‹ Bibliothèque critique des poëtes français (volume 2)Chapitre 39 sur 76 · INVITATION AL' REPOS DE LA VIE CHAMPETRE · texte numérisé non relu

INVITATION AL' REPOS DE LA VIE CHAMPETRE

stances de Racan i. — 1627.

Tircis, il faut songer à faire la retraite : La course de nos jours est plus qu'à demi faite ; L'âge insensiblement nous conduit à la mort. Nous avons assez vu sur la mer de ce monde Errer au gré des vents notre nef vagabonde ; Il est temps de jouir des délices du port.

Le bien de la fortune est un bien périssable : Quand on bâtit sur elle on bâtit sur le sable; Plus on est élevé, plus on court de dangers.

1 Ne en 15S0, mort en 1G70.

racan. — 1627. 469

Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête ,

Et la rage des vents brise plutôt le faîte

Des maisons de nos rois que les toits des bergers.

0 bienheureux celui qui peut de sa mémoire Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs; Et qui, loin retiré de la foule importune, Vivant dans sa maison , content de sa fortune , A selon son pouvoir mesuré ses désirs !

Il laboure le champ que labourait son père ; Il ne s'informe point de ce qu'on délibère Dans ces graves conseils d'affaires accablés. Il voit sans intérêt la mer grosse d'orages , Et n'observe des vents les sinistres présages Que pour le soin qu'il a du salut de ses blés.

Roi de ses passions, il a ce qu'il désire :

Son fertile domaine est son petit empire;

Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau;

Ses champs et ses jardins sont autant de provinces;

Et, sans porter envie à la pompe des princes,

Il est content chez lui de les voir en tableau.

Il voit de toute part combler d'heur sa famille, La javelle à plein poing tomber sous sa faucille , Le vendangeur plier sous le faix des paniers; Et semble qu'à l'envi les fertiles montagnes , Les humides vallons et les grasses campagnes S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers

Il soupire en repos l'ennui de sa vieillesse Dans ce même foyer où sa tendre jeunesse A vu dans le berceau ses bras emmaillottés;

Il tient par les moissons registre des années , Et voit de temps en temps leurs courses enchaînées Faire avec lui vieillir les bois qu'il a plantés '.

Il ne va point fouiller aux terres inconnues, A la merci des vents et des ondes chenues % Ce que nature avare a caché de trésors; Il ne recherche point, pour honorer sa vie, De plus illustre mort ni plus digne d'envie Que de mourir au lit où ses pères sont morts. . .

S'il ne possède point ces maisons magnifiques, Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiques Où la magnificence étale ses attraits; Il jouit des beautés qu'ont les saisons nouvelles; Il voit de la verdure et des fleurs naturelles, Qu'en ces riches lambris on ne voit qu'en portraits.

Agréables déserts, séjour de l'innocence, Où, loin des vanités et la magnificence, Commence mon repos et finit mon tourment; Vallons, fleuves, rochers, aimable solitude, Si vous fûtes témoins de mon inquiétude , Soyez-le désormais de mon contentement!

REQUETE ADRESSEE AU CARDINAL DE RICHELIEU PAR MAYNARD 3. — Avant 1642.

Armand, l'âge affaiblit mes yeux, Et toute ma chaleur me quitte ; Je verrai bientôt mes aïeux Sur le rivage du Cocyte.

1 Phrase obscure. — z Blanches d'écume. Vieux mot. — 3 Né en 1582, mort en 1646.

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