LE LUTRIN, CHANT VI
Désormais sur ses pieds ne Toserait attendre, Et déjà voit pour lui tout le peuple en courroux Crier aux combattants : Profanes, à genoux ' ! Le chantre, qui de loin voit approcher Forage, Dans son cœur éperdu cherche en vain du courage : Sa fierté Tabandonne, il tremble, il cède, il fuit. Le long des sacrés murs sa brigade le suit. Tout s'écarte à Tinstant; mais aucun n'en réchappe : Partout le doigt vainqueur les suit et les rattrape.
Evrard seul, en un coin prudemment retiré,
Se croyait à couvert de Tinsulte sacré;
Mais le prélat vers lui fait une marche adroite :
Il Fobserve de VœW \ et, tirant vers la droite,
Tout d'un coup tourne à gauche, et d'un bras fortuné
Bénit subitement le guerrier consterné ^
Le chanoine, surpris de la foudre mortelle.
Se dresse, et lève en vain une tête rebelle :
Sur ses genoux tremblants il tombe à cet aspect.
Et donne à la frayeur ce qu'il doit au respect.
Dans le temple aussitôt le prélat plein de gloire Va goûter les doux fruits de sa sainte victoire; Et de leurs vains projets les chanoines punis S'en retournent chez eux éperdus et bénis.