LE GENIE ÉPIQLE DE VOLTAIRE
La Henriade manque d'unité et d'invenlion. — Imitallotis et plagiats.— La tempôte sur la Manche.
La Henriade n'est pas une épopée : tout le monde en convient, même les plus chauds admirateurs du talent poétique de Voltaire, si nous en exceptons pourtant ceux qui, comme Frédéric 11 et Marmontel, pour honorer leur philosophie, placèrent son patriarche à côté du cygne de Mantoue et même un peu plus haut ^. Laharpe, fasciné par la gloire poétique de son maitre, et le défendant de son mieux, accorde cependant que la Henriade manque d'unité, d'invention, de merveilleux, d'intérêt dramatique ; que la conception eu est petite; que les plus beaux épisodes y sont quelquefois, sinon des hors-d'œuvTC, au moins des ornements mal fondus dans l'ensemble; que les personnages y agissent peu, y parlent encore moins ; en un mot, que cette histou'e, brillamment, mais sèchement versiiiêe, n'est ni un chef-
11 faut l'avoir lu; et pour le lire, il faut être éveillé. » {Soire'es de Sai/d- Pétersbourg, quatrième entretien.) Sur dix hommes de lettres, neuf en pourraient dire autant aujourd'hui.
1 En 1802 Chateaubriand trouvait encore dans la Henriade une narratian vive et pressée, de beaux vers, une diction éléga^ite, un goût jmr, un style correct. {Génie du Christianisme, seconde partie, livre I, chap. V.) En 1838 M. Villcmain, après un examen sévère de cette épopée sans originalité, s'éci-iait au milieu dos applaudissements de son auditoire : « Et cependant, Mcssieufo..., elle \ivra dans notre langue. Tant est grande la difliculté de l'art, tant il est beau d'avoir approché de queUiucs degrés vers sa sublime hauteur ! La Henriade, soutenue par les noms de Voltaire et de Henri, traversera les siècles. » {Cours de litténdure française, t. I, viii'^ leçon, p. 254.) — 2 Préfaces pour la Henriade. {Œuvres de Voltaire, 1784.)