‹ Bibliothèque d'AnjouChapitre 29 sur 89 · Dupin, bibU des aut, eeclés. (t. XI, pp. ao-ai et · texte numérisé non relu

Dupin, bibU des aut, eeclés. (t. XI, pp. ao-ai et

4. De Roye, Vita et kœres. et penit. Berenger. p. 78; — Rongeard, Higt. de VUnivertité d'Angers, (t. I, p. ao et t. II, p. 53) ; — Cl. Ménard Hitt. ma^ de Berenger. Bibl. d*Âiigers, n* 8o3.

5. D'Achery, ut suprà; — Rangeard. t. II, p. 53; «^ D.Mabilion, Veter, anal, 1. 1, p. 736; — De Crozals, Lanfranc^ archevêque de Cantorbéry, Paris, 187a, p. 43; — A. Charma, notice biogrofhiqiêede Lanfranc, i85o, pasjtm.

BIBLlOTldkQ0B d'aWOU 33

et qu'il a voulu écrire contre ceux qui croyant comme luy à la présence réelle et à la Transsubstantiation, prétendoient néanmoins que le changement ne se faisoit pas seulement dans la substance du pain mais aussi dans les espèces^ en sorte que Ton dévoroit avec les dents la chair de Jésus-Christ. Et parce que Anastase distinguait le corps de Jésus-Christ du Sacrement ou de tout ce qui est sensible^ on luy demanda ce quMl pensait sur cela, à quoy il satisfit clairement. Je croy que cette Lettre a esté écrite avant la mort de Bérenger.

Gboffroy MARTIN

Amt. 1081 • ~ Geoffroy Martin, ecclésiastique d'Angers ', fit connoistre sa science et son zèle pour la foy catholique contre l'hérésiarque Bérenger après Tan 1 060. Car ce Tourangeau ayant esté condamné à Rome dans deux Conciles, et en d'autres tems en France, viola la profession de foy qu'il avoit faite avec serment dès qu'il fut revenu en France, et la détourna à son sens hérétique. Sur quoy Geoffroy l'attaqua si vigoureusement, que l'hérétique embarrassé écrivit à Eusèbe Brunon, Evesque d'Angers, qui l'avoit protégé d'abord, pour le prier de l'entendre avec Geoffroy *. Mais ce prélat luy répondit ' : que cela n'estoit pas à propos ; que c'estoit un crime de remettre ces questions en dispute, après avoir esté terminées trois fois par le jugement de la Province de Tours, et éteintes pour la quatrième fois par la sentence du Concile du Siège Apostolique; celasse passa après l'an 1075. Je pense que l'ouvrage de Geoffroy est entièrement perdu.

EnsiBB BRUNON, Evbsqub d*Angbrs

Ann. 1081. — Eusèbe Brunon, car il avoit ces deux noms, succéda au bon Evesque Hubert, l'an 1047 * ; il gouverna l'Eglise d'Angers durant 34 ans, et mourut Tan 1081 *, le 27 d'aoust (■}. Quelques-uns ont cru qu*il avoit fait Bérenger, archidiacre de son Eglise ; mais l'acte de la Fondation ou plutost de la Dédicace de l'Eglise de la Sainte Trinité de Vandôme, célébrée Tan 1040, oti l'on trouve sa souscription, montre évidemment qu'il reçeut cette dignité de l'Evesque Hubert.

Eusèbe fut célèbre dans le onzième siècle, car son nom se trouve dans un grand nombre de monuments. L'an 1049, il assista au Concile de Reims *. Il y a beaucoup d'apparence qu'il se trouva i celuy de Tours qui fut tenu l'an 1060 '.

Eusèbe nous apprend qu'au commencement de son Pontificat^ il se défit de Tabbaye de S. Maurille d'Angers que son prédécesseur, Hubert, avoit retirée de la main de Rainauld de

I. Chapelain de l'éréque, Eusèbe Bninon, puis do>«n de la cathédrale d'Angers. (Rangeard, Hitt. de VUniv. d'Angen, t. I, pp. 37 et 59 et t. II, p. 1 59). 3. Hist. de VUniv. d'Angers, t. I, p. 59; — Cl. Ménard, Bering, mem. retract. {Mi, Bibt. d'Angers, n* 8o3).

3. Hist, de VUniv. d'Angers, t. II, p. 5o ; -- De Roye, Vita hœr. et pomit. Béreng,, p. 48.

4. Statuts du Diocèse d* Angers, Table chron. p. ia6; — GalL christ nw. t. XIV, col. 56o; -* (ann. 1067), d'après une charte sana autorité rapportée dans D. Houiseau, l II.

