‹ Bibliothèque critique des poëtes français (volume 2)Chapitre 55 sur 76 · J. B. ROUSSEAU. — VERS J · texte numérisé non relu

J. B. ROUSSEAU. — VERS J

S'il est fête au village et pour quel saint nouveau On les laisse aujourd'hui si longtemps manquer d'eau.

Nous ne donnons pas la douzième et dernière épître de Boileau : c'est une thèse théologique, ou plutôt janséniste, sur l'amour de Dieu. Pour la rendre orthodoxe il faudrait y combler d'immenses lacunes. Le disciple d'Arnauld n'y tient compte que de la charité parfaite, et il y suppose dans son adversaire des principes que jamais école catholique n'a soutenus. C'est sur cette base fausse, en droit comme en fait, que s'appuie la prosopopée qui termine son argumentation, et que nous ne citerons pas non plus, bien qu'on l'ait vantée, parce qu'elle repose, comme tout le reste, sur la double erreur que nous venons d'indiquer. Rien n'est beau que le vrai : Boileau lui-même l'a dit. Ajoutons entin que toute cette épitre, roulant sur des disputes heureusement terminées par la condamnation des doctrines du jansénisme, n'a plus aujourd'hui d'intérêt que pour l'histoire des hérésies.

ADIEUX AUX MUSES, fragment de la première épitre de J. B. Rousseau1. — Vers 1700.

Muses, gardez vos faveurs pour quelque autre ; Ne perdons plus ni mon temps ni le vôtre Dans ces débats où nous nous égayons.

Tenez, voilà vos pinceaux, vos crayons ; Reprenez tout, j'abandonne sans peine Votre Hélicon, vos bois, votre Hippocrène, Vos vains lauriers d'épine enveloppés Et que la foudre a si souvent frappés. Car aussi bien quel est le grand salaire D'un écrivain au-dessus du vulgaire?

Quel fruit revient aux plus rares esprits De tant de soins à polir leurs écrits, A rejeter les beautés hors de place,

1 Né en 1670, mort en 1741. La date de la composition de cette épitre est déterminée par un vers où Rousseau dit qu'il a compte' six lustres à peine.

246 ÉPITRES, DISCOUBS, ETC.

Mettre d'accord la force avec la grâce, Trouver aux mots leur véritable tour, D'un double sens démêler le faux jour, Fuir les longueurs, éviter les redites, Bannir enfin tous ces mots parasites Qui, malgré vous dans le style glissés, Rentrent toujours, quoique toujours chassés? Quel est le prix d'une étude si dure ? Le plus souvent une injuste censure, Ou tout au plus quelque léger regard D'un courtisan qui vous loue au hasard Et qui peut-être avec plus d'énergie S'en va prôner quelque fade élégie.

Et quel honneur peut espérer de moins Un écrivain libre de tous ces soins, Que rien n'arrête et qui, sûr de se plaire, Fait sans travail tous les vers qu'il veut faire ? Il est bien vrai qu'à l'oubli condamnés Ses vers souvent sont des enfants morts-nés. Mais chacun l'aime, et nul ne s'en défie ; A ses talents aucun ne porte envie ; Il a sa place entre les beaux esprits,

Fait des sonnets, des bouquets pour Iris

Que si jamais, pour faire une œuvre en forme. Sur l'Hélicon Phébus permet qu'il dorme, Voilà d'abord tous ses chers confidents, De son mérite admirateurs ardents, Qui par cantons répandus dans la ville, Pour l'élever dégraderont Virgile; Car il n'est point d'auteur si désolé Qui dans Paris n'ait un parti zélé; Tout se débite : un sot, dit la satire, Trouve toujours un plus sot qui l'admire ' .

1 Boileau, Art poétique, ch. I.

LES DARDS DE l' ABEILLE ET DU POETE,

autre fragment de la même épitrr.

Tout vrai poëte est semblable à l'abeille : C'est pour nous seuls que l'aurore l'éveille Et qu'elle amasse au milieu des chaleurs Ce miel si doux tiré du suc des fleurs; Mais la nature, au moment qu'on l'offense, Lui fit présent d'un dard pour sa défense, D'un aiguillon qui, prompt à la venger, Cuit plus d'un jour à qui l'ose outrager.

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