MAYNARD. — AVANT
C'est où je serai des suivants De ce bon monarque de France ' Qui fut le père des savants Dans un siècle plein d'ignorance.
Dès que j'approcherai de lui, Il voudra que je lui raconte Tout ce que tu fais aujourd'hui Pour combler l'Espagne de honte.
Je contenterai son désir Par le beau récit de ta vie, Et charmerai le déplaisir Qui lui fait maudire Pavie.
Mais s'il demande à quel emploi Tu m'as occupé dans ce monde Et quel bien j'ai reçu de toi, Que veux-tu que je lui réponde ?
Rien, répondit brusquement le cardinal quand on lui eut achevé la lecture de ces vers, qui pourtant méritaient un plus gracieux accueil. — C'est ce que Maynardafait de mieux. — Mais Richelieu, si favorable aux hommes de lettres, n'aimait pas les voir tendre la main. Il voulait surprendre par ses bienfaits ceux qu'il croyait dignes d'être encouragés. Pourquoi Maynard n'avait-U pas été distingué de la foule des versificateurs d'alors ? L'histoire n'en dit rien ; mais son immoralité aurait été plus que suffisante pour l'exclure des encouragements donnés aux beaux-arts par un cardinal ministre. Ce malheureux écrivain, qui laissa en mourant des poésies si infâmes qu'on n'a pas osé les imprimer, avait pourtant écrit sur la porte de son cabinet de travail cette sentence, que tout le monde connaît, mais dont tout le monde ne sait pas l'hypocrisie :
Las d'espérer et de me plaindre Des Muses, des grands et du sort, C'est ici que j'attends la mort Sans la désirer ni la craindre.
! François Ier, vaincu à Pavie en 1525 et mené prisonnier à Madrid.