‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 39 sur 88 · LES AVANTAGES DE LA COUR ET CEUX DE L ETUDE · texte numérisé non relu

LES AVANTAGES DE LA COUR ET CEUX DE L ETUDE

salire troisième de Régnier i. — De 1600 à 1608.

Régnier, voulant faire fortune, s'était attaché, dès l'âge de vingt ans, au cardinal de Joyeuse, et n'avait obtenu de ce riche et puissant prélat ni pension ni bénéfice. Las d'attendre, et songeant à quitter le métier de courtisan pour se livrer à l'étude, il soumet sa délibératiou et ses doutes au marquis de Cœuvres, François-Annibal d'Estrées, qui fut élevé plus tard à la dignité de maréchal. Pour réussir à la cour il faut se faire esclave, flatteur et menteur. Pour s'adonner aux lettres il faut avoir de quoi manger et vivre, sous peine de ne se nourrir que de science et de fumée. Donc il continuera quelque temps encore à chercher auprès des grands non pas les richesses et les hautes dignités, mais quelque modique revenu suffisant à ses besoins et incapable d'exciter l'envie, résolu, quand il l'aura, de se donner tout entier aux Muses. Eu attendant, il étudiera les hommes ; car, pour se tu-er d'affaire ici-bas, la science des livres ne suffit point; il faut y joindre la finesse et la prudence qu'on acquiert par l'expérience de la vie. Tel est le sujet de cette pièce, à notre avis la plus franchement écrite des seize satires de Régnier. Cependant on y retrouve quelque chose de tous les défauts ordinaires à cet autem-, des latinismes, des phrases obscures et incorrectes, des nonchalances dans la pensée, des trivialités choquantes dans l'expression, et même quelques traces de cette déplorable immoralité dont nous parlerons plus bas.

Marquis, que dois-je faire en cette incertitude? Dois-je, las de courir, me remettre à l'étude. Lire Homère, Aristote, et, disciple nouveau, Glaner ce que les Grecs ont de riche et de beau. Reste de ces moissons que Ronsard et Desportes'

'Né eu 1573, mort en lUlS. — * Voyez la satire suivante.

lY. H

Ont remporté du champ sur leurs épaules fortes;

Qu'ils ont, comme leur propre, en leur grange entassé.

Égalant leurs honneurs aux honneurs du passé?

Ou si, continuant à courtiser mon maître *,

Je me dois jusqu'au bout d'espérance repaître.

Courtisan morfondu, frénétique et rêveur,

Portrait de la disgrâce et de la défaveur ;

Puis, sans avoir du bien, troublé de rêverie.

Mourir dessus un coffre en une hôtellerie %

En Toscane, en Savoie ou dans quelque autre lieu,

Sans pouvoir faire paix ou trêve avecque Dieu.

Sans parler je t'entends : il faut suivre l'orage ^; Aussi bien on ne peut où choisir avantage *. Nous vivons à tâtons, et dans ce monde ici Souvent avec travail on poursuit du souci ; Car les dieux, courroucés contre la race humaine, Ont mis avec les biens la sueur et la peine. Le monde est un berlan ^ où tout est confondu ; Tel pense avoir gagné qui souvent a perdu. Ainsi qu'en une blanque * où par hasard on tire; Et qui voudrait choisir souvent prendrait le pire. Tout dépend du destin, qui, sans avoir égard. Les faveurs et les biens en ce monde départ. Mais puisqu'il est ainsi que le sort nous emporte. Qui voudrait se bander ' contre une loi si forte? Suivons donc sa conduite en cet aveuglement. Qui pèche avec le ciel pèche honorablement. Car penser s'affranchir, c'est une rêverie.

* Le cardino.l de Joyeuse, au service duquel il resta depuis 1o93 jusqu'à 1603.

— 2 c/egt ce qui lui arriva à Rouen, où il mourut dans une auberge. — ^ C'est la pensée d'Horace dans le vers quinzième de sa première épîlre :

Que me cuirque rapit teiupeslas deferor hospes.

— * Aussi bien n'a-t-on pas le pouvoir de choisir le meilleur. C'est im latinisme : non hahet quis uii vfl iiude commorbi.m elirjat. — * Un 'urelan. — ^ En un blanc. — ''Se roidir.

REGNIER. — JJE 1000 A 1C08. 163

L;i lilxMté par songe en la terre est chérie.

Rien n'est libre en ce monde; et chaque homme d('"i)p;ii!.

Comtes, princes, sultans, de quelque autre phis grand.

Tous les hommes vivants sont ici-bas esclaves;

Mais, suivant ce qu'ils sont, ils diffèrent d'entraves :

Les uns les portent d'or, et les autres de fer.

En vain, me retirant enclos en une étude, Penserai-je laisser le joug de servitude; Étant serf du désir d'apprendre et de savoir. Je ne ferais sinon que changer de devoir. C'est l'arrêt de nature, et personne en ce monde Ne saurait contrôler sa sagesse profonde.

Puis, que peut-il servir aux mortels ici-bas.

Marquis, d'être savants ou de ne l'être pas,

Si ia science, pauvre, affreuse et méprisée.

Sert au peuple de fable, aux plus grands de risée.

Si les gens de latin des sots sont dénigrés

Et si l'on est docteur sans prendre ses degrés?

Pourvu qu'on soit morgant *, qu'on bride sa moustache.

Qu'on frise ses cheveux, qu'on porte un grand panache.

Qu'on parle baragouin et qu'on suive le vent.

En ce temps du jourd'hui l'on n'est que trop savant

Or, quant à ton conseil qu'à la cour je m'engage. Je n'en ai pas l'esprit non plus que le courage. Il faut trop de savoir et de civilité. Et, si j'ose en parler, trop de subtilité. Ce n'est pas mon humeur : je suis mélancolique; Je ne suis point entrant^; ma façon est rustique; Et le surnom de bon me va-t-on reprochant. D'autant que je n'ai pas l'esprit d'être méchant '. Et puis je ne saurais me forcer ni me feindre.

1 Qu'on ait de la morgue. — ' liisinuant. — ^ Ce satin(!iie était d'humour iiute; on l'appelait communément le bon Rej^nicr.

\Q\ SATJRES.

Trop libre en volonté, je ne me puis contraindre.

Je ne saurais flatter, et ne sais point comment

Il faut se taire accorl * ou parler faussement.

Bénir les favoris de geste et de paroles.

Parler de leurs aïeux au jour de Cerisoles %

Des hauts faits de leur race, et comme ils ont acquis

Ce titre avec honneur de ducs et de marquis.

Je n'ai point tant d'esprit pour tant de menterie.

Je ne puis m'adonner à la cajolerie;

Selon les accidents, les humeurs ou les jours

Changer, comme d'habits, tous les mois de discours.

Suivant mon naturel, je hais tout artifice;

Je ne puis déguiser la vertu ni le vice ;

Offrir tout de la bouche, et, d'un propos menteur,

Dire : Pardieu! monsieur, je vous suis serviteur;

Pour cent bonadiès " s'arrêter en la rue ;

Faire sur l'un des pieds en la salle la grue " ;

Entendre un marjolet ^ qui dit avec mépris :

Ainsi qu'ânes, ces gens sont tous vêtus de gris;

Ces autres verdelets aux perroquets ressemblent.

Et ceux-ci, mal peignés, devant les dames tremblent.

Puis, au partir de là, comme tourne le vent,

Avecques un bonjour, amis comme devant.

Je n'entends point le cours du ciel ni des planè'tes®;

Je ne sais deviner les affaires secrètes.

Connaître un bon visage et juger si le cœur.

Contraire à ce qu'on voit, ne serait point moqueur.

1 A propos, habilement. — * A la journée ou à la bataille de Cerisoles, gagnée sous le règne de François I*'', en 1544, par l'armée française, qui battit celle de Gharles-Ouint. — ^ Bonjour, du latin houa di?s. — '►On dit aujourd'hui faire le pied de grue, pour signilier qu'on attend longtemps sur ses pieds. — ^ Un homme faisant le galant et l'entorKiii.

8 Motus

Asirfinim igtioro.

[i\x\tn.,Snl. lu, V. " ei 43.)

RF.cMKR. — \n: IGOO A 1(;.08. 105

Pour moi, j'ai de la cour autant c.oiunie il m'en laul : Le vol de mon dessein ne s'étend point si haut. De peu je suis content, encore que mon maître, S'il lui plaisait un jour mon travail reconnaître. Peut autant qu'autre prince, et a trop de moyen D'élever ma fortune et me faire du bien...

Que me sert de m'asseoir le premier à la table Si la faim [des honneurs] me rend insatiable. Et si le faix léger d'une double évêché i. Me rendant moins content, me rend plus empêché; Si la gloire et la charge à la peine adonnée Rend sous l'ambition mon âme infortunée ? Et quand la servitude a pris l'homme au collet, J'estime que le prince est moins que son valet.

C'est pourquoi je ne tends à fortune si grande : Loin de l'ambition, la raison me commande; Et ne prétends avoir autre chose, sinon Qu'un simple bénétice et quelque peu de nom. Afin de pouvoir vivre avec quelque assurance Et de m'ôter mon bien que l'on ait conscience. Alors, vraiment heureux, les livres feuilletant, Je rendrais mon désir et mon esprit content. Car sans le revenu l'étude nous abuse.

Et le corps ne se paît' aux banquets de la muse...

Sais-tu, pour savoir bien, ce qu'il nous faut savoir?

' A cette époque le genre du mot cvèché n'était pas encore déterminé. Ménage, dans sa Requête des dictionnnires, imprimée eu 1649, assure qu'il n'y avait que les puristes qui disaient une évesché.

Ils veulent, malgré la raison, Qu'on dise aujourd'hui la foison.

llne épitapfie, une épigrammr, bne navire, une anagramme, Une reproche, une duché, Une memonge, une évesché.

* Ne se repait pas.

C'est s'aitine.r le goût de connaître et de voir. Apprendre dans le monde et lire dans la vie D'autres secrets plus fins que de philosophie, Et qu'avec la science il faut un bon esprit K Or entends à ce point ce qu'un Grec en écrit.

Jadis un loup, dit-il, que la faim époinçonne'. Sortant hors de son fort, rencontre une lionne. Rugissante à l'abord et qui montrait aux dents L'insatiable faim qu'elle avait au dedans. Furieuse, elle approche; et le loup, qui l'avise, D'un langage flatteur lui parle et la courtise. Car ce fut de tout temps que, ployant sous l'effort, Le petit cède au grand et le faible au plus fort. Lui, dis-je, qui craignait que, faute d'autre proie, La bête l'attaquât, ses ruses il emploie. Mais enfin le hasard si bien le secourut Qu'un mulet gros et gras à leurs yeux apparut. Ils cheminent dispos, croyant la table prête. Et s'approchent tous deux assez près de la bête. Le loup, qui la connaît, malin et défiant. Lui regardant aux pieds, lui parlait en riant : D'où es-tu ? qui es-tu ? quelle est ta nourriture. Ta race, ta maison, ton maître, ta nature? Le mulet, étonné de ce nouveau discours. De peur ingénieux, aux ruses eut recours; Et, comme les Normands, sans lui répondre : Yoire ', Compère, ce dit-il, je n'ai point de mémoire; Et comme sans esprit ma grand'mère me vit. Sans m'en dire autre chose, au pied me l'écrivit.

' Voici, à notre avis, le sons de cette phrase. Sais-tu ce qu'il faut savoir pour avoir une science parfaite? Il faut s'afliner le goût de l'observation ; il faut, en exerçant ce goût, apprendre dans l'étude pratique du monde et de la vie des secrets auxquels la philosophie spéculative ne peut atteindre, et enfin se bien persuader que la science est insuffisante sans le bon sens. — * Aiguillonne. Voyez la fable de La Fontaine intitulée le Renard, le Loup et le Chenal. Second recueii, p. 123. — ' Vraiment, oui ou non.

KEGNIKR. — DE 1601 A 1008. 46"

Lors il lève la jambe au jarret ramassée;

Et d'un œil innocent il couvrait sa pensée.

Se tenant suspendu sur les pieds en avant.

Le loup, qui l'aperçoit, se lève de devant,

S'excusant de ne lire avec cette parole

Que les loups de son temps n'allaient point à l'école.

Quand la chaude lionne, à qui l'ardente faim

Allait précipitant la rage et le dessein,

S'approche, plus savante, en volonté de lire.

Le mulet prend le temps, et du grand coup qu'il tire

Lui enfonce la tête, et, d'une autre façon

Qu'elle ne savait point, lui apprit sa leçon.

Alors le loup s'enfuit, voyant la bête morte.

Et de son ignorance ainsi se réconforte :

N'en déplaise aux docteurs, cordeliers, jacobins,

Pardieu, les plus grands clercs ^ ne sont pas les plus fins.

L OÏPOfiîl'X 01 LE FACHEUX,

satire huitième de Regmeb. — De 1601 à 1608.

Cette satire, a été inspirée par celle d'Horace, Ibam furie via sacra^ ; mais elle est loin de la valoir, bien que le personnage mis en scène par Régnier soit peut-èti'e mieui entendu que celui du poëte latin, au moins dans nos mœurs. Comme l'importmi de Rome, il est indiscret, étourdi et plein de lui-même ; mais il a de plus la légèreté du petit-maître ; il fallait cela pour Paris. Pourquoi donc, avec un thème plus riche, l'imitateur est-il demeuré fort au-dessous de son modèle? C'est qiie dans les soixante-dix-huit vers latins tout est vif, saillant, mesuré, piuiait, et que les deux cent vingt-huit vers français sont remplis de négligences, d'incorrections^ d'obscurités et de longueurs. Ces deux tableaux sentent leur siècle, celui d'Auguste et celui de François 1", ou plutôt de Charles IX et de Henri lU. Régnier, comme nous le diious dans l'avant-propos de la satire suivante, quoiqu'il fût

' Les plus savants. Un clerc était un honiino lettré. — ^ L, I, S'?/. 'J.

contenipurain de Malherbe, apparleuait encore à l'écule de Ronsard, école sans goût;, qui a si bien montré que la verve et roriginalité ne suffisent pas au poëte. — Cette sath-e est adressée à M. l'abbé de Beaulieu, nommé par Sa Majesté à l'évèché du Mans eu 1601.

Charles, de mes péchés j'ai bien fait pénitence. Or, toi qui te connais aux cas de conscience. Juge si j'ai raison de penser être absous.

J "oyais un de ces jours la messe à deux genoux, Faisant mainte rraison, l'œil au ciel, les mains jointes, Le cœur ouvert aux pleurs et tout percé de pointes Qu'un dévot repentir élançait dedans moi, Tremblant des peurs d'enfer et tout brûlant de foi, Quand un jeune frisé, relevé de moustache. De galoche, de botte et d'un ample panache. Me vint prendre et me dit, pensant dire un bon mot : Pour un poëte ' du temps, vous êtes trop dévot. Moi, civil, je me lève, et le bonjour lui donne.

Qu'heureux est le folâtre, à la tête grisonne.

Qui brusquement eût dit, avecques un sambieu ' :

Oui bien pour vous, monsieur, qui ne croyez en Dieu !

Sotte discrétion! je voulus faire accroire

Qu'un poëte n'est bizarre et fâcheux qu'après boire.

Je baisse un peu la tète, et tout modestement

Je lui fis à la mode un petit compliment.

Lui, comme bien appris, le même me sut rendre,

Et cette courtoisie à si haut prix me vendre

Que j'aimerais bien mieux, chargé d'âge et d'ennuis.

Me voir à Rome pauvre, entre les mains des Juifs '.

Il me prit par la main après mainte grimace.

Changeant, sur l'un des pieds, à toute heure de place

1 F,e mot pocte est aujourd'hui de trois syllabes. — ' Espèce de jurement qu'on prononça depuis sambieu. — ' Des usuriers.

REGMlOrv. — 1)K IGOl A 1008. IGO

Mais, ami, iuissons-lc discourir,

Dire cent et cent fois : Il en faudrait mourir". Sa barbe pinçoter, cajoler la science, Relever ses cheveux, dire : En ma conscience! Faire la belle main, mordre un bout de ses gants, Rire hors de propos, montrer ses belles dents. Se carrer sur un pied, faire arser son épée ' Et s'adoucir les yeux ainsi qu'une poupée. Cependant qu'en trois mots je te ferai savoir Où premier, à mon dam, ce fâcheux me put voir,

m'avait déjà rencontre chez une dame; et, pendant tout le temps qu'ils étaient demeurés ensemble, il n'avait pas trouvé moyen de placer un mot, tant les impertinences du fat se succédaient avec impétuosité.

Et ne fut de parler jamais en ma puissance.

Bien qu'il m'eût à l'abord doucement fait entendre Qu'il était mon valet, à vendre et à dépendre. Et, détournant les yeux : Belle, à ce que j'entends, Comment! vous gouvernez les beaux esprits du temps !... Puis, rechangeant de note, il montre sa rotonde ' : Cet ouvrage est-il beau? Que vous semble du monde? L'homme que vous savez m'a dit qu'il n'aime rien. Madame, à votre avis, ce jourd'hui suis-je bien? Suis-je pas bien chaussé? ma jambe est-elle belle? Voyez ce taffetas; la mode en est nouvelle; C'est œuvre de la Chine. A propos, on m'a dit

Que contre les clinquants le roi fait un édit*

D'assez d'autres propos il me rompit la tête ^

* Exclamation alors usitée, dont certaines gens assaisonnaient leurs discours à tout propos. — ' Faire briller son épée, ou, selon d'antres, la redresser. — ' Collet empesé et monté sur du carton. — * « Henri IV, dit Brossette, avait fait trois édits contre les clinquants et dorures, le premier eu l.o94, le second en 1601 et le troisième en 1606, publié en 1607. C'est de ce dernier édit que Rcj^nier veut parler; et il peut servir de date à cette satire.» Pourquoi Rejrnier ne parlernit-il point du second, dont la date coïncide avec celle de la nomination de l'abbé de Beaulieu à son évêché? — * Ne retrouve-t-ou pas ce fat, sous le nom de Mascarille, dans la ^cène dixième des Précieuses ridiciiles ?

Voilà quand et t:uiJiment je connus cette bête. Te jurant, mon ami, que je quittai ce lieu Sans demander son nom et sans lui dire adieu.

Il y a de la vivacité et du naturel dans cette petite scène. Régnier excelle dans l'art de faire parler brusquement un personnage. Le principal mérite de sa pièce est dans cet habile passage du récit au dialogue : le discours s'échappe comme un trait.

Je n'eus depuis ce jour de lui nouvelle aucune, Si ce n'est ce matin, que de maie fortune Je fus en cette église où, comme j'ai conté,

Pour me persécuter Satan l'avait porté

Il me pousse en avant, me présente la porte.

Et, sans respect des saints, hors l'église il me porte.

Sortis, il me demande : Ètes-vous à cheval ? Avez-vous point ici quelqu'un de votre troupe ? — Je suis tout seul, à pied. — Lui de m'offrir la croupe. Moi, pour m'en dépêtrer, lui dire tout exprès : Je vous baise les mains; je m'en vais ici près Chez mon oncle dîner! — 0 Dieu! le galant homme !

J'en suis

Insensible, il me traîne en la cour du palais. Où trouvant par hasard quelqu'un de ses valets. Il l'appelle, et lui dit : Holà ! ho ! Ladreviile, Qu'on ne m'attende point, je vais dîner en ville.

Le voilà donc en route avec son importuu, comme Horace avec le sien. Le reste de cette pièce n'est plus guère qu\me traduction ou plutôt une paraphrase de la satire latine : mêmes péripéties , mêmes peintures, même dénoùment à l'aide d'un sergent qui délivre subitement le poète en interpellant son maudit compagnon et eu l'appréhendant au corps.

Depuis, aux bons sergents j'ai porté révérence. Comme à des gens d'honneur, par qui le ciel voulut Que je reçusse im jour !p bien de mon salut.

nEGNIKU. — 1»L 1006 A 1608. 171

Régnier a beaucoup pris dans les pootes latins, budoul dans Horace, dans Juvc'nal ot dans Ovide. Mais, au lieu de s'approprier leurs conceptions en donnant une autre tournme à leurs iiensées quand c'est de leurs pensées qu'il s'empare, ou en apiiHquant leurs ligures à il'autres objets lorsqu'il leur emprunte des formes littéraires, il ne fait ordinairement que les traduire , leur prenant tout à la fois idées pt images, cadres et tableaux.

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