3. Cf. Gall chriêt. nov. col. 56i ; ^ Rangeard, Hist, de VUniv. t. I, p. 39, ch. XX. (a). Selon une Chronique le s8.

6. Cf. Statuts du Diocèse d'Angers, ubi luprà ~ Mansi, t. XIX, col. 737; — Gall christ, nov. col. 56oa.

7. Mansi, t. XIX, col. 843; — Statuts du Diocèse d'Angers, p. laô (table chronol.).

34 BIBLtOTHiQUX d'aNJOV

Chasteau-Gontiery et qu^il la donna à un de ses amis, crofant qu^estant pieux, il procureroit une grande utilité à cette Église et aux Clercs qui y servoient Dieu. Mais voyant, au contraire, qu'ils avoient plus perdu que gagné sous ce Recteur ou Abbé, et que les Chanoines se plaignoient per* pétuellement de sa conduite, il retira cette Eglise de la puissance de cet homme et la remit sous son autorité. Toutefois la pauvreté le força de recevoir trois livres des Chanoines qui les luy donnèrent volontairement pour faire un échange, à condition qu'il joindront l'anathème à FEcrit, quUl signeroit de sa main, pour promettre et s'engager que ni luy, ni aucun de ses successeurs ne transporteroit plus au pouvoir d'un autre cette Abbaye. C'est ce qu'il fit. Ménage nous a donné cette Charte dans l'Histoire de Sablé^ p. g8 *. Geoffroy Martel ayant donné le Monastère de Craon aux Religieux de son abbaye de Vandôme, Eusèbe confirma cette Donation par une Lettre qu'il fit, le 26 de mars, l'an jo53.

L'an 1 08 1 , au mois d'aoust, Eusèbe un peu avant sa mort, termina un différent, entre Geoffroy Chantre et Marbodus Maistre Ecole de l'Eglise d'Angers *. Quelques-uns mettent, dès l'an 1047, le commencement de l'hérésie de Bérenger, et croyent qu'il avoit esté Maistre d'Eusèbe. D'autres la marquent sur l'an io5i. Quoiqu'il en soit, on croit avec beaucoup de vrai*semblance que ce Prélat favorisa plutost la personne de Bérenger que son erreur : ce qui donna néanmoins occasion à quelques-uns de le soupçonner d'errer luy-mesme '. Theoduin* Evesque de Liège, et Durand, abbé de Trourn, en Normandie, accusent Brunon d'avoir soutenu Bérenger dans son erreur. Quoique ces deux auteurs soient contemporains, il semble que leur témoignage ne doit pas estre préféré à celui des autres qui ne l'ont pas dit. Car Durand l'a écrit apparemment sur l'autorité de Theoduin, qui estoit trop éloigné d'Angers pour scavoir en détail ce qui s'y passoit ^.

L'an 1062, on célébra la Dédicace de l'Eglise d'un nouveau Monastère à Angers, en l'honneur du Sauveur. La cérémonie se fit par Hugue, archevêque de Bezançon, Eusèbe d'Angers, Vulgrin du Mans et Quiriac de Nantes. Ces Prélats s'assemblèrent ensuite dans une chapelle avec plusieurs scavants hommes, et ils condamnèrent l'hérésie de Bérenger '.

Cette hérésie avoit esté condamnée trois fois par le jugement de la Métropole de Tours, et éteinte enfin par la sentence du Synode du Siège apostolique, lorsque Bérenger écrivit à Eusèbe, que Geoffroy Martin favorisait avec très-grand soin et avec les éloges du public, les impertinences et les folies de Lanfranc. Sur quoy il conjurait ce Prélat de le faire venir, afin qu'il fusi entendu en sa présence avec Geoffroy sur l'explication du passage de S. Ambroise, tiré du Traité des Sacrements «.

Eusèbe luy répondit, avec beaucoup de douceur et d'honnesteté, et peut-estre avec trop d'égards : qu*îl ne scavoît pas, si c'estoit pour soutenir la vérité, ou pour se faire de la réputation, qu'on avoit remué cette question ; mais qu'il scavoit bien, qu'après avoir esté répandue dans une grande partie du monde Latin, elle a fait beaucoup de tort à leur réputation, qui s'est trouvée exposée aux

1. Chap. XVIII, {généalogie de la maison de Château-Gontier) ; — Gallia christ., noT. t. XIV, Instr. p. i53.

2. Rangeard, Hist, de l'Univers. d'Ang,, t. I, p. 37 et t. II, p. iSg, Preuves, n» V ; — V. Annales ecclésiastiques de VAnjoUt par l'abbé Pletteau, (Revue d'Anjou, 4** série, XIII, 1874, p. 10).

