‹ Bibliothèque critique des poëtes français (volume 2)Chapitre 37 sur 76 · CLÉMENT MAROT · texte numérisé non relu

CLÉMENT MAROT

Me menaçant de me donner le saut,

Et de ce saut m'envoyer à l'envers

Rimer sous terre et y faire des vers.

C'est une lourde et longue maladie

De trois bons mois, qui m'a tout étourdie

La pauvre tête et ne veut terminer;

Ains me contraint d'apprendre à cheminer. ....

Que dirai plus? Au misérable corps

Dont je vous parle il n'est demeuré fors

Le pauvre esprit qui lamente et soupire

Et, en pleurant, tâche à vous faire rire.

Et pour autant, sire, que suis à vous,

De trois jours l'un viennent tàter mon pouls

Messieurs Braillon, Le Coq, Akaquia,

Pour me garder d'aller jusqu'à quia

Voilà comment depuis neuf mois en çà Je suis traité. Or, ce que me laissa Mon larronneau, longtemps a, l'ai vendu Et en sirops et juleps dépendu * .

Ce néanmoins, ce que je vous en mande N'est pour vous faire ou requête ou demande : Je ne veux point tant de gens ressembler Qui n'ont souci autre que d'assembler2.

Tant qu'ils vivront, ils demanderont, eux ; Mais je commence à devenir honteux Et ne veux plus à vos dons m'arrêter.

Je ne dis pas, si voulez rien prêter, Que ne le prenne. Il n'est point de prêteur, S'il veut prêter, qui ne fasse un detteur. Et savez-vous, sire, comment je paye ?

Nul ne le sait si premier ne l'essaye. Vous me devrez, si je puis, du retour ;

Dépensé. — i D'entasser.

Et vous ferai encores un bon tour.

A celle fin qu'il n'y ait faute nulle,

Je vous ferai une belle cédule,

A vous payer — sans usure il s'entend —

Quand on verra tout le monde content;

Ou, si voulez, à payer ce sera

Quand votre los et renom cessera.

Et si sentez que sois faible de reins

Pour vous payer, les deux princes lorrains

Me piégeront1. Je les pense si fermes

Qu'ils ne faudront pour moi à l'un des termes.

Je sais assez que vous n'avez pas peur

Que je m'enfuie ou que je sois trompeur;

Mais il fait bon assurer ce qu'on prête.

Bref, votre paye, ainsi que je l'arrête,

Est aussi sûre, advenant mon trépas,

Comme advenant que je ne meure pas.

Avisez donc si vous avez désir De me prêter; vous me ferez plaisir :

Car puis un peu 2 j'ai bâti à Clément, Là où j'ai fait un grand déboursement; Et à Marot, qui est un peu plus loin, Tout tombera, qui n'en aura le soin.

Voilà le point principal de ma lettre; Vous savez tout; il n'y faut plus rien mettre. Rien mettre, las ! Certes et si ferai, Et, ce faisant, mon style j'enflerai, Disant : 0 roi amoureux des neuf Muses, Roi en qui sont leurs sciences infuses, Roi plus que Mars d'honneur environné, Roi le plus roi qui fut onc couronné, Dieu tout-puissant te doint, pour t'étrenner,

1 Me cautionneront. — * Depuis peu.

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