UNE CHEVILLE DE MAITRE ADAM
Adam Billaut publia, en 1644, un volume de poésies qu'il intitula : les Chevilles de maître Adam, menuisier de Nevers. En dédiant au marquis de Sévirac ses inspirations, qu'il appela aussi quelquefois ses caprices, le faiseur de buifets lui disait :
La même main qui te les offre Te peut encore offrir un coffre ; Car quand je rabote ou j'écris Ma raison met à même prix Et même boutique enveloppe Mon Apollon et ma varlope.
Il lui arrivait quelquefois, comme il le dit dans une autre pièce, de façonner des cercueils pour ceux auxquels il avait donné l'immortalité en les chantant2. Tous les beaux esprits du temps le complimentèrent en lui adressant des stances, des madrigaux, des sixains, des épigrammes, des élégies, des sonnets et des odes, en français, en espagnol, en italien, en latin et même en grec. Le grand Corneille le félicita de ce que les dieux, en lui donnant à la fois une lyre et un rabot, l'avaient préservé du péril de mourir de faim dans un pays où l'Orphée le plus vanté est réduit aux abois quand il n'a que le métier
1 Mort en 1662. — ! Caprice de maître Adam contre les muses, sur ce qu'il avait fait des vers pour un grand seigneur auquel il fit ensuite un cercueil .