‹ Bibliothèque critique des poëtes françaisChapitre 73 sur 88 · J. RACINE · texte numérisé non relu

J. RACINE

Sur Andromaque.

Créqui prétend qu'Oresle est an pauvre homme

Qui soutient mal le ranj; d'ambassadeur; 1 t Créqui de ce rang connaît bien la splendeur : Si quelqu'un l'entend mieux, je Tirai dire à Rome'.

Sur riphigénie de Le Clerc 3.

Entre Le Clerc et son ami Goras*,

Deux grands auteurs rimant de compagnie,

N'a pas longtemps s'ourdirent grands débats

Sur le propos de leur Iphigénie.

Coras lui dit : La pièce est de mon cru.

Le Clerc répond : Elle est mienne, et non vôtre.

Mais aussitôt que la pièce eut paru

Plus n'ont voulu l'avoir fait l'un ni l'autre.

Sur l'Aspar de M. de Fontenelle s, — L'origine des sifflets.

Ces jours passés, chez un vieil histrion. Un chroniqueur émut la question Quand dans Paris commença la méthode De ces sifflets qui sont tant à la mode.

de ginime et du bois de marmenteau est bien fondée. Le bois en grume est du bois de charpeute et de charronnage, débité avec son écorce, et qui n'est point équarri. Le bois de marmenteau est un bois de haute futaie, qui est conservé pour l'ornement d'une maison, à laquelle il est attaché, et qu'il n'est pas même permis à un usufruitier de couper. L'un et l'autre bois n'est pas propre à venger des traits médisants. » (Note de Walckcnaér.)

' Né en lii39,mort en 1699. — ^Le duc de Créqui, ambassadeur à Rome, y avait reçu un affront, et s'était retiré sans avoir obtenu satisfaction. — ^ Le Clerc, académicien et poëte dramatique, mourut en 1692. — * Coras, mort en 1677, est l'auteur du poëme qui a fait dire à Boileau, dans sa neuvième satire :

Le Jona* inconnu sèche dans la poussière;

et dans son combat du Lutrin:

L'un prend le seul Jonat qu'on ait vu relié. 6 Secrétaire perpétuel et doyen de l'Académie française, mort centenaire en 1757. Sa tragédie d'Aspar, jouée en 1681, fut si mal accueillie du public qu'il jeta son manuscrit au feu.

304 ÉFIGRAMMES.

Ce fut, dit l'un, aux pièces de Boyer*. Gens pour Pradon^ voulurent parier.

Non, dit l'acteur, je sais toute l'histoire^ Que par degrés je vais vous débrouiller : Boyer apprit au parterre à bâiller ; Quant à Pradon, si j'ai bonne mémoire.

Pommes sur lui volèrent largement ; Mais quand sifïlets prirent commencement. C'est (j'y jouais, j'en suis témoin fidèle). C'est à l'Aspar du sieur de Fontenelle.

Sur le Susostris de Longepierre 8.

Ce fameux conquérant, ce vaillant Sésostris, Qui, jadis en Egypte, au gré des destinées,

Véquit de si longues années.

N'a vécu qu'un jour à Paris.

Sur la Judith de Boyer *.

A sa Judith Boyer, par aventure, Était assis près d'un riche caissier.

Bien aise était; car le bon financier S'attendrissait et pleurait sans mesure.

Bon gré vous sais, lui dit le vieux rimeur ; Le beau vous touche, et ne seriez d'humeur

> Mort académicien en 1G98, et auteur de vingt-deux mauvaises pièces. — * Autre écrivain dramatique, mort aussi en 1698, et tant ridiculisé par Boileau que son nom, comme celui de Cotin, est devenu proverbial. Voyez l'épître à Racine, Recueil précédent, p. 214 et 2l9,no/e 9. — ' Auteur de trois tragédies, mort en 1721. Sésostris fut représenté en 1695, et n'a point été imprimé. — * Cette tragédie, jouée pendant le carême de 1695, eut un succès prodigieux, et fit répandre tant de larmes aux dames qu'elles y assistaient avec des mouchoirs étalés sur leurs genoux. La scène la plus émouvante fut appelée la scène des mouchoirs. « Boyer fit la sottise de faire imprimer sa pièce pendant la quinzaine de Pâques, 1695. Elle fut sifflée quand ou la reprit le lundi de Quasimodo. La Champmêlé, qui jouait Judith, très-scandalisée d'un accueil et d'un bruit auquel elle était si peu accoutumée, dit au parterre : — Messieurs, nous sommes surpris de ce que vous recevez si mal une pièce que vous avez applaudie pendant tout le carême. — Il y avait alors des plaisants au parterre; im «e ces plaisants répondit: — Les sifflets étaient à Versailles, aux sermons de l'abbé Boileau.,» {Note de Geoffroy.)

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