A MON HABIT
épitre de Sed.unf. i. — Vers 1750
Ah ! mon habit, que je vous remercie I Que je valus hier, grâce à votre valeur! Je me connais; et plus je m'apprécie, Plus j'entrevois qu'il faut que mon tailleur, Par une secrète magie, Ait caché dans vos plis un talisman vainqueur, Capable de gagner et l'esprit et le cœur. Dans ce cercle nombreux de bonne compagnie Quels honneurs je reçus! quels égards! quel accueil! Auprès de la maîtresse et dans un grand fauteuil, Je ne vis que des yeux toujours prêts à sourire ; J'eus le droit d'y parler, et parler sans rien dire. Cette femme à grands falbalas Me consulta sur Pair de son visage, Un blondin sur un mot d'usage Un robin sur des opéras.
Ce que je décidai fut le nec plus ultra. On applaudit à tout : j'avais tant de génie ! Ah ! mon habit, que je vous remercie ! C'est vous qui me valez cela.
Ce marquis, autrefois mon ami de collège, Me reconnut enfin ; et, du premier coup d'œil,
Il m'accorda par privilège Un tendre embrassement qu'approuvait son orgueil. Ce qu'une liaison dès l'enfance établie, Ma probité, des mœurs que rien ne dérégla N'eussent obtenu de ma vie.
» Né en 1719, mort en 1797. Ce poète dramatique, qui commença par être tailleur de pierre, ensuite maçon, et qui devint secrétaire de l'Académie d'architecture et même académicien français, n'est plus célèbre que parce spirituel et satirique badinage.