3. Rangeard, Hist. de V Univers d'Ang., t. I, pp. 26 et 27 ; — Ibid. -- Revue d'Anjou; — Fr.xle Roye, Vindieat innocentiam Eusebii And. episc. (Paria, E. Martin, 1659).

4. Veter, analecta, t. IV, p. 396; — De Roye, Vita, hœres. et pœnit. Bereng., p. 48, et Rangeard, — ibid., t. I, pp. 34-39, et t. II, p. 35; — D. Chamard, Vies des Saints de V Anjou, t. II, p. i35 ad noL i.

5. Labbe, nova bibl., t. I, pp. 287*288 ; •— De Roye, ubi suprà, p. 49; — Rangeard, ibid., p. 35, t. II.

6. De Roye, Vit. hoeres. et pœnit. Bereng.y p. 48 ; — Rangeard, Hist. de VUni». d'Ang. t. L p. 59, ch. XXX.

BIBLIOTHkQOE D*AN^OU 35

reproches et aux réprimandes des voisins et des personnes éloignées. Que le parti quMl avoit pris estoit de ne s'éloigner en rien de la vérité, de ne causer aucun scandale à personne ; de s'abstenir de ces disputes turbulentes ; qu'il s'en tenoit aux paroles de l'Ecriture, qu'il cite, et qu'il croyoit et confessoit que par la vertu et l'effet de cette parole, par laquelle toutes choses ont été faites, le pain et le vin après la consécration du Prestre sont le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ ; que si quelqu'un demande comment cela se peut faire, on luy répond qu'il ne faut pas regarder l'ordre de la nature, mais la toute puissance de Dieu qui a fait cela et tout ce qu'il a voulu dans le ciel et sur la terre, dans la mer et dans les abymes. Que de mesme, il ne faut pas demander comment le Verbe Dieu a esté conçu dans le sein d*une vierge, selon l'ordre de la nature ; ni comment après sa résurrection, son vrai corps a pu entrer dans le lieu où estoient renfermez ses Disciples, les portes estant fermées, et estre touché. Que cela ne se peut pas expliquer ; mais qu'il faut croire très-fermement et très-fidèlement, que cela s'est fait par la toute puissance de Dieu.

Que si quelqu'un luy demandoit ce que les Pères et les Docteurs en ont pensé ou écrit, il renvoyeroit ceiuy qui luy feroit cette demande i leurs Ecrits, s'il estoit capable de les entendre, pour examiner ce qui s'y trouve, l'entendre purement et simplement^ et choisir avec actions de grâces, et dans la vUe de conserver la concorde fraternelle, ce qu'il y verroit de plus conforme à la vérité de l'Evangile. Que ce n'estoit point qu'il méprisast les Ecrits des Pères, mais qu'il ne les lisoit pas comme l'Evangile, eux-mesmes n'ayant pas prétendu cela ; et que s'il ne les citoit pas dans une si grande dispute, sauf le respect qui leur est dû : c'est qu'il craignoit que si leurs sentiments eussent esté corrompus par quelque accident, ou qu'on ne les entendist pas bien, ou ne fust cause d'un grand scandale qu^il évitoit avec un grand soin, d'autant qu'il suffisoit de s'en tenir aux paroles de Jésus-Christ. Que c'est de cette manière que le trouble arrivé à Tours en présence de Gérault, Légat du Pape, avoit esté appaisé et que le tumulte qui s'estoit élevé dans la mesme ville, lors de l'audience d'Hildebrand, avoit esté assoupi. Que par cette confession on avoit satisfait à la demande du Prince (Foulque Rechin), et que cette peste qui commençoit à se renouveller, avoit esté étouffée par l'autorité de l'Evesque de Besançon et des hommes doctes qui s'estoient assemblez dans la chapelle dont Bérenger avoit fait mention dans sa Lettre.

Eusèbe conclut par ces paroles remarquables : t Scachez donc enfin, que je ne veux point avoir « de dispute sur cette matière, ni chercher, procurer ou assembler des accusateurs ou défenseurs, « ou témoins, ni juges, ni avocats, ni auditeurs. Que s'il se trouve quelqu'un qui contre ma vo- « lonté, et mesme contre mes défenses, veut faire des assemblées publiques, je n'y donneray « point mon consentement. Si on en tient, je ne m'y trouveray pas. Je refuseray toute audiance « aux disputants, et la communion à ceux qui demeureront dans l'obstination, parce que cette « affaire a esté terminée trois fois par le jugement de nostre Province, (de Tours), et éteinte en qua- « trième lieu par la Sentence du Synode du Siège apostolique *. »

Je ne fais aucunes réflexions sur cette Lettre de l'Evesque Eusèbe. Chacun peut les faire. Il suffit de dire que depuis ce temps-là personne ne le soupçonna de l'erreur de Bérenger.

