec feu déclame avec ivresse.
Mais sitôt qu'un ouvrage, échappé de la presse, Chez Lejay, chez Duchesne étale avec orgueil Un frontispice orné de la main de Longueil, Du goût de l'acheteur son succès va dépendre. Le poëte partout ne peut se faire entendre Ni partout dans le monde accompagner ses vers : Ils tomberont, hélas ! s'ils sont lus de travers.
Vadius s'en empare et les veut réciter. Il scande pesamment leurs légers hémistiches, Trouve les tours gênés, les ornements postiches Et les fait trouver tels par son ton de pédant. Mais Damis, de vos vers admirateur ardent, Damis, qui rapporta des bords de la Garonne L'ineffaçable accent de la race gasconne,