‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 11 sur 88 · LA CAPTIVITÉ DE SAOT MALC · texte numérisé non relu

LA CAPTIVITÉ DE SAOT MALC

C'est là que les vit saint Jérôme. Près d'un siècle d'hivers n'avait pu éteindre ces deux vénérables pénitents, plus anges que mortels '.

Malheiu-eusement cette douce et virginale inspii-ation nous est parvenue avec tous les défauts d'im premier jet, c'est-à-dire avec des incorrections, des négligences et des longueurs. Pressé par les instances de Port-Royal, La Fontaine se hâta trop, et ne tarda pas à se repentii' d'avoir publié une simple ébauche, il supprima le plus d'exemplaires qu'il put de cette édition précipitée, voulant en donner une seconde après avoir remanié ses vers. Mais ce poète , humoriste et distrait comme il y en eut peu, oublia son projet, et le monde littéraire oublia son poëme, devenu presque introuvable jusqu'à l'édition posthume de ses OEuvres diverses, en 1729.

II nous a paru que, malgré ses imperfections et l'oubli dans lequel il est tombé, ce poëme méritait une place dans les recueils de poésie française *. Notre muse pastorale n'a jamais eu plus de naturel, de grâce et de cœur que dans le tableau de Malc et de sa vertueuse compagne s'occupant du ciel en gardant leurs troupeaux. Racan et madame DeshouHères^ qu'on cite partout, n'ont rien de comparable à cette scène pieuse et champêtre. C'est le passage du poëme le plus travaillé, et le seul, il faut bien en convenu', qui puisse figixrer avec

1 La Fontaine finit sou poëme par ou saint Jérùme a commencé son histoire. Voici le début de ce Père, qui se donne pour témoin de ce qu'il raconte : « Marouia, petite bourgade de Syrie, est à trente milles environ d'Antioche et est située à l'orient de cette ville... Là vivait un vieillard nommé Malcbus, c'est-à-dire roi, car ce mot pourrait se traduire par rex. Syrien d'origine, il avait le langage des habitants de la bourgade, comme s'il fût né au milieu d'eux. Auprès de lui demeurait une vieille femme, toute cassée par les ans et au terme de sa carrière. Ils étaient si religieux l'un et l'autre, tellement assidus à l'église, que vous les eussiez pris pour le Zacharie et l'Elisabeth de l'Evangile, u'eîit été qu'un saint Jean-Baptiste ne se trouvait pas au milieu d'eux. Je demandai aux gens du pays quelle était l'alliance qui les avait ainsi réunis, si c'était le mariage, la parenté ou la dévotion; et tous, les appelant des saints et des amis de Dieu, m'en racontèrent je ne sais quelles merveilles. Poussé par la curiosité, j'allai trouver le saint homme, qui me raconta ainsi son histoire. » [Op. t. IV, p. 92.) — ^ Voyez quel cas Laharpe en fait : « Je ne parlerai pas, dit-il, d'un poëme sur le Quinquina que La Fontaine fit dans les intervalles de sa dernière maladie, ni de celui de Saint Mole, qu'il composa dans le même temps par pénitence et pour acquitter le vœu qu'il avait fait de ne plus travailler que sur des sujets de piété. On ne connaît ces productions de sa vieillesse que par le recueil posthume de ses Œuvres mêlées, dont ses éditeurs sont seuls responsables. » [Cours de Littér., t. Vl, p. 375.) Croyons, pour l'honneur de Laharpe, qu'il n'avait pas lu ce poëme, dont il ignorait même la date. Il n'y avait pas moins de dix-neuf ans qu'il était écrit quand arriva la dernière maladie qui convertit le célèbre fabuliste. Nous avons vainement cherché quelque autre appréciation de cette ébauche, qui méritait pourtant d'occuper au moins la critique. Il y avait là un préjugé à détruire.

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