‹ Bibliothèque critique des poëtes français (volume 2)Chapitre 33 sur 76 · L'AMOUR MATERNEL · texte numérisé non relu

L'AMOUR MATERNEL

poème moral et descriptif, par Millevote '. — (SIS.

De ma veine docile échappés au hasard, Coulez, mes vers, coulez sans effort et sans art ! Une mère, un enfant, voilà votre modèle : Soyez purs comme lui, soyez tendres comme elle.

1 Né en 1782, mort en 1816.

156 l'amour maternel

Ce maternel amour, par des charmes secrets, Émeut la brute même au fond de ses forêts. L'hyène épouvantable et l'affreuse panthère Sous leur farouche aspect cachent un cœur de mère. Terrible en sa douleur, par de lugubres cris La lionne au désert redemande ses fils. Lorsque du doux printemps la présence féconde Au souffle des zéphyrs ressuscite le monde, Renonçant à ses jeux, le peuple des oiseaux Cherche au fond des bosquets les plus sombres rameaux Et la mère attentive arrondit et décore Le nid de ses enfants qui ne sont pas encore. Philomèle en nos bois suspend l'hymne d'amour; En vain elle voit naître et voit mourir le jour, L'écho ne redit plus sa finale légère, Et son tendre silence avertit qu'elle est mère.

Mais d'un devoir si doux, d'un si pur sentiment, Femme ! qui mieux que toi connaît l'enchantement? Quand d'un souffle immortel Dieu même t'eut formée , Tu naquis pour aimer comme pour être aimée. En vain ce Dieu t'impose un long tribut de pleurs. Ton courage redouble au sein de tes douleurs.

Que j'aime à contempler cette mère adorée, De rejetons charmants avec grâce entourée ! L'un assiège son front, d'autres pressent sa main, Tandis que le plus jeune, étendu sur son sein, Sans bruit, cherchant la place où son amour aspire, Gravit jusqu'à la bouche, où l'appelle un sourire. Mais, par l'heure averti moins que par son amour, Leur père impatient est déjà de retour. Il entre... Quelle image! et quel moment de fête! Immobile et charmé, sur le seuil il s'arrête. Ne respirant qu'à peine, en silence il jouit;

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