Plusieurs croyent que cette Lettre d'Eusèbe fut écrite, l'an 1079, après le Concile de Rome tenu au mois de février, où Bérenger ayant abjuré son erreur, viola dès qu'il fut retourné en France la profession de foy qu'il avoit faite, et la détourna dans son sens. Grégoire VII luy avoit néanmoins

I. Voir cette lettre apud Du Pin, BibL des auteurs ecclé., p. Sa; — De Roye, Vita, hœres., etc., pp. 48 et seqq.; — Ménage, Remaries sur la vie de Mathieu Ménage, p. 2S.

36 BiBLioTHi:QUE d'anjou

donné une Lettre adressée à Raoul, Archevesque de Tours et à Eusèbe, Evesque d'Angers, par laquelle il leur déclaroit qu* 11 avoit mis Bérenger sous sa protection^ et qu*il leur enjoignoit de le défendre contre le Comte d'Angers, qui luy vouloit du mal, et contre tous ses ennemis.

La Lettre d'Eusèbe Brunon à Bérenger fut donnée au public, pour la première fois, l'an 1617, par Claude Ménard, Lieutenant de la Prévosté d'Angers, qui Tavoit tirée des Archives de l'Eglise Cathédrale de S. Maurice. François de Roye, antècesseur d'Angers, l'a insérée toute entière dans son Traité de l'hérésie et delà Pénitence de Bérenger qu'il publia l'an 16S6 K II y a des endroits fort obscurs, et je ne doute point que la copie a esté un peu altérée par Tignorance ou la négligence du copiste.

Cet Evesque avoit aussi composé des Commentaires sur la Genèse qui se trouvent encore aujourd'huy ' dans quelques Bibliothèques, si on en croit le P. Cellotdans l'argument du J* Livre de sa Mauriciade <.

Claude Ménard dans son Catalogue des Ecrivains Angevins ^« écrit que Eusèbe Brunon avoit feit des Notes sur le Pentateuque^ qui estoient autrefois dans la Bibliothèque de l'Eglise Cathédrale d'Angers. Eusèbe, l'an 1054, aida Banhélemi, Archevesque de Tours, à dédier et consacrer l'Eglise du Monastère de Cormeri '. Il est nommé un prélat très sage dans les monuments de cette abbaye'; et on trouve ailleurs * qu'il est compté entre les Prélats Catholiques et célèbres par leur piété. Marbodus a fait son Epitaphe ^ où il le lotie de sa piété et de sa grande douceur, de sorte qu'il ne pouvoit blesser personne.

FRODON, PROFBSSKtJR BN PHILOSOPHIE

Ann. 1088. ^ Je ne trouve pas que Frodon ait laissé aucun ouvrage, il est bon toutefois d'en dire ici quelque chose. Il estoit Angevin, et il a esté célèbre par sa science dans le onzième siècle. Il fut Disciple de Bérenger dans la Dialectique et il enseigna publiquement à Paris, à Angers ' et dans plusieurs autres villes. On marque entre ses Disciples le fameux Robert d'Arbrissel *. Il estoit fort habile dans la Grammaire, la Poétique et la Philosophie. On le regardoit mesme comme le plus scavant professeur de son^ temps. Dans le désir qu'il eut de faire une plus grande fortune qu'en France, il passa en Angleterre *®, où il ne demeura pas long-temps car il y mourut vers l'an 1088. Il fut fort regretté, et, Baudry, abbé de Bourgeuil, depuis Archevesque de Dol, a fait trois Epitaphes à sa louange '\

I. Vita, hœres, et pœnit, et CL Ménard, note de la page 499 du 5*^ Augustini, (Paris, Cappelet, 161 7). a. Ménage, Remarques^ etc., p. 1 1 3, ; — et — ibid. —

3. Mauritiados Andegav.^ liber III, p. 101, (G. Labboé^ 1628, p* in-4*) ;— Cf. Rangeard,(t. I, p. 39, ch. XX, Hi$t, de VUniver,); — Ménage^ notes sur la vie de Mathieu Ménage, p. 1 1 3.

4. Rerum Andegav. Pandectœ, (Ms. Bibl. d* Angers, n* SySJ; — Cf. Rangeard, Hist. de VUniver.^ ibid,

5. Rangeard, //(sf. de VUni».^ t. II, p. 7; <— Gallia christ, no»,f U XI Y, col. 56o; -Salmon, (chr. de Joach. Périon. Supp, aux chr, de Tour, p. 36).

Page 1