A CAPTIVITÉ DE SAINT MALC
Dissimulez^ feignez, comportez-vous
Comme frère en secret, en public comme époux.
Ils feignirent donc, et leur semblant d'hyménée les sauva.
Chacun crut qu'ils s'aimaient d'un amour conjugal; Aucun plaisir au leur ne semblait être égal. On se les proposait tous les jours pour exemple; Et lorsque deux époux étaient conduits au temple, Que le ciel, disait-on, atin de vous combler. Fasse à l'hymen de Malc le vôtre ressembler ! Le saint couple à la fin se lassa du mensonge. En de nouveaux ennuis l'un et l'autre se plonge : Toute feinte est sujet de scrupule à des saints.
Malc aux regrets du cloître un jour donnait des pleurs : Les larmes qu'il versait faisaient courber les fleurs. Il vit auprès d'un tronc des légions nombreuses De fourmis, qui sortaient de leurs cavernes creuses. L'une poussait un faix; l'autre prêtait son dos; L'amour du bien public empêchait le repos; Les chefs encourageaient chacun par leur exemple. Un du peuple étant mort, notre saint le contemple En forme de convoi soigneusement porté Hors les toits fourmillants de l'avare cité. Vous m'enseignez, dit-il, le chemin qu'il faut suivre : Ce n'est pas pour soi seul qu'ici-bas on doit vivre ; Vos greniers sont témoins que chacune de vous Tâche de contribuer au pins grand bien de tous. Dans mon premier désert j'en pouvais autant faire.
L'exemple, le conseil et le travail des mains
Me pouvaient rendre utile à des troupes de saints'...
1 C'est dans le récit de saint Jérôme que La Fontaine a trouvé ce charmant tableau. Miic^ après avoir raconte ses ennuis, ajoute : « Sic quoqiie cogitante me, aspicio formicarum grcgcm augusto calle fervere. Vidercs onera majora
Il va donc trouver la bergère :
Ma sœur, si nous cherchions de plus douces demeures?
Je vous ai fait récit quelquefois de ces heures
Qu'en des lieux séparés de tout profane abord
Je passais à louer l'arbitre de mon sort.
. . . . Jetez l'œil sur l'état où nous sommes :
Vous êtes exposée aux malices des hommes ;
Je n'ai plus de mes bois les saintes voluptés.
Ne reviendront-ils point ces biens que j'ai quittés?
La bergère est aussi d'avis de prendre la fuite. Malc choisit les deux plus grands boucs de son troupeau, les lue, et avec leurs peaux fait deux outres qui les aident à passer un fleuve en les soutenant sur les eaux. Leur maître, accompagné d'un serviteur, les poursuit. Découverts^ ils n'ont que le temps d'entrer dans un antre obscur où se trouve une lionne; l'esclave s'y engage après eux, et est dévoré; le maître, étonné de ne pas le voir revenir, pénètre à son tour dans le formidable repaire du monstre dont il ignore la présence, et subit le même sort. Les saints, sauvés par un prodige, quittent le ténébreux souterrain et arrivent dans une petite bourgade appelée Maronia.
Là le couple pieux aussitôt se sépare; De leur mensonge saint l'ollense se répare : Leur hymen se dissout. La dame entre en un lieu Où cent vierges ont pris pour époux le vrai Dieu. Dans un cloître éloigné Malc s'occupe au silence; Il y vit dans les pleurs, nectar de pénitence.
quam corpora. Aliae herbarum quœdam seniina forcipe oris trahebant; alifP egerebant humum de fovcis, et aquariim lueatus aggeribus cxcliidebant. lUae, venturœ hiemis memores, ne madefacta humus ia herbam horrea vertcret, illata semina pra^cidebant; hw, luctu celebri, corpora dcfuncta deportabant. Quodque magis mirum est iq tante agmine, egrediens non obstabat intranti : quin potius, si quam vidissent sub fasce et onere concidissej supposais humeris adjuvabant. Quid multa? Pulchrum mihi spectaculum dies illa prœbuit. Uude recordatus Salomonis ad forniicarum solertiam nos mittentis et pigras mentes tali exemple suscitantis, cœpi taedere captivitatis et menasterii cellulas quaerere, ac fermicarnm illarum desiderare similiiudinem ; ubi laboratur in médium, cumquc nihil cujusquam preprium sit, omnium emnia sunt. » (T. IV, p. 2, p. 93.) Il faut bien en convenir, la prose du narrateur latin n'est pas» moins poétique que les rers de son traducteur.