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CONTRE LES FE.MMES

Satire dixième de Boileac. — 1694.

Décidément la muse satirique de Boileau s'est plu dans les paradoxes. Nous en avons déjà vu trois : le premier sur les folies humaines ; le second sur les abus de la noblesse ; le troisième sur la dégradation de l'homme. En voici un quatrième sur les défauts des femmes : il s'en trouve tant de légères, de capricieuses, d'entêtées, de jalouses, de précieuses , de prodigues, d'avares, de plaideuses, d'hypocrites, etc., que bien fou est celui qui se marie. Ce raisonnement est poursuivi pendant plus de sept cents vers.

Parmi les critiques U n'y a qu'une voix sur la valeur philosophique 3t littérale de cette hyperbole. Elle est écrite avec soin ; elle a qucl-

1 Voilà la neuvième fois que le nom de ce pauvre abbé Colin reparait dans cette satire.

ques détails heureux, et ses transitions sont ménagées avec un art dont 1 auteur s'applaudissait ; mais ce n'est cependant , pournous sernr des expressions de Laharpe, qu'un lieu commun, qui rebute par sa longueur et qui révolte par son injustice K Nous n'en citerons qu un passage, le portrait historique du lieutenant criminel Tardieu et de sa dis:ne compagne :

Dans la robe on vantait son illustre maison;

11 était plein d'esprit, de sens et de raison/

Seulement pour l'argent un peu trop de faiblesse

De ces vertus en lui ravalait la noblesse.

Sa table toutefois, sans superlluité.

N'avait rien que d'honnête en sa frugalité.

Chez lui, deux bons chevaux, de pareille encolure.

Trouvaient dans l'écurie une pleine pâture.

Et du foin que leur bouche au râtelier laissait]

De surcroît une mule encor se nourrissait.

Mais cette soif de l'or qui le brûlait dans l'âme

Le tit enfin songer à choisir une femme;

Et l'honneur dans ce choix ne fut point regardé.

Vers son triste penchant son naturel guidé

Le fit, dans une avare et sordide famille.

Chercher un monstre affreux sous l'habit d'une nlie;

Et, sans trop s'enquérir d'où la laide venait.

Il sut, ce fut assez, l'argent qu'on lui donnait.

Rien ne le rebuta, ni sa vue éraillée

Ni sa masse de chair bizarrement taillée;

Et trois cent mille francs, avec elle obtenus,

La firent à ses yeux plus belle que Vénus.

Il l'épouse ; et bientôt son hôtesse nouvelle ,

Le prêchant, lui fit voir qu'il était, au prix d'elle.

Un vrai dissipateur, un parfait débauché.

Lui-même le sentit, reconnut son péché.

Se confessa prodigue, et, plein de repen tance.

Offrit sur ses avis de régler sa dépense.

1 Cours de littérature, t. VI. ,,. 19G et 197. (Paris, au VII.)

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Aussitôt de chez eux tout rôti dispiirul;

Le pain bis^ renfermé, d'une moitié décrut;

Les deux chevaux, la mule au marché s'envolèrent;

Deux grands laquais, à jeun, sur le soir s'en allèrent.

De ces coquins déjà Ton se trouvait lassé ,

Et, pour n'en plus revoir, le reste fut chassé.

Deux servantes déjà, largement soufHctées,

Avaient à coups de pied descendu les montées ;

Et, se voyant enfin hors de ce triste lieu.

Dans la rue en avaient rendu grâces à Dieu.

Un vieux valet restait, seul chéri de son maître ,

Que toujours il servit et qu'il avait vu naître.

Et qui de quelque somme, amassée au bon temps.

Vivait encor chez eux , partie à ses dépens.

Sa vue embarrassait; il fallut s'en défaire :

Il fut de la maison chassé comme un corsaire.

Voilà nos deux époux sans valets, sans enfants.

Tout seuls dans leur logis, libres et triomphants.

Alors on ne mit plus de borne à la lésine :

On condamna la cave, on ferma la cuisine.

Pour ne s'en point servir aux plus rigoureux mois.

Dans le fond d'un grenier on séquestra le bois.

L'un et l'autre dès lors vécut à l'aventure

Des présents qu'à l'abri de la magistrature

Le. mari quelquefois des plaideurs extorquait

Ou de ce que la femme aux voisins escroquait.

Mais, pour bien mettre ici leur crasse en tout son lustre.

Il faut voir du logis sortir ce couple illustre ;

Il faut voir le mari tout poudreux , tout souillé.

Couvert d'un vieux chapeau de cordon dépouillé.

Et de sa robe, en vain de pièces rajeunie ,

A pied dans les ruisseaux traînant l'ignommie.

Mais qui pourrait compter le nombre de haillons ,

De pièces, de lambeaux, de sales guenillons.

De chiffons ramassés dans la plus noire ordure Dont la femme, aux bons jours, composait sa parure? Décrirai-je ses bas en trente endroits percés. Ses souliers grimaçants vingt fois rapetassés. Ses coiffes, d'où pendait au bout d'une ficelle Un vieux masque pelé presque aussi hideux qu'elle? Peindrai-je son jupon bigarré de latin.

Qu'ensemble composaient trois thèses de satin, Présent qu'en un procès, sur certain privilège, Firent à son mari les régents d'un collège, Et qui sur cette jupe à maint rieur encor Derrière elle faisait dire : Argumcntabor?

Mais peut-être j'invente une fable frivole.

Démens donc tout Paris, qui, prenant la parole.

Sur ce sujet encor de bons témoins pourvu ,

Tout prêt à le prouver, te dira : Je l'ai vu ;

Vingt ans j'ai vu ce couple, uni d'un même vice,

A tous mes habitants montrer que l'avarice

Peut faire dans les biens trouver la pauvreté ,

Et nous réduire à pis que la mendicité.

Des voleurs, qui chez eux pleins d'espérance entrèrent,

De cette triste vie enfin les délivrèrent :

Digne et funeste fruit du nœud le plus affreux

Dont l'hymen ait jamais uni deux malhem eux !

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