‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 72 sur 88 · LA COMTESSE DE BREGY · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE BREGY

Épilaphe d'un grand seijrneur.

Ci-dessous gît un grand seigneur Qui, de son vivant, nous apprit Qu'un homme peut vivre sans cœur Et mourir sans rendre l'esprit.

MADAME DESHOL'LIÉRES ».

Contre la passion du jeu.

Cette ardeur de jouer, qui nuit et jour occupe. Est un dangereux aiguillon :

1 Maire de Triiiquetailles-lez-Arles, anobli par Louis XIV. Il possédait, à titre d'eugagemeiit, une des îles du Rhône; et les inspecteurs des domaines voulaient le faire rléguerpiv.ou le soîiniettre à la surtaxe imposée à fous les eugagistes. 11 eut recours au roi, et en obtint ce qu'il désirait. — * Auteur d'un recueil de lettres et de vers, née en 1619, morte en tC93. — ' Née en 1638, morte en 1694. Voyez le Recueil premier, p, 106.

Souvent, quoique l'esprit, quoique le cœur soit bon. L'on commence par être dupe.

L'on finit par être fripon.

Épitaphe de L\ Fontaine faite par lui-même. — 1C59.

Jean s'en alla comme il était venu, Mangeant son fonds après son revenu , Tint les trésors chose peu nécessaire '. Quant à son temps, bien le sut dispenser : Deux parts en fit, dont il soûlait passer L'une à dormir et l'autre à ne rien faire '.

Contre mademoiselle Colleleti, qui faisait des vers du vivant de son mari, et qui n'eu fit plus après sa mort. (Madrigal.) — 1659,

Les oracles ont cessé :

Colletet est trépassé.

Dès qu'il eut la bouche close.

Sa femme ne dit plus rien ; Elle enterra vers et prose Avec le pauvre chrétien.

En cela je plains son zèle.

Et ne sais au par-dessus Si les Grâces sont chez elle ; Mais les Muses n'y sont plus.

Sans gloser sur le mystère Des madrigaux qu'elle a faits.

Ne lui parlons désormais

i Né en 16-21, mort en 1695. — - Ces deux vers offrent beaucoup de variantes. — ^ Voyez ci-dessus, p. 196, note 3, le jugement de l'Académie sur ce vers. — * Il paraît que cette dame avait peu d'esprit. Sou mari, en mettant sur son compte les vers qu'il faisait lui-même, l'avait rendue célèbre.

Qu'en la langue de sa mère.

Les oracles ont cessé :

Colletât est trépassé.

Épitaphe d'un grand parleur. — 1660.

Sous ce tombeau pour toujours dort Paul, qui toujours contait merveilles.

Louange à Dieu, repos au mort.

Et paix sur terre à nos oreilles !

Épitaphe de Molière. — 1673.

Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence, Et cependant le seul Molière y gît :

Leurs trois talents ne formaient qu'un esprit Dont le bel art réjouissait la France.

Ils sont partis! et j'ai peu d'espérance Ue les revoir. Malgré tous nos efforts, Pour un long temps, selon toute apparence, Térence, et Plaute, et Molière sont morts.

Contre Furetière. — 1686.

Toi qui crois tout savoir, merveilleux Furetière, Qui décides toujours, et sur toute matière.

Quand, de tes chicanes outré,

Guilleragues ' t'eut rencontré.

Et, frappant sur ton dos comme sur une enclume. Eut à coups de bâton secoué ton manteau. Le bâton, dis-le-nous, était-ce bois de grume.

Ou bien du bois de marmenteau*?

• C'est le comte auquel Boileau a adressé sa cinquième épitre. {Recueil précédent, p. 200.} — * « Furetière, dans un de ses facturas contre l'Académie frauçaise, avait reproché à La Fontaine, qui était maître des eaux et forêts, de ne pas savoir ce que c'était que bois de grume et bois de marmenteau. Notre poëie, impatienté de ce reproche, improvisa cette épigramrae, mais ne la publia jamais. C'est Furetière lui-même qui la fit imprimer le premier, avec la remarque suivante; — l^ota. Cette épigramme montre clairement que l'objcciion qu'on a citée au sieur d^ La Foataiue d'ignorer la nature du bois

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