‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 65 sur 88 · CLÉMENT MAROT · texte numérisé non relu

CLÉMENT MAROT

Maillard et Semblançay. — 1527.

Lorsque Maillard % juge d'enfer, menait

A Montfaucon Semblançay * l'âme rendre,

A votre avis, lequel des deux tenait

Meilleur maintien? Pour le vous faire entendre.

Maillard semblait homme qui mort va prendre.

Et Semblançay fut si ferme vieillard

Que l'on cuidait, pour vrai, qu'il menât pendre

A Montfaucon le lieutenant Maillard.

Visconlin et la calandre* du roi. — Métamorphose.

Incontinent que Viscontin mourut.

Son âme entra au corps d'une calandre ;

Puis de plein vol vers le roi s'en courut

Encore un coup son service reprendre ;

Et, pour mieux faire à son maître comprendre

Que c'est lui-même et qu'il est revenu.

Comme on l'ouït parler gros et menu.

Contrefaisant d'hommes geste et faconde,

Ores qu'il est calandre devenu.

Il contrefait tous les oiseaux du monde.

• Né en 1495, mort en 1544. Voyez le Recueil précédent, p. 163. — • Lieutenant criminel de la prévôté de Paris. Il paraît que le poète, qui avait eu affaire à lui en 1S25, lui avait gardé rancune. — ^ Surintendant des finances sous François I^"^; faussement accusé de pétulat par Louise de Savoie, mère du roi, il avait été pendu en 1327. Marot a fait en outre une élégie sur sa mort. — * Sorte de grive ou de grosse alouette, à laquelle on apprenait à imiter le chaut des autres oiseaux.

A un quidam.

Veux-tu savoir à quelle fin

Je t'ai mis hors des œuvres miennes?

Je l'ai fait tout exprès afin

Que tu me mettes hors des tiennes.

A Maurice Scève i. — Les musiciens.

En m'oyant chanter quelquefois, Tu te plains qu'être je ne daigne Musicien et que ma voix Mérite bien que l'on m'enseigne.

Voire que la peine je preigne D'apprendre ut, ré, mi, fa, sol, la.

Que diable veux-tu que j'appreigne?

Je ne bois que trop sans cela.

Congé à un importun.

Bren, laissez-moi, ce disait une

A un sot qui lui déplaisoit.

Ce lourdaud toujours l'importune ;

Puis j'ouïs qu'elle lui disoit :

La plus gi'osse bête qui soit.

Monsieur, comme est-ce qu'on l'appelle ?

— Un éléphant, mademoiselle :

Me semble qu'on la nomme ainsi.

— Pour Dieu, éléphant, ce dit-elle.

Va-t'en donc, laisse-moi ici.

MELLIN DE SAINT-GELAIS ^ Le cheval de François I«'. — Avant 1547-

Petit cheval, gentil cheval.

Bon à monter, bon à descendre,

* Poète lyonnais alors estimé, qui a laissé plusieurs ouvrages en prose et en vers. — 2 Né en 1491, mort eu 1558. Voyez le second Rfcuril, p. 1?9.

SIGOGNES. — MAYNARD. 293

Bien plus petit que Bucéphal,

Tu portes plus grand qu'Alexandre'.

SIGOGNES.

Le damoiseau. — Vers 1600.

Damoiseau de la cour, dont la main inutile Ne rougira jamais de sang dans les combats. L'on dit que vous marchez en marjolet^ de ville. Portant la tête haute et le courage bas : César de cabinet, le roi n'espère pas Le secours de l'État de votre âme débile. Muguet oint ' et lissé comme un homme d'éfain, Otez de votre teint ces mouches de satin ; Sinon, maître Guillaume*, équipé de sonnettes, Avecque la quenouille et le petit fuseau. Ira les enlever dessus votre museau.

Comme un émerillon* qui prend des alouettes.

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