‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 22 sur 88 · IV. »j · texte numérisé non relu

IV. »j

82 IT. IITRIX. CHWT TU.

Les arrête ; et, tirant un fusil de sa poche,

Des veines d'un caillou, qu'il frappe au même instant.

Il fait jaillir un feu qui pétille en sortant ' ;

Et bientôt, au brasier d'une mèche enflammée,

Montre, à l'aide du soufre, une cire allumée.

Cet astre tremblotant, dont le jour les conduit,

Est pour eux un soleil au milieu de la nuit.

Le temple à sa faveur est ouvert par Boirude :

Ils passent de la nef la vaste solitude ^,

Et dans la sacristie entrant, non sans terreur.

En percent jusqu'au fond la ténébreuse horreur.

C'est là que du lutrin gît la machine énorme. La troupe quelque temps en admire la forme. Mais le barbier, qui tient les moments précieux : Ce spectacle n'est pas pour amuser nos yeux. Dit-il; le temps est cher, portons-le dans le temple; C'est là qu'il faut demain qu'un prélat le contemple. Et d'un bras, à ces mots, qui peut tout ébranler. Lui-même, se courbant, s'apprête à le rouler. Mais à peine il y touche, ô prodige incroyable ! Que du pupitre sort une voix effroyable '. Brontin en est ému; le sacristain pâlit; Le perruquier commence à regretter son lit. Dans son hardi projet toutefois il s'obstine. Lorsque des flancs poudreux de la vaste machine L'oiseau sort en courroux, et d'un cri menaçant

^ « Virgile, Géorgiques, 1. i, vers 135; Enéide, 1. i, vers 178. î [Note de Boileau.) Voici les vers imités par le poëte :

El silicis venis abslrusum excuderet ignem. Ac primum silici scintillam excudit Achates, Suscepitque ignem foliis, atqiie arida circum Xutrimenta dédit, rapuilque in foiuite llammam- - 11 parait que Boileau était fier de ce vers, qui rend bien l'cfret de la nuit dans une église : les ténèbres et le silence l'agrandissent.

••■ Gemitus lacrymabilis imo

Aiiditiir limiulo, et vox reddiia fertur ad aures.

[Enéide, 1. in. ver? 39. A'o/f do Boileau.)

ltuli,KAU. — KiTi. 83

Acht;ve d'étonner le baiLier frémissant.

De ses ailes dans Tair secouant la poussière.

Dans la main de Boirude il éteint la lumière.

Les guerriers à ce coup demeurent confondus;

Ils regagnent la nef, de frayeur éperdus.

Sous leurs corps tremblotants leurs genoux s'affaiblissent;

D'une subite horreur leurs cheveux se hérissent;

Et bientôt;, au travers des ombres de la nuit,

Le timide escadron se dissipe et s'enfuit.

Ainsi lorsqu'en un coin, qui leur tient lieu d'asile,j

D'écoliers libertins une troupe indocile,

Loin des yeux d'un préfet au travail assidu,

Va tenir quelquefois un brelan défendu.

Si du veillant Argus la figure effrayante

Dans l'ardeur du plaisir k leurs yeux se présente.

Le jeu cesse à l'instant, l'asile est déserté.

Et tout fuit à grands pas le tyran redouté.

La Discorde, qui voit leur honteuse disgrâce. Dans les airs cependant tonne, éclate, menace ; Et, malgré la frayeur dont leurs cœurs sont glacés, S'apprête à réunir ses soldats dispersés. Aussitôt de Sidrac elle emprunte l'image : Elle ride son front, allonge son visage, Sur un bâton noueux laisse courber son corps, Dont la chicane semble animer les ressorts; Prend un cierge en sa main, et, d'une voix cassée. Vient ainsi gourmander la troupe terrassée :

Lâches, où fuyez-vous? quelle peur vous abat* ? Aux cris d'un vil oiseau vous cédez sans combat ! Où sont ces beaux discours jadis si pleins d'audace?

» Boileau parodie un discours de Nestor reprochant aux Grecs de n'ose se mesurer avec Hector, qui les définit au combat. {Uind'', I. Tii, vers 121. )

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