‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 9 sur 88 · LA CAFTIYITÉ DE S.VIM MALC · texte numérisé non relu

LA CAFTIYITÉ DE S.VIM MALC

II est plein do dangers qui surpassent vos forces... Fuyez Ter; mais fuyez encor d'autres appas : On ne sort qu'en fuyant vainqueur de ces combats. La paix que nous goûtons a-t-elle moins de charmes? Quoi ! vous hasarderiez le fruit de tant de larmes Et celui de ce sang qu'un Dieu versa pour vous! A ces mots, le vieillard se jette à ses genoux.

Malc le quitte en pleurant. Triste et funeste absence! Il abandonne au sort sa fragile innocence.

11 si3 joint à une caravane qui allait de Béroé àÉdesse, sa patrie; et le voilà clieminant à travers les déserts et les sables.

Peu de jeunesse entre eux, force vieillards craintifs,

Femmes, famille, enfants aux cœurs déjà captifs.

Ils traversaient la plaine aux zéphyrs inconnue.

Un gros de Sarrasins vient s'offrir à leur vue :

Milice du démon, gens hideux et hagards.

Engeance qui portait la mort dans ses regards.

La cohorte du saint est d'abord dispersée :

Équipages, trésors, jeune épouse est laissée.

Telle fuit la colombe, oubliant ses amours,

A l'aspect du milan qui menace ses jours.

Les pères chargés d'ans, laissant leurs tendres gages ',

Fuyaient leur propre mort en ces funestes plages;

Et pour deux jours de vie abandonnaient un bien

Près de qui vivre un siècle aux vrais pères n'est rien...

Une dame, encor jeune et sage en sa conduite,

Aux yeux de son époux dans les fers fut réduite.

Le mari se sauva, regrettant sa moitié;

La femme alla servir un maître sans pitié;

Au chef de ces brigands elle échut en partage.

Cet homme possédait un fertile héritage ;

Et de plusieurs troupeaux, dans Tardente saison,

' Leurs k'inircj enfaiitt : c'est le dalcia pùjaora des poètes latins.

lA FONTAINE. — 1673. 23

Vendait à ses voisins le croît ' et la toison.

Notre héros suivit la dame en servitude.

Ce fut lors, mais trop tard, que pour sa solitude,

Pour son cher directeur et ses sages avis

Il reprit des transports de pleurs en vain suivis.

Forêts! s'écriait-il, retraite du silence,

Lieux dont j'ai combattu la douce violence,

Angéliques cités d'où je me suis banni,

Je vous ai méprisés, déserts, j'en suis puni.

Ne vous verrai-je plus? Quoi ! songe, tu t'envoles!

0 Malc! tu vois le fruit de tes desseins frivoles !,..

Ramené par le mallieui" à de plus saintes idées et plein du souvenir de son ancien désert, Malc vit dans les champs en gardant les troupeaux comme il avait vécu dans la solitude de Béroé au milieu de ses frères : il médite, il prie, il fuit les hommes et même la compagne de sa captivité. De son côté, la pieuse bergère ne s'occupe que de ses brebis et du ciel, qui bénit ses soins et qui console ses ennuis. Leur maitre, content d'eux et craignant qu'ils ne lui échappent par la fuite, veut se les attacher davantage en joignant aux chaînes de l'esclavage les nœuds de l'hyménée. Mais le jeune homme voulait demeurer vierge, et sa compagne était déjà mariée : ils refusent une union criminelle, impossible. L'Arabe les menace; et Malc, dans un moment de désespoir et d'illusion, croit pouvoir échapper au crime qu'on lui propose en se donnant la mort. Déjà le fer brille, et la bergère s'épouvante :

Que vois-je! cria-t-elle. 0 ciel! qu'allez-vous faire? Votre corps est à Dieu : ses mains l'ont façonné; Le droit d'en disposer ne vous est pas donne. Quelle imprudence à vous de finir votre course Par le seul des péchés qui n'a pas de ressource! Toute faute s'expie; on peut pleurer encor; Mais on ne peut plus rien s'étant donné la mort. Vivez donc, et tâchons de tromper ces barbares.

' Les agneaux. Le croit d'un troupeau, rresm/ni^- . p^t son a!i|?nien!s(io7i p»r la naissance des petits.

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