‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 62 sur 88 · LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE

A Fréron. Satire preniière de Gilbert 2. — ITTJi.

Ne prétends plus, Fréron^, par les savants efforts Détrôner le faux goût qui règne sur nos bords. Depuis que nous pleurons l'innocence exilée. Sous tes mâles écrits vainement accablée % On voit renaître encor l'hydre des sots rimeurs, Et la chute des arts suit la perte des mœurs.

Un monstre dans Paris croît et se fortifie. Qui, paré du manteau de la philosophie. Que dis-je ! de son nom faussement revêtu. Étouffe les talents et détruit la vertu. Dangereux novateur, par son cruel système. Il veut du ciel désert chasser l'Être Suprême ; Et, du corps expiré l'âme éprouvant le sort. L'homme arrive au néant par une double mort. Ce monstre toutefois n'a point un air farouche^ Et le nom des vertus est toujours dans sa bouche.

ï Cow^s de Littér., t. VI, p. 196. — 2 Né en 1731, mort en 1780. — ^ Élie Fréron, né en 1719, mort en 1776 , entra chez les jésuites, et en sortit en 1739. Ce critique, redoutable à Timpiété et au mauvais goût, publiait le journal intitulé Y Année /*7/e/a(>p. — '• Cotistriirtiou amphibologique.

GiLBEaT. — 177o. 273

D'abord, de l'univors réformateur discret,

11 semait ses écrits à l'ombre du secret.

Erraut, proscrit partout, mais souple en sa disgrâce,

]>ientût, le s(;eptre en main, gouvernant le Parnasse,

Ce tyran des beaux-arts, nouveau dieu des mortels.

De leurs dieux diffamés usurpa les autels ;

Et lorsqu'abandonnée h celte idolâtrie

La France, qu'il corrompt, touche à la barbarie,

Fidèle à nous vanter son parti surborneur.

Nous a fermé les yeux sur notre déshonneur ».

Quoi ! votre muse en monstre érige la sagesse ! Vous blâmez ses enfants, et leur crédit vous blesse, Vous, jeune homme! Au bon sens avez-vous dit adieu? Je soupçonne, entre nous, que vous croyez en Dieu. Gardez-vous de l'écrire, et respectez vos maîtres : Croire en Dieu fut un tort permis à nos ancêtres ; Mais dans notre âge ! xMlons, il faut vous corriger : Éclairez-vouS;, jeune homme, an lieu de nous juger; Pensez! A votre Dieu laissez venger sa cause. Si vous saviez penser, vous feriez quelque chose. Surtout point de satire; oh ! c'est un genre affreux! Eh ! qui put vous apprendre, écolier ténébreux. Que des mœurs parmi nous la perte était certaine; Que les beaux-arts couraient vers leur chute prochaine? Partout, même en Russie ^, on vante nos auteurs. Comme l'humanité règne dans tous les cœurs ! Vous ne lisez donc pas le Mercirre de France? Il cite, au moins, par mois un trait de bienfaisance.

Ainsi le grand Pathos, ce poëte penseur^

« Construction défectueuse. Gilbert aurait pu facilement l'éviter en mettant :

// nous ferme les yeuï sur noire d^-shonneur.

* Ou sait que nos philosophes incrédules étaient en faveur à la cour d« Catherine 11